Ce ne sera pas une révélation pour vous je pense, je souffre d'une « légère » addiction à l’œuvre de J.R.R. Tolkien. Au point d'avoir lu presque tout ce qui est arrivé en France, y compris l'Histoire de la Terre du Milieu et des livres jeunesse complètement oubliés (je crois que j'ai juste zappé La chute d'Arthur, faut que je m'en occupe à l'occasion d'ailleurs). Et puis je n'ai aucun scrupule à collectionner les éditions.
Tenez, prenez Le Seigneur des Anneaux. Après l'avoir lu à la bibliothèque, j'ai acheté ma propre édition poche pour pouvoir le relire. Ensuite j'ai craqué pour l'édition intégrale reliée et illustrée par Alan Lee (300 francs à l'époque, toutes mes économies !). Et j'ai fini par acheter une édition anglaise lors de ma dernière relecture, pour découvrir le texte original.
Alors quand la sortie de la nouvelle traduction a été annoncée, je ne me suis pas vraiment posée de questions, après tout, je n'étais plus à une édition près ! (Monsieur a même insisté pour que je fasse une étagère Tolkien dans la bibliothèque, c'est dire...).
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| Et encore l'édition poche est restée chez mon père... |
De toute façon, une nouvelle traduction, sur une œuvre comme Le Seigneur des Anneaux, ça ne se refuse pas. Je connais trop de gens qui se sont cassés les dents sur le texte à cause de la version française, et même moi je commençais à privilégier la VO, plus facile à lire (contre toute attente). La lourdeur du texte y était pour quelque chose, bien sûr, mais aussi un certain nombre d'incohérences et d'erreurs de traduction qui n'avaient malheureusement jamais été corrigées.
Rien que dans le prologue de l'ancienne édition par exemple, on parle tout de même de la mort de Galadriel et d'Elrond (une mauvaise interprétation du verbe « to depart »). Que le traducteur se soit trompé, c'est tout à fait compréhensible, mais ce genre de détail aurait pu être corrigé par la suite ! Bref sur le fond comme sur la forme, cela ne pouvait apporter que du mieux, surtout avec Daniel Lauzon aux manettes (vu qu'il avait déjà fait des merveilles sur
Le Hobbit).
Quand M. Bilbo Bessac, de Cul-de-Sac, annonça qu'il célébrerait bientôt son onzante et unième anniversaire par une fête d'une magnificence exceptionnelle, il y eut force agitation et rumeurs à Hobbiteville.
Bon, je ne vais pas faire durer le suspens plus longtemps, cette nouvelle traduction est excellente. Si je devais la résumer en un seul mot, ce serait celui-là : fluidité. Car j'ai beau adoré Le Seigneur des Anneaux, je crois bien que c'est la première fois que je me retrouve à enchaîner ainsi les pages sur ce premier tome, tant le texte est fluide à lire.
Comme il se doit, le ton n'est pas aussi léger que pour Le Hobbit, mais c'est tout à fait à l'image du texte original, Le Seigneur des Anneaux étant écrit dans un registre plus soutenu que sa préquelle. D'ailleurs la traduction s'accorde vraiment bien au texte original, ce qui expliquerait pourquoi la VO me revenait spontanément en tête à la lecture (surtout dans le cas des dialogues qu'on connaît bien à cause des films) sans que ce soit énervant pour autant. C'est juste que la traduction « colle » bien.
Soudain, Frodo remarque qu'un homme d'allure étrange, marqué par les intempéries, prêtait également une oreille attentive à la conversation des hobbits. Assis dans l'ombre, il avait devant lui un grand pot à bière et fumait une pipe à long tuyau, curieusement sculptée. Ses jambes étaient étendues, laissant voir de grandes bottes de cuir souple qui lui convenaient bien, mais qui avaient beaucoup d'usure et étaient à présent crottées de boue.
Du coup, si je n'avais pas lu la VO, je pense que j'aurais vraiment eu l'impression de redécouvrir l’œuvre. C'est d'ailleurs tellement plaisant à lire que pendant trois jours je préférais prendre le bus pour aller travailler (quitte à arriver en retard), juste pour pouvoir profiter de ma lecture plus longtemps !
Évidemment, les traductions des nombreuses chansons et poésies ont été revues, et là encore, c'est que du bonheur. Je crois que pour la première fois de ma vie, j'ai pu lire la chanson de Bilbo sur Eärendil dans son intégralité sans piquer du nez ou sauter des vers ! Du coup le passage avec Tom Bombadil, c'est tout simplement un régal à redécouvrir.
Le vieux Tom Bombadil est un joyeux bonhomme ;
D'un bleu vif est sa veste, et ses bottes sont jaunes.
Nul ne l'a jamais pris, car le maître, c'est lui :
Plus vite ses pieds vont ; plus forte est sa chanson.
Et si vous voulez vous faire une idée des changements radicaux qu'on peut trouver, je vous met un morceau de la chanson des elfes sur Elbereth. Voilà la traduction de Francis Ledoux (qui fait un peu pub pour le dentifrice) :
Gilthoniel ! O Elbereth !
Vifs sont tes yeux et claire est ton haleine !
Blanche-neige ! Blanche-neige ! Nous chantons pour toi
Dans une terre lointaine au-delà de la Mer.
Et voilà la nouvelle version par Daniel Lauzon :
Gilthoniel ! Ô Elbereth !
Tes yeux sont d'argent clair et ton souffle est lumière !
Nous te chantons cet hymne, Ô Neige immaculé,
D'une contrée lointaine au delà de la Mer.
(en fait la version Ledoux colle beaucoup plus au texte d'origine, mais la nouvelle traduction est quand même bien plus jolie -et fluide, au risque de me répéter-)
Les noms également ont été retraduits, comme pour le Hobbit, en s'alignant toujours sur les recommandations de Tolkien. Adieu donc aux Sacquet de Besace (et autres noms de hobbits), à Bree (et autres noms de lieux), et à Grand-Pas.
On aimera ou on n'aimera pas. Personnellement j'apprécie la démarche parce que lorsque l'orthographe varie, c'est uniquement pour conserver la même prononciation ou le même sens qu'en VO. Bree par exemple devient Brie (et comme la Comté est devenu Le Comté -bien plus logique soit dit en passant-, je me permets d'inclure la remarque de Monsieur à ce sujet : « Si y'a Brie dans le Comté, mais où sont les Monts d'or ? »).
Puis ce fut le silence complet jusqu'à ce que, soudainement, après plusieurs grandes respirations, tous les Bessac, Boffine, Touc, Brandibouc, Foussieur, Fouineur, Terrier, Bolgeurre, Blairotte, Gaillard, Serreceinture, Sonnecornet et Belpied se mettent à parler en même temps.
Bon en toute honnêteté, le seul changement que je n'ai pas adopté (pour le moment), c'est celui de Grand-Pas. Devenu l'Arpenteur, il colle tout à fait à la VO, Strider. Mais là je blâme complètement l'effet madeleine de Proust, je n'arrive juste pas à me détacher de la première traduction !
Après cette série de louanges, je dois quand même pointer du doigt les deux-trois qui m'ont chagriné, bien que ça concerne plutôt la forme que le fond. Sur la traduction en elle-même, j'ai un peu buté sur le choix du vouvoiement ou du tutoiement que je n'ai pas toujours bien compris (notamment à un endroit Elrond vouvoie Frodo et dans la foulée tutoie Sam, ça sonnait bizarre à mes oreilles). Ceci dit c'est peut-être que je n'ai pas bien saisi les règles qui régissent ce choix (c'est surtout avec les elfes que c'est pas très clair), à voir dans les tomes suivants donc.
Question forme, l'ouvrage en lui-même est superbe, d'autant plus qu'il vient avec son lot de planches illustrées par Alan Lee. Les images ont été renumérisées pour l'occasion, concrètement si je me fie à mon ancienne édition illustrée, cela donne surtout des couleurs moins vives (pas d'avis particulier dessus, mais c'est chouette de les avoir inclus dans cette édition, ça fait un plus pour qui n'a pas l'édition illustrée).
Les cartes ont également été revues, et c'est un peu la source de mon chagrin. Certes elles sont très belles, mais comme elles font partie des planches hors-texte, difficile de voir le milieu de la carte sans plier complètement le dos du livre.
Et comme pour Le Hobbit, c'est dommage que la mention nouvelle traduction n'apparaisse pas clairement (sticker, bandeau) à part en quatrième de couverture, du coup les gens risquent de passer à côté, vu qu'on hésite rarement entre un poche et un grand format à 20 euros, sauf si celui-ci a quelque chose de plus...
Ceci dit, je pinaille sur l'ouvrage en lui-même, mais ça n'enlève rien au bonheur qu'a été cette relecture. Cette nouvelle traduction est vraiment excellente et donne un sacré coup de jeune à un texte qui en avait bien besoin. Si vous aimez Le Seigneur des Anneaux, elle me semble presque indispensable. Et si vous n'avez jamais eu l'occasion de lire ce chef d’œuvre, c'est avec cette nouvelle traduction qu'il vous faut commencer votre voyage.
Par contre attendez peut-être que les deux autres volumes soient sortis, sans quoi vous allez au devant d'une grande frustration. J'ai beau connaître l'histoire sur le bout des doigts, je vous avoue qu'à la fin de ce premier volume, je n'avais qu'une envie : poursuivre l'aventure !
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Et je pense que Morwenna comprendra tout à fait que ce livre-là,
je l'ai acheté sans même me poser la question. |