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jeudi 29 décembre 2011

There and back again…


Un an et demi après le lancement de ce grand challenge de lecture sur Tolkien par The Bursar et Resmiranda, il est grand temps de faire un petit bilan de mes accomplissements dans le domaine. Reprenons d'abord l’intitulé du challenge Valar dans lequel je m'étais lancée :
Challenge Valar : lecture du Silmarillon, des Contes et légendes inachevés, de Bilbo le Hobbit, du Seigneur des Anneaux, des Enfants de Hurin, la légende de Sigurd et Gudrun, les 5 premiers tomes de l'Histoire de la Terre du Milieu, ainsi que dans la lecture d'un ouvrage sur Tolkien ou son œuvre et d'une de ses sources d'inspirations telles que Beowulf, les Edda, la saga Völsunga, le Kalevala, ou Crist de Cynewulf.
C’est marrant parce que j’avais un peu peur de ne pas en venir à bout au début, mais finalement, j’ai réussi à tout lire, à commencer par la base de la base :
Suivi par l’Histoire de la Terre du Milieu (HoME pour les intimes anglophones), au moins pour ce qui a été traduit en français :
Et quelques autres choses à côté :
Et comme je suis une grande malade, j’ai même lu d’autres choses à côté, histoire de bien faire le tour du sujet :
En fait, je crois que j’ai lu à peu prêt tout ce qui est disponible de vf de Tolkien, sauf celui-là :
 

Mais c’est surtout parce que j’ai un peu de mal avec les essais de Tolkien. Bref, je ne suis pas qu'un peu fière d’avoir fini dans les temps. Du coup j’en veux beaucoup à The Bursar d’avoir annoncé que le challenge était prolongé d’un an
.
Non parce que je pourrais me dire, « j’ai assez bossé, maintenant je regarde les billets des autres en buvant tranquillement du thé ». Et bah non, je suis tentée. Tentée de continuer. Parce que oui, les autres tomes de l’Histoire de la Terre du Milieu me font de l’œil, d’autant plus que c’est la partie consacré au Seigneur des Anneaux et aux projets de suite de Tolkien.

Et j’avais de toute façon un projet de revisionnage des films, autant pour le challenge Adapte-moi si tu peux que pour la sortie de la première partie du Hobbit à la fin de l’année (dont la première bande-annonce est une tuerie). Et de lire le Kalevala. Autant dire que vous n’avez pas fini de m’entendre parler de Tolkien.

Mais là je m’accorde une petite pause là, cinq ouvrages de ou sur Tolkien en décembre, ça fait tout de même beaucoup !

mercredi 28 décembre 2011

Les Enfants de Húrin - J.R.R. Tolkien

Et me voilà enfin rendue à la fin de l’aventure, avec un des derniers ouvrages de Tolkien parus, Les Enfants de Húrin, publié en 2007 en VO. Après tous ces textes fragmentaires, c’est un peu étrange de revenir à une forme de récit « normale ».

Les Enfants de Húrin est en effet un récit complet, sans manques, avec un début, un milieu et une fin, et très peu de notes de l’éditeur (Christopher Tolkien comme toujours) si ce n’est une préface qui redonne le contexte et des appendices explicitant son matériel de travail.

C’est une orientation radicalement différente par rapport à ses choix précédents (alors que l’Histoire de la Terre du Milieu, Christopher Tolkien remet justement en question son propre travail sur le Silmarillion visant à créer un récit complet), je me demande un peu ce qui l’a motivé d’ailleurs.

Les Enfants de Húrin est une histoire qui occupe dans la mythologie de Tolkien une place assez prépondérante. J’ai d’ailleurs perdu le compte des versions différentes existantes, en vers, en prose, en abrégé… Entre les différentes publications j’ai dû lire quatre ou cinq versions plus ou moins complètes.

C’est certainement l’histoire la plus tragique de tout son univers, celle mettant en scène Húrin, qui refusant de céder à Morgoth, voit toute sa famille (sa femme Morwen, et ses deux enfants Túrin et Nienor) frappée par la malédiction du Valar. Le récit suit principalement les pas de Túrin, dont la vie va de désastre en désespoir, non sans une cruelle ironie du destin.

Il y a une force mythique dans ce récit assez impressionnante qui me fascine toujours autant, relecture après relecture, et j’aimerais vraiment savoir où Tolkien est allé chercher tout ça (il me semble qu’il a pas mal puisé dans le Kalevala, mais je n’ai pas eu l’occasion de vérifier).

J’avoue cependant que pour moi qui ait lu les Contes et légendes inachevés, le Livre des Contes perdus et les autres tomes de l’Histoire de la Terre du Milieu, cette nouvelle itération des Enfants de Húrin n’a que peu d’intérêt, car elle cette version « définitive » s’appuie sur les différents textes de Tolkien, et tout particulièrement le Narn I Hîm Húrin des Contes et légendes inachevés que je connaissais déjà.

Par contre, pour un lecteur plus ponctuel de l’œuvre de Tolkien (comprenez, qui n’est pas monomaniaque de l’auteur au point de lire tout ce qu’il a écrit), et qui voudrait rentrer un peu plus en détail dans l’univers du Silmarillion, Les Enfants de Húrin est à mon avis un très bon texte, très agréable à lire avec sa forme archaïque sans être lourde, qui sonne très bien en vf (y’a pas à dire, la qualité des traductions de Tolkien s’est nettement améliorée comparé aux premiers textes).

Pour une fois, c’est donc un ouvrage que je recommanderais avant tout au « grand public », et nettement moins aux monomaniaques dans mon genre qui risqueraient d’y trouver un air de redite.

Petit plus cependant, même en poche, les Enfants de Húrin est un très bel ouvrage : en-têtes de chapitres illustrées, carnet d’illustrations couleur d’Alan Lee au milieu (auquel il manque juste une légende pour certaines), belle carte lisible… le résultat est fort beau et agréable à lire.

Et avec cet ouvrage, je conclus mon Middle Earth Challenge, je vous ferais un petit bilan demain !


CITRIQ

vendredi 23 décembre 2011

J.R.R. Tolkien : une biographie - Humphrey Carpenter


Je ne publie pas cette chronique à la suite de celles des Lettres au hasard, ces deux textes fonctionnent en effet très bien de concert. Les Lettres laissent en effet flotter une part d’ombre sur une bonne partie de la vie de Tolkien, si bien qu’on ne peut que vouloir y faire de la lumière, et c’est ce que permet cette biographie.

Et puis, pour ceux qui ne souffrent pas de Tolkien-addiction au dernier degré, cette biographie, qui reprend bon nombres d’extraits de la correspondance de Tolkien (ce qui n’a rien d’anormal, c’est Humphrey Carpenter qui a compilé les Lettres), est un excellent moyen d’en apprendre un peu plus sur cet écrivain. A sa façon, elle fait aussi le lien entre les différents textes.

Il faut savoir, comme l’explique si bien l’avant-propos, que Tolkien désapprouvait grandement l’idée d’une biographie : « Je tiens fermement », écrivit-il un jour, « que retracer la vie d’un écrivain est une manière fausse et entièrement vaine d’approcher son œuvre ».

Ceci dit, Humphrey Carpenter explique bien ensuite que par respect pour ses opinions, qu’il a voulu raconter l’histoire de la vie de Tolkien en évitant toute évaluation critique de son œuvre d’imagination. Et c’est effectivement ce que fait ce texte : il s’en tient à une pure biographie, qui se lit finalement comme un roman.

Comme je le disais pour les Lettres, la vie de Tolkien n’a rien de palpitant en elle-même, mais il est tout de même intéressant de s’y plonger. Je comprends mieux maintenant d’où lui vient ce côté archi-religieux, et comment il en est arrivé à écrire le Silmarillion puis les autres textes.

Si vous voulez comprendre un peu mieux son œuvre, c’est très intéressant de voir toute l’histoire de ses œuvres (leurs écritures successives, les déboires de la publication), le contexte de chacune (notamment Feuille de Niggle qui a été écrit d’un seul jet, en pleine écriture du Seigneur des Anneaux). En fait, c’est un peu comme si on prenait l’Histoire de la Terre du Milieu, en gardant uniquement les explications et sans les textes de Tolkien.

Synthétique, presque trop concis quand on a lu le reste, mais pour quelqu’un qui voudrait en savoir plus sans se prendre la tête, c’est vraiment une bonne lecture.

J’ai beaucoup aimé en apprendre un peu plus sur sa femme, Edith, qu’il considérait comme sa Luthien, ce qui n’est pas rien. C’est assez marrant parce qu’à lire sa biographie, on a l’impression que c’était un peu la mésentente entre les deux (ils vivaient chacun de leur côté, faisaient même chambre à part, et Edith a clairement beaucoup sacrifié en épousant Tolkien, devant même se convertir au catholicisme). Mais en même temps, ils s’aimaient beaucoup, ça se sent aussi.

On trouve également quelques éléments fort intéressants sur la façon dont Tolkien perçoit son univers :
De ces légendes qui composent le livre, il a dit une fois : « Elles me sont venues à l’esprit comme un don, et à mesure qu’elles me venaient, les maillons s’enchainaient. Un travail absorbant, bien qu’il fût sans cesse interrompu […], mais j’ai toujours eu l’impression de noter ce qui était “déjà là”, quelque part, non d’inventer. »

Pourtant, il ne se pressait pas de finir. Au contraire, il se mit à réécrire. C’était presque comme s’il ne voulait pas le terminer. […] Alors qu’est ce qui le retenait ? D’abord, son désir de perfection, et peut-être aussi quelque chose que Christophe Wiseman avait dit un jour de ses premiers poèmes : « Pour toi, ces créatures sont vivantes parce que tu es en train de les créer. Quand tu les auras terminées, elles seront à tes yeux aussi mortes que les atomes qui composent notre nourriture. » En d’autres termes, Tolkien ne voulait pas finir parce qu’il ne voulait pas contempler en face l’idée qu’il n’aurait plus rien à créer dans son monde inventé, à « sous-créer » dira-t-il plus tard.

(Si vous voulez d’autres extraits, n’hésitez pas à aller faire un tour chez Isil qui aurait cité tout le bouquin si elle avait !)

Bon par contre, cette biographie a un gros défaut, elle donne envie de relire tous les écrits de Tolkien. Pire encore, à évoquer la construction progressive du Seigneur des Anneaux, elle m’a donné envie de m’attaquer aux derniers tomes de l’Histoire de la Terre du Milieu (non traduits en plus). Je ne craquerais pas, je ne craquerais pas…


CITRIQ

jeudi 22 décembre 2011

Lettres - J.R.R. Tolkien


Comme son nom l’indique, ce gros pavé, à ne pas confondre avec ses Lettres du Père Noël, est recueil de la correspondance de J.R.R Tolkien. Cela en fait un ouvrage des plus précieux pour toute personne voulant se plonger dans son œuvre, car bien qu’il ait finalement peu publié de son vivant, l’auteur du Seigneur des Anneaux entretenait une correspondance plutôt prolifique avec son entourage, ses éditeurs et ses lecteurs, correspondance dans laquelle il parlait beaucoup de son œuvre.

Par le biais de cette sélection de quelques 350 lettres et extraits de lettres, on a le droit à une formidable plongée dans ses écrits et dans la façon dont il les perçoit, tout en faisant plus ample connaissance avec l’auteur lui-même.

Un peu comme avec l’essai de Vincent Ferré, je trainais ce livre dans ma PàL depuis des lustres, sans avoir le courage de m’y mettre. Il faut dire que seule et sans contexte, c’est une lecture assez aride, d’autant plus que les premières lettres ne parlent pas ni du Seigneur des Anneaux ni du Hobbit.

Par contre, avec une relecture relativement fraîche de tous les écrits de Tolkien, et notamment de ses écrits fragmentaires qui ont donné l’Histoire de la Terre du Milieu, la lecture est bien plus aisée. Mieux encore, cela se dévore pratiquement comme un roman qui fait le lien entre les multiples œuvres de Tolkien.

Pas que la vie de Tolkien soit particulièrement palpitante (elle est aussi banale que celle d’un hobbit qui ne s’appelle ni Bilbo, ni Frodo et cie), mais il y a presque un côté feuilletonesque dans l’histoire de ses publications.

Il y a d’abord celle de Bilbo, relativement sans encombre toutes proportions gardées, puis ses tentatives de publier le Silmarillion, puis la longue écriture du Seigneur des Anneaux (sans parler des aventures de sa publication, parce qu’il voulait le publier avec le Silmarillion, quitte à changer d’éditeur, sans parler des problèmes de correction et de la pénurie de papier de l’après-guerre).

A cela, il faut ajouter des échanges parfois très pointus avec ses lecteurs, sur des détails de la Terre du Milieu ou sur sa vision de son œuvre, ce qui apporte souvent un éclairage très intéressant sur ses écrits (notamment toute son interprétation du Seigneur des Anneaux, mais aussi pour qui voudrait en savoir plus sur les coutumes d’anniversaire des Hobbits par exemple).

Et puis, ces lettres sont aussi l’occasion de faire connaissance avec le « vrai » Tolkien. Il est assez souvent grincheux quand les choses ne vont pas dans son sens (et c’est souvent le cas), mais aussi très touchant dans ses lettres à ses enfants (notamment à Christopher pendant la Seconde Guerre Mondiale), parfois très drôle, et surtout, il est capable de partir sur des pages et des pages d’explications absolument passionnantes

J’ai beaucoup apprécié de découvrir ses opinions (religieuses, politiques, etc.), toujours très discrètes dans ses œuvres. J’ai été surprise de découvrir à quel point c’était un homme religieux (du genre à aller à la messe tous les matins), ce qui transparait peu voir pas du tout dans son œuvre (à part peut-être dans le Silmarillion, et encore on pourrait retrouver ça chez n’importe qui ayant été élevé dans un environnement chrétien).

Toute sa correspondance pendant et après la guerre (où il écrit des phrases en ancien anglais presque juste pour embêter la censure) permet de voir comment il perçoit la situation mondiale (il n’aimait notamment pas trop les américains). C’est même assez intéressant historiquement parlant, parce que je trouve assez représentatif de cette « masse » dont on parle peu dans les livres, qui subit la guerre sans l’approuver ni la dénigrer complètement.

Bref, ces Lettres sont un ouvrage indispensable à parcourir pour qui s’intéresse à l’œuvre de Tolkien. D’ailleurs, de nombreux passages m’ont semblé familiers, ce qui est tout à fait normal : que ce soit Christopher Tolkien dans son Histoire de la Terre du Milieu, Vincent Ferré dans son essai ou Humphrey Carpenter (qui a compilé et sélectionné les lettres de cet ouvrage) dans sa biographie, tous s’appuient abondamment sur ses lettres dans leurs explications.

D’ailleurs, il n’y a qu’à voir la tranche de mon livre pour comprendre à quel point cet ouvrage m’a passionné !


Je vous rassure, je ne vais pas vous ressortir tous les passages, de toute façon ses lettres sont bien plus intéressantes dans leur globalité qu’en en sortant deux ou trois lignes. Mais voilà une petite sélection pour vous mettre l’eau à la bouche :
Je regrette, mais je ne vois pas bien ce que vous entendez par arisch. Je ne suis pas d’extraction aryenne, c'est-à-dire indo-iranienne : pour autant que je sache, aucun de mes ancêtres ne parlait l’hindoustani, le perse, le tsigane et autres dialectes associés. Mais si je suis supposé comprendre que vous voulez savoir si je suis d’origine juive, je ne peux répondre que je regrette de ne pouvoir compter parmi mes ancêtres personne de ce peuple si doué.
[Lettre 30, ébauche de réponse à un éditeur allemand qui s’enquérait de ses origines en 1938]

[…] nous avons dans les Allemands des ennemis dont les vertus (et ce sont bien des vertus) d’obéissance et de patriotisme sont plus grandes que les nôtres dans l’ensemble. […] Et qui sont, par une malédiction divine, maintenant dirigés par un homme inspiré par un démon fou et tournoyant.
[Lettre 45, 1941, et vu le reste de la lettre je m’étonne qu’on puisse voir Tolkien comme quelqu’un de manichéen]

[…] ai donné un cours médiocre, ai vu les Lewis et C.W. (au White House), ai tondu trois pelouses, ai écrit à John, et me suis débattu avec un passage récalcitrant de l’Anneau. A ce stade, il faut que je sache quel retard prend la Lune chaque nuit quand elle se lève, et comment faire un ragoût de lapin !
[Lettre 63, 1944, où l’on peut qu’admirer sa méticulosité, vu que Marmiton n'existait pas à l'époque pour l'aider]

Car nous essayons de vaincre Sauron avec l’Anneau. Et nous réussirons, semble-t-il. Mais le prix à payer est, comme tu le sais, de faire de nouveaux Sauron, et de lentement transformer en Orques les Hommes et les Elfes.
[Lettre 66, 1944, il n'aime pas les allégories, mais il parle souvent des évènements contemporains avec des métaphores bien à lui]

Par conséquent, n’écrivez pas de manière adaptée aux Enfants ou à qui que ce soit. Pas même dans la langue. […] On n’acquiert pas un vocabulaire convenable en lisant des livres écrits en fonction de l’idée préconçue du vocabulaire que doit posséder une telle classe d’âge. Il vient en lisant des livres qui dépassent celui-ci.
[Lettre 215, 1959, sur les livres pour enfants (avec un passage très intéressant sur la définition d'un public d'enfants)]

Je ne crois pas que l’échec de Frodo ait été un échec moral. Au dernier moment, la pression exercée par l’Anneau devait atteindre son paroxysme – impossible, aurais-je dû dire, pour quiconque de résister […]. Son humilité […] et ses souffrances ont été récompensées avec justice par les plus grands honneurs ; et son exercice de la patience et de la miséricorde avec Gollum lui a valu la Miséricorde ; son échec a été corrigé.
[Lettre 246, 1963, qui se poursuit par une analyse complète de la destinée de Frodo]

Je pourrais continuer des pages durant, mais je vous recommande plutôt d’aller lire directement les Lettres à la source, vous apprécierez bien plus les explorer par vous-même, d'autant plus qu'un index colossale permet une approche thématique de cette matière. 

Par contre j’espère que comme moi, vous ne tomberez pas sur un exemplaire défectueux. En effet, je me suis rendue compte d’une erreur bien ennuyeuse de façonnage en fin d’ouvrage, puisque je me suis retrouvée avec deux fois les pages 481-528, et que j’ai perdu dans l’affaire les pages 529-576. Du coup je me sens un peu flouée, et évidemment, aucune bibliothèque ne l’a dans ses collections pour me permettre de compléter ma lecture !


CITRIQ

vendredi 16 décembre 2011

La légende de Sigurd et Gudrún - J.R.R. Tolkien


Non mais ne prenez pas la fuite, je vous promets, plus qu’un après celui-là et je m’arrête. Enfin je vous dis ça, je lorgne sur la biographie de Tolkien par Humphrey Carpenter qui me parait un bon complément de sa correspondance, mais je m’égare.

La légende de Sigurd et Gudrún est un texte un peu à part dans la bibliographie de Tolkien, puisqu’à première vue, il n’a rien à voir avec la Terre du Milieu. Ceci dit, toute l’œuvre de Tolkien a un lien avec le Seigneur des Anneaux, et celle-ci ne fait pas exception au final.

J’étais rudement contente d’avoir lu l’Edda juste avant, ça m’a permis de suivre l’histoire avec une relative facilité, puis que la légende de Sigurd et Gudrún est une adaptation de J.R.R. Tolkien de la Völsunga saga, justement brièvement évoquée dans l’Edda.

On reconnait bien Tolkien dans le fait que pour adapter cette légende, plutôt que de faire ça comme tout le monde en prose bien moderne, il essaye de respecter la forme d’origine. On se retrouve donc avec un très long poème à la façon de la poésie norroise (donc avec des règles de métrique et de rime différentes de celles auxquelles on est habitué). Quelque chose de très technique, somme toute.

Cette légende est donc une sorte d’OLNI (objet littéraire non identifié pour ceux qui ne suivraient pas), mais qui se lit finalement assez bien, sans doute parce qu’au-delà de l’écriture elle-même, Tolkien a remanié l’histoire à sa sauce dans certains passages, ce qui permet souvent une plus grande clarté, du moins autant que faire se peut dans cette histoire très complexe.

D’ailleurs parlons-en de l’histoire. Je ne me lancerais certainement pas dans un résumé, pour faire simple il s’agit d’une saga familiale de descendants d’Odin et guerriers de renoms dont la vie est très mouvementée par des histoires d’amour qui finissent mal, des trahisons, des meurtres, un dragon et de l’or maudit.

C’est assez marrant, parce qu’en lisant l’Edda (qui évoque assez rapidement cette histoire), j’avais relevé le lien possible entre l’or maudit et l’Anneau. En lisant la légende de Sigurd et Gudrún, c’est la proximité avec les Enfants de Hurin qui m’a sauté aux yeux.

On y retrouve énormément d’éléments, jusque dans le combat de Sigurd contre le dragon Fafnir qui est vraiment très proche de celui de Turin contre Glaurung. Et l’or maudit également, qui joue son rôle aussi dans cette histoire et finit au fond d’une rivière (décidément, c’est une manie).

Mais si on laisse de côté ces rapprochements littéraires, la Légende de Sigurd et Gudrún est une distraction intéressante. Le format demande une phase d’adaptation (et certains passages restent assez obscurs sans les explications de Christopher Tolkien), mais c’est assez plaisant à lire, car concis et bien rythmé.

Je tiens à saluer au passage la traduction française, particulièrement soignée. La traductrice explique d’ailleurs son travail, elle s’est même limité à des vers de six syllabes pour « faire ressortir la nature poétique de l’œuvre en français ». On sent qu’elle s’est donné du mal, et cela paye puisque bien que VO et VF soient fournies, je me suis contentée de la VF pour cette lecture.

J’avais gardé ce texte pour la fin du challenge, un peu effrayée par son contenu mystérieux, mais finalement l’histoire se laisse bien lire, et offre une porte d’entrée intéressante vers les sagas nordiques, qui valent largement nos mythologiques gréco-romaines en matière d’épique, de romance et autres.

C’est un texte à réserver aux fans ultimes de Tolkien ceci dit, ou aux passionnés de mythologie et de poésie nordique, ça reste quand même quelque chose à part !



vendredi 9 décembre 2011

Tolkien : Sur les rivages de la Terre du Milieu - Vincent Ferré


Lorsqu’on veut lire un essai sur Tolkien, on a plus que l’embarras du choix, tant de textes ont été publiés depuis la sortie du premier film en 2001. Ceci dit j’ai préféré revenir à un texte presque plus ancien (sorti juste avant les films) et qui trainait dans ma PàL depuis dix ans, rien que ça.

Je pense que c’était le seul essai existant distribué dans le commerce à ce moment-là, et dans ma volonté d’acheter tout Tolkien, je l’avais demandé à Noël. Je l’avais laissé inachevé assez vite, en même temps à quinze ans les textes de niveau universitaire ne sont pas toujours faciles à aborder.

Pas que ce soit un texte particulièrement difficile à lire finalement, mais à l’époque, je ne savais tout simplement pas comment aborder un texte dont les renvois en fin d’articles prennent parfois autant de place que les chapitres (depuis j’ai appris à les ignorer), et dont le mode de rédaction et la présentation sont ceux d’un travail universitaire (c’est un peu moins fluide qu’un essai des Moutons électriques quand même).

J’ai jeté un œil sur le site de Vincent Ferré, son mémoire de maitrise porte en grande partie sur le même sujet, j’en déduis donc qu’il a servi de base pour cet essai. Bref.

Sur les rivages de la Terre du Milieu se divise en deux parties, une Présentation du Seigneur des Anneaux, et l’essai à proprement parler, La mort dans le Seigneur des Anneaux.

La première partie peut sembler anodine, mais on est loin d’une simple description. C’est une véritable mise en perspective du Seigneur des Anneaux, qui pointe du doigt les éléments capitaux, et les relient au reste de l’œuvre de Tolkien.

C’est particulièrement intéressant à partir du chapitre 3, Fantasy et fiction. Je ne sais pas si vous vous souvenez de l’essai de Tolkien sur les contes de fées, paru dans Faërie et autres textes. Je l’avais trouvé intéressant, bien qu’ayant peiné à dégager les points importants. Vincent Ferré le fait ici, en faisant le lien entre l’essai et le Seigneur des Anneaux.

C’est très intéressant de voir le rapport étroit qu’on peut faire entre mythe et histoire, et comment le Seigneur des Anneaux se greffe là-dessus, étrange texte qui prend presque une réalité historique par ses documents annexes et certaines de ses allusions, sans pour autant être vrai, mais avec une volonté de s’inscrire dans une dimension mythique. Une sorte de fantasy qui n’en est pas une.

S’il y a vraiment un chapitre à lire dans ce livre, c’est bien celui-ci et les deux suivants : Sources et genèse du texte (dont le contenu se laisse deviner) et Le Seigneur des Anneaux dans l’œuvre de Tolkien (une autre belle mise en perspective). Une fois lus, difficiles de ne pas se précipiter sur la trilogie pour la relire d’ailleurs.

La deuxième partie de l’ouvrage s’intéresse, comme son titre l’indique, à la mort dans le Seigneur des Anneaux. A première vue, je trouvais le sujet assez limité, mais c’est un texte assez riche qui aborde la question du danger, de l’aventure et de la quête, du destin, du souvenir…

En fait c’est un peu comme une porte ouverte sur une multitude de sujets. Moi qui lorgnais sur d’autres essais sur le rapport de Tolkien au Moyen-âge ou aux légendes, Vincent Ferré aborde ces questions en cours d’ouvrage. Encore une fois, c’est passionnant à lire, bien que j’ai du mal à en ressortir les idées importantes, n’ayant pas pris de notes durant ma lecture.

Sur les rivages de la Terre du Milieu se termine avec en appendice une bibliographie extrêmement bien fournie pour l’époque (je ne pensais pas qu’on avait autant écrit sur le sujet en français avant 2001) et surtout la traduction des deux avant-propos de Tolkien au Seigneur des Anneaux, absents de l’édition française et très intéressants pour découvrir comment l’auteur concevait son œuvre.

C’est vraiment ce que je trouve le plus intéressant dans cet essai finalement. Il ne va pas chercher bien loin dans ses idées, il se contente d’analyser la matière de Tolkien (romans, essais, correspondance) sans partir dans de grandes théories, juste en faisant apparaitre des liens que le lecteur lambda ne fera pas forcément (à moins d’avoir une mémoire d’éléphant).

Du coup je n’ai plus qu’une envie, relire le Seigneur des Anneaux, et m’attaquer pour de bon à la correspondance de Tolkien. Pour cette dernière, ça sera pour 2012, y’en a quand même pour 600 pages ! j'en ai déjà lu 200 pages, et même que c'est très intéressant !


lundi 5 décembre 2011

Monsieur Merveille - J.R.R. Tolkien


Oui j’admets, il fallait aller le chercher celui-là, je n’aurais jamais su qu’il existait si je n’avais pas passé au crible tous les Tolkien référencés à la bibliothèque.

Il s’agit d’une de ces histoires qu’il a écrites pour ses enfants, et c’est toujours assez plaisant à lire, même si le ton est ici très enfantin. L’histoire raconte une journée de M. Merveille, grand amateur de chapeaux, qui part acheter une voiture par une belle journée et à qui il arrive toutes sortes d’aventures rocambolesques.

Le ton rappelle celui de Roverandom, sans le côté expédition dans des pays féeriques. Ici, à l’exception de trois ours et d’un lapirafe (un girabbit en vo, je vous laisse imaginer le genre de chimère que cela donne), les protagonistes sont humains, dans des environnements « normaux »).


Il s’agit en fait d’un manuscrit illustré, reproduit en fac-similé avec la traduction française à côté. C’est très sympathique à lire du coup, Tolkien ayant une belle calligraphie, et un coup de crayon pas trop mauvais.

L’histoire n’a rien d’extraordinaire (à l’exception peut-être du final assez rigolo), mais on reconnaît la patte de l’auteur du Hobbit tout de même. L’attrait vient surtout de lire le fac-similé d’un manuscrit sans doute jamais destiné à être publié.

Cela se voit dans les illustrations assez inégales (plus ou moins élaborées parfois), quelques ratures qui restent, et les commentaires qui expliquent les images, chose que je n’ai jamais vue dans un album pour enfant.


J’aime beaucoup l’image ci-dessus notamment, où il explique qu’en ayant assez de dessiner la voiture, il a juste fait un rond pour la représenter !

Bref, ce n’est pas une lecture indispensable, mais c’est plutôt drôle à lire, et c’est toujours un plaisir de retrouver le côté « auteur jeunesse » de Tolkien, il avait quand même un certain talent dans le domaine.



mercredi 16 novembre 2011

L’Edda - Snorri Sturluson


Encore un prêt d’Elysio qui prenait la poussière (plus que Phaenomen de Erik L'Homme et je lui rends tous ses bouquins) tandis que la date de fin du Middle Earth Challenge (qui a l’air un peu mort mais je m’amuse toute seule, c’est l’essentiel) approche.

Il me fallait un texte qui a inspiré Tolkien pour mon challenge, je visais ambitieusement le Kalevala, puis Elysio m’a jeté son exemplaire de l’Edda sur mon étagère (si si je vous jure, j’avais rien demandé et tout à coup il était là), et vu que c’est un texte bien plus court… bref la flemme a gagné, et j’ai préféré lire celui-ci.

L’Edda est un recueil de mythologie nordique écrit au XIIIe siècle qui se présente sous la forme d’une histoire où le roi Gylfi déguisé en vieillard part à la recherche des Ases et leur pose toute une série de questions dont les réponses donnent un aperçu de la mythologie nordique, de la création du monde à sa fin.

C’est un mode un peu spécial de narration (d’autant plus que les questions et réponses s’enchainent sous forme de chapitres à des vitesses impressionnantes), mais cela donne un certain dynamisme à ce qui pourrait simplement un grand récit historique façon Silmarillion (pas que le Silmarillion soit ennuyeux hein !).

Je vous avoue avoir lu ce texte en mode service minimum, laissant de côté toutes les notes (qui occupent la moitié de l’ouvrage), et sans trop me poser de questions.

Je regrette un peu qu’un lexique des noms ne soit pas inclus à la fin, car le texte contient une multitude de noms de personnes (certaines les collectionnent même), ce qui fait qu’on est parfois un peu noyé sous les informations.

Mais si on laisse de côté ce problème (facilement résolu quand on a un accès internet sous la main, ce qui n’est pas mon cas dans le métro), c’est une lecture tout à fait sympathique pour tous les férus de mythologie.

J’avoue avoir une connaissance plus que lacunaire du domaine nordique, principalement par le biais des œuvres de Neil Gaiman qui piochent abondamment dans cette matière, du coup j’étais bien contente de réviser les bases.

La mythologie nordique est un peu différente de notre bonne vieille mythologie gréco-romaine. Je trouve les Ases bien plus cruels et joueurs que les Dieux de l’Olympe (ce qui n’est pas peu dire), et toute l’histoire tourne autour d’eux (il n’y a pas vraiment de héros humains dans ces histoires).

J’ai trouvé aussi assez original que la fin du monde soit détaillée à ce point, ce qui donne pratiquement l’impression que toute cette histoire n’est que l’apéritif, le vrai monde ne commencera qu’après tout ça.

Quant au rapport à l’œuvre de Tolkien, j’avoue l’avoir trouvé plus ténu que prévu. Il y a des éléments ici et là qui évoquent le Seigneur des Anneaux et ses autres textes, mais cela reste moins fréquent que je ne l’aurais pensé. A vrai dire on m’a toujours dit qu’il avait surtout pompé le Kalevala, il faudra que je vérifie ça un jour…

J’en ai relevé quelques-uns, comme le soleil féminin et la lune masculine, ou l’histoire de Tyr qui permit son bras dans la gueule d’un loup (ce qui m’évoque un peu Beren)

Deux passages sont bien plus frappants. Tout d’abord dans la partie L’art poétique (ou Skalskaparmal si vous préférez le vrai nom), on trouve toute une histoire autour d’un or maudit que tout le monde désire posséder, ce qui conduit à de beaux massacres.

C’est la base de l’anneau des Nibelungen de Wagner, et difficile de ne pas faire le lien avec Tolkien également (d’ailleurs il me reste à lire sa Légende de Sigurd et Gudrún qui s’inspire de cette partie).

L’autre passage frappant se trouve plus tôt dans l’ouvrage et s’intéresse à la création des nains Visiblement, Tolkien était un peu en panne d’idées pour les noms de ses personnages lorsqu’il a créé le Hobbit, parce que voilà ce que donne la liste de noms de nains donnée dans l’Edda :

[…]
Bifur, Bafur
Bombor, Nori
Ori, Onar,
Oin, Miodvitnir,
Vig et Gandalf,
Fili, Kili,
Fundin, Vali
Thror, Throin
[…]

Y’a comme un air de famille hein ? Ca arrive à d’autres moments dans ce livre, de trouver une sonorité très familière à des noms. C’est assez rigolo du coup comme lecture, de même lorsque on découvre des passages que Gaiman a allègrement repris dans ses textes (je comprends enfin le pourquoi du châtiment de Loki dans le tome 4 de Sandman).

Bref tout cela forme une lecture fort intéressante pour les accros à la mythologie, et nul doute que je comprendrais bien mieux certaines choses à ma prochaine relecture d’American Gods. Mais pour le moment, j’ai un challenge à finir  !


samedi 8 octobre 2011

Roverandom - J.R.R. Tolkien


Histoire de varier les plaisirs, et de quitter temporairement les rivages de la Terre du Milieu, j’ai plongé dans un autre ouvrage jeunesse de Sieur Tolkien, Roverandom.

Cette histoire a été inventée par Tolkien pour consoler son fils Michael qui avait égaré son précieux jouet chien pendant les vacances. Il imagina donc toute une série de péripéties qui arrivèrent au jouet (qui était en fait un chien changé en jouet).

Et nous voilà donc partis dans un univers fou où l’on trouve un magicien perse, un sablesorcier, un royaume aquatique, un lunehomme qui vit dans sa tour sur la face éclairée de la Lune, un jardin sur la face cachée du même astre, où les enfants viennent jouer dans leurs rêves, et même un dragon !

On se retrouve en fait avec un conte de fées typique : un jeune chiot est changé en jouet par un magicien après l’avoir impunément mordu, et il se retrouve embarqué dans un périple, bon gré mal gré, qui l’amènera à la fin à retrouver sa forme originelle.

On trouve cependant quelques obsessions propres à Tolkien, et certains passages peuvent assez facilement évoquer ses autres œuvres (le Lunehomme m’évoque beaucoup Tom Bombadil par exemple). Mais ce n’est pas une lecture aussi plaisante que ses autres contes publiés dans Faerie.

Le problème, c’est que Roverandom est publié à partir de différents manuscrits de Tolkien, qui n’a jamais donné de forme finale au conte, et cela se ressent. L’ensemble manque un peu de fignolage, et l’éditeur a préféré laisser certaines contradictions plutôt que de les corriger.

Tout cela est expliqué dans des renvois en fin d’ouvrage qui pollueraient presque la lecture tant ils sont nombreux (86 pour un ouvrage de 100 pages !) et coupent la lecture : ces renvois vont souvent au-devant de l’intrigue, ou dérivent en hors sujet. Mieux vaut ne pas les lire à première lecture.

C’est là où je me rends compte que je préfère nettement le travail éditorial de Christopher Tolkien, qui dans son Histoire de la Terre du Milieu réserve les notes essentiellement aux différences orthographiques des noms, et réalise ensuite un commentaire du texte pour les éléments concernant la création, la rédaction, les évolutions et les références… C'est tout de suite plus agréable à lire.

Dans le cas de Roverandom, on se retrouve finalement avec un conte assez classique, un peu bancal sur les bords, et noyé sous les renvois. Même si l’histoire a son charme (d’autant plus que le livre contient quatre aquarelles et dessins de Tolkien), et que certains passages m’ont fait sourire, ce n’est pas un titre indispensable à lire, à part pour les malades dans mon genre qui veulent TOUT lire de lui.

Une petite citation pour finir, parce qu’elle m’a bien fait rire :
« Stupide chien toi-même. Qui as-dit que tu pouvais t’appeler Rover, toi qui a l’allure d’un chat ou d’une chauve-souris plutôt que d’un chien ? »
Cette déclaration vous laisse comprendre qu’ils se préparent à devenir très vite de très bons amis. C’est ainsi en effet que les petits chiens s’adressent habituellement aux inconnus de leur race.

CITRIQ

samedi 1 octobre 2011

La route perdue - J.R.R. Tolkien


Assez bizarrement, autant je calais un peu sur l’opus précédent de l’Histoire de la Terre du Milieu (la Formation de la Terre du Milieu), autant ce cinquième volume, la Route perdue, me tentait bien plus. D’abord parce qu’on y trouve Númenor au programme, et ensuite… figurez-vous que c’est la faute à Neil Gaiman.

Oui j’arrive à parler de lui même dans un article sur Tolkien, je suis irrécupérable. Mais il y a un lien, je vous jure. Figurez-vous que dans son comic Sandman (que je vous encourage vivement à lire, mais ceci est une autre histoire), on visite à plusieurs reprises dans le domaine du rêve une bibliothèque gérée par Lucien, et qui contient des ouvrages très intéressants :


Désolé pour l’image pas très lisible, je n’ai pas trouvé mieux et je n’ai pas mon exemplaire de la Saison des Brumes (Sandman vol. 4) sous la main. Si vous plissez un peu des yeux, vous repérerez La route perdue de Tolkien, deuxième à droite à côté du Lewis Caroll, entre autres livres jamais écrits ou jamais terminés autrement qu’en rêve.

Bien sûr cette bibliothèque doit déborder d’œuvres inachevées de Tolkien, mais pourquoi avoir choisi celle-là ? Du coup ça m’a toujours un peu intriguée. Et il faut avouer que bien que n’occupant que peu de pages dans ce volume, l’esquisse de la Route perdue présentée dans ce volume est très intéressante.

L’idée de ce roman est née d’une discussion avec C.S. Lewis, rapportée dans sa correspondance (ce mini extrait donne bien envie de se mettre pour de bon à la lecture de ses Lettres d'ailleurs), sur le fait qu’il y avait trop peu d’histoires comme ils en aimaient, et qu’ils devraient donc en écrire eux-mêmes.
Nous sommes tombés d’accord pour qu’il essaie « le voyage dans l’espace » et que j’essaie « le voyage dans le temps ». De son côté, le résultat est bien connu. Mes tentatives, après quelques chapitres, ont tourné court : c’était un détour trop long vers ce que je voulais réellement faire, à savoir une nouvelle version de la légende de l’Atlantide. La dernière scène a été conservée pour devenir la Chute de Númenor.
Pour l’œuvre de Lewis, je pense qu’il s’agit de sa trilogie cosmique (que je n’ai jamais lue). Quant au projet inachevé de Tolkien, je ne peux m’empêcher de penser qu’on a là un excellent point de départ pour un épisode de Doctor Who le mettant en scène, mais je m’égare…

A vrai dire les textes de la Route perdue n’occupent qu’une grosse centaine de pages sur les cinq cents du volume, mais ils sont très intéressants. Le titre fait référence au chemin pour se rendre à Valinor, la voie droite, qui est perdue lorsque les Valar rendent la Terre ronde pour couper l'accès à Valinor, ce qui entraine la submersion de Númenor.

On trouve tout d’abord deux versions de la Chute de Númenor, versions abrégées de l’histoire où on sent la mythologie qui commence à se mettre en place : Sauron porte enfin le nom qu’on lui connaît par le Seigneur des Anneaux, et on commence à voir apparaître des figures telles que Gil-Galad et Elendil (dans une Dernière Alliance des elfes et des humains), avec un Elrond qui joue le rôle du premier roi de l’île, faute d’avoir son frère jumeau pour le remplacer.

Ensuite se trouvent les fragments de la Route perdue à proprement parlé, qui sont assez différents de tous les récits mythologiques de Tolkien. Bien sûr, on ne voit pas les personnages construire une machine à voyage dans le temps, le trajet semble destiné à s’effectuer plutôt de façon mystique (même si la partie en question n’a jamais été écrite).

Les premiers chapitres racontent l’histoire d’un père et de son fils, dans notre époque actuelle (enfin celle de Tolkien), tous deux férus d’étude de langues et d’histoire ancienne, à qui on va proposer ce voyage dans le passé.

Inutile de vous dire que si on laisse de côté le voyage, le ton a quelque chose de très personnel (même si le récit n’est pas autobiographique), c’est un des rares textes de Tolkien où on sent particulièrement proche de l’auteur.

Les autres chapitres concernent Númenor, et mettent en scène un certain Elendil qui discute avec son fils Herendil sur les dangers de lancer une expédition à l’Ouest, et sur les manigances de Sauron. Difficile de ne pas noter le parallèle entre les deux histoires de relation entre un père et son fils.

Ces textes sont assez courts (et viennent accompagnés de deux trois poèmes plus ou moins liés), mais suscitent vraiment la curiosité. C’est tellement différent du Tolkien habituel, j’aurais bien aimé en lire plus !

A part ces fragments, ce volume de l’Histoire de la Terre du Milieu qui s’intéresse à la période juste avant l’écriture du Seigneur des Anneaux propose différents textes, dont de nouvelles versions des Annales de Valinor et du Beleriand, sur lesquels je ne m’étendrais pas.

On trouve ensuite une première version de l’Ainulindalë (le premier texte du Silmarillion qui raconte la création du monde), et le Lhammas (qui n’a rien à voir avec les lembas), une vraie nouveauté pour le coup ! Il s’agit d’un texte qui raconte l’origine de toutes les langues de la Terre du Milieu et leurs influences mutuelles, complexe schéma fléché à l’appui.

Il y a beaucoup de subtilités au niveau des différentes évolutions linguistiques, qui se recoupent avec les multiples hésitations de Tolkien quant aux statuts des différents elfes (ceux qui sont allés à Valinor, ceux qui n’y sont pas allés, ceux qui ont pris la route mais se sont arrêtés pour ramasser des fleurs…). C’est assez obscur, mais c’est plaisant de se rappeler à quel point son univers est complexe et travaillé.

La plus grosse partie du volume est occupée par la Quenta Silmarillion (oui, encore), dans une de ses versions les plus récentes, celle sur laquelle Tolkien travaillait avant que son éditeur la refuse, et lui conseille plutôt d’écrire une suite au Hobbit. Le manuscrit était particulièrement beau selon Christopher Tolkien, mais on se contentera de le croire sur parole.

C’est une version très proche de celle publiée en 1975, cela se sent parfois dans les tournures, même si l’univers n’est pas encore complètement fixé. La fin commence vraiment à prendre forme quant au destin d’Eärendel et d’Elwing, et Elros, le frère jumeau d’Elrond qui donnera naissance à la lignée des rois de Númenor s’impose dans les corrections.

Mais je ne vous cache pas que je sature un peu, je comprends le choix éditorial de présenter les travaux chronologiquement, mais on finit de se lasser de relire à l’infini les mêmes histoires, avec des différences parfois infinitésimales difficiles à saisir d’un tome à l’autre.

En guise d’appendices, on trouve les Etymologies (une sortie de dictionnaire que Tolkien complétait tout en écrivant avec les mots et leurs racines), que j’ai survolé vite fait, ainsi qu’une nouvelle carte du Beleriand, bien plus lisible que les précédentes.

Au final, j’ai trouvé ce volume plus intéressant que le précédent (notamment pour la partie sur la Route perdue), mais je ne vous cache pas que j’ai dû me forcer à avancer dans l’ouvrage une fois passés la première partie. Je suis admirative du travail réalisé par Christopher Tolkien pour présenter tous ces textes de façon aussi claire, mais je préférerais lire autre chose que la matière du Silmarillion, aussi belle soit-elle.

C’est un peu énervant de s’arrêter là, parce que les tomes suivants (non traduits en français pour le moment) couvrent l’écriture du Seigneur des Anneaux, ce qui pour le coup m’intéresserait plus. Mais j’avoue manquer de courage pour continuer l’aventure en vo…

D’autant plus que j’ai encore d’autres textes à lire en vf ! Prochaine étape, Roverandom. Petit à petit, j'en vois le bout de ce challenge...


CITRIQ

Ce que j'ai lu :
Ce qu’il me reste à lire :
Roverandom
Les Enfants de Hurin
La Légende de Sigurd et Gudrun
Une étude : Sur les rivages de Terre du Milieu de Vincent Ferré
Une oeuvre qui l'a inspiré : L'Edda

vendredi 5 août 2011

La Formation de la Terre du Milieu - J.R.R. Tolkien


Je crois que je commence à caler un peu sur mon Middle Earth Challenge, ce qui n’a rien d’anormal, c’est tout de même mon 11e Tolkien en un an ! Il faut avouer aussi que ce n’est certainement pas le tome le plus passionnant de l’Histoire de la Terre du Milieu, contrairement aux derniers volumes.

J’ai regardé un peu ce que contiennent les derniers tomes l’autre jour, et j’avoue avoir trouvé les derniers tomes qui abordent le Seigneur des Anneaux bien plus alléchants que celui-ci, qui revient une fois de plus sur la matière du Silmarillion.

En fait, la majeur partie de ce volume est occupé par Le Premier Silmarillion (ou l’esquisse de la mythologie, déjà présenté dans un ancien volume il me semble) et la Quenta (un Silmarillion déjà plus conséquent de quelques centaines de pages), des résumés de sa mythologie qui plus tard deviendront le Silmarillion.

Je vous avoue qu’une certaine lassitude me gagne à relire encore et encore la même mythologie, même s’il est amusant de relever les changements. Par contre j’ai complètement zappé les versions en ancien anglais (oui parce qu’il y a aussi des fragments en ancien anglais), vu que je suis tout simplement incapable de les lire.

Ce qui finit par frapper, ce sont les manques dans ces premiers tomes de l’Histoire de la Terre du Milieu : ces textes ont été écrits bien avant le Seigneur des Anneaux, si bien que toute la matière du Seigneur des Anneaux (donc le 2e et le 3e âges, de Numenor à la chute de Sauron) n’existe pas.

Quand on pense à Tolkien, on pense aux Hobbits, à Aragorn, à Legolas, et tous ces éléments sont complètement absents de ses anciens textes. C’est bien pour ça que je suis bien plus tentée de lire les derniers volumes de l’Histoire de la Terre du Milieu (ceux non traduits), pour savoir comment ces éléments sont arrivés là.

Car pour le moment tout manque. Elrond n’a pas de frère, par exemple (bien qu’il reste tout de même en Terre du Milieu à la fin de l’histoire). Du coup il n’y a pas non plus de Numenor, bien qu’une allusion soit fait à des Hommes autorisés à partir à l’Ouest.

En fait l’histoire se finit sur la dernière bataille contre Morgoth, et la conclusion ne peut vous évoquer que Ragnarök :
Lorsque que le monde sera vieux et que les Puissances seront lasses, alors Morgoth repassera la Porte hors de la Nuit Eternelle , et il détruira le Soleil et la Lune, mais Eärendel s’abattra sur lui comme une flamme blanche et le fera déchoir des airs. Alors la dernière bataille sera livrée sur les champs de Valinor. En, ce jour, Tulkas luttera contre Melko, et à sa droite se tiendra Fionwë, et à sa gauche Túrin Turambar, fils de Húrin, Vainqueur du Destin ; et ce sera la noire épée de Túrin qui portera le coup fatal et l’enverra à sa fin ultime ; ainsi seront vengés les enfants de Húrin et les peuples des hommes.
Et ça continue tout aussi joyeusement en Apocalypse finale :
Puis les Silmarils seront récupérés dans la mer, la terre et l’air ; car Eärendel descendra pour remettre la flamme qu’il avait sous sa garde. Alors Fëanor apportera les Trois et les cédera à Yavanna Palúrien ; et elle les brisera et rallumera de leur feu les Deux Arbres, et une grande lumière jaillira ; et les Montagnes de Valinor seront rasées, de sorte que la lumière s’étendra sur le monde entier. Dans cette lumière les dieux rajeuniront, et les Elfes s’éveilleront et tous leurs morts se relèveront, et le dessein d’Ilúvatar les concernant sera accompli. Mais des Hommes en ce jour, la prophétie ne dit mot, Túrin excepté, lui qu’elle nomme parmi les Dieux.
On est bien loin du « voici venu l’âge des Hommes » du Seigneur des Anneaux !

Outre ces proto-Silmarillion et quelques fragments en prose, La Formation de la Terre du Milieu comprend aussi un chapitre sur les cartes crées par Tolkien. Il permet de voir un peu l’évolution de la géographie d’Arda et de la Terre du Milieu (à travers les âges et dans l’esprit de Tolkien aussi).

Mais ce que j’ai trouvé le plus intéressant, ce sont les schémas en coupe représentant le monde (une terre plate entourée par différentes couches d’air et de mer aux propriétés différentes (il y a des couches d’air différentes, celles où on trouve les oiseaux et celles auxquelles seuls les Valar accèdent), et les Ténèbres autour.

Enfin, l’ouvrage se termine sur les premières annales de Valinor et les premières annales du Beleriand, qui reviennent une fois de plus sur les mêmes événements, mais cette fois-ci sous forme d’une chronologie.

Cela permet de mettre en parallèle les différents événements historiques, mais surtout de se faire une idée de la mesure du temps et des intervalles entre les événements. Ce n’est pas flagrant dans les annales de Valinor qui s’arrêtent au départ des Noldor de Valinor et couvrent 30 000 ans d’histoire, mais on se rend vite compte qu’il y a un petit problème dans les annales du Beleriand.

Les événements s’enchainent tellement vite que ça enlève pratiquement tout caractère mythologique à la chose : de la création du Soleil et de la Lune à la récupération des Silmarils, à peine 250 ans s’écoulent !

Tolkien s’est assez vite rendu compte du décalage car la deuxième version des annales du Beleriand très incomplète, espace bien plus les événements : Beör, un des Pères des hommes, ne naît qu’en l’an 198, alors que dans la première version, les années 200 couvraient plutôt l’histoire de Tuor !

Voilà donc pour cet ouvrage, qui est loin d’être le plus intéressant du lot, sans doute parce qu’il est trop proche du Silmarillion justement. Ceci dit le tome suivant, la Route perdue, devrait aborder les versions primitives de la légende de Numenor, ce qui devrait amener un peu de nouveauté !


CITRIQ

mardi 5 juillet 2011

Faërie et autres textes – J.R.R. Tolkien


C’est un étrange bouquin que ce Faërie et autres textes, qui est une réédition qui fusionne le recueil Faërie (qui contenait trois contes et un essai de Tolkien), et les Aventures de Tom Bombadil (des poèmes en vers rattachés au Seigneur des Anneaux), avec quelques textes en plus.

Je crois bien que c’est la première fois que je préfère la version d’origine à la version augmentée. Les textes supplémentaires sont en effet assez durs à lire, et l’ensemble donne une impression de bric-à-brac un peu désagréable. Si vous disposez déjà chez vous de Faërie et des Aventures de Tom Bombadil, inutile donc d’investir dans cette nouvelle version.

Vous vous en doutez, il est donc impossible de faire une critique globale de ce recueil (qui n’a pas d’équivalent anglais d’ailleurs, c’est assez étrange), je parlerais donc de ses différents éléments séparément.



Le Retour de Beorhtnoth fils de Beorthelm

Bon en fait ça commence très mal sur un étrange texte qui parle d’un duc anglais de la fin du Xe siècle, le fameux Beorhtnoth. On a le droit à un rapide résumé introductif de ses exploits, puis un récit en vers (du théâtre ?) écrit par Tolkien et inspiré d’un texte ancien, puis un commentaire.

Pour les amateurs de vieille littérature anglaise, c’est peut-être un délice, mais je vous avoue avoir retenu fort peu de choses, si ce n’est quelques idées de Tolkien dans la dernière partie, notamment sur l’honneur et la loyauté, qu’il met en parallèle avec Beowulf notamment.


Faërie

Je pense que l’éditeur de cette nouvelle édition a voulu achever les lecteurs avant même la 100e page. Dans l’ancienne édition de Faërie, cet essai se trouvait à la fin, cette fois-ci, on le retrouve en deuxième position.

C’est un essai sur le conte de fées, plutôt intéressant, mais Tolkien n’a pas un style très fluide en tant qu’essayiste, il tourne beaucoup autour du pot, ce qui rend la lecture assez difficile. J’ai pris plus de temps pour lire cet essai que le reste du bouquin.

Mais il contient des choses plutôt intéressantes sur le sujet, notamment sur le rapport entre contes de fées et enfants qui pour lui est à la limite de l’absurde (p.92) :
L’association des enfants aux contes de fées, est, à vrai dire, un accident de notre histoire domestique. Dans le monde lettré moderne, les contes de fées ont été relégués à la chambre d’enfants, comme on relègue à la salle de jeux les meubles médiocres ou démodés, principalement du fait que les adultes n’en veulent pas et qu’il leur est égale qu’ils soient maltraités.
Et le reste du passage est très intéressant, notamment comment il perçoit les Fairy Books (ces version expurgées qu’on pourrait je pense comparer à la version Disney de certains contes).

Je suis assez peu en phase avec ses propos à vrai dire, notamment sur le fait d’analyser un conte sans prendre en compte toutes les différentes versions ou les schémas récurrents. Ceci dit, Tolkien s’intéresse dans le conte principalement à l’univers de Faërie en tant que tel, plus qu'à la structure narrative, et on le reconnait bien en cela l’idée que le mènera peu à peu à la Terre du Milieu.


Feuille, de Niggle / Le Fermier Giles de Ham / Smith de Grand Wootton

Ces trois contes écrits par Tolkien sont un plaisir à lire, surtout les deux derniers. Feuille, de Niggle est un peu plus obscur, et il y a un je ne sais quoi qui me met mal à l’aise dans les péripéties de Niggle, même si je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Ca ne m’avait pas frappé à la première lecture, mais cette fois-ci je l’ai juste trouvé bizarre.

Par contre le Fermier Giles de Ham est un vrai délice à lire. Il y a quelque chose du Hobbit dans cette histoire d’un fermier qui se retrouve à combattre un dragon un peu par hasard. Le texte déborde d’humour (notamment tout le délire avec les noms en latin), et les péripéties du fermier Giles sont très plaisantes à lire.

Smith de Grand Wootton est tout aussi sympathique, mais on est moins dans l’aventure et plus dans l’évocation du pays des fées. Spontanément, ça me fait plus penser aux écrits de Lord Dunsany ou à Thomas le Rimeur de Ellen Kushner, bref, de la bonne vieille fantasy anglaise. Féérique et charmeur, c’est un plaisir à lire en tout cas.


Mythopoeia

Deuxième ajout de cette édition, il s’agit d’un poème en vers sur les mythes. D’office ça fait peur. Il est disponible en version bilingue, mais j’ai du me contenter de la vf, il est assez dur à comprendre comme cela. La 4e de couverture le qualifie de « texte fondamental pour comprendre Tolkien et sa relation au mythe ». Peut-être, mais je vous avoue qu’il m’a laissé surtout perplexe.

Les Aventures de Tom Bombadil

En fait, ce sont vraiment les récits qui sont les plus intéressants dans ce recueil. Les trois contes, bien sûr, et les Aventures de Tom Bombadil et autres aventures tirées du Livre Rouge, de son nom complet, seule partie de ce livre à se rattacher réellement à la Terre du Milieu.

Ce sont en effet des poèmes d’origine hobbit pour la plupart, faisant partie du fameux Livre Rouge (si vous avez lu le Seigneur des Anneaux jusqu’aux appendices, vous saurez qu’il s’agit de l’équivalent « in universe » du Hobbit et du Seigneur des Anneaux, puisqu’il s’agit de l’ouvrage qui contient les récits de Bilbo et de Frodo -entre autres-).

En édition bilingue également, ces poèmes se lisent avec plaisir. On retrouve quelques textes du Seigneur des Anneaux (les chansons de Sam sur les Trolls et les Oliphants, la chanson de Frodo à Bree à propos de l’Homme qui vit sur la lune), et d’autres créations, dont deux aventures de Tom Bombadil plutôt rigolotes.

On a un peu l’impression de revenir dans l’univers de la Terre du Milieu, surtout avec le prologue qui tente d’identifier les différents auteurs et influences de ces poèmes. Et puis, les Aventures de Tom Bombadil fait partie des rares ouvrages publiés du vivant de Tolkien, tout de même !


Bilan en demi-teinte pour ce recueil, c’est bien la première fois que je bute sur des textes de Tolkien. Il a écrit d’autres essais d’ailleurs, mais je crois que je vais passer mon tour. Je préfère encore les explications de trente pages de son fils sur les évolutions des noms, c’est pas forcément plus compréhensible mais ça se lit mieux !

A noter que si la traduction des Aventures de Tom Bombadil a été révisée pour cette édition, ce n’est pas le cas du reste des textes. Les contes (Gilles de Ham et cie) ont été traduits par Francis Ledoux (traducteur du Seigneur des Anneaux), et certains passages sont parfois un peu lourds, je me rappelle maintenant pourquoi j’ai préféré relire la trilogie en VO.

Bon et maintenant je retourne en Terre du Milieu avec la Formation de la Terre du Milieu, justement !


CITRIQ

vendredi 15 avril 2011

Les Lais du Beleriand - J.R.R. Tolkien


Bien que je ne sache pas encore ce que me réserve la suite de l’Histoire de la Terre du Milieu, je pense que les Lais du Beleriand est un des textes les plus difficiles à aborder. Ce n’est pas vraiment le contenu qui pose problème (les histoires des enfants de Hurin ou de Beren et Luthien, qui ne connait pas ?), mais plutôt la forme.

Sincèrement, quand on tient un bouquin de 800 pages dont on sait qu’il ne contient que de la poésie, il y a de quoi prendre la fuite ! Surtout que je ne sais pas vous, mais personnellement la poésie de Tolkien traduite en français (et même en anglais parfois, j’avoue avoir sauté les quatre pages de l’histoire d’Earendil dans la Communauté de l’Anneau), ça me donne envie de fuir.

Je ne suis pas terriblement sensible à ce mode d’expression en général, alors imaginez un peu ma tête quand je me suis rendue compte de ce que je m’apprêtais à lire. Heureusement, il y a deux points qui font relativiser un peu :
  • Tout le bouquin n’est pas composé de textes en vers, on y trouve comme d’habitude les commentaires de Christopher Tolkien (sur les différentes versions et leurs évolutions) et autres annexes, et il faut également enlever la moitié du Lai de Lethian au nombre de pages, pour la simple et bonne raison que…
  • Ce deuxième Lai, de loin le plus long, est disponible en version bilingue, une très bonne initiative que j’aurais aimé voir étendu à tout le livre (ce qui en aurait fait un pavé monstrueux, mais quand on aime…). Et ça, ça change tout.
    Je ne sais pas si Tolkien était un génie, ou un fou furieux, mais dans les multiples formes qu’ont pris ses récits de la Terre du Milieu, il a travaillé au début des années 20 sur des versions versifiées de ses histoires. Il aimait la poésie, c’est une évidence, mais de là à écrire des récits complets en vers, il y a un sacré gouffre qu’il n’a pas hésité à franchir.

    Même s’il abandonné assez vite son projet, il a trouvé tout de même le temps d’écrire quelques 5000 vers pour deux lais, ce qui n’est pas rien tout de même. Les Lais du Beleriand nous proposent donc de les découvrir, tous inachevés qu’ils sont.

    Le premier texte, le Lai des enfants de Hurin, s’intéresse, vous vous en doutez, à l’histoire des Enfants de Hurin, un des dadas de Tolkien. Après tout, ce n’est que la 4e version qu’on a l’occasion de découvrir ici, après celle du Silmarillion, celle des Contes et légendes inachevés, et celle des Contes perdus. On finira par le savoir, qu’ils sont maudits par le sort !

    La version en vers (plus précisément en vers allitératifs, si ça vous parle) n’apporte rien de neuf en soit (à part quelques variations de noms, de situations, etc.), mais il est certain que cela donne une certaine patine ancestrale au récit, comme s’il avait traversé les âges au lieu de juste sortir de la tête d’un professeur du XXe siècle.

    La lecture n’est cependant pas très facile en français, on sent bien que le texte perd à la traduction, en sens comme en rythme. Certains passages se sont tout de même imprimés dans ma tête, car même en français, on sentait leur force dramatique, comme lorsque Túrin est envoyé chez Thingol par sa mère :
    Les adieux sont faits ; ils tournent les talons
    vers la sombre forêt ; le foyer s’efface
    dans l’entrelac des arbres. Alors le cœur de Túrin
    s’éveille, tressaille, les pleurs l’aveuglent,
    il l’appelle : « je ne puis, je ne puis te quitter
    Morwin, ma mère, pourquoi me chasser ?
    Haïssables collines où l’espoir est perdu.
    Morwin, ô mère, je suis baigné de larmes.
    Sinistres collines, je n’ai plus de maison. »
    Au loin portaient ses cris faible appel
    par les sombres allées d’arbres mornes,
    et celle qui pleurait sans force sur son seuil
    entendit les collines dire « je n’ai plus de maison ».
    [Si vous trouvez qu’insérer des citations dans un article est chiant, sachez que la même chose en vers, c’est encore pire ! D'ailleurs la copie n'est pas très fidèle, il y a des espaces au milieu de chaque vers, mais mon blog refuse de les afficher...]

    Suite à ce texte, on trouve quelques poèmes jamais vraiment développés, sur lesquels je ne m’attarderais pas, ils sont bien trop fragmentaires pour en dire quoi que ce soit. Contrairement au deuxième gros morceau du livre, le Lai de Leithian.

    Comme son nom l’indique (à peu près), il revient sur l’autre dada de Tolkien, l’histoire de Beren et Luthien, le Roméo et Juliette de la Terre du Milieu, en plus épique et avec un final nettement plus joyeux, tout de même !

    Le découvrir versifié (en distiques octosyllabiques, si ça vous parle) est un peu une façon de revenir aux sources, car si vous avez lu Tolkien dans le bon ordre, la première fois qu’on vous a parlé de Beren et Luthien, c’était dans une chanson d’Aragorn dans la Communauté de l’Anneau.

    D’une certaine manière, la boucle est bouclée, d’autant plus qu’on retrouve pas mal d’éléments communs entre la version très abrégée proposée dans le Seigneur des Anneaux et celle des Lais de Beleriand (et ne parlons pas des parallèles entre le Lai et le Silmarillion pourtant en prose, il y en a pour des pages).

    Au début du Lai de Leithian, j’ai voulu alterner vo et vf, et très vite, j’ai abandonné la deuxième. Si on perd en compréhension à lire en anglais (les passages descriptifs ne sont pas de tout repos), la traduction français à laquelle je me suis référée de temps à autre pour identifier un mot, fait souvent pâle figure en comparaison :
    But Melian smiled, and there was pain
    as of far knowledge in her eyes ;
    for such is the sorrow of the wise
    Qui devient :
    Melian sourit, Sapience aux yeux,
    celle du sage malheureux
    Je ne doute pas que le traducteur se soit donné du mal, mais arriver à rendre autant la beauté de l’histoire que du texte, le rythme, les rimes… c’est impossible. Et finalement, en avançant dans le texte, je me suis retrouvée à apprécier les sonorités et la rythmique des mots, qui comme pour les enfants de Hurin, donne vraiment un côté ancien à l’histoire.

    Il y a des passages qui font vraiment vibrer, surtout certaines introductions de chants qui remontent parfois dans le passé, comme le moment où ils racontent le duel de Fingolfin et de Morgoth. Ou lorsque les fils de Feanor rappellent leur serment, qui se retrouve pratiquement tel quel dans le Silmarillion d’ailleurs :
    ‘Be he friend or foe, or demon wild
    of Morgoth, elf, or mortal child,
    or any that here on earth may dwell,
    no law, nor love, nor league of hell,
    no might of Gods, no binding spell,
    Shall him defend from hatred fell
    of Fëanor’s sons, whoso take or steal
    or finding keep a Silmaril.
    These we alone do claim by right
    our thrice enchanted jewels bright.’
    Le Lai de Leithian m’a vraiment plu, et c’est vraiment dommage qu’il n’ait jamais été achevé. Les bonus proposés par Christopher Tolkien, le commentaire réalisé par C.S. Lewis comme s’il commentait une sorte de réécriture de texte médiéval (que j’ai fini par sauter car j’avais du mal à le suivre dans ses mini-corrections) et une réécriture encore plus incomplète du même Lai, n’y changent rien. Mais c’est le propre de ces écrits, d’être inachevé, hélas.

    Comme pour les Contes Perdus, cela reste une lecture à réserver aux plus aficionados de Tolkien. Ce n’est pas une nouvelle histoire, juste une nouvelle version sous une forme différente, très plaisante à lire d’ailleurs (ça ne m’a même pas pris 15 jours), mais à moins d’avoir un goût très prononcé pour la poésie et les histoires à l’ancienne, cela risque de vous laisser de marbre.

    Moi, bien sûr, je suis complètement tombée sous le charme de ce texte désuet, parce que Tolkien a une jolie plume, et sait raconter de belles histoires. Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise, je crois que je suis définitivement perdue. On se retrouve très vite pour la suite !


    CITRIQ

    Avec tout ça, j'en suis quand même à mi chemin de mon challenge Valar ! Je vais faire une petite pause sur l'Histoire de la Terre du Milieu pour me pencher sur Faerie et autres textes, une compilation de nouvelles et d'essais de Tolkien, qui contient aussi les aventures de Tom Bombadil.

    Ce que j'ai lu :
    Les Lais du Beleriand

    Ce qu’il me reste à lire :
    Faerie et autres textes
    La Formation de la Terre du Milieu
    La Route perdue
    Les Enfants de Hurin
    La Légende de Sigurd et Gudrun
    Une étude : Sur les rivages de Terre du Milieu de Vincent Ferré
    Une oeuvre qui l'a inspiré : L'Edda
    Roverandom