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mardi 21 avril 2020

Le livre d’or de la science-fiction : Christopher Priest – Christopher Priest


Cela faisait plus de deux ans que je ne vous avais pas servi de chronique sur un Livre d’or de la science-fiction, quelle horreur ! Et c’est entièrement ma faute en plus ! J’en avais acheté un en 2018, mais je l’ai fait traîner, traîner, traîner… jusqu’à que je me jette à l’eau en ce début d’année.

lundi 16 octobre 2017

Le livre d’or de la science-fiction : Robert Heinlein – Robert Heinlein


Je poursuis petit à petit ma découverte des grands noms de la SF par le biais des Livres d’or de la SF, d’excellents ouvrages qui proposent une présentation de l’œuvre d’un auteur et une sélection de nouvelles. Cette fois-ci c’est le tour de Robert Heinlein, dont je n’ai pas lu grand-chose à ce jour, à part un roman et peut-être quelques nouvelles. Il était grand temps de réparer cette erreur !

dimanche 29 janvier 2017

Le livre d’or de la science-fiction : Robert Silverberg – Robert Silverberg


Après avoir passé un excellent moment de lecture avec Dernières nouvelles de Majipoor, j’ai voulu continuer à faire un bout de route avec Robert Silverberg, j’ai donc sorti du fond de ma Pile à lire son Livre d’or de la SF, acquis et dédicacé aux Utopiales 2015. Un collector à plus d’un titre donc !

mercredi 27 avril 2016

Le livre d’or de la science-fiction : Theodore Sturgeon – Theodore Sturgeon


Theodore Sturgeon fait partie de ces grands noms de la SF des années 50 dont j’avais déjà goûté la plume il y a quelques années grâce aux très connus Cristal qui songe et Les plus qu’humains, et au moins connu mais néanmoins étonnant Un peu de ton sang. J’avais envie d’explorer un peu plus son œuvre, et quoi de mieux qu’un livre d’or de la SF pour cela ?

Commençons d’abord par l’instant couverture (ça va devenir une tradition) : elle est signée Wojtek Siudmak, du coup c’est presque normal qu’on ait du mal à voir le rapport entre l’image et le texte, c’est même caractéristique du bonhomme. Et on échappe aux femmes à poil, c’est plutôt pas mal même si la fourmi avec un crâne humain en guise de tête qui tire des rayons laser me laisse un peu perplexe…

Mais laissons de côté ces interrogations iconographiques pour s’intéresser à ce recueil, réalisé par Marianne Leconte, dont la préface est fort intéressante pour mettre en lumière les thèmes fétiches de Sturgeon, mais surtout pour découvrir sa vie privée haute en couleur (j’ai perdu le compte du nombre de ses mariages !).

Après quoi on peut profiter de douze nouvelles qui oscillent entre SF et fantastique, avec des tons très variés… comme toujours dans ce genre d’ouvrages, il est difficile de tout aimer, cela dépend de ses affinités : pour ma part ce sont les textes qui parlaient le plus de l’Autre, de la différence et de la solitude qui m’ont le plus plu. Des thèmes déjà abordés dans Cristal qui songe, et qui tiennent à cœur à l’auteur, à n’en point douter.

La première nouvelle, L'Île des cauchemars, évoque un peu les récits fantastiques du XIXe siècle dans sa construction (un homme raconte à un autre l’histoire d’un troisième qui semble avoir perdu la tête suite à un naufrage), avec un petit côté Lovecraft par moment (mais très léger, c’est sans doute les tentacules qui m’y font penser) mais pas mal de notes d’humour (un peu noir) ici et là. Le résultat est très chouette, c’est une excellente mise en bouche.

Les Ossements met en scène un inventeur qui met au point une machine qui peut lire dans les os les derniers souvenirs de l’homme ou de l’animal. Le concept est sympathique, et l’ambiance plutôt réussie.

On enchaîne ensuite avec Largo, une superbe histoire de musique et de vengeance magistralement orchestrée (sans mauvais jeux de mots). J’ai adoré (et le titre est très adapté après vérification auprès d’un spécialiste du classique).

Cicatrices n’appartient pas vraiment à la SFFF avec son histoire de deux gardiens de troupeaux qui se racontent leurs histoires autour du feu. Elle ne m’a pas tellement marqué même si elle est bien écrite.

Tout le contraire de Un don particulier, une bonne vieille SF avec des aliens où un équipage en route pour Venus maltraite un peu trop un de ses passagers. Beaucoup de méchanceté gratuite, et une très belle morale à la fin, une excellente nouvelle donc.

M. Costello, héros est lui aussi un récit de SF à tendance space-opéra, qui parle de vivre en harmonie, et qui réussit à le faire de la façon la plus inquiétante possible.

Je n’ai pas très bien compris La Musique, mais comme c’est un récit court, ce n’est pas bien grave.

J’ai par contre adoré Parcelle brillante, nouvelle où un vieil homme solitaire recueille une femme à l'agonie chez lui et la soigne. Cette histoire monte doucement en puissance, avec son héros masculin très particulier. Je me suis rendue compte que je l’avais déjà lu dans le livre Un peu de ton sang (sous le titre Je répare tout), j'ai été surprise de n'avoir pas tout à fait la même lecture cette fois-ci (est-ce parce que je savais, ou parce que la traduction a été revue entre les deux éditions ?).

L'Autre Célia est une petite histoire fantastique qui se démarque par un narrateur remarquable par son extraordinaire curiosité (ce qui le rend nettement plus inquiétant que la créature fantastique de cette histoire, un comble !).

Le héros de Un crime pour Llewellyn est excellent également, une sorte de monsieur-tout-le-monde dont le train-train quotidien est bouleversé par un aveu de sa femme. C’est complètement inattendu, à la fois triste et drôle dans cette manière de parler de solitude et de différence. Bref j’ai adoré.

La Fille qui savait parle d’une rencontre entre un homme qui va bientôt mourir, et une femme très étrange. J’ai eu un peu de mal avec ce texte pas très clair, je l’ai presque compris uniquement grâce à l’introduction de l’anthologiste.

Le recueil se termine en beauté avec Sculpture lente (prix Hugo ET Nebula en son temps), une très belle rencontre entre une femme malade et un scientifique qui parle de science, de médecine, de solitude, de différence et de millions d’autres choses. Un très beau texte pour conclure.

Voilà pour ce recueil d’excellente qualité (introduction intéressante, chouette sélection de nouvelles et une bonne bibliographie pour conclure) qui remplit parfaitement son office : donner envie de lire d’autres nouvelles de cet auteur… et il en a écrit : l’intégrale qui existe en anglais ne compte « que » treize volumes !

CITRIQ

samedi 27 février 2016

Le livre d’or de la science-fiction : science-fiction allemande (anthologie)


Après avoir exploré la science-fiction italienne par le biais d’un livre d’or de la SF, j’ai voulu tenter la même aventure avec un autre pays, et je me suis donc plongée dans le livre d’or de la SF allemande, sous-titré Etrangers à Utopolis.

Notons tout d’abord que pour une fois la couverture, où Hitler semble avoir été portraituré par Dali, semble à peu près appropriée (si on ne trouve nulle uchronie de la Seconde Guerre dans ce recueil, les dystopies et les tyrans sont légion). Cela a sans doute à voir avec le fait qu’elle n’est PAS signée de Marcel Laverdet (à quelque part je me sens lésée d’ailleurs).

Elle a été réalisée par Helmut Wenske, un illustrateur allemand. En cherchant un peu j’ai découvert qu’elle avait aussi servi pour un autre livre (avec un titre un peu plus cohérent), preuve qu’il est toujours possible de faire des histoires sur les couvertures de cette collection !

A part ça que trouve-t-on au programme de cette anthologie ? Tout d’abord la traditionnelle introduction signée par l’anthologiste, Daniel Walther, dans laquelle, je dois avouer, j’ai vite été perdue au milieu des noms. Il en ressort une impression de SF allemande pas très structurée (en même temps on obtiendrait peut-être le même résultat en résumant la SF française des années 70 si ça se trouve).

Un passage m’a tout de même marqué : « Il n'y aura jamais plus une seule Allemagne. La réunification des deux Allemagne participe d'un rêve passéiste extrêmement dangereux. Et résolument réactionnaire ». Le plus drôle quand on lit de la vieille SF (1980 ici), c’est quand elle se plante complètement !

Après quoi on plonge dans les nouvelles, en commençant avec Sur la bulle de savon de Kurd Lasswitz qui raconte fort joliment un voyage extraordinaire à la surface… d'une bulle de savon qui se révèle un monde à part entière (avec ses habitants, et son écoulement du temps qui diffère). Une chouette découverte donc.

Rakkox le milliardaire : le roman d'un nouveau riche de Paul Scheerbart est un récit délirant autour de la figure d'un milliardaire qui aime les innovations et peut tout s'offrir. Pour un texte de 1900, il contient quelques belles idées (notamment un essai sur l'intérêt de la guerre sous-marine, à la fois délirant et visionnaire, et le concept de détruire les nations en offrant des billets de croisière pas chères !)

La Bombe solaire de Walter Ernsting dégage une ambiance de vieux space-opera avec son bourlingueur spatial qui se retrouve coincé entre les humains et une race alien toute aussi vindicative. J'ai bien aimé ce qui est dit sur l'espèce humaine et son bellicisme continu, à défaut d'accrocher complètement à l'histoire. La fin, ceci dit, n'est pas dénuée d'ironie.

La Belle et la bête de Ernst Vlcek est un très étrange texte explorant le schéma classique de la société futuriste matriarcale, mais avec une atmosphère de conte de fées. Très cliché sur pas mal de points, mais l’atmosphère est étonnante.

Anatomie de la peur de William Voltz est un de ces textes de SF comme je les aime, avec une chute bien grinçante pour cette projection dans un futur où les banques d'organes sont légions.

Les Enclaves de Herbert W. Franke est un court texte qui parle d'écologie et de surpopulation. Le résultat est plutôt sympathique et percutant.

Le Conseiller du dessous de Peter von Tramin est une nouvelle fantastique plutôt efficace.

Les Autres de Wolfgang Jeschke nous projette dans un futur ravagé par le nucléaire, mais dans avec atmosphère très fantastique... ce qui explique sans doute que j’ai eu un peu de mal avec cette histoire à cheval entre deux registres.

Les Grandes manœuvres de Herbert W. Franke est une histoire sur l'absurdité des conflits, alors qu'une nation pacifique décide d'organiser de grandes manœuvres militaires pour garder sa population entraînée au cas où. On se doute assez vite de la direction que va prendre l'intrigue, mais la construction (un recueil d'articles, communiqués et cie) et le final sont délicieusement absurdes.

Une mission pour Lord Glouster de Alfred Andersch est un dialogue assez fou avec un voyageur temporel, l'aspect folie étant dans le fait que les deux protagonistes semblent trouver l'idée de parler de ça tout à fait logique.

Projet N.O.E. ténèbres et azur de Hermann Ebeling met en scène une Terre à l'agonie où les derniers survivants vivent dans des dômes surpeuplés. L'ambiance est plutôt réussie.

Je suis un peu passée à côté de L'Île de Reinhard Merker, où un homme se fait construire une forteresse sur une île pour échapper au monde. La faute à un héros pas très sympathique.

Premier Amour de Gerd Maximovic met en scène un homme condamné dans une société très 1984, l’ambiance est plutôt intéressante.

Autoexpérimentation de Harald Buwert est un autre texte très 1984 dans son ambiance. Encore plus avec ce dialogue entre un auteur de propagande et son lecteur officiel sur le sujet de la révolte.

Épines de lumière de Gerd Ulrich Weise est un post-apo où l'homme est revenu à un mode de vie primitif. Encore une fois on trouve quelques jolies trouvailles mais j'ai moyennement accroché au mode de récit.

Le recueil se termine sur La Démonstration de Gerhard Zwerenz, une excellente conclusion qui brasse plein d'idées sur la fin de l'humanité, et dont l’introduction contient quelques perles de pragmatisme telles que celle-ci :
« Le 24.12 de chaque année, des fusées spatiales rasent nos villes en vue de créer un nombre suffisant d’emplois pour l’année suivante. Il faut bien reconstruire les métropoles anéanties. Jadis, les grandes et les petites cités humaines étaient détruites par les guerres. Depuis quelques temps, chaque Etat rase ses propres villes. »
Cette anthologie contient quelques chouettes trouvailles, mais je dois avouer que je suis un peu restée sur ma faim, la faute à des thématiques qui n’ont pas forcément bien vieilli et à des récits qui ne se démarquent ni par leurs idées brillantes ni par leur écriture extraordinaire.

En plus ils ne sont pas particulièrement bien mis en valeur par l’anthologiste qui explique presque dans chaque introduction de nouvelle qu’il aurait voulu mettre une autre nouvelle bien meilleure à la place, mais qu’elle était soit trop longue, soit pas assez représentative, soit déjà publiée ailleurs !

C’est dommage car je soupçonne que ça a joué dans mon ressenti, soit parce que j’aurais préféré le meilleur texte non retenu tant qu’à faire, soit parce que j’ai du mal à retrouver dans ma lecture l’excellence mise en avant par l’anthologiste. Ca m’arrive souvent de louer l’excellent travail d’un anthologiste qui vous vend du rêve tout au long de votre lecture… pour ce livre-là ça a été hélas l’effet inverse !

Item 18 : Lire un livre SFFF traduit.

(et avec originalité avec ça, puisqu’il s’agit d’une traduction de l’allemand)

dimanche 13 décembre 2015

Le livre d’or de la science-fiction : J. G. Ballard – J.G. Ballard


Ballard fait partie de ces grands noms de la SF dont je n’avais jamais croisé la route jusqu’ici (sauf peut-être sous forme de nouvelle), il était plus que temps de faire sa connaissance, et quoi de mieux qu’un livre d’or pour se faire une bonne idée du personnage ?

(à condition de ne pas regarder la couverture bien sûr, qui pourrait presque être cohérente si on n’y trouvait pas des guêpes qui font du hoverboard… mais sinon tout va bien !)

Comme assez souvent dans cette collection, la qualité de l’introduction semble conditionner celle du choix des textes. Dans le cas présent Robert Louit, l’anthologiste, fait un excellent travail : il n’a aucun mal à susciter l’intérêt en évoquant les grandes thématiques de l’œuvre de Ballard, et ce-faisant il donne quelques clés de lecture pour comprendre les nouvelles de ce recueil, sans pour autant trop en dire (sauf peut-être à propos du Géant noyé).

Après quoi on ne peut que se lancer à l’aventure dans les textes de Ballard, qui ne sont point classés chronologiquement mais thématiquement (Oppressions subtiles, Plis du temps et Zones sinistrées), et c’est une approche qui fonctionne tout à fait (sauf peut-être lorsqu’on part à la recherche de la nouvelle en question dans la bibliographie en fin d’ouvrage !). Voyons un peu le menu.

En lisant la première nouvelle, L'Homme subliminal, j’ai été frappé par son côté visionnaire. Bien sûr c’est du visionnaire des années 60, c’est-à-dire à la fois extrêmement juste et complètement à côté de la plaque pour certains aspects, mais tout de même, c’est tout le concept d’obsolescence programmée qui est ici mis en scène et c’est sacrément impressionnant.

On enchaîne ensuite L'Homme saturé, étrange texte mettant en scène un homme qui se coupe peu à peu de la réalité. Le résultat est impressionnant à lire mais il ne m’a pas plus parlé que ça.

C’est tout le contraire de Treize pour le Centaure, histoire de vaisseau générationnel dans l’espace qui a très certainement inspiré la mini-série Ascension (du coup ceux qui l’ont vu vont tout de suite savoir de quoi il en retourne), avec une belle étude sur le genre humain. C’est un de mes textes préférés du recueil.

Chronopolis nous projette dans un monde futuriste où les horloges ont été bannies. C’est un postulat étrange (et qui a ses limites) mais qui fait beaucoup réfléchir lorsqu’on réalise à quel point toute notre vie est parfois réglée à la minute près.

Point d’horloge dans Fin de partie, mais une sorte de compte à rebours invisible pour une histoire mettant en scène un condamné à mort qui passe ses derniers jours en compagnie de son bourreau, sans savoir quand il sera exécuté. Le concept est sympathique mais j’ai un peu regretté que l’introduction de l’auteur évente tout le contenu de la nouvelle.

Demain, dans un million d'années est un texte assez étrange, à mi-chemin entre fantastique et SF, dans lequel on suit deux naufragés sur une planète désertique où l’on observe parfois d’étranges apparitions. Le résultat est un texte presque poétique (c’est à peu près à ce stade que j’ai réalisé que Ballard aimait les descriptions, et savait y faire dans le domaine).

La Terre s’est arrêtée de tourner dans Le Jour de toujours, nouvelle où l’on suit un voyageur qui semble chercher le bon fuseau horaire pour vivre, entre le crépuscule, la nuit totale et le jour. Je dois avouer que je n’ai pas tout compris à l’intrigue, mais quel univers !

Un assassin très comme il faut est un texte très classique sur le voyage dans le temps. Pas de grande surprise, mais l’histoire se lit fort bien.

Le Vinci disparu est plus surprenant, plongeant plutôt dans le domaine du fantastique (avec un petit côté Neuvième porte par certains côtés) alors que deux experts en art cherchent à retrouver un Léonard de Vinci dérobé. Forcément, j’ai aimé !

Perte de temps exploite la thématique de la boucle temporelle (quoique ici c’est peut-être bien une sorte de spirale) tout en mettant en scène la vie pas toujours passionnante d’un couple. J’ai bien aimé le rythme d’enfer de cette intrigue, et son côté légèrement absurde.

Le Géant noyé imagine ce qu’il se serait passé si Gulliver avait échoué mort sur la plage des Lilliputiens. C’est une nouvelle assez triste (et pas forcément à lire après le petit-déjeuner comme cela m’est arrivé) mais fort réaliste sur la nature humaine.

Il n’est pas très facile de comprendre La Cage de sable, car l’auteur n’en donne toutes les clés qu’à la toute fin. Ceci dit j’ai apprécié la belle atmosphère de cette nouvelle qui imagine l’arrêt des programmes spatiaux et leurs conséquences.

Les Statues qui chantent est peut-être bien la seule histoire d’amour du recueil, et en dit long sur le regard que porte Ballard sur le sujet ! Un texte triste, mais fort joli.

Je suis par contre un peu passée à côté de Amour et napalm : export U.S.A., un texte assez violent (et donc forcément perturbant) dont j’ai eu du coup du mal à comprendre les tenants et les aboutissants.

Au final je crois que c’est surtout les premières nouvelles que j’ai aimé, celles très portées sur l’humain. Cependant de manière générale j’ai apprécié tous ces univers sinistres mis en scène (qui sont apparemment une spécialité de l’auteur), et même si je ne suis pas forcément grande amatrice de descriptions, je dois reconnaître que Ballard sait y faire dans le domaine.

Bref je suis bien contente d’avoir pu découvrir son œuvre avec ce recueil qui permet de se faire une première impression de son écriture et de ses idées. Et que ce soit sur le fond comme sur la forme, on a vraiment le droit à des textes de qualité.

Par contre à titre personnel j’ai eu un peu de mal avec la tristesse de tous ces textes. A petite dose ce n’est pas gênant, mais c’est tout le recueil qui est ainsi (et probablement son œuvre si je me fie à l’introduction). A ne pas lire les jours de déprime et de pluie donc (quoique vu la quantité de sècheresse et de sable dans ce livre, voire de la pluie n’aurait rien de déprimant, bien au contraire !). Mais cela ne m’empêchera probablement pas de lire d’autres textes de lui.

jeudi 29 octobre 2015

Le livre d’or de la science-fiction : John Brunner – John Brunner


Cela faisait un petit moment que j’avais laissé en plan mes lectures des livres d’or de la SF, jusqu’à qu’une envie de nouvelles me décide à m’y remettre. Après maintes hésitations, j’ai opté pour celui sur John Brunner, complément idéal à la lecture du génial Tous à Zanzibar faite en début d’année.

Comme ses collègues, ce livre d’or commence par une excellente présentation de l’auteur signée par George W. Barlow, qui en évoquant tout ce qu’a écrit John Brunner jusqu’à la sortie de ce recueil, n’a aucun mal à nous donner l’eau à la bouche. Et comme souvent dans cette collection, la qualité de la préface présage de la qualité des nouvelles qui suivent.

On démarre avec D'un autre œil, très classique récit de SF où l’être humain rencontre l’Autre. La chute est plutôt prévisible, mais l’histoire parallèle entre le Peintre, très « sophistiqué » et le groupe d’humains qui ne l’est pas du tout est fort sympathique et témoigne d’un bel effort d’écriture.

Coelacanthe est une novella consacrée aux vaisseaux générationnels, et sur la façon dont pourrait évoluer une génération entière d’êtres humains nés à bord d’un vaisseau dans le cadre d’un trajet qui dure plusieurs décennies. Là encore, la thématique est classique (du moins aujourd’hui), mais la querelle des Anciens et des Modernes mise en scène est fort bien rendue, avec une belle conclusion. C’est une de mes nouvelles préférées.

Dans Puissance quatre, des scientifiques font des expériences sur les possibilités de multiplier les connexions entre les neurones. Lorsqu’un volontaire humain joue au cobaye, les résultats sont plutôt inattendus. Ici point d’étude intérieure façon Daniel Keyes, mais une observation plutôt froide accompagnée d’une réflexion sur ce qui fait l’être humain et d’une conclusion presque loufoque.

Faute de temps est une histoire à mystère : un médecin trouve sur le pas de sa porte un vagabond atteint d’une maladie rare qu’il est presque le seul à pouvoir identifier. En cherchant à remonter le cours de l’histoire pour savoir comment il est arrivé là, le médecin va peu à peu plonger dans le domaine de l’impossible (sauf en SF bien sûr !).

Un élixir pour l'empereur n’a pas grand-chose de science-fictif (un air de fantastique, oui par contre) mais permet de se frotter au volet historique de l’œuvre de John Brunner. On y suit le parcours d’un général qui devient empereur à la manière de l’époque (je ne vous fais pas un dessin). Classique mais ça se lit bien.

On continue dans le registre historique avec Une passion pour les clous, où l’on revisite un évènement fort connu du point de vue du bourreau. Là encore, un récit qui se lit également bien, même s’il ne laisse pas un souvenir impérissable.

Le Frère d'Orphée s’intéresse aux mythes modernes, et tout particulièrement à ces stars qui deviennent des dieux en ayant la bonne idée de mourir jeune, en jouant ici sur les parallèles avec la figure d’Orphée. Je vous avoue être passée un peu à côté.

Avec La Parole est d'argent, on revient à la SF. On y suit les pas d’un homme qui « perd sa voix » le jour où il passe un casting pour servir de modèle pour un étrange appareil. Il n’y a pas vraiment de débauche de technologie, juste une étonnante capacité à se projeter qui fait que cette nouvelle reste étonnement actuelle.

Chances égales tisse d’étranges parallèles autour d’une histoire qui joue avec la crainte du nucléaire à après la Seconde guerre mondiale. Si j’ai assez vite vu vers quoi la nouvelle se dirigeait, j’ai été surprise de la conclusion.

Dans Cinquième commandement, un retraité sans enfants qui passe sa retraite dans un lieu idyllique n’arrive pas à trouver la paix. Cette nouvelle est étrange, à la fois elle est assez prévisible, mais pourtant la fin est plutôt surprenante (bien que le titre soit un indice).

Enfin le recueil se termine sur L'Age des artères, une intéressante interprétation de la notion de ville (que n’aurait pas renié Neil Gaiman).

Comme toujours avec les recueils de nouvelles, je n’ai pas forcément accroché à tout. Certaines choses me sont restées en tête, d’autre moins. Mais globalement j’ai eu grand plaisir à lire ce livre d’or car tous les textes sont extrêmement bien écrits (à l’image de Tous à Zanzibar) et soulèvent des idées intéressantes.

Je mettrais juste un bémol sur les thématiques, qui avec un regard de lecteur actuel peuvent sembler très classiques (ce qui explique sans doute la prévisibilité de certaines chutes), mais ces nouvelles ont été publiées entre 1957 et 1974, époque où elles devaient sans aucun doute sembler plus « fraiches ».

En tout cas ce recueil confirme tout le bien que je pensais de John Brunner, et me donne envie de lire d’autres titres de lui. Il ne reste qu’à faire mon choix dans son immense bibliographie présentée à la fin du livre d’or (qui n’est même pas complète vu qu’elle s’arrête en 1978 !).

CITRIQ

mercredi 11 mars 2015

Le livre d'or de la science-fiction : science-fiction italienne (anthologie)



J'ai déniché ce livre d'or chez un bouquiniste de la vieille bourse à Lille. J'avais hésité entre ce titre-ci et celui sur la SF allemande, et comme j'avais mon beau-frère italien sous le nez, j'ai choisi celui-là, histoire que pour une fois je m'initie à la littérature italienne au lieu de toujours lui montrer des films français tordus. Bien évidemment, il a végété un moment jusqu'à que Alys manifeste son intérêt pour ce livre. Du coup cet article-fleuve est entièrement de sa faute !

Me voilà donc partie pour ce qui est pratiquement ma première incursion dans la SF italienne, si on laisse de côté une nouvelle de l'anthologie 2012 des Utopiales, et Dino Buzzati bien sûr !

D'habitude avec les livres d'or, j'essaye de faire abstraction, mais là il fallait que ça sorte : mais c'est quoi cette couverture ?!? Non mais sérieusement, déjà Venise sur un fond vert crasseux, c'est pas top (mais on peut encore trouver ça vaguement cohérent avec le contenu), mais le coup de la femme à poil au premier plan dans une pose que je ne commenterais pas avec deux chevaux derrière... heureusement que je n'ai plus peur de mourir de honte en sortant ce livre dans les transports en commun !

Heureusement, le contenu est nettement moins toxique. Déjà l'introduction de Jean-Pierre Fontana est très intéressante à lire pour faire connaissance avec la « fantascienza » italienne (j'ignore si le terme est encore utilisé mais je le trouve très joli). L'historique frôle assez souvent l'inventaire à la Prévert des 180 revues de SF qui n'ont connu que deux numéros, mais on s'en amuse presque, ainsi que du fait que les auteurs aient longtemps tous écrit sous pseudonyme anglophone (voire composé uniquement de lettres de l'alphabet grec).

Évidemment ce livre d'or ayant 30 ans, j'imagine qu'il faudrait une sacrée mise à jour pour vraiment refléter ce qu'est la SF italienne, et il manque sans doute un vrai contenu critique, mais il a le mérite d'exister ! Et de présenter un joli panaché de textes dont je vais maintenant vous parler.

On démarre avec Les Années d'attente de Maurizio Viano, nouvelle pas très joyeuse sur une mission spatiale qui arrive enfin à sa destination, Mars, avec quelques années de retard. Sauf que l'équipage désormais réduit n'a pas très bien vécu la longue solitude du voyage. Un petit goût d'aventure spatiale old school et un peu de mélancolie sont au programme.

Ministre de nuit de Anna Rinonapoli est un texte très différent, qui raconte le périple d'une équipe d'astronautes qui cherchent à prévenir le ministre d'un danger imminent, et qui doivent pour y arriver affronter le pire des monstres : l'administration. Ca ressemble beaucoup à la maison qui rend fou, parfois ça ressemble un peu trop à la réalité, c'est donc ubuesque et délicieux à lire !

Dans Les Belles filles de madame Doré de Giuseppe Pederiali, on visite un monde post catastrophe nucléaire où la beauté a disparu, ce qui est difficile à accepter pour le héros, jadis poète. Encore un texte assez mélancolique, mais qui termine sur une note plutôt positive.

La nouvelle suivante, Un triptyque pour nos frères de Sandro Sandrelli, m'a un peu laissé sur le carreau. Dommage les prémices avec cette exploration d'un lieu mystérieux sur une planète étrangère me plaisait bien, mais j'ai décroché quand le personnage principal a sombré dans le délire mystique.

Trente-sept degrés centigrades de Lino Aldani semble aller de paire avec Ministre de nuit dans son délire administratif, avec la description d'une dystopie où la Sécurité sociale a pris le pouvoir (si si je vous jure). Et quand on pense aux problèmes qu'on peut avoir pour obtenir un prêt quand on un souci de santé, la nouvelle garde un petit air d'actualité... avec une chute prévisible mais savoureuse ! A noter que ce texte a été réédité (peut-être dans une version plus complète) dans la collection Dyschronique.

Il suffit de lire le titre de la nouvelle Le Dernier Pape de Roberto Vacca pour savoir de quoi elle parle. Je m'attendais à m'ennuyer, mais j'ai trouvé ce texte émouvant quand on voit ce pauvre personnage... et légèrement effrayant dans sa merchandisation de tout... cela va bien de concert avec tous les articles sur le tourisme mémoriel que j'ai pu lire récemment.

Propos sur Londres et quelques crimes de Ugo Malaguti est un texte qui nous emmène dans une Londres étrange où un meurtre a été commis. Même si je me doutais de la résolution finale, j'ai adoré le joyeux mélange de personnages qu'offre l'histoire.

L'Explosion du Minotaure de Vittorio Curtoni est une nouvelle étrange où la SF semble plus là pour créer une ambiance que pour jouer un vrai rôle. Cette histoire d'homme qui sombre dans la folie, persuadé que son père mort est toujours en vie ne m'a pas vraiment parlé, même si elle est joliment construite.

Le texte suivant, La Fin de l'âge d'or de Piero Prosperi est très court mais plutôt délicieux dans la veine extrapolations folles dans le futur sur comment nous vivions à notre époque (et dans le cas présent, sur pourquoi nous avions des voitures aussi différentes les unes des autres).

Où meurt l'Astragale de Livio Horrakh est un récit de voyage d'un monsieur-tout-le-monde qui fuit après une guerre nucléaire. Le périple se révèle contre toute attente étonnant touchant, certainement un des plus jolis textes du recueil.

Projetons-nous ensuite dans la Venise du futur avec Les Hommes des tableaux de Renato Pestriniero, où la ville abandonnée n'est plus qu'un site touristique... un peu comme dans Le dernier Pape, avec une interrogation sur ce qui fait un artiste en prime.

Dans la boule de cristal de Vittorio Catani est un texte un peu à part, à la tonalité plus fantastique, avec une histoire de voyance... quoique vu les explications du pourquoi du comment qui vont avec, on est à la limite de la science parfois ! Intéressant, belle ambiance mais l'intrigue ne m'a qu'à moitié convaincue.

Avec Circé de Mauro Antonio Miglieruolo, on entre dans le domaine de la nouvelle à cheval entre l'allusion mythologique et la quasi-pornographie (du coup ça justifie la couverture !). Ca se lit bien, à ma grande surprise, mais la thématique m'a un peu laissé sceptique (et certains passages… sans commentaire).

La nouvelle qui termine le recueil, La Logique du murex de Gianni Montanari, est encore (!) une nouvelle de fin du monde, où une jeune femme (rare protagoniste féminin de ce recueil) ère à travers une Italie déserte où les immeubles tombent en poussière et où les monstres rôdent. Belle ambiance, et joli final assez surprenant.

La guerre atomique et autres thématiques de fin du monde dominent ce recueil, ce qui n'est guère surprenant quand on jette un œil aux dates des nouvelles (années 60-70). Cela donne des textes souvent mélancoliques, mais de façon surprenante, pas forcément dramatiques.

Pour être honnête, je n'ai pas eu de grand coup de cœur sur ce recueil, à part peut-être Où meurt l'Astragale de Livio Horrakh (qui est un très joli texte), et un peu pour les deux délires administratifs que sont Ministre de nuit et Trente-sept degrés centigrades.

Cependant c'était globalement une lecture plaisante, qui m'a donné envie de voir ce qui s'écrit en Italie aujourd'hui comme SF. Mais il faudra trouver une autre source d'information, parce qu’il me semble avoir vérifié, il est difficile de trouver quoi que ce soit de récent de ces auteurs (soit ils n'écrivent plus, soit ils ne sont pas traduits).

CITRIQ

dimanche 8 février 2015

Le livre d'or de la science-fiction : Encore des femmes et des merveilles (anthologie)


Je continue petit à petit à explorer la collection des livres d’or de la SF, et force est de constater que si certains crus sont excellents (Tiptree), d’autres sont bien moins convaincants. Encore des femmes et des merveilles entre malheureusement dans la deuxième catégorie.

Ce livre d’or est la traduction d’une anthologie anglophone réalisée par Pamela Sargent, More women of wonder, qui fait suite à un premier recueil sur le sujet, Women and Wonder, même anthologiste, traduit en France sous le titre Femmes et merveilles et édité chez Denoël. Je n’ai pas lu Femmes et merveilles, peut-être était-ce une erreur parce qu’il semblerait que les deux anthologies se complètement (l’une privilégiant les nouvelles courtes et l’autres plutôt les novellas…).

Encore des Femmes et des Merveilles propose donc sept grosses nouvelles (40-50 pages en moyenne) d’auteures plus ou moins connues à l’heure actuelle, plus une préface de Pamela Sargent qui s’intéresse à la place des femmes en SF. J’en attendais sans doute beaucoup, j’ai trouvé le propos peu intéressant, à l’exception d’une citation de Ursula K. Le Guin qui déborde sur deux pages en note de bas de page :
« La question en jeu ici est la question de l'Autre – l'être qui est différent de vous-même. Cet être peut différer par son sexe ; ou ses revenus annuels ; ou sa façon de parler, de s'habiller, de faire les choses ; ou la couleur de sa peau, ou son nombre de jambes et de têtes. En d'autres termes, il y a l'Etranger sexuel, l'Etranger social, l'Etranger culturel, et finalement l'Etranger racial.

[...]

Si vous reniez toute affinité avec une autre personne ou une autre espèce de personne, si vous la déclarez totalement différente de vous-même – comme les hommes l'ont fait à l'égard des femmes, les classes sociales à l'égard des autres classes, les nations à l'égard des autres nations – vous la haïssez ou vous la déifiez, mais dans l'un ou l'autre cas vous avez nié son égalité spirituelle et sa réalité humaine. Vous en avez fait une chose avec laquelle la seule relation possible est une relation de puissance. Et ainsi vous avez fatalement appauvri votre propre réalité. En fait, vous vous êtes amputé vous-même. »
Le texte intégral en VO est d'ailleurs consultable à cette adresse, si le cœur vous en dit.

Je ne sais pas si la préface de Femmes et merveilles était plus intéressante et que celle-ci ne sert que de complément d’information, mais du coup cette introduction m’a déçu d’entrée de jeu, et sur les livres d’or ça joue énormément sur le ressenti.

Passons donc aux textes : nous avons Jirel affronte la magie de Catherine L. Moore, qui évoque une sorte de Conan au féminin, tout à fait dans l’esprit de l’époque (1935) mais que j’ai lu plus pour faire connaissance avec l’auteure qu’autre chose. Un peu comme Conan, c’est sympa d’en lire deux ou trois morceaux parce que c’est un classique, mais on n’a pas forcément envie de tout lire !

Vient ensuite Leigh Brackett avec Le lac des disparus, un texte pas tout jeune non plus (1949), mais qui arrive tout à fait à jouer sur le sense of wonder. Cette histoire d’un homme qui veut s’approprier un trésor que son père aurait abandonné sur une planète lointaine est plutôt entraînante.

La Nouvelle Inquisition de Joanna Russ contient une histoire de voyage dans le temps (enfin je crois) mêlée à une histoire d’adolescente tourmentée et des allusions au roman d’H.G. Wells, mais le propos est tellement décousu que j’ai eu du mal à rentrer dedans.

La Puissance du temps de Josephine Saxton met en parallèle la vie de deux femmes d’une même famille, à quelques générations de distance. Entre l’affreusement banal et le démesuré, on apprécie vite l’alternance entre les deux histoires, et le jeu des ressemblances/différences.

Je suis moins enthousiaste sur L'Enterrement de Kate Wilhelm, nouvelle très noire, dans un futur clairement dystopique. J’avais un peu l’impression qu’il me manquait des éléments pour tout comprendre (ou peut-être que je n’étais pas trop d’humeur à lire ce texte, c’est également possible).

Le Soldat de plomb de Joan D. Vinge est de loin la nouvelle que j’ai le plus aimée dans tout le recueil : une sorte de jeu sur le conte d’Andersen, une histoire où la femme part dans l’espace et où l’homme reste à la maison (enfin au bar), beaucoup d’interrogations sur le changement et l’immortalité. C’est émouvant, c’est intelligent, bref j’ai adoré.

Le recueil se termine sur une nouvelle d’Ursula K. Le Guin, A la veille de la Révolution, que j’ai déjà chroniqué dans le cadre de son livre d’or, je ne vous en reparle pas (mais si vous avez lu Les Dépossédés, lisez-là !).

Au final bilan assez mitigé sur cette anthologie, qui a peut-être un peu mal vieilli aussi, avec ses auteures pas toujours très connues et ses textes pas forcément exceptionnels. C’est assez marrant parce que c’est une anthologie traduite, pas créé pour l’occasion, et comme le livre d’or sur Ursula Le Guin (qui était une traduction partielle d’un de ses recueils), j’ai l’impression que la qualité s’en ressent.

D’ailleurs j’ai trouvé que le matériel d’accompagnement était vraiment pauvre : à part l’introduction, on a juste quelques biographies d’auteurs à la fin. Et encore, toutes les œuvres ou presque sont données sous leur titre original, si bien qu’à moins de les avoir déjà croisées, difficile de savoir si elles sont arrivées ou non en France (heureusement depuis on a inventé Internet !).

Seule consolation : ce livre d’or se révèle encore une incroyable source de combo challenges : des femmes, une histoire de voyage dans le temps (La nouvelle inquisition) et un conte revisité à la sauce SF (Le soldat de plomb), que demander de plus ?

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dimanche 28 décembre 2014

Le livre d'or de la science-fiction : Ursula Le Guin - Ursula K. Le Guin


Comme la lecture du livre d’or de James Tiptree m’avait grandement enthousiasmée, j’ai enchaîné directement avec un autre ouvrage de la série, qui s’intéresse à une grande dame de la SF, et pas n’importe laquelle : Ursula Le Guin.

Cela créé un sacré contraste car ce livre d’or est en fait le tout premier de la série, alors que l’ouvrage sur Tiptree est un des derniers, vu que la collection s’arrête en 1987 (elle sera continuée sous la forme du Grand temple de la SF, mais sauf erreur de ma part, à part les quatre derniers titres il s’agit de rééditions). On peut d’ailleurs mesurer tout l’écart entre les deux livres d’or, ne serait-ce que dans la bibliographie en fin d’ouvrage, bien mieux mise en page dans le livre consacré à Tiptree.

Le livre d’or de Ursula Le Guin est accessoirement ce qui se rapproche le plus d’une traduction de son recueil The Wind’s Twelve Quarter, puisque les onze nouvelles présentées dans ce livre en sont issues. Pour les six autres, vous n’avez plus qu’à les chasser ici et là dans diverses anthologies (il n’y en a qu’une que je n’ai pas retrouvé en VF, c’est ballot, c’est les prémices de Terremer qui sont dedans !).

L’ouvrage commence comme il se doit par une préface de l’anthologiste, et c’est là où le bât blesse d’entrée de jeu. Gérard Klein étant aux manettes, on a le droit à une étude certes intéressante mais surtout pas très accessible de l’œuvre de l’auteure, vraiment pas le genre de texte qui invite à la découverte (contrairement à d’autres livres d’or que j’ai connu plus didactiques, plus faciles d’accès). Heureusement, quand on est fan, on s’accroche !

La première nouvelle est Le Collier de Semlé, nouvelle qui est devenue depuis l’introduction du Monde de Rocannon. On y suit une femme part à la recherche de sa dote, dans une ambiance de conte mais dans une atmosphère résolument SF. J’avais déjà bien aimé ce texte la première fois, et je l’ai trouvé tout aussi charmant à la relecture.

On enchaine ensuite avec Avril à Paris, une des premières nouvelles de l’auteure. C’est un texte assez inattendu, bien loin des univers de space-opera. Très intimiste, il parle d’amitié et de solitude, avec un ton qui va droit au cœur. Et il arrive à intégrer des voyages dans le temps alors qu’on ne s’y attendait pas, un sacré combo quand même !

La Règle des noms est une enquête sur un mystérieux magicien dans un monde qui ressemble à Terremer (avec sa règle des noms, ses mages), mais qui n’est pas vraiment encore Terremer (la nouvelle est antérieure au premier roman). Il y a un petit côté perfectible, mais on sent quand même pointer le charme de ce monde de fantasy en devenir.

Avec Le Roi de Nivôse, on revient sur le monde glacé de La main gauche de la nuit. J’ai trouvé à cette nouvelle un petit côté bonus track, car si elle offre une nouvelle incursion dans cette culture étrange avec un personnage principal dont on suit le parcours avec intérêt, elle m’a semblé assez difficile d’abord pour quelqu’un qui n’a pas lu le roman. Mais j’ai aimé la pirouette grammaticale bien adaptée à l’androgynie des habitants qui implique de dire « un roi » et d’en parler systématiquement au féminin !

Neuf vies nous emmène sur une planète où des explorateurs reçoivent le renfort d’une équipe de dix clones pour se lancer dans l’exploitation minière. L’unité des nouveaux arrivants pousse les non-clones à s’interroger sur la notion d’identité et de relation avec les autres. Je n’ai pas accroché à tout le texte, mais j’ai trouvé les problématiques soulevées très intéressantes.

On continue ensuite dans l’exploration de mondes nouveaux avec Plus vaste qu'un empire dont l’introduction rappelle la particularité des voyages spatiales lorsqu’on voyage à la vitesse de la lumière, sans pour autant avoir un système de communication instantané. Une équipe d'exploration atterrit sur une planète paradisiaque où la vie n'existe qu'à l'état de végétal, mais sa mission est compromise par la présence d'un empathe qui insupporte l'ensemble des explorateurs. Un texte assez étrange, qui parle plus de la nature humaine que d'exploration au final.

Avec Étoiles des profondeurs on quitte un peu le champ de la SF pour faire connaissance avec un simili-Galillée poursuivi pour ses idées hérétiques sur le mouvement des astres se réfugie dans une mine et découvre que dans la terre, il y a aussi des étoiles. C’est un texte étrange et très onirique, pas le plus marquant mais avec un charme certain.

Retour à l’espace dans Champ de vision, où trois astronautes reviennent de Mars en piteux état : le premier est décédé, le deuxième catatonique et le troisième refuse d’ouvrir les yeux. Que s’est-il passé alors qu’ils exploraient la Cité, étrange lieu dont on ne sait s’il s’agit d’une concrétion naturelle ou d’une construction par une espèce intelligente ? La réponse est longue à venir, et se révèle assez perturbante. J’ai beaucoup aimé cette réflexion sur l’archéologie ceci dit :
« Les archéologues sont habitués à tirer des informations d'objets très simples – tessons, morceaux de silex, un mur ici, une tombe là. Mais que se passerait-il si tout ce que nous avions d'une civilisation ancienne était une chose très compliquée, compliquée dans un sens plus que technologique – disons une copie de Hamlet, de Shakespeare. Maintenant supposons que les archéologues qui trouvent la copie de Hamlet ne sont pas humanoïdes, n'ont pas de livres, pas de théâtres, ne parlent pas, n'écrivent pas et ne pensent pas du tout comme nous le faisons. Que vont-ils faire de ce petit artefact physique, de sa complexité et de son utilité évidente, de la répétition de certains éléments et de la non-répétition de certains autres, de la semi-régularité de la longueur des lignes, et ainsi de suite ? Comment vont-ils lire Hamlet ? »
Le Chêne et la mort est un récit raconté d’un point de vue très particulier : celui d’un arbre. Un changement radical de perspective et de perception est de mise, ce qui rend le texte aussi perturbant que joli.

A la veille de la révolution nous ramène dans l’univers des Dépossédés dans une nouvelle antérieure au roman, qui met en scène la femme qui a inspiré la révolution. J’ai beaucoup aimé cette nouvelle qui nous montre que si on se penche sur l’envers du décor des grands hommes (et des grandes femmes), on découvre des personnages normaux (qui tachent leurs vêtements comme tout le monde !), souvent dépassés par leur succès, et parfois assez éloignés de leur image d’Epinal. C’est un récit très touchant, qui a réveillé plein de souvenirs de ma lecture des Dépossédés.
« Mourir signifiait simplement aller dans une autre direction. Si l'on voulait rentrer chez soi, il fallait continuer d'avancer, c'est ce qu'elle voulait exprimer lorsqu'elle avait écrit Le vrai voyage est celui du retour. »
Le recueil se termine avec Ceux qui partent d'Omelas, nouvelle que j’avais déjà lu cette nouvelle dans une autre anthologie. A l’époque j’étais un peu passée à côté, cette fois-ci j’ai plus accroché. Il faut dire que c’est un texte assez étrange, à la morale pas toujours facile à saisir, mais qui fait son petit effet finalement.
« Le bonheur est fondé sur le juste discernement de ce qui est nécessaire, de ce qui n'est ni nécessaire ni nuisible, et de ce qui est nuisible. »
Arrivée à la fin de ce recueil, je vous avoue que je suis un petit peu déçue. Si j’ai beaucoup aimé certains textes (Le collier de Semlé, Avril à Paris, Le Chêne et la mort et A la veille de la révolution), j’ai trouvé les autres pas forcément très marquants, et pas toujours faciles d’accès pour ceux qui sont reliés à ses romans.

Je blâme le décalage temporel, ce Livre d’or regroupe ses textes les plus anciens, et de même que ses premiers romans du cycle de Hain ne sont pas les meilleures, ses premières nouvelles non plus (quoique Avril à Paris qui m’a touchée vient contredire cette affirmation). C’est un peu le problème d’attaquer l’œuvre d’un auteur à rebours. Et j’ai aussi lu ce Livre d’or juste derrière celui de Tiptree, et à tout point de vue j’ai trouvé celui de Tiptree mieux construit, ça joue sans doute sur mon ressenti.

Mais comme vous le savez, un Ursula Le Guin en dessous la moyenne, ça reste tout de même un excellent moment de lecture !

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Deuxième combo-de-la-mort-qui-tue, les livres d’or sont une valeur sûre pour remplir les challenges ! Traduction de The Wind's Twelve Quarter, recueil de nouvelles favori de Morwenna, écrit par un auteur féminin et qui comporte une nouvelle de voyage dans le temps (Avril à Paris). J’ai même hésité à ajouter le Winter Mythic Fiction sous prétexte que Ceux qui partent d’Omelas est présenté comme un « psychomythe », mais je ne sais même pas ce qu'est un « psychomythe » alors je vais m'abstenir :D.

dimanche 21 décembre 2014

Le livre d'or de la science-fiction : James Tiptree - James Tiptree Jr.


Pour ma participation au challenge Morwenna's List, j'ai décidé certes de profiter de l'opportunité pour lire et relire quelques auteurs que j'aimais, mais je voulais aussi en découvrir d'autres. Ne sachant pas vraiment par quel bout prendre la question, j'ai décidé de m'intéresser aux auteurs « qui comptent » dans le roman et dont j'ignorais totalement l'existence, comme James Tiptree Jr.

J'avais retenu son nom dans le roman car on apprend grâce à Morwenna qu'il s'agit en fait du pseudonyme d'une femme, Alice Sheldon. Lorsque le secret a été révélé à l'époque, cela a fait grand bruit comme on peut s'y attendre (je me suis même demandée si la renommée de l'auteur ne venait pas uniquement de ce fait...). J'ai trouvé ce jeu du pseudonyme assez mystérieux, d'autant plus que dans les années 70 les auteures n'avaient plus forcément besoin de se cacher sous un faux nom pour vendre.

Et comme je ne résiste pas à un bon mystère, j'ai voulu voir pourquoi je n'avais jamais entendu son nom. En fait ma méconnaissance n'a rien de vraiment surprenant dans le cas présent, puisque cet(te) auteur(e) n'a écrit pratiquement que des nouvelles, sur une vingtaine d'années à peine (entre 1968 et 1988), et qu'en France, toute son œuvre traduite a été publiée dans des revues ou des anthologies, à l'exception d'un roman (Par delà les murs du monde, encore réédité chez Folio SF) et de ce présent livre d'or, édité en 1986.

Je suis donc procurée ce livre d'or, et en avant pour découvrir l'oeuvre de James Tiptree Jr. aka Alice Sheldon, qui a aussi écrit des nouvelles sous le pseudonyme de Racoona Sheldon. Ce qui explique d’ailleurs le titre très ubuesque de la préface : Alice, le pot de confiture et le raton laveur (non je ne vous expliquerais pas pourquoi la confiture).

Comme dans tout livre d'or qui se respecte, il est toujours bon de commencer par la préface histoire de se mettre en appétit. Et dans le domaine, Pierre K. Rey, l'anthologiste, sait y faire : histoire de la carrière artistique, vie de l'auteur, analyse de son œuvre... l'introduction est vraiment riche et agréable à lire, un vrai roman !

J'ai bien aimé qu'il s'appuie sur plein de documents (et entretiens avec l'auteur), et dans la partie qui aborde THE révélation, il cite un texte de Ursula K. Le Guin qui remet bien les choses à leur place sur la définition d'une écriture féminine ou masculine :
« Alors allons-y de notre opinion – nous les lecteurs, écrivains, critiques, féministes, machistes, sexistes, non sexistes, hétéros et homos- sur « la façon dont les hommes écrivent » et « la façon dont les femmes écrivent ». Cette espèce de biais psychique qui a amené l'un de nos esprits les plus vifs et les plus subtils de la SF à déclarer : « il a été suggéré que Tiptree est une femme, théorie que je trouve absurde, car il y a pour moi quelque chose d'inéluctablement masculin dans son écriture [...] ». L'erreur est tout à fait légitime, nous l'avons tous faite ; mais lorsqu'on observe la façon de justifier la chose, et la généralisation qui en est faite […], cela donne à penser. Nous devrions réfléchir à cela. A tous ces arguments avancés concernant les Femmes et l'Imaginaire et comment nous les avançons. A toutes ces tables rondes sur les Femmes dans la science-fiction […]. A tout ce fatras qui a été écrit sur le « style féminin », sur son infériorité ou sa supériorité par rapport au « style masculin », sur leurs nécessaires et triviales différences. »
J'aurais bien aimé vous citer l'extrait complet mais vu qu'il fait bien trois pages... en tout cas inutile de vous dire qu'après un tel déroulé de tapis rouge, on ne peut que se jeter sur les nouvelles, au nombre de dix, toutes inédites sauf une.

La première nouvelle, Naissance d'un commis voyageur est un délice d'absurdités que n'aurait pas renié un Douglas Adams. On y suit le train de vie mouvementé du directeur du Dédouanement du Gestalt Xénoculturel, qui fait en sorte que les marchandises expédiées depuis la Terre vers d'autres planètes arrivent bien à destination sans offenser aucune culture alien... et ce n'est pas une mince affaire !
« Je disais ; dans quel emballage ? Quel genre de cartons ? Sphériques ? D'accord et vous expédiez ça dans le secteur Déneb. Vous empruntez le point de transfert de Denéb Gamma, d'accord ? … Vérifiez, vous verrez qu'il faut transiter par là. Et bien à la seconde où vos petites sphères rouleront par le transfert, toute l'équipe de la station Gamma s'accroupira sur ses opercules et personne ne lèvera la plus petite tentacule , tout ça parce que, sur Gamma, la sphère est une éffigie religieuse, voyez ? Le transmetteur restera ouvert à vos frais – chaque microseconde compte – et votre produit ne bougera pas d'un poil tant qu'on amènera pas une équipe de secours athée locale – triple coût, à vos frais. »
Les textes suivants, je l'avoue, m'ont moins passionné. Enfin disons que je n'y ai rien trouvé de franchement exceptionnel, en tout cas pas au point de justifier autant de louanges dans l'introduction de l'anthologie. En fait les idées sont chouettes, mais le mode de narration parfois assez tarabiscoté rend la compréhension pas toujours aisée. J'ai notamment eu du mal avec ces introductions et conclusions que je n'arrive pas toujours à raccrocher correctement à l'histoire. Certes on peut s'en passer, mais c'est un petit peu gênant.

Passant donc assez vite sur Ligne de fuite (un médecin en fuite, pas très clair), Le jeu du solitaire (une entité extra-terrestre qui découvre les joies de l'incarnation, plutôt drôle), La longue marche (belle ambiance de post-apo où l'on voit la civilisation se redévelopper après) et Ultime espoir (où un homme essaye de convaincre une intelligence alien de sauver sa colonie, avec des créatures qui vont loin dans l'étrangeté).

Mais faisons une pause en chemin avec Une demi-heure sur une couverture Hudson Bay. Cette histoire d'amour et de voyage dans le temps entremêlées m'a d'abord à moitié convaincue dans les premières pages, mais la conclusion m'a émue, touchée, et c'était comme si c'était le déclic qui me manquait.

Les trois textes suivants sont présentés comme une forme de triptyque, « trois récits pathétiques et paroxysmiques, trois sombres tableaux d'un futur terrifiant – le nôtre-, trois réquisitoires sur une espèce en voie de perdition – la nôtre » selon Pierre K. Rey.

A vrai dire je trouve surtout que si les deux derniers sont à associer, le premier fait un peu bande à part. Cependant il est plutôt intéressant de les associer, car ce sont de loin les récits les plus forts de ce recueil, et ce sont aussi les plus primés : deux Nebula, deux Hugo, et un Jupiter à eux trois en à peine trois ans !

Une fille branchée, le premier des trois, partage un peu le même concept de base que La forêt électrique de Tanith Lee (une fille très laide qui se retrouvé dans un corps de rêve), sauf qu'au lieu d'une histoire d'aventure et de vengeance, on se retrouve avec une excellente critique de la société de consommation et des médias.

Rien que pour cela Une fille branchée est passionnant à lire, car il reste très actuel. Mais j'ai bien aimé le fait que l'auteur ne néglige pas les émotions de son personnage principal. Je n'ai pas toujours tout très bien suivi, mais le dernier tiers m'a beaucoup touché (ce que je n'avais pas du tout prévu).

Et puis il y a Houston, Houston, me recevez-vous ? et Comme des mouches. Ces deux nouvelles semblent vraiment fonctionner comme un diptyque. Le même sujet traité avec deux approches différentes, par deux facettes de l'auteur, le premier texte étant signé James Tiptree Jr. et le deuxième Racoona Sheldon.

Ce sont de loin les plus beaux textes du recueil, les plus denses, de la SF qui marque durablement... et je ne vais pratiquement rien vous en dire. Personnellement je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait en les lisant, et leur lecture m'a fait l'effet d'un coup de poing (surtout que j'ai eu la bonne/mauvaise idée de les enchaîner). Et je ne veux pas vous gâcher ça.

Je vous signalerais juste que Houston, Houston, me recevez-vous ?, lauréate de trois prix littéraires différents, est une des nouvelles de SF les plus complètes que j'ai eu l'occasion de lire. Elle arrive à mêler avec talent tout un tas de thématiques classiques de la SF (que je ne vous révèlerait pas bien sûr). Bien que sa narration soit un peu étrange si bien qu'on se perd un peu parfois, le texte est assez long (80 pages) et riche pour qu'on fasse abstraction. Et en dépit des indices, personnellement je n'avais jamais rien vu venir des différents évènements, ce qui explique sans doute que cette lecture m'ait vraiment marquée.

Après ces deux nouvelles extraordinaires (s'il n'y en a que deux à lire, c'est celles-là !) mais passablement déprimantes, l'anthologiste a eu la bonne idée de glisser un texte plus doux : Une source de joie innocente. Je n'irais pas jusqu'à le qualifier de joyeux, mais ce récit d'exploration planétaire met du baume au cœur et permet de conclure la lecture sur une note positive.

L'ouvrage se termine comme il se doit sur une bibliographie quasi-complète de l'auteure (vu qu'elle est décédée en 1987), au moins pour ce qui est des traductions françaises. Cela permet de repérer dans quels vieux numéros de revue on va pouvoir traquer d'autres textes de Tiptree, notamment Le plan est l'amour, le plan est la mort, autre texte cité dans Morwenna. Ou encore Vol 727 pour ailleurs, « à ce jour la nouvelle la plus rééditée de Tiptree aux Etats-Unis » toujours selon Pierre K. Rey.

Et ainsi se termine cette première incursion dans l'univers de James Tiptree Jr. Je ne pense pas qu'il y en aura d'autres pour ma part (à moins de traquer quelques vieilles anthologies ou numéros de Fiction), mais je suis contente d'avoir lu ce Livre d'or.

Même si toutes les nouvelles ne sont pas exceptionnelles, certains textes m'ont vraiment marquée, et je regrette qu'ils soient aujourd'hui tombés dans l'oubli (en tout cas quand on consulte Google pour savoir ce qu'on a dit de Tiptree en langue française, c'est juste la misère -même si ça n'a rien de surprenant-).

J'espère en tout cas que cette longue chronique vous aura donné envie de vous intéresser aux écrits de James Tiptree Jr.. Grand merci à Morwenna (et indirectement à Jo Walton) de m'avoir permis de le/la découvrir !

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Cette lecture est définitivement le combo de l'année : auteur féminin (sous pseudonyme), nouvelles, voyages dans le temps à gogo (pas moins de trois textes, mais je ne donnerais pas les titres des deux autres pour préserver le suspense) et les nouvelles Houston, Houston me recevez-vous ? et Une fille branchée qui sont citées par Morwenna. Ça c'est de la lecture rentable !

mercredi 7 novembre 2012

High Fantasy 1 : Le manoir des roses (anthologie)


A une époque, j’achetais beaucoup de vieux machins chez les bouquinistes, vieux machins qui tendaient à rester trèèèèèès longtemps à attendre d’être lus. Dans le cas de cette anthologie, je l’avais achetée parce qu’elle contenait une nouvelle de Tanith Lee, et une fois celle-ci lue, je l’ai rangé dans un coin.

Mais après la lecture de La dame de la haute tour, j’ai voulu continuer à m’intéresser à cette collection Livre d’or de la SF / Grand temple de la SF, et du coup ce livre a trouvé un intérêt tout neuf à mes yeux (comme quoi des fois il ne faut pas hésiter à faire poireauter un livre des années !).

Le manoir des roses fait partie d’une série, L’épopée fantastique, composée de quatre anthologies réalisées par Marc Duveau à la fin des années 70 sur la fantasy. Premier volume de la série, celui-ci s’intéresse à la high fantasy, comme l’indique le titre de l’édition Pocket, High Fantasy 1 : Le manoir des roses (le volume suivant s’appelle Heroic Fantasy 2 : la citadelle écarlate, c’est le genre de numérotation insensée qui exaspère la bibliothécaire qui est en moi mais passons).

J’ai un peu de mal à comprendre la définition que cherche à donner ici Marc Daveau de la high fantasy (que j’apparente moi plutôt aux grandes épopées à la Tolkien). Ici, on dirait qu’il a délibérément sélectionné des textes assez anciens, plutôt axés contes et mythes, et surtout très éloignés de l'heroic fantasy (enfin surtout aux multiples histoires de sword and sorcery à la Conan et confrères).

Le résultat est un volume très éclectique qui contient certes des nouvelles, quelques illustrations, mais aussi des poèmes et une pièce de théâtre ( !), d’auteurs plutôt récents ou anciens (Ursula Le Guin et Tanith Lee côtoient Jack Vance, Mervyn Peake, Lord Dunsany, William Morris, Lin Carter et Thomas Burnett Swann, entre autres).

Comme toujours, on accroche plus ou moins aux textes ainsi présentés, mais si quelque chose m’a frappé dans l’ensemble, c’est que le caractère très précieux des histoires. Chaque texte est ciselé avec une précision d’orfèvre. C’était une qualité que j'avais déjà rencontré dans les textes de Lord Dunsany, et j’ai adoré le découvrir chez d’autres auteurs.

A noter que les poèmes sont présentés en version bilingue, version vo et vf. J’ai beaucoup apprécié la perspicacité de l’anthologiste à ce sujet, des fois j’ai l’impression que les éditeurs de SF avaient un peu plus de bon sens (et d’estime pour leurs lecteurs) il y a 30 ans qu’aujourd’hui…

Cela confirme qu’en dépit de leur ancienneté, les anthologies Livre d’or de la SF / Grand temple de la SF sont vraiment des valeurs sûres, et d’excellents moyens de découvrir des auteurs. Vu le plaisir que j'ai eu à parcourir ce volume-ci, j’hésite d’ailleurs à me dénicher les trois autres volumes de L'épopée fantastique désormais.

Quelques-uns de mes textes favoris pour finir :

- La boite d’ombre d’Ursula K. Le Guin, qui ne m’a pas forcément marqué à la lecture, mais qui laisse comme un arrière-goût étrange après la lecture. Et puis c’est Ursula, en matière d’écriture, c’est forcément un délice !

- Les enfants du nixe de Poul Anderson, réécriture d’un vieux conte scandinave si j’ai bien suivi, qui m’a complètement happé d’un bout à l’autre. Il va vraiment falloir que je m’intéresse à Poul Anderson, qui a l’air de partager avec Tolkien un certain goût pour les mythes nordiques (et une belle plume pour en parler) ;

- Les dieux de Niom Parma de Lin Carter, très jolie histoire de dieux voulant détruire une ville, et qui envoient l’un des leurs la visiter pour arrêter leur décision ;

- La trève de Tanith Lee, seule nouvelle de SF du recueil (si si). Je me rappelais de la chute en fait, mais j’adore toujours comment avec un sujet SF post-ap, l’auteur arrive à en tirer une histoire de fantasy avec un côté presque mythique ;

- Le forgeur de rêves de André Norton (qui est une femme comme son nom ne l’indique pas), qui ressemble à un conte avec une forte teinte onirique (rien d’étonnant vu le titre) ;

- Deux roses à la brune, rouges sur fond de lune de William Morris. L’auteur est un préraphaélite, si vous voyez à quel genre d'oeuvre d'art cela peut correspondre, imaginez la même chose en poésie, ça résume très bien ce joli texte (plus joli en vo sous le titre Two red roses accross the moon) ;

There was a lady lived in a hall,
Large in the eyes, and slim and tall;
And ever she sung from noon to noon,
Two red roses across the moon

- Le manoir des roses de Thomas Burnett Swann, qui donne son titre au recueil, superbe histoire dans une Angleterre médiévale en pleine période de croisade dotée d’une atmosphère féérique dans tout ce que cela implique de beauté et de noirceur, autant dire que c’est avec un beau bouquet final qu’on termine ce recueil.


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dimanche 26 août 2012

La dame de la haute tour - Anne McCaffrey


Histoire de terminer mon challenge Anne McCaffrey avec quelque chose qui n’est pas Pern, j’ai déniche chez les bouquinistes cette sympathique anthologie de l’auteur, dans la série Le grand temple de la SF, qui continua un temps le travail du Livre d’or de la SF.

C’était la première fois que j’avais l’occasion de lire un ouvrage de cette collection/série, et la surprise a été plus qu’agréable, à tel point que je regrette que de tels ouvrages ne se fassent plus aujourd’hui, avec des nouvelles donnant un aperçu d’un auteur sous ses différentes facettes, une introduction fort intéressante, et surtout une bibliographie pointue extrêmement utile.

En plus, hasard des hasards, la Dame de la Haute Tour, anthologie consacrée à Anne McCaffrey, a été entièrement réalisée (de la rédaction de l’introduction au choix et à la traduction des nouvelles) par Elisabeth Vonarburg, il n’y a pas de hasard dans la vie !

Sa préface d’ailleurs, même si elle s’attache un peu trop à la question du cyborg au féminin (question à laquelle j’ai assez peu été confrontée en lisant Pern, vous vous en doutez bien), est très intéressante, redonnant un peu de contexte aux nouvelles présentées, et à l’œuvre d’Anne McCaffrey, qu’elle cerne avec justesse.
L’œuvre de McCaffrey, sur ce point comme sur les autres, se compare tout à son honneur avec les textes des femmes auteurs plus « révolutionnaires » qui l’ont accompagnée […] dans l’exploration du corps féminin plus ou moins mutilé et/ou libéré. On a tort de lui reproché de ne pas avoir été « plus audacieuse » ou d’être encore « coincée » dans les rôles féminins traditionnels. Elle écrivait en prise sur sa propre époque, et surtout sa propre histoire, celle des années quarante et cinquante.
Chaque nouvelle étant fort intéressante en elle-même (à tel point que j’ai activement pris des notes pendant la lecture), vous avez le droit à une présentation détaillée de chacune, petits veinards !

La Dame de la Haute Tour est la deuxième nouvelle écrite par Anne McCaffrey (elle-même la présente souvent comme sa première), et déjà, on y trouve un de ses violons d’Ingres, les pouvoirs psychiques. Ca ne vous surprendra pas de savoir que cette nouvelle sera plus tard étendue sous forme d’un roman, la Rowane.

Ce que j’ai aimé dans ce texte, c’est l’aspect atypique du space-opera. On nage en pleine fédération galactique, mais les déplacements spatiaux ne se font pas grâce à des moteurs ou de l’hyperespace, mais grâce à des surdoués de l’esprit qui déplacent les vaisseaux par la pensée, de la façon collaborative.

La Fille de sa mère est également un texte ancien (1971), qui met en scène une jeune fille issue d’une famille d’agriculteurs avec un père assez macho et fermé, sur un monde où les résultats aux examens déterminent les choix de carrière pour le plus grand bien des élèves.

Dans certains aspects, on pressent un peu Pern (qu’elle commençait à écrire) dans le côté très rural de l’histoire, ainsi que dans le côté très utopiste du monde. Ca se sent aussi dans ces personnages féminins qui plutôt que de quitter carrément le carcan familiale pour s’émanciper (notamment d’un père qui la considère uniquement comme bonne à marier et incapable de gérer la ferme), mais qui usent plutôt de tous leurs talents diplomatiques pour maintenir intact la cellule familiale.

L'Enfant des fées n’est absolument pas un texte de fantasy, en dépit de son titre. Et son argument SF est finalement assez faible, puisque sur fond de cité futuriste, il explore la vie d’un étrange ménage à quatre (composé de trois hommes et une femme, je vous laisse en découvrir vous-même les détails).

Même si je plains un peu la pauvre héroïne par moments, j’ai trouvé ce texte, qui pourrait presque être une comédie romantique (sacrément décalée), extrêmement moderne, et ce n’est pas le seul dans ce recueil.

Le Temps qu'il fait sur Welladay est la nouvelle qui m’a le moins plu dans le recueil. Elle met en scène l’enquête que mènent différents protagonistes sur un trafic de substances miracles (issus de baleines) ayant lieu sur une planète océanique. Même si l’univers est chouette, je n’ai pas trop accroché à cette histoire, d’autant plus que le manque de séparation entre les paragraphes lorsqu’on changeait de point de vue a provoqué pas mal de confusion à la lecture.

Les Épines de Barevi est un texte étrange, complètement en marge de la production habituelle de Anne McCaffrey, dans une veine de « porno douce », comme la qualifie Elisabeth Vonarburg. En fait l’histoire repose tellement sur les gros poncifs de la vieille SF (avec une race alien qui asservit les humains) et des Harlequin (avec le cliché de l’héroïne qui tombe amoureuse de son bourreau, à peu de choses) que le résultat est absolument hilarant (et je pense, volontairement mauvais).

L'Amour suprême, de tous les textes du recueil, est je crois bien mon favori. C’est un formidable texte d’anticipation, assez peu branché SF et carrément visionnaire. L’histoire est celle d’une obstétricienne qui aide une femme ne pouvant avoir d’enfants à en avoir, grâce à sa belle-sœur volontaire pour jouer le rôle de mère-porteuse.

A l’exception de quelques termes un peu désuets (l’auteur parle d’exogenèse), le texte n’a pas pris une ride, et aborde toutes les questions morales et législatives qui tournent autour de la procréation médicalement assistée. Le résultat est juste bluffant.

Le Bon Père Noël nous sort un peu du registre de la SF pour passer à celui du fantastique, avec l’histoire d’un enfant capable de donner vie à ses dessins. J’ai été assez surprise du caractère assez cruel de cette histoire, assez éloignée de ce que j’ai l’habitude de trouver chez Anne McCaffrey.

Pomme pourrie revient une fois de plus sur le Cycle des Doués (elle a été publiée dans le Vol de Pégase), qu’il est parfois difficile de ne pas mettre en parallèle avec les X-Men, vu que la nouvelle aborde la question de l’intégration de ces êtres doués de talents spéciaux de la société, et de ce qui se passe lorsque l’un d’entre eux se sert de ses pouvoirs pour cambrioler des magasins.

Après la Dame de la Haute Tour, cette nouvelle a vraiment piqué ma curiosité, si bien que je m’intéresserais sûrement un jour au cyclé des Doués.

Le plus petit des dragonniers termine le recueil avec une nouvelle se situant dans le monde le plus connu de Anne McCaffrey, Pern. Le texte aborde la question de l’Empreinte, avec un petit garçon, le futur K’van, moqué par ses pairs mais désireux d’avoir son dragon. Ce n’est pas le texte le plus original écrit par l’auteure, mais il a un côté magique assez mignon qui offre une conclusion légère à ce recueil.

Arrivée à la fin de cet article, je me rends compte que je me suis étalée plus que de raison, mais il faut dire que ce recueil est une perle : il donne un aperçu des grands cycles d’Anne McCaffrey (via des nouvelles pour Pern et les Doués, via l’intro qui le décortique en profondeur pour le vaisseau qui chantait), mais aussi de la variété de ses nouvelles, parfois visionnaires, parfois juste divertissantes.

Une très belle lecture pour découvrir toute la richesse de cet auteur, à consulter de toute urgence en bibliothèque ou chez les bouquinistes.



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