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mercredi 23 octobre 2024

Pleurons sous la pluie – Tanith Lee

Couverture de Pleurons sous la pluie

Tanith Lee est une autrice qui a considérablement marqué mon adolescence avec son cycle de fantasy Le dit de la Terre plate, entre autres. Il est aujourd’hui devenu tellement rare de croiser ses textes dans les rayons des librairies que je me suis jetée sur cette nouvelle.

dimanche 31 octobre 2010

Le jour la nuit - Tanith Lee


Le problème quand on aime un auteur, c’est qu’on a tendance à vouloir lire toute son œuvre, et donc à chasser les titres épuisés chez le bouquiniste. Dans le cas de Tanith Lee, autant je suis furieuse que certaines de ses œuvres ne soient plus disponibles (Dieu merci le Dit de la Terre plate n’en fait plus parti), autant pour certains titres, je comprends que personne ne se soucie de les remettre en rayon.

Le jour la nuit tombe dans cette catégorie. En même temps, je cherchais un peu les ennuis. Ce roman a été édité dans la collection « Super + fiction » de Albin Michel en 1982. Avec une couverture horriblement métallisée au point d’avoir des taches de rouille (véridique !). La quatrième de couverture compare Tanith à six autres « grandes dames de la SF », et bien dans le tas il y en a deux que je ne connais pas, et deux que je n’ai jamais lu et dont les livres n’ont pas été réédités depuis un moment. Tout un programme !

Sur une planète qui ne tourne pas sur elle-même (ça doit être ma période, c'est pareil dans le Monde Vert), Vel Thaidis vit dans un palais doté de tout le confort moderne sur la face éclairée de la planète. Elle aurait une vie parfaite si le meilleur ami de son frère ne la mettait pas si mal à l’aise.

Cependant, l’histoire de Vel Thaidis, c’est aussi l’histoire que raconte Vitra, la Fabulaste, aristocrate vivant dans un palais sur (enfin plutôt sous) la face obscure de la planète, et dont la mission est d’abrutir la masse populaire avec ses Fictions (subtile analogie télévisuelle non ?).

Et c’est ainsi que s’articule chaque chapitre, qui consacre la moitié de ses pages au monde de Vel Thaidis (juste une histoire ?) et l’autre moitié au monde de Vitra, des étranges similitudes se tissant petit à petit entre ces deux univers opposés qui semblent également être les deux faces d’une même pièce.

Comme d’habitude chez Tanith Lee il y a une certaine ambiance baroque qui fait plaisir à lire, avec ces personnages de nobles riches et décadents qui règnent sur une masse de pauvres gens miséreux. Comme souvent avec elle on est à mi-chemin entre fantasy et science-fiction, avec toutes ces technologies et en même temps une fresque qui évoque (de loin) ce qu’on trouvera dans le Dit de la Terre Plate (avec ces très riches et ces très pauvres, ces palais et ces taudis façon conte de fées).

J’ai eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire, mais une fois l’alternance entre deux intrigues clairement fixées, j’ai bien apprécié de suivre les péripéties qui se reflètent d’un côté et de l’autre. En fait, Le jour la nuit n’est pas un mauvais livre, mais c’est un livre qui a pris un sacré coup de vieux.

Je trouve le côté science-fantasy un peu désuet (et elle en a écrit un paquet dans ce genre d'univers, ça devait vraiment être la mode dans les années 70-80), et j’avoue avoir été assez peu satisfaite de la fin, qui m’a laissé dans le même état sceptique que les deux protagonistes principaux lorsque l'histoire s'arrête. Là encore, je soupçonne le coup de vieux. Il faudrait vraiment que je me lance dans du Tanith Lee en VO pour pouvoir lire ses ouvrages les plus récents, parce que les fonds de tiroir des parutions françaises, c’est quand même pas fantastique…

CITRIQ

mercredi 17 février 2010

Le Dit de la Terre plate – Tanith Lee


1. Le Maitre des Ténèbres
2. Le Maitre de la Mort
3. Le Maitre des Illusions
4. La Maitresse des Délires
5. Les Sortilèges de la Nuit

Ca m’étonnait un peu de n’avoir jamais rien écrit au sujet de ce très beau cycle de fantasy en dépit de mes relectures fréquentes. Maintenant que je prends enfin le temps de m’y coller, je comprends facilement la raison : je ne sais vraiment pas comment par quel bout commencer.

Le Dit de la Terre Plate est un de tous premiers cycles de fantasy adulte que j’ai lu à la bibliothèque, autour de mes quinze ans. Il m’a beaucoup marqué, et quand j’ai voulu le relire quelques années plus tard, ça a été la croix et la bannière (épuisé de chez épuisé, on trouve certains volumes à 45 euros sur le net !). Et ça a été un tel plaisir de relire cette série que je remets le nez dedans à intervalle régulier.

Composé de cinq tomes écrits dans les années 80, le Dit de la Terre Plate est une œuvre particulière de fantasy, auquel je connais peu d’équivalent. Et qui a la particularité d’être quasiment inrésumable (les 4e de couverture étant soit trop prolixes, soit à coté de la plaque).

Souvent comparé aux Mille et unes nuits, il faut considérer ce cycle comme une sorte de gigantesque fresque mythologique, un recueil de contes, de légendes et d’histoires folkloriques. Qui se déroulent sur la Terre Plate, qui est peut-être, ou non, notre Terre à nous dans des temps très anciens (ce n’est jamais clairement statué).

Dans cet univers sans âge mais sûrement très ancien, il y des hommes bien sûr, mais aussi des démons qui craignent le jour et vivent, bien sûr, sous la terre. Le premier d’entre eux est Ajrarn, premier des Seigneurs des Ténèbres et maitre de la nuit (terme qui colle bien plus à la VO que le Maitre des Ténèbres qui peut porter à confusion avec les Seigneurs des ténèbres), pour qui l’humanité est comme un gigantesque plateau de jeu. Il y pioche ses amants, s’amuse à renverser des royaumes…

Bref, c’est un démon, et tous ses actes sont forcément liés à des histoires, histoires que nous rapporte le Dit de la Terre Plate à la façon de vieilles légendes qui commencent fréquemment par « il était une fois » et autres variantes, sans pour autant se terminer sur « ils vécurent heureux… ».

Il faut également compter sur quatre Seigneurs des Ténèbres qui ne sont pas des démons mais plutôt des personnifications de concepts : Uhlumé alias Seigneur la Mort, bien sûr, mais aussi Chuz, la Folie, et Kheshmet le Destin, et un cinquième qui ne sera jamais clairement nommé. Ceux-ci apparaîtront au gré des tomes, et donnent également lieu à des histoires, même si au final on revient souvent à Ajrarn.

Je pourrais vous en dire plus, et évoquer plus en détails le très beau Sivesh, Ferajin la fille de fleur, Narasen la reine léopard, Simmu et sa quête d’immortalité, ou encore Dunizel et sa fille aux multiples noms. Mais autant les découvrir au fur et à mesure de la lecture.

Ce qui fait, je pense, la beauté de ce cycle, c’est le mode de narration. Ce sont des contes, je l’ai déjà dit. On y trouve donc des princes et des princesses, des magiciens et des sorcières, des royaumes, des vieux sages ou fous, des palais de marbres, de la vaisselle d’or et de pierres précieuses, et des vaisseaux d’argent.

Tanith Lee puise d’ailleurs abondamment dans notre patrimoine de contes et de mythes pour nourrir son récit, mais sans tomber dans la simple réécriture. Cela ne l'empêche pas, de glisser quelques références plus direct, si bien qu'on peut croiser un fragment à peine détourné de la Reine des Neiges, ou revisiter le mythe de la Tour de Babel.

On est très loin du conte à la Disney, et bien plus proche des contes oraux qu’on se racontait le soir au coin du feu. Ce sont des histoires pour divertir, voyager et rêver, adultes, souvent cruelles, et pas du tout bon enfant. Vous n’y trouverez que rarement une morale, et les interrogations qu’ils suscitent sont des réflexions d’adulte (surtout dans la Maitresse des Délires).

Par ailleurs, sous des faux airs de recueil, tous ces contes et légendes ne sont pas indépendants. De taille très variable (cela va de la nouvelle au roman), toutes ces histoires sont entrelacées. Il y a des histoires dans les histoires, parfois rapportées dans un dialogue, parfois prenant carrément un chapitre à part entière.

Tous les récits sont liés entre eux, à l’intérieur d’un tome et entre les tomes (entre lesquels s’écoulent parfois des millénaires). Certains personnages apparaissant dans les premiers tomes sont mentionnés dans d’autres histoires, cette fois comme purs héros de légendes, parfois avec une confusion dans les noms. Plus qu’un assemblage, c’est une véritable fresque qui se dessine sous les yeux (émerveillés) du lecteur.

Le Dit de la Terre Plate est un de cycle préféré, et figurerait en bonne position sur mon top 10 à emmener sur une pile déserte (en espérant qu’un cycle compte pour un livre !). Et pourtant j’ai du mal à m’éloigner de la simple présentation pour partager tout mon enthousiasme.

C’est assez difficile de mettre en lumière ce qui me plait le plus à l’intérieur. J’aime son coté légende de même que j’ai toujours adoré les contes et les histoires mythologiques. J’aime ces récits qui s’entrecroisent et se reflètent pour former un plus vaste ensemble. J’aime l’écriture de Tanith Lee, pleine d’une poésie qui fait voyager le lecteur.

J’aime tous ces personnages dotés d’un Destin avec D majuscule, qu’il soit tragique, magnifique ou les deux. J’aime les Seigneurs des Ténèbres qui sans être des dieux, ont les mêmes préoccupations. Et puis, j’aime le fait qu’on puise lire ce cycle comme un simple divertissement, ou comme un ouvrage bien plus complexe avec ses références et des réflexions.

Bref, c’est un très beau cycle dont je vous recommande la lecture (et la relecture), parce que c’est une série à la fois originale et magnifique (et certainement le chef d’œuvre de Tanith Lee, du moins dans ce qui a été traduit en France).

Pendant très longtemps le trouver était impossible à part chez les bouquinistes, mais ce temps-là est désormais révolu, puisque Mnémos va rééditer l’intégral du Dit de la Terre Plate en avril, en deux tomes. Je serais d'ailleurs curieuse de voir si la traduction a été revue, étant donné que bon nombre de noms ont été transformés en VF chez Pocket (sans réelle raison à mon avis). En tout cas vous n’avez plus d’excuse pour ne pas y jeter un œil !


mardi 1 septembre 2009

L’opéra de Sang – Tanith Lee


1. La danse des ombres
2. Le festin des ténèbres
3. Cain l’obscur

Dans les bizarreries qui ponctuent ce blog, je crois que je n’ai jamais écrit un seul article sur Tanith Lee. C’est une vraie honte parce que c’est celle qui se dispute la place d’auteur favori avec Gaiman (j’ai d’ailleurs réglé la question en décrétant que Gaiman était mon auteur favori et Tanith Lee mon autrice favorite, et toc !).

Tanith Lee a écrit beaucoup, des œuvres assez inégales ceci dit. Il y a des purs chefs d’œuvres, il y a de bons romans et/ou nouvelles et puis des qui pourraient passer à la trappe. Elle a écrit de la SF, de la fantasy, du fantastique, et des trucs mélangeant complètement les genres ou ne ressemblant à aucun d’entre eux.

Et accessoirement elle est très peu traduite en France. Pour quelqu’un qui a écrit quelques 70 romans (sans parler des nouvelles), je ne suis pas sûre que la moitié est été traduit, et la plupart remontent à Mathusalem (les années 80-90). En fait on a rien de neuf en Tanith Lee depuis Thenser en 2004, sinon une nouvelle dans un recueil de la collection Luna (Harlequin pour les intimes, je viens d’en découvrir un 2e d’ailleurs, il faut que j’enquête).

Bref quand on aime Tanith Lee, il faut aimer les bouquinistes, les vieux bouquins mâchouillés (ou livré avec un truc illisible parlant de Conan, rédigé à l’encre violette sur deux en-tête de chapitre, véridique !), et courir après la perle rare sur tous les sites internet. Ou éventuellement il faut aimer l’anglais, pour ceux qui préfèrent la méthode simple.

Dans sa biblio, il y a deux œuvres incontournables (je rajouterais bien Aradia en 3e choix, mais c’est purement subjectif). D’abord le Dit de la Terre Plate, épopée de fantasy, vaste méli-mélo de mythes réécrits, auquel je ne connais pas d’équivalent. J’y reviendrais sûrement un jour après une relecture (retenez juste que s’il n’y en a qu’un à lire, c’est celui là – par contre bonjour la galère pour trouver les cinq tomes).

Et il y a l’Opéra de Sang.

Ici, on entre purement dans le registre fantastique, avec une très belle réécriture de la thématique des vampires. J’allais dire une « énième », mais ce serait dévaloriser le contenu. Anne Rice avec ses Chroniques des Vampires a donné un sérieux coup de jeune à la question, en y ajoutant moult détails (avec une précision quasi scientifique parfois).

Tanith Lee prend le problème à l’envers, dira-t-on, et ne répond clairement à aucune question. Arrivée à la fin du 3e tome, on ne sait toujours pas si ses vampires craignent réellement ou pas le soleil, s’ils ont besoin de sang ou non, s’ils vivent délibérément la nuit ou pas, s’ils sont immortels ou mortels…

Bref on ne sait pas grand-chose, et honnêtement je ne suis pas sûre d’avoir tout saisi. Par contre, ce qu’on retient, c’est l’ambiance des trois ouvrages. Le premier roman est étouffant, angoissant, malsain comme rarement dans ce genre d’histoire.

Quel genre d’histoire d’ailleurs ? Et bien au début de la Danse des Ombres (Dark Dance en VO), on suit les pas de Rachaela, une jeune femme solitaire, renfermée sur elle-même. Elle est contactée par des mystérieux membres de sa famille paternelle, les Scarabae, qui souhaitent qu’elle leur rende visite dans leur Demeure. Elle refuse au début, mais une série de coïncidences finissent par l’y amener quand même.

Sa famille se révèle être composée de vieillards qui vivent dans une ancienne demeure au bord de la mer. Entre autres bizarreries, ils ne sortent d’ailleurs que la nuit. Et c’est dans cette atmosphère étrange que Rachaela s’installe, sans savoir ce qu’ils ont prévu pour elle…

Des trois tomes, celui-ci est mon favori, parce qu’en dépit de la passivité de Rachaela qui est un personnage assez mou et froid, on suit son histoire avec passion, et angoisse, surtout. Rien n’est jamais clairement expliqué, les mystères planent, les ambiances ont quelque chose de malsain… et la métaphore de la souris prise au piège est assez parlante, tant Rachaela n’arrive pas à se sortir des rets de sa famille.

Les tomes suivants sont différents. Déjà, ils se payent le luxe d’alterner les points de vue (de deux au début du tome 2 à un nombre impressionnant dans le tome 3), ce qui multiplie les intrigues. Par ailleurs l’action se situe non plus dans la Demeure au bord de la falaise, mais en ville. Ces tomes-là sont plus « peuplés », plus « vivants », et accessoirement un poil moins angoissants… et beaucoup plus fascinants.


Le festin des ténèbres (alias Personal Darkness en VO) suit essentiellement les pas de Rachaela, finalement acclimatée aux Scarabae dans la nouvelle Demeure, près de Londres, alors que Ruth est partie dans une croisade meurtrière à travers le pays (je ne vous dis pas qui est Ruth, vous verrez bien ^^). C’est alors que débarquent d’autres Scarabae venus du continent pour l’arrêter (ou pas).


Quand au dernier tome, Cain l’obscur (alias Darkness I), je vous épargne un résumé qui vous gâcherait probablement la lecture des tomes précédents. Disons juste qu’on visite du pays et qu’on remonte dans le temps, ce qui apporte quelques éclaircissements mais aussi beaucoup de complications.

Un quatrième volume serait en cours d’écriture, d’ailleurs.

Dans tous les tomes, outre ces ambiances particulières, l’écriture de Tanithe Lee est particulièrement marquante. Ce n’est pas tant ses histoires, que la façon dont elle les raconte. Il y a la poésie dans sa prose, une maitrise de la langue (ce qui explique que je ne m’amuse pas à la lire en anglais), un je-ne-sais-quoi qui fait qu’on plonge littéralement.

Et puis, le rythme est souvent lent, mais reste incroyablement porteur. On se laisse bercer par l’histoire, et on profite d’une multitude de détails (couleur de la moquette, menu du soir, robe de midi, détail d’un vitrail…). On s’égare parfois, et on a des chapitres entiers consacrés à des personnages secondaires. Pas forcément utile de savoir leur couleur préférée ou le nom de leur chien, mais pourtant, ces petits portraits sont aussi passionnants à découvrir que le reste des ouvrages.

Bref si je ne devais retenir que trois éléments pour vendre ce cycle ce serait :
- Des vampires qui sortent de l’ordinaire
- Une ambiance malsaine entre angoisse et fascination, surtout pour le premier tome
- Une très belle écriture.

Bon par contre, autant prévenir, ils ne sont pas faciles à dénicher. Le tome 1 a été réédité chez feu les éditions de l'Oxymore en 2005, avec traduction révisée, mais les autres non. On trouve ponctuellement leurs éditions Pocket Terreur ou Presse de la Cité, en cherchant bien un peu partout.

Bien évidemment dans mon cas, une fois que j’ai eu les trois en main – et dépareillés bien sûr, un de chaque- je les ai vu genre les trois alignés sur une étagère à Gibert. Pour un peu je croirais à une manipulation des Scarabae…