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jeudi 30 août 2012

Petit guide de lecture de la Ballade de Pern

Guide de lecture de la Ballade de Pern

Alors que le challenge Anne McCaffrey se termine demain, je ne peux résister à l’envie de vous proposer, en guise de conclusion, un petit billet fourre-tout sur la Ballade de Pern.

Vaste planète-opera de science-fantasy (voilà pour le placement des mots-clés), Pern est un joyeux foutoir quand on en vient de parler ordre de lecture. Il faut dire que les seize volumes (si on s’en tient aux volumes écrits par l’auteure seule) ne sont aucunement numérotés, classés ou quoi que ce soit en VO. Et je ne parle même pas des nouvelles dispersées ici et là.


Dans quel ordre faut-il lire Pern ?

En France, parce qu’on est maniaque des classements (ou parce qu’on pense que les lecteurs risquent d’être perdus), Pocket a très vite inventé une classification quand la série a commencé à compter un trop grand nombre de volumes. Je vous laisse découvrir ça sur ce merveilleux scan issu de mon exemplaire de la Chute des Fils :


Certains choix m’ont toujours semblé discutables (Les renégats de Pern a l’air puni tout seul dans son coin), j’imagine que Pocket a préféré se prévoir de la marge pour le jour où d’autres romans du même genre seraient écrits. Mais cette organisation permet de dégager le cycle « principal » de La Grande Guerre des Fils.

Et puis les intégrales sont arrivés (une réédition plus que bienvenue pour moi qui avait découvert cette saga à la bibliothèque), et c’est là que j’ai commencé à ne plus rien y comprendre. Exit l’ancien découpage, au profit d’une approche chronologique qui permet soi-disant de redécouvrir la série.

Sauf que cette décision ne fait pas forcément le bonheur des nouveaux lecteurs qui risquent de complètement buter sur l’intégrale 1 (à l’exception de L’aube des dragons, les deux autres romans qui le composent ne sont pas de bons points d’entrée).

D’autant plus que cet ordre chronologique est parfois assez douteux : Les dauphins de Pern comme Les renégats de Pern seraient bien plus à leur place dans l’intégrale 5 (même si leurs prologues respectifs se déroulent chronologiquement bien en amont).

Du coup, si on peut débattre longuement sur l’ordre de lecture, il faut retenir une chose : ignorez l’ordre des intégrales ! Après, cela vous laisse deux approches : l’ordre de parution des romans, ou l’ordre chronologique dans l’univers.

  • L’ordre de parution original :

C’est l’ordre de lecture qui je recommande à tous les nouveaux lecteurs (et c’est accessoirement celui qu’Anne McCaffrey recommandait sur son site internet). La raison en est simple : c’est la meilleure façon d’entrer dans l’univers.

Anne McCaffrey a passé sa vie à écrire La Ballade de Pern (il y a plus de trente années d’écart entre Le vol du dragon et Les ciels de Pern), et son univers s’est construit et enrichi au fur et à mesure, si bien que deux volumes qui se suivent en apparence (Le Maitre Harpiste de Pern et Le vol du dragon) ne se ressemblent absolument pas dans le contenu.

C’est donc le meilleur moyen d’avoir une lecture cohérente même si un peu éparpillée, je vous laisse juger par la liste ci-dessous (avec la correspondance avec les volumes de l’intégrale). J’ai juste pris la liberté d’intervertir Le dragon blanc et Les tambours de Pern (le second est paru juste après le premier, mais question cohérence il vaut mieux commencer par le second).
Le Vol du dragon (Intégrale 3)
La Quête du dragon (Intégrale 3)
Le Chant du dragon (Intégrale 4)
La Chanteuse-dragon de Pern (Intégrale 4)
Les Tambours de Pern (Intégrale 4)
Le Dragon blanc (Intégrale 5)
La Dame aux dragons (Intégrale 2)
Histoire de Nerilka (Intégrale 2)
L'Aube des dragons (Intégrale 1)
Les Renégats de Pern (Intégrale 2)
Tous les Weyrs de Pern (Intégrale 5)
La Chute des fils (non repris en intégrale)
Les Dauphins de Pern (Intégrale 1)
L'Oeil du dragon (Intégrale 1)
Le Maitre-harpiste de Pern (Intégrale 3)
Les Ciels de Pern (Intégrale 5)

  • L’ordre chronologique de l’univers
L’autre approche est plutôt à réserver aux relecteurs. Il est vrai qu’il est attrayant de suivre le déroulement chronologique de l’intrigue (c’est comme d’enchainer Le Silmarillion, Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux), mais comme je le disais plus haut, ça occasionne parfois des décalages étranges d’un volume à l’autre.

En fait l’ordre des intégrales est à peu près juste, si ce n’est pour quelques volumes parfois transversaux (ou qui ont un prologue se déroulant quelques siècles plus tôt) que je me suis permise de remettre à leur place la plus logique.
L'Aube des dragons (Intégrale 1)
La Chute des fils (non repris en intégrale)
L'Oeil du dragon (Intégrale 1)
La Dame aux dragons (Intégrale 2)
Histoire de Nerilka (Intégrale 2)
Le Maitre-harpiste de Pern (Intégrale 3)
Le Vol du dragon (Intégrale 3)
La Quête du dragon (Intégrale 3)
Le Chant du dragon (Intégrale 4)
La Chanteuse-dragon de Pern (Intégrale 4)
Les Tambours de Pern (Intégrale 4)
Le Dragon blanc (Intégrale 5)
Les Renégats de Pern (Intégrale 2)
Tous les Weyrs de Pern (Intégrale 5)
Les Dauphins de Pern (Intégrale 1)
Les Ciels de Pern (Intégrale 5)
Ceci dit, ça fait toujours un joli paquet de livres à lire (et à acheter en plus), d’où le deuxième point de ma (très longue) diatribe :

Faut-il tout lire dans Pern ?
 
 Ma maniaquerie personnelle m’interdit de laisser ne serait-ce qu’un seul volume de côté, mais en tout objectivité, non, il n’est pas nécessaire de tout lire. Aussi formidable que soit l’univers (c’est tout le côté magique de Pern, je serais bien en peine de vous expliquer le pourquoi), tous les romans ne se valent pas, et certains ont un sérieux arrière-goût de remplissage.

Ca ne veut pas dire qu’ils ne vous plairont pas, mais si vous voulez avoir un bon aperçu de l’histoire, ce n’est pas la peine de vous attarder forcément dessus. De toute façon, les textes les plus importants, c’est ceux-ci :
Le Vol du dragon (Intégrale 3)
La Quête du dragon (Intégrale 3)
Le Dragon blanc (Intégrale 5)
L'Aube des dragons (Intégrale 1)
Tous les Weyrs de Pern (Intégrale 5)
Oui on passe de seize à cinq romans, c’est tout de suite moins impressionnant. Notez qu’en plus, côté chronologie, ça colle tout à fait, à part pour L’aube des dragons (mais c’est bien plus cohérent de le lire après Le dragon blanc). Ce sont vraiment des indispensables. Après, il y a d’autres titres fort sympathiques à lire, à commencer par la « Trilogie des Harpistes » :
Le Chant du dragon (Intégrale 4)
La Chanteuse-dragon de Pern (Intégrale 4)
Les Tambours de Pern (Intégrale 4)
Ces trois volumes, plutôt orienté jeunesse, se lisent extrêmement bien, et s’intègrent bien à l’intrigue principale (c’est même plutôt utile de les lire après La quête du dragon, sans quoi vous allez vous demander d’où sortent certains personnages).

Et puis, si vous voulez en savoir plus, je vous recommande encore deux volumes qui viennent enrichir le passé de Pern :
La Dame aux dragons (Intégrale 2)
La Chute des fils (non repris en intégrale)
Le premier raconte l’histoire de Moreta (régulièrement citée dans les autres histoires), et le second, sous le format original d’un recueil de nouvelles, raconte les années après L’aube des dragons. Bon du coup vous voilà avec dix volumes à lire, mais quand on aime, on ne s’arrête pas en si bon chemin !

Et en dehors des intégrales ?

Ce qui m’amène à la dernière partie de mon blabla. La nouvelle édition en intégrale de Pocket est un peu trompeuse, puisqu’elle ne contient pas tous les textes de Pern. Je pinaille, me direz-vous, mais je regrette un peu que La chute des fils ait été écartée de la réédition.

J’aimerais bien une sixième intégrale reprenant toutes les nouvelles d’Anne McCaffrey sur Pern, mais j’imagine que je rêve un peu. En parlant de nouvelles d’ailleurs…

Anne McCaffrey n’a pas écrit que des romans se déroulant sur Pern, loin de là (certains romans sont même des nouvelles rallongées). Du coup, pour ceux qui ont le temps de s’amuser, il est possible de découvrir quelques textes dissimulés ici et là dans des anthologies :

Le plus petit des dragonniers dans La Dame de la haute tour, un texte sur l’Empreinte assez mignon mais qui ne mérite pas forcément le détour (mais comme le recueil le mérite, lisez-le quand même !).








Messagère de Pern, dans l’anthologie Légendes (dirigée par R. Silverberg), qui aborde un aspect très méconnu de l’univers, la profession de messager entre les forts. Si on laisse de côté quelques mièvreries, c’est un texte plutôt sympathique.







 Au-delà de l’Interstice, dans l’anthologie Légendes de la fantasy 1 (dirigée par R. Silverberg également), qui est si je ne m’abuse le dernier texte sur Pern écrit par Anne McCaffrey. Il se démarque d’ailleurs avec un côté mystique carrément habituel, qui mérite que l’on si attarde (même si ce n’est pas la thématique que je préfère, c’est intéressant de le voir surgir tout à coup même si certaines salamalecs sur les dragons m'ont laissé parfois un peu sceptique).



Il existe d’autres nouvelles, mais celles-ci n’ont jamais été traduites en français. Il y a d’ailleurs un joli recueil illustré en VO, A gift of dragons, qui en regroupe la plupart.

Voilà, je crois avoir fait le tour de tout ce qu’a écrit Anne McCaffrey sur l’univers de Pern. Après 2003, d’autres romans ont été publiés, mais ils sont co-écrits avec son petit fils, Todd McCaffrey (qui a repris le flambeau seul désormais). Un seul a été traduit en français, mais j’avoue que le contenu me tente assez peu.

Et puis, il faut savoir s’arrêter. D’ailleurs, vu la taille de ce billet, je ferais bien d’en faire autant ! J’espère que ce petit récapitulatif (hautement personnel) vous aura été utile, ou du moins, qu’il ne vous aura pas trop barbé !


dimanche 26 août 2012

La dame de la haute tour - Anne McCaffrey


Histoire de terminer mon challenge Anne McCaffrey avec quelque chose qui n’est pas Pern, j’ai déniche chez les bouquinistes cette sympathique anthologie de l’auteur, dans la série Le grand temple de la SF, qui continua un temps le travail du Livre d’or de la SF.

C’était la première fois que j’avais l’occasion de lire un ouvrage de cette collection/série, et la surprise a été plus qu’agréable, à tel point que je regrette que de tels ouvrages ne se fassent plus aujourd’hui, avec des nouvelles donnant un aperçu d’un auteur sous ses différentes facettes, une introduction fort intéressante, et surtout une bibliographie pointue extrêmement utile.

En plus, hasard des hasards, la Dame de la Haute Tour, anthologie consacrée à Anne McCaffrey, a été entièrement réalisée (de la rédaction de l’introduction au choix et à la traduction des nouvelles) par Elisabeth Vonarburg, il n’y a pas de hasard dans la vie !

Sa préface d’ailleurs, même si elle s’attache un peu trop à la question du cyborg au féminin (question à laquelle j’ai assez peu été confrontée en lisant Pern, vous vous en doutez bien), est très intéressante, redonnant un peu de contexte aux nouvelles présentées, et à l’œuvre d’Anne McCaffrey, qu’elle cerne avec justesse.
L’œuvre de McCaffrey, sur ce point comme sur les autres, se compare tout à son honneur avec les textes des femmes auteurs plus « révolutionnaires » qui l’ont accompagnée […] dans l’exploration du corps féminin plus ou moins mutilé et/ou libéré. On a tort de lui reproché de ne pas avoir été « plus audacieuse » ou d’être encore « coincée » dans les rôles féminins traditionnels. Elle écrivait en prise sur sa propre époque, et surtout sa propre histoire, celle des années quarante et cinquante.
Chaque nouvelle étant fort intéressante en elle-même (à tel point que j’ai activement pris des notes pendant la lecture), vous avez le droit à une présentation détaillée de chacune, petits veinards !

La Dame de la Haute Tour est la deuxième nouvelle écrite par Anne McCaffrey (elle-même la présente souvent comme sa première), et déjà, on y trouve un de ses violons d’Ingres, les pouvoirs psychiques. Ca ne vous surprendra pas de savoir que cette nouvelle sera plus tard étendue sous forme d’un roman, la Rowane.

Ce que j’ai aimé dans ce texte, c’est l’aspect atypique du space-opera. On nage en pleine fédération galactique, mais les déplacements spatiaux ne se font pas grâce à des moteurs ou de l’hyperespace, mais grâce à des surdoués de l’esprit qui déplacent les vaisseaux par la pensée, de la façon collaborative.

La Fille de sa mère est également un texte ancien (1971), qui met en scène une jeune fille issue d’une famille d’agriculteurs avec un père assez macho et fermé, sur un monde où les résultats aux examens déterminent les choix de carrière pour le plus grand bien des élèves.

Dans certains aspects, on pressent un peu Pern (qu’elle commençait à écrire) dans le côté très rural de l’histoire, ainsi que dans le côté très utopiste du monde. Ca se sent aussi dans ces personnages féminins qui plutôt que de quitter carrément le carcan familiale pour s’émanciper (notamment d’un père qui la considère uniquement comme bonne à marier et incapable de gérer la ferme), mais qui usent plutôt de tous leurs talents diplomatiques pour maintenir intact la cellule familiale.

L'Enfant des fées n’est absolument pas un texte de fantasy, en dépit de son titre. Et son argument SF est finalement assez faible, puisque sur fond de cité futuriste, il explore la vie d’un étrange ménage à quatre (composé de trois hommes et une femme, je vous laisse en découvrir vous-même les détails).

Même si je plains un peu la pauvre héroïne par moments, j’ai trouvé ce texte, qui pourrait presque être une comédie romantique (sacrément décalée), extrêmement moderne, et ce n’est pas le seul dans ce recueil.

Le Temps qu'il fait sur Welladay est la nouvelle qui m’a le moins plu dans le recueil. Elle met en scène l’enquête que mènent différents protagonistes sur un trafic de substances miracles (issus de baleines) ayant lieu sur une planète océanique. Même si l’univers est chouette, je n’ai pas trop accroché à cette histoire, d’autant plus que le manque de séparation entre les paragraphes lorsqu’on changeait de point de vue a provoqué pas mal de confusion à la lecture.

Les Épines de Barevi est un texte étrange, complètement en marge de la production habituelle de Anne McCaffrey, dans une veine de « porno douce », comme la qualifie Elisabeth Vonarburg. En fait l’histoire repose tellement sur les gros poncifs de la vieille SF (avec une race alien qui asservit les humains) et des Harlequin (avec le cliché de l’héroïne qui tombe amoureuse de son bourreau, à peu de choses) que le résultat est absolument hilarant (et je pense, volontairement mauvais).

L'Amour suprême, de tous les textes du recueil, est je crois bien mon favori. C’est un formidable texte d’anticipation, assez peu branché SF et carrément visionnaire. L’histoire est celle d’une obstétricienne qui aide une femme ne pouvant avoir d’enfants à en avoir, grâce à sa belle-sœur volontaire pour jouer le rôle de mère-porteuse.

A l’exception de quelques termes un peu désuets (l’auteur parle d’exogenèse), le texte n’a pas pris une ride, et aborde toutes les questions morales et législatives qui tournent autour de la procréation médicalement assistée. Le résultat est juste bluffant.

Le Bon Père Noël nous sort un peu du registre de la SF pour passer à celui du fantastique, avec l’histoire d’un enfant capable de donner vie à ses dessins. J’ai été assez surprise du caractère assez cruel de cette histoire, assez éloignée de ce que j’ai l’habitude de trouver chez Anne McCaffrey.

Pomme pourrie revient une fois de plus sur le Cycle des Doués (elle a été publiée dans le Vol de Pégase), qu’il est parfois difficile de ne pas mettre en parallèle avec les X-Men, vu que la nouvelle aborde la question de l’intégration de ces êtres doués de talents spéciaux de la société, et de ce qui se passe lorsque l’un d’entre eux se sert de ses pouvoirs pour cambrioler des magasins.

Après la Dame de la Haute Tour, cette nouvelle a vraiment piqué ma curiosité, si bien que je m’intéresserais sûrement un jour au cyclé des Doués.

Le plus petit des dragonniers termine le recueil avec une nouvelle se situant dans le monde le plus connu de Anne McCaffrey, Pern. Le texte aborde la question de l’Empreinte, avec un petit garçon, le futur K’van, moqué par ses pairs mais désireux d’avoir son dragon. Ce n’est pas le texte le plus original écrit par l’auteure, mais il a un côté magique assez mignon qui offre une conclusion légère à ce recueil.

Arrivée à la fin de cet article, je me rends compte que je me suis étalée plus que de raison, mais il faut dire que ce recueil est une perle : il donne un aperçu des grands cycles d’Anne McCaffrey (via des nouvelles pour Pern et les Doués, via l’intro qui le décortique en profondeur pour le vaisseau qui chantait), mais aussi de la variété de ses nouvelles, parfois visionnaires, parfois juste divertissantes.

Une très belle lecture pour découvrir toute la richesse de cet auteur, à consulter de toute urgence en bibliothèque ou chez les bouquinistes.



CITRIQ

mercredi 22 août 2012

Les ciels de Pern - Anne McCaffrey

 

Et voilà, ça me fait tout drôle, avec ce dernier roman j’en termine avec ma relecture de La Ballade de Pern, et je vais pouvoir ranger les cinq pavés qui constituent l’intégrale sur mes étagères. Seize romans, cinq mois de lecture et un nombre de pages que je préfère ne pas estimer… pfiou !

Les ciels de Pern est le dernier roman écrit en solo par Anne McCaffrey en 2001. C’est aussi chronologiquement le dernier roman du cycle, puisqu’il se déroule après Tous les Weyrs de Pern et Les dauphins de Pern.

Même si les Fils tombent encore pendant ce roman, Les ciels de Pern est là avant tout pour parler du devenir des chevaliers-dragons après la fin du Passage. Après tout, même s’ils vont pouvoir s’affranchir des Forts grâce à leurs terres sur le Continent Méridional, il va bien falloir qu’ils s’occupent !

Et cette occupation, ils trouvent un peu malgré eux alors qu’une comète s’approche d’un peu trop près Pern, tandis qu’en parallèle quelques trouble-fêtes opposés au progrès sèment la panique dans les ateliers qui se modernisent.

Comme pas mal de ses prédécesseurs, Les ciels de Pern est un roman chronique, avec de multiples fils d’histoire, de très nombreux personnages, même si l’on se focalise beaucoup sur F’Lessan, le fils de Lessa et de F’Lar (ce qui sent un peu le passage de flambeau).

Et comme toujours, on se retrouve avec cette impression très particulière, typique de la série, d’avoir affaire à un roman sans début ni fin, à un fragment d’histoire donné à voir. D’ailleurs j’ai beaucoup de mal à juger le texte dans son ensemble, ce sont les petits détails qui ont attiré mon attention.

Même si le personnage de F’Lessan subit un étrange retournement de personnalité, comme souvent chez Anne McCaffrey (à savoir qu’un jeune inconscient se révèle bien différent que l’image qu’on a de lui), j’ai bien aimé l’autre point de vue qu’il donne sur ses parents, surtout quand il se demande si ses parents lui offrent des cadeaux pour se rappeler qu’ils ont un fils, ou pour lui rappeler qu’il a des parents !

En dehors des célébrités qui ont toutes le droit à un caméo, on croise également des personnages comme Tenna et Haligon, rencontrés dans la nouvelle Messagère de Pern (de l’anthologie Légendes). C’est assez marrant de voir comment ces Messagers, presque jamais mentionnés jusque-là, sont tout à coup bien plus présents, un peu comme pour récompenser les lecteurs les plus assidus, qui eux seuls sauront reconnaitre tous les protagonistes de l’histoire !

J’ai aussi apprécié le personnage de la dame-dragon verte, qui met en valeur des dragons souvent peu mis en avant (contrairement aux prestigieux bronzes et dorés). Par contre, j’ai trouvé que le nouveau « talent » maitrisé par son dragon un peu trop facilement tombé du ciel après deux mille ans d’histoire (Deus ex machina, quand tu nous tiens…).

Cette nouveauté s’intègre cependant à une tendance générale de la série. Alors que les premiers romans ressemblaient plutôt à la fantasy, l’histoire s’orientait plus vers la SF dans les derniers volumes. Et là, tout à coup, c’est presque comme si la magie se réinvitait dans l’histoire pour redonner une touche de fantasy à Pern.

(c’est d’ailleurs assez cohérent avec une des dernières nouvelles de l’auteur, Au-delà de l’Interstice, écrite en 2003 et publiée dans l’anthologie Légendes II)

Je n’avais jamais eu l’occasion de lire Les ciels de Pern auparavant, cette lecture a donc été une réelle découverte pour ma part. Ce n’est pas un titre capital de la série (on a un peu l’impression d’une conclusion qui n’en finit pas), et certains travers de Anne McCaffrey y sont un peu trop présents (des méchants caricaturaux, du Deus ex…), mais quand on aime l’univers, c’est agréable de le visiter une fois encore.

En fait ce roman est un peu à l’image de toute la série. Pas exempt de défauts, mais on le dévore parce que l’univers déployé, cette utopie pastorale où tout le monde arrive à peu près à vivre en harmonie, avec une technologie réduite mais avec des dragons presque « magiques » a vraiment quelque chose de fascinant, ce qui fait qu’on tombe facilement sous son charme.

A noter que ce volume m’a valu quelques bons fous rires à cause des noms de certains personnages. On croise quand même un astronome répondant au nom d’Erragon, et deux harpistes s’appelant respectivement Nip et Tuck !

Voilà, c’en est fini de ma relecture de La Ballade de Pern. Si j’ai un peu de courage, je ferais un petit bilan de mes lectures sur Pern d’ici la fin du mois, accompagné de suggestions quant à l’ordre et au choix des lectures pour qui veut se lancer.

De toute façon, je n’en ai pas encore tout à fait fini avec Anne McCaffrey, puisque je dois encore vous parler d’une très bonne anthologie de nouvelles, la Dame de la Haute Tour.


CITRIQ

samedi 18 août 2012

Le Maitre Harpiste de Pern - Anne McCaffrey


La fin du challenge approche, et avec elle la fin de ma relecture de La ballade de Pern. En effet, Le Maitre Harpiste de Pern est l’avant dernier tome de cette série, ou en tout cas l’avant dernier tome qu’Anne McCaffrey a écrit seule.

Le Maitre Harpiste..., vous vous en doutez, s’intéresse à un des plus éminent personnage de Pern, Robinton, ce fieffé manipulateur (pour le plus grand bien de tous) qui par son influence, contribue à moderniser la planète et à établir à nouveau de bonnes relations entre Weyrs et Forts.

Bien qu’omniprésent dans l’histoire (il apparait dans tous les romans du 9e Passage il me semble), c’est un personnage très privé dont on sait fort peu de chose (on connait tout juste l’identité de son père). On en prend d’autant plus conscience à la lecture du Maitre Harpiste..., qui raconte sa vie de sa naissance jusqu’aux premiers évènements du Vol du dragon.

Du coup, on a une étrange impression de revenir aux sources en assistant à la jeunesse du personnage et à sa rencontre avec un grand nombre de protagonistes (ou de parents de) des histoires qui suivront. C’est ainsi qu’on découvre au détour d’une page le (très long) nom complet de F’lar avant qu’il devienne chevalier-dragon, ou qu’on assiste bien plus en détail à la montée en puissance de Fax.

Ceci dit, si chronologiquement, Le Maitre Harpiste de Pern colle au Vol du dragon (ce qui donne l’impression de boucler la boucle), je suis assez contente d’avoir privilégié l’ordre de parution qui m’amène à le lire bien plus tard, car l’écart entre ces deux romans est finalement assez immense.

Trente années séparent la publication de ces deux romans (du moins pour la VO), et ça se sent, dans l’écriture un peu, mais aussi dans les idées (on y voit par exemple beaucoup de femmes harpistes, alors que Menolly semble être une anomalie à l’Atelier une ou deux décennies après).

L’univers d’Anne McCaffrey s’est agrandi, a évolué, a mûri presque, et Le vol du dragon semble un roman presque pauvre et désuet comparé à la richesse du Maitre Harpiste.... Mais ça n’a rien d’anormal, après tout on se retrouverait face au même décalage si Tolkien avait publié tout ce qu’il écrivait au fur et à mesure, au lieu de le réécrire sans cesse !

Du coup c’est un décalage qui s’accepte facilement à la lecture. J’ai juste eu un peu plus de mal avec la figure du jeune Robinton, enfant prodige limite exaspérant tant il est parfait, et la volonté qu’a eu Anne McCaffrey de nouer tant de fils ensemble qu’on y perd presque en crédibilité

(à titre de spoiler, autant je trouve que faire de Camo l’enfant de Robinton et Silvana relativement censé et touchant, autant je me demande s'il était bien nécessaire de faire de Sebell un cousin de Robinton)

Ceci dit, lancée comme j’étais dans ma lecture, je n’y ai pas trop prêté attention. Sans surprise, j’ai dévoré ce roman, pour le plaisir de découvrir un autre morceau de l’histoire de Pern. Même s’il n’est pas sans défaut, il offre une tellement bonne conclusion à la saga que je ne peux que vous inviter à le découvrir.

Je vous parlerais sous peu des Ciels de Pern, qui sera ma première non relecture dans le cadre de ce challenge, et une vraie découverte pour une fois. Affaire à suivre…




CITRIQ

mardi 14 août 2012

L'oeil du dragon - Anne McCaffrey


Ping, pong, retour vers le passé cette fois-ci ! Avec L’œil du dragon (en VO il est aussi paru sous le titre plus poétique de Red Star Rising), je vais pouvoir finir l’intégrale 1 (il serait temps), et nous allons avoir l’opportunité de nous intéresser au Deuxième Passage.

De toute période du passé qu’il restait à explorer, c’est sans doute celle qui peut se révéler la plus intéressante. En effet, c’est le premier passage pour lequel les habitants de Pern vont avoir le temps de se préparer (contrairement au premier qu’ils avaient subi complètement). C’est d’ailleurs tout le propos de ce roman, qui se déroule juste avant les premières chutes de Fils.

Deux cents cinquante années se sont donc déroulées après la fin du premier passage. Tous les Weyrs prévus ont été créés, les forts se sont multipliés, les colons se sont éparpillés (ce ne sont plus vraiment des colons d’ailleurs), et on se prépare à rentrer dans une phase difficile en reprenant le maniement des lance-flammes et de la pierre à feu.

Il y en a cependant qui refusent de croire au retour des Fils, si bien qu’à l’Université de Fort (le futur atelier des Harpistes), on réfléchit à comment assurer la transmission durable des connaissances capitales pour la survie de tous, surtout maintenant que les ordinateurs les ont lâché (après plus de 300 années d’existence, ils étaient vaillants leurs PC !), et que le papier se fait rare…

Même si L’œil du dragon a un côté un peu « roman de remplissage », je lui ai trouvé un certain intérêt dans tous les petits détails qu’il fait découvrir : on suit notamment un peintre (la discipline revenant forcément au goût du jour faute d’autre appareil d’enregistrement) et une jeune dame-dragon maitresse d’une Verte (ce qui permet de se faire une petite idée des premiers jours d’un dragon).

Accessoirement, il mentionne le SIAAV qui se serait volontairement désactivé pour que les colons se débrouillent sans lui (ce qui justifierait à posteriori qu'il soit peu mentionné dans les autres romans), et montre qu'à cette époque, les habitants de Pern se rendaient encore sur le continent méridional, d'une part pour essayer de dégarer le Terminus enfoui sous les cendres, et d'autre part pour surveiller la progression des larves.

Et puis il soulève quand même un point très intéressant, à savoir comment ont pu se perdre autant d’informations et de technologies en 2000 ans d’histoire de Pern (sachant qu’on ne peut pas franchement blâmer des guerres ou un changement de régime politique).

La réponse se révèle pleine d’ambiguïtés : c’est un choix volontaire fait par les enseignants, de réduire l’enseignement à l’essentiel (et d’en faire passer la majeure partie par des chansons enfantines), et donc de laisser de côté l’histoire avant leur arrivée sur Pern.

C’est tout à fait pertinent, mais j’avoue que je me rangerais assez du côté des mécontents dans cette décision (même s’ils se défendent d’effacer l’histoire, les informations restant accessibles aux étudiants intéressés, on sait ce que ça donne deux mille ans plus tard).

D’ailleurs cela montre une fois de plus que de façon presque saugrenue, sur Pern, les enseignants détiennent presque plus de pouvoir que les Seigneurs sur les populations (vu qu’ils assurent la communication des nouvelles ET l’enseignement). Une bonne chose qu’ils soient tous des gentils bonshommes (comme la plupart de la population de Pern).

Je vais sûrement pouvoir continuer à déblatérer sur le sujet, puisque je continue sur Le maitre-harpiste de Pern, récit de la vie de Robinton. Je n’en ai donc pas fini avec ces questions de transmission de la connaissance !

CITRIQ

vendredi 10 août 2012

Les dauphins de Pern - Anne McCaffrey


C’est marrant, quand on lit Pern dans l’ordre de parution, on a vraiment l’impression qu’Anne McCaffrey slalome entre les époques, à passer des origines au futur d’un tome à l’autre. La dernière fois, j’en étais restée au premier passage, cette fois-ci je retrouver l’époque du Vol du dragon !

Comme son titre l’indique, ce roman va laisser un peu de côté nos reptiles aériens favoris au profit des dauphins, compagnons marins oubliés des habitants de Pern, dont on redécouvre peu à peu l’existence, et les nombreux talents.

Du coup on quitte un peu le casting habituel, pour se concentrer sur trois personnages : Alemi, frère de Menolly, désormais maitre pêcheur du fort de la rivière Paradis ; Readis, le fils de Jayge, seigneur du dit-fort de la rivière Paradis ; T’lion, un jeune chevalier dragon qui lui aussi va s’intéresser aux dauphins.

Le roman commence par remettre en scène une anecdote évoquée dans Tous les Weyrs de Pern, le sauvetage d’Alemi et Readis par une bande de dauphins, et à partir de ce point de départ, se déroule en parallèle de Tous les Weyrs de Pern, et même bien après. Encore un volume qui sous ses airs d’annexe, cache un morceau de l’intrigue principale !

En toute honnêteté, Les dauphins de Pern s’inscrit dans la veine vraiment gentillette (et plutôt orientée jeunesse avec deux protagonistes adolescents) de la saga. C’est presque insupportable, mais ça n’a rien d’anormal vu que l’histoire parle de dauphins, créatures joueuses, drôles, et absolument pas rancunières d’avoir été ignorées pendant 2000 ans.

Mais ça fait tout de même plaisir de vraiment découvrir ces autres habitants de Pern, sur lesquels ont en savait peu jusque-là. On a même leur point de vue à eux dans certains passages.

Modifiés génétiquement pour pouvoir parler, ils ont appris le langage des humains, avec qui ils entretiennent une sorte de partenariat. Ils les ont accompagnés pour profiter des belles mers de Pern (celles de la Terre n’étant plus ce qu’elles étaient), et en échange de soins, ils guident les pêcheurs vers les meilleurs secteurs pour pêcher, et sauver les naufragés.

Sans personne pour s’occuper d’eux pendant 2000 ans, ils ont perpétué leur langage et leurs traditions, et ils ne sont que trop contents de renouer avec les humains. C’est plutôt une jolie histoire, celle de la symbiose entre ces deux espèces.

Certes on avait les dragons, mais le dragon de Pern choisit son compagnon lors de l’Empreinte, et ça a toujours un petit côté magique/destinée. La relation avec les dauphins repose elle uniquement sur la compréhension mutuelle, le dialogue. C’est parce que des gens comme Alemi, T’lion et Readis renouent avec les dauphins que les communications reprennent, et on apprécie cette nouvelle rencontre.

En parallèle de ces considérations dauphines, Anne McCaffrey profite de l’occasion pour développer un peu l’après Siaav (avec des « nouvelles » anciennes technologies qui se diffusent, la création d’une école, de nouveaux ateliers, les manigances de Torric), ce qui apporte quelques petits plus assez sympas, même si ça donne un peu l’impression d’un épilogue qui ne finit jamais (ce qui tient la route quand on sait qu’il y a encore Les ciels de Pern derrière).

Ceci dit, j’ai doucement rigolé dans ce tome lorsque Menolly refait son apparition dans l’histoire. Moi qui me plaignais en relisant La chanteuse-dragon de Pern que sa relation avec ses parents manquait franchement d’une conclusion, voilà donc qu’on en trouve une au détour d’un chapitre des Dauphins de Pern !

Je commence à approcher très concrètement de la fin puisqu’il ne me reste plus que trois romans à lire dans l’univers de Pern. Prochain épisode : retour aux origines (une fois de plus) avec L’œil du dragon.

CITRIQ

mercredi 25 juillet 2012

La chute des Fils - Anne McCaffrey


Petite exception dans cette redécouverte de Pern, La chute des Fils n’a pas été réédité dans les nouvelles intégrales, j’ai donc dû aller l’emprunter à la bibliothèque. C’est bien dommage d’ailleurs, car c’est un livre fort intéressant.

Pour commencer, c’est un recueil de nouvelles sur Pern (il n’en existe que deux, et le deuxième, A Gift of Dragons, n’a pas été traduit). Et plus précisément, c’est un recueil de nouvelles se déroulant juste après L’aube des dragons, ce qui permet de retrouver tout le casting de ce roman pour un temps encore.

Je m’étonne un peu qu’il y ait si peu de recueils de nouvelles sur Pern, parce que la nouvelle est un format qui s’adapte parfaitement à l’univers et à la manière d’écrire de Anne McCaffrey. Cela lui permet d’aborder des tas de sujets sans donner l’impression de s’éparpiller, et c’est très plaisant de rentrer dans l’univers par différents points de vue.

D’ailleurs il n’y a pas de hasard, certains romans de Pern sont issus de nouvelles (Le vol du dragon était en fait composé de deux novellas, Weyr Search et Dragonrider, dont une qui lui a valu de recevoir les prix Hugo et Nebula, et Le dragon blanc tire son origine d’une nouvelle, A time when).

En tout cas, c’est un recueil que j’ai beaucoup apprécié la lecture, et qui m’a donné envie de lire d’autres nouvelles d’Anne McCaffrey. Je vais donc sans doute me faire un plaisir de traquer les autres textes courts traitant de Pern.

Mais je m’avance un peu, pour le moment je vais vous présenter un peu les textes de ce volume.

Première reconnaissance : P.E.R.N. est une nouvelle un peu anecdotique qui nous raconte la mission des premiers explorateurs qui mettent les pieds sur Pern pour savoir si elle est viable, et si elle abrite des ressources intéressantes. C’est un « mythe des origines » plutôt sympa à découvrir, surtout pour savoir d’où vient le nom de la planète.

La cloche des dauphins nous fait découvrir un peu plus ces fameux compagnons aquatiques qui ont accompagné les humains sur Pern. C’est la troisième fois qu’on entend parler d’eux, et cette fois-ci on a un aperçu un peu plus concret de ces animaux améliorés génétiquement.

Cette nouvelle nous ramène à l’époque de l’évacuation du Terminus et relate la Traversée, la deuxième, celle entre les deux continents sur des bateaux, qui se révèle bien plus épique que celle à travers l’espace. Dans le genre petit détail, j’ai adoré la méthode de protection contre les Fils inventée pour l’occasion !

Le Fort de Red Hanrahan raconte l’histoire de la création d’un fort bien connu des habitués de Pern par Red Hanrahan (le père de Sorka, pour ceux qui seraient égarés). Cela permet de voir comment les colons s’installent peu à peu sur le continent en s’éparpillant ici et là dans les réseaux de grotte, avec un seigneur qui s’affirme très vite pour guider ces gens.

A noter que ce texte fait de Boll Sud le premier fort créé après l’installation dans le Nord, ce qui ferait de celui de Red Hanrahan un bon troisième… Etourderie de l’auteur ou jolie manière de montrer des erreurs dans la transmission de l’Histoire, allez savoir…

Avec Le Deuxième Weyr, on retrouve l’univers des premiers chevaliers dragons, qui se sont multipliés depuis l’éclosion des premiers œufs. Sorka et Sean, toujours Dame et Chef du Weyr, sont bien plus vieux, et on commence à discuter de la création d’un autre Weyr. C’est intéressant de voir le plan de protection de Pern prendre de l’ampleur, et de voir apparaitre des petites choses qui sembleront presque courantes après (comme la capacité d’entendre tous les dragons).

Le recueil se termine sur Mission sauvetage, qui permet de comprendre pourquoi personne n’est jamais venu sur Pern, en dépit de l’appel au secours lancé dans L’aube des dragons. En fait, les secours sont bien venus mais… vous verrez bien le résultat. La nouvelle est un peu longuette, et les protagonistes pas forcément des plus sympathiques, mais le décalage entre ce que le lecteur sait de Pern et ce que les héros de l’histoire déduisent de leurs observations est assez savoureux.

Et voilà comment en cinq textes assez courts, Anne McCaffrey nous fait vivre un petit moment de plus au côté des premiers colons, et nous permet de voir comment leur installation dans le nord s’est réalisée. Au risque de me répéter, j’ai vraiment apprécié ma lecture, c’est vraiment un bon format pour Pern.

Du coup, je regrette d’autant plus que ce recueil ne soit pas inclus dans les intégrales, par exemple à la suite de L’aube des Dragons, ce qui serait bien plus cohérent que Les dauphins de Pern (je vous en reparlerais d’ailleurs).

Comme je doute que Pocket s’amuse à produire un sixième volume (pourtant avec les nouvelles publiées ici et là, il y aurait de quoi faire un bon recueil), il va falloir que je songe à le dénicher en occasion pour compléter ma série. Mais pour le moment je vais me contenter d'enchainer, justement sur Les dauphins de Pern.



CITRIQ

jeudi 19 juillet 2012

Tous les Weyrs de Pern - Anne McCaffrey


Cela me fait tout bizarre d’écrire cet article, parce qu’on croirait que c’est le dernier roman de la série. Ca me donne l’impression d’avoir fini ma relecture, alors que ce n’est pas du tout le cas (il reste encore cinq titres si vous voulez tout savoir).

Enfin si on se réfère à la chronologie in-universe, à l’époque où je lisais Pern pour la première fois, c’était effectivement le dernier. Désormais il y a Les ciels de Pern, qui devrait être ma seule non-relecture dans le cadre de ce challenge. Mais je m’égare.

Tous les Weyrs de Pern se déroule juste après la fin des Renégats de Pern, et met en scène les conséquences de la découverte sur le site du Terminus du SIAAV (un système d’intelligence artificiel activé par la voix), qui va changer la vie des habitants de Pern.

En effet, grâce à cette IA qui leur permettra de redécouvrir l’histoire et les technologies de leurs ancêtres terriens, ils pourront mettre en place un plan pour se débarrasser des Fils définitivement.

Le roman se déroule sur une assez longue période de quatre révolutions, pendant laquelle la découverte de SIAAV fera considérablement évoluer Pern au niveau technologique, ce qui ne va pas aller sans quelques heurts venant de personnes opposées à tout changement.

Difficile de ne pas penser à un final quand on lit Tous les Weyrs de Pern. On y voit s’accomplir le rêve de F’lar, se débarrasser des Fils comme il le souhaitait dans le Vol du Dragon. On y recroise tous les personnages précédemment rencontrés au court des précédents romans (F’Lar et Lessa, Jaxom et Ruth, Robinton, Menolly, Sebell, Piemur, Mirrim, Jayge et j’en passe des meilleurs).

Et surtout, on voit enfin s’accomplir ce dont le lecteur rêvait un peu depuis qu’il avait pris conscience du côté science-fantasy de l’univers : sans rentrer dans les détails, voici enfin venu le temps où l’on voit des dragons ET des vaisseaux spatiaux. Un peu comme si le côté SF et le côté fantasy de Pern se rencontraient enfin. C’est assez jouissif en fait.

Le seul défaut (assez important hélas) de cette histoire, c’est que le SIAAV en lui-même a un petit côté Deus ex-machina. Il n'est pas (à ma connaissance) mentionné dans L’aube des Dragons, si bien qu’il tombe un peu trop bien avec sa banque de données et son plan tout prêt ou presque. C’est l’aspect le moins crédible du roman, heureusement Anne McCaffrey a rattrapé son coup en le mentionnant dans d'autres titres.

Mais ça reste néanmoins un final épique (et aussi très émouvant à la toute fin), dans lequel on a plaisir à voir toute la bande travailler ensemble, surtout Jaxom (qui multiplie les casquettes dans ce volume) et son dragon blanc qui tiennent une place importante.

Pour le livre suivant, je vais carrément changer de format puisque je vais m’attaquer à La chute des Fils, un recueil de nouvelles qui se déroule après L’aube des dragons.


CITRIQ

dimanche 15 juillet 2012

La transe du crystal (série) - Anne McCaffrey


1. La chanteuse crystal / 2. Killashandra / 3. La mémoire du crystal

Toujours en pleine relecture de la Ballade de Pern, je me permets de faire une petite digression pour vous parler d’une autre série de Anne McCaffrey qui m’a au moins autant (sinon plus) marqué que Pern, La transe du crystal.

La coutume voudrait que je vous détaille chaque tome individuellement, mais ayant lu les trois romans à la suite, en à peine trois jours, vous comprendrez que j’ai un peu de mal à les différencier.

Quittons un peu le domaine du planet-opera avec des dragons pour celui du space-opera, dans un lointain futur où les humains se sont dispersés dans toute la galaxie et vivent dans une fédération de mondes pensants.

Killashandra est une jeune femme qui étudie la musique au Conservatoire de Fuerte pour devenir soliste. Le jour où ses rêves sont brisés par un jury (elle devra se contenter d’une place de chef de chorale à cause d’un léger défaut de sa voix), elle décide de tout quitter.

Le hasard va mettre sur son chemin un chanteur crystal de la planète Ballybran, qui va lui entrouvrir la porte d’une autre carrière. En effet, cette planète est l’unique endroit où l’on peut extraire du crystal (oui avec un y), matériel indispensable pour les systèmes de communication, les ordinateurs, les tractions des vaisseaux spatiaux…

Mais petite particularité, son extraction ne peut se faire qu’avec une lame sonique (ce qui nécessite d’avoir l’oreille absolue et de savoir chanter accessoirement), et la planète en elle-même affecte tous ses habitants, si bien qu’ils y gagnent en santé, mais ne peuvent jamais s’en éloigner pour de longues durées. Quant aux chanteurs, tailler le crystal affecte leur mémoire, et ils risquent facilement leur vie dans les montagnes où les vents peuvent les rendre fous.

Malgré tous les avertissements (y compris ceux du chanteur-crystal lui-même), Killashandra décide donc de se lancer dans l’aventure. Le premier tome, La chanteuse crystal, tient pratiquement du roman d’initiation, et raconte son parcours pour devenir chanteuse crystal.

Killashandra, sa suite, se déroule quelques temps après, alors que des déconvenues dans la chasse au crystal noir obligent Killashandra à accepter une mission sur un monde à priori utopiste, où elle doit profiter de sa mission d’installation d’un nouveau clavier en crystal blanc pour découvrir si la planète est aussi idyllique que les prospectus le laissent penser.

Quant à La mémoire du crystal, il se déroule bien des années plus tard, alors que Killashandra souffre de plus en plus de ses troubles de mémoire, au point d’en oublier l’homme qu’elle aime, ce qui met peu à peu sa vie en danger.

La transe du crystal est une trilogie qui n’est pas exempt de défauts, il est même difficile de ne pas les voir, surtout à la deuxième lecture. Killashandra pourrait tout aussi bien s’appeler Mary-Sue, tant elle est douée et que tout lui réussit, ce qui est un poil exaspérant, d’autant plus qu’elle n’a pas un caractère forcément facile.

Par ailleurs, les intrigues contiennent une bonne dose de Deus ex-machina (avec une mention spécial pour le troisième tome où ce qui aurait pu être une excellente ouverture sur les intelligences non-humaines se révèle le plus grossier Deus ex-machina de l’histoire), qui peuvent de temps à autre porter sur les nerfs.

Mais pourtant, je porte toujours une grande affection à cette série, ce n’est pas pour rien que j’ai littéralement dévoré ces trois tomes.

Il faut dire que l’univers est enchanteur, notamment par son côté très musical (c’est un peu comme la trilogie des Harpistes pour Pern, de manière générale j’adore les histoires qui parlent de musique).

La planète Ballybran, avec son mystérieux crystal qui chante et ses spores qui affectent ses habitants, est un monde fascinant, de même que les quelques autres planètes que visite Killashandra qui permettent de se faire une idée de la diversité des mondes.

(D’ailleurs petite anecdote en passant, La transe du crystal se déroule dans le même univers que le Vaisseau qui chantait. On croise d’ailleurs des vaisseaux astronefs cyborg, et Helva y est mentionné une fois.)

Et puis, aussi exaspérante que puisse être Killashandra, elle se révèle un personnage assez fort : on la voit se battre pour devenir chanteuse crystal, et lorsqu’elle est envoyée en mission hors-planète, c’est assez marrant de la voir réutiliser ses anciens talents acquis au conservatoire pour « jouer des rôles ».

C’est une héroïne féminine, plutôt indépendante et débrouillarde finalement. Ce qui, pour un roman de SF écrit en 1982 pour le premier tome (qui est lui-même une compilation de nouvelles écrites antérieurement), n’est pas si courant que ça.

D’ailleurs si le roman a un peu vieilli sur certains aspects technologiques (ah les disquettes…), certaines parties restent assez intemporelles. Il est en effet difficile de ne pas penser à la maladie d’Alzheimer quand on suit la déchéance progressive de Killashandra dans la Mémoire du Crystal.

Bien sûr, on n’échappe pas à la grande histoire d’amour un peu fleur bleue (on est bien chez Anne McCaffrey), mais je me suis surprise à fondre telle une guimauve en relisant Killashandra. Je n’arriverais jamais à identifier exactement la raison, mais la prose d’Anne McCaffrey est toujours aussi agréable à lire. C’est sans doute parce que ces romans contiennent un peu de tout ce que j’aime dans les romans.

En fait, j’ai pris tellement de plaisir à relire cette série que je ne dirais pas non à une réédition chez Pocket, histoire de ne pas avoir à les emprunter à la bibliothèque systématiquement. Mais comme je doute que cela se fasse, je vais me contenter de courir après une édition en occasion…



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