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mercredi 30 juillet 2014

Le peuples des rennes & Le frère du loup - Megan Lindholm


Lorsque j'ai commencé à préparer mon challenge préhistorique, c'était entre autres à cause de ces deux livres, qui m'ont laissé un excellent souvenir lors de leur première lecture il y a quelques années. Une relecture s'imposait donc, pour le plaisir de les chroniquer enfin.

Dans un lieu jamais clairement identifié (Europe ? Sibérie ?), à une époque où s'entrecroisent des cultures qui maîtrisent le bronze et d'autres qui semblent végéter à l'époque de la pierre taillée, nous suivons les pas de Tillu la guérisseuse, et de son étrange fils, Kerleu.

A l'heure actuelle, on aurait certainement diagnostiqué un retard ou une forme de handicap mental chez Kerleu, mais en pleine préhistoire, il passe surtout pour un étrange garçon qui effraye. Comme sa mère ne suit guère les traditions non plus (elle vit seule sans mari), ils vivent comme des parias, jusqu'à que Carp, le chaman de la tribu décide de prendre Kerleu comme apprenti.

Seulement Tillu n'apprécie guère la mauvaise influence qu'a Carp sur son fils (sans parler du fait qu'il a clairement des vues sur elle), et décide un soir de prendre le large avec Kerleu pour reprendre son éducation en main. Leur voyage va les amener à la rencontre du peuple des rennes, des éleveurs semi-nomades, peuplade au sein de laquelle ils pourront peut-être enfin s'intégrer...

Lorsqu'on a l'habitude des grandes épopées de fantasy de Robin Hobb (qui est le deuxième pseudonyme de Megan Lindholm pour ceux qui auraient une ère géologique de retard), il y a de quoi être surpris par cette déviation vers de la fiction historique presque dénuée de surnaturel (à part pour le versant chamanisme). Mais on a tellement peu d'informations sur ces époques préhistoriques qu'au travail de documentation se greffe sans nul doute beaucoup d'imagination sur la période, alors est-on si loin de ça d'un roman de fantasy sur le principe ?

Le peuple des rennes fonctionne un peu comme Le dieu dans l'ombre, sans doute parce qu'il partage la même figure de mère comme héroïne. Du coup soit on fusionne très vite avec Tillu, et on se retrouve à dévorer l'histoire, soit on n'accroche pas et la lecture doit être plus laborieuse. Évidemment moi je marche à fond, autant dire que les pages se tournent toutes seules.

Il faut dire qu'il en arrive des misères, aux héros de ces livres, et j'ai toujours beaucoup de peine pour Tillu, une soigneuse qui soulage les autres mais reste toujours en souffrance. Elle essaye d'élever tant bien que mal son fils étrange (passant par de nombreux moments de découragement, mais malgré tout elle baisse pas les bras alors que n'importe qui d'autre aurait abandonné l'enfant) et se coupe un peu du reste du monde dans ce but, si bien qu'elle a tendance à refuser le contact humain.

Vu les personnes et les problèmes auxquels elle est confronté, on la comprend un peu ! Il faudra bien attendre la toute fin pour que la vérité éclate au grand jour, que les méchants sont punis et que les gentils puissent vivre heureux. Oui pour le coup y'a pas énormément de nuances de gris dans les personnages, mais ce n'est pas très gênant car l'univers en lui-même est très fouillé pour apporter toutes les notes de couleur nécessaires.

Je ne sais pas à quel point l'auteure s'est basé sur des cultures dont on a des traces, mais je suis admirative du résultat : on a l'occasion d'évoquer trois cultures d'avancement technologique différent (la tribu vivant encore clairement à l'âge de pierre, le peuple des rennes qui pratique un élevage très néolithique et enfin les marchands du sud qui sont clairement plus avancés technologiquement vu qu'ils pratiquent le tissage et la fonte du bronze).

Pour chaque culture on a une foule de détails (alimentation, mode de vie, vêtements, coutumes et religion) et tout cela semble très réaliste. La seule chose qui me surprend toujours un peu, c'est la grande connaissance des plantes qui soignent, mais je sais qu'on pratiquait déjà une forme de médecine à ces époques (réduction de fracture, arrachage de dents), alors pourquoi pas ? Ce n'est pas comme si on risquait de trouver un jour des traces qui contredisent cette idée !

Que de qualités donc, pour cette petite duologie (qui pour une fois est une vraie duologie, pas un découpage dû à la traduction) qui nous fait voyager avec plaisir dans les temps lointains de la préhistoire. A lire de préférence pendant ses vacances, pour pouvoir dévorer l'histoire sans s'arrêter !


dimanche 22 juin 2014

Liavek - Megan Lindholm et Steven Brust


Je pense qu’on peut féliciter les éditions ActuSF pour ce début d’année plus que réussi côté couvertures : c’est tout de même le troisième livre (après L’opéra de Shaya et l’anthologie Lancelot) de chez eux que j’aurais acheté presque rien que pour la couverture (même si le contenu de cet étrange ouvrage m’attirait également).

Liavek est un univers de fantasy collectif, dont la principale particularité est la présence d’une sorte de roue de la fortune liée à la date de naissance : le jour de son anniversaire, notre « capital chance » est à son maximum, ce qui peut attirer bonheur comme catastrophe, et se révèle très utile aux sorciers et autres magiciens. Cet univers a été mis en scène par un joli nombre d’auteurs, qui ont écrit une soixantaine de nouvelles, réparties en cinq anthologies en VO.

Pour la VF, on se contentera de ce recueil sobrement intitulé Liavek, qui reprend quatre nouvelles écrites ou coécrites par Megan Lindholm (Robin Hobb quoi). On y suit les pas de Kaloo, jeune fille orpheline qui ignore tout de sa date de naissance. Ces quatre textes sont accompagnés d’une nouvelle de Steven Brust qui permet de mieux connaitre le Comte Dashif, qui va croiser la route de Kaloo à plusieurs reprises.

L’ensemble forme un recueil dont la lecture est tout à fait agréable. La trame narrative m’a semblé plutôt classique, mais la division de l’histoire en nouvelles évite tout sentiment d’ennui ou de longueur, d’autant plus qu’on bascule d’un point de vue à un autre au gré des textes, laissant planer quelques mystères sur certains évènements.

J’ai bien apprécié le personnage de Kaloo, qui pour une traditionnelle orpheline promise à un avenir hors du commun, se révèle être un personnage pas forcément facile à aimer, pleine de nuances et de zones d’ombres. De manière générale tous les personnages (enfin ceux qui comptent) m’ont frappé par leur caractère très humain.

Cependant Liavek reste de la fantasy plutôt classique dans son ensemble. Les amateurs y trouveront sans peine leur compte, pour ma part si j’ai apprécié la lecture sur le moment, je pense que je risque assez vite de l’oublier (si ce n’est pour cette couverture de Yana Moskaluk, qui on ne le dira jamais assez, est juste magnifique).

Je retiens néanmoins cette idée d’un univers commun à un grand nombre d’auteurs, que je trouve drôlement chouette. Il est difficile de faire une réelle idée de sa richesse vu qu’ici on se concentre presque sur une série écrite par un même auteur, mais je me doute bien qu’il est plus facile de vendre des nouvelles de Megan Lindholm que de Jane Yolen, Charles de Lint ou d’autres encore, souvent inconnus en France à deux ou trois nouvelles près.

CITRIQ


vendredi 21 février 2014

Le dieu dans l'ombre - Megan Lindholm



Cette année commence drôlement bien en fait, puisque c'est le troisième monument de mon panthéon personnel de lecture auquel je m'attaque depuis janvier. Encore quelques efforts et je les aurais tous référencés sur ce blog !

Le dieu dans l'ombre (Cloven hooves, c'est à dire « Sabots fendus » en VO) est un texte plutôt méconnu de Robin Hobb datant de l'époque où elle écrivait encore sous le nom de Megan Lindholm. Il nous raconte l'histoire d'une jeune mère, Evelyn qui doit quitter son Alaska natale avec son mari et son fils pour aller vivre temporairement chez sa belle-famille dans l'état de Washington.

La situation n'est pas facile pour elle, plutôt sauvage par nature, qui a du mal à s'intégrer dans cette famille aux principes bien arrêtés. Et comme si les choses n'étaient pas assez compliqués, voilà que Pan, le satyre qui partageait ses explorations en forêt dans son enfance, réapparaît dans sa vie.

Le dieu dans l'ombre est un roman assez inattendu : on pourrait s'attendre à une histoire plutôt fantastique ou magique, vu la présence d'une créature mythologique entre ses pages, mais pourtant il n'en est rien. Megan Lindholm prend en effet le parti très intéressant de traiter la figure du satyre d'un point de vue très rationnel, sous la forme d'une espèce différente avec des mécanismes biologiques qui lui sont propres (on est presque plus dans la SF que la fantasy du coup).

Cela contribue très certainement à rendre encore plus poignant un roman qui l'est déjà, car cela coupe quasiment toute possibilité de fuite dans l'imaginaire. En effet, contrairement à ce qu'on pourrait attendre avec un tel résumé, l'horreur ne se trouve pas dans l'élément fantastique (la présence de Pan) mais le réel, car c'est avec la « vraie vie » que l'héroïne a le plus de mal.

On découvre en effet au fil des pages une enfant un peu à part qui préférait courir dans les bois en baskets plutôt que de rester au chaud à se vernir les ongles, et qui si elle s'est sociabilisée en grandissant (elle s'est même mariée!) conserve un petit côté sauvage qui fait qu'en dépit de tous ses efforts, elle ne s'intègre pas dans cette belle-famille adepte de la perfection. Si bien que plus le séjour se prolonge, plus la situation se détériore pour Evelyn.

Le résultat est donc un texte très particulier, puisqu'on se croirait dans un texte de littérature blanche pendant toute la première partie, tant le fantastique semble en être absent. Pourtant, dès la première lecture, j'ai été happée dans cette histoire qui alterne entre des chapitres racontant la vie actuelle d'Evelyn, et d'autres dressant par petites touches le portrait de son enfance.

Mais ne vous y fiez pas, à partir du milieu du livre, l'histoire bascule dans une toute autre direction, et si comme je le disais, l'auteur prend le parti-pris d'une approche bien peu magique, on a néanmoins le droit à un voyage absolument ébouriffant à travers les lieux sauvages d'Amérique du Nord.

Le dieu dans l'ombre est un roman qui m'a bouleversé à la première lecture, et dont l'émotion n'a jamais diminué au fil des relectures. Du coup je suis toujours un peu déçu quand je lis des avis négatifs à son sujet. Ceci dit, j'imagine que c'est un peu quitte ou double avec l'héroïne, et vu que le récit est à la première personne (avec une bonne dose d'apitoiement, quoique on soit très loin du niveau de Fitz), soit on est happé dans l'histoire, soit on ne rentre pas du tout dedans.

Vous l'aurez compris, je fais partie des gens qui ont été happés par ce roman (je plaide d'ailleurs complètement coupable pour l'identification à l'héroïne, il y a des passages de son enfance où je me reconnaîtrais presque...). Je le trouve poignant, et doté d'une réelle originalité avec ça. Bref c'est un très beau livre, que je suis ravie d'avoir enfin chroniquer sur mon blog.

CITRIQ

samedi 22 juin 2013

Retour au pays - Robin Hobb


Faisons contre mauvaise fortune bon cœur et voyons le côté positif de la chose : certes cette nouvelle est éditée à part du recueil L'héritage et autres nouvelles, mais du coup je peux la chroniquer séparément, ce qui me fait une participation supplémentaire au JLNN !

Retour au pays est une prequel à L'assassin royal et plus particulièrement au cycle des Aventuriers de la mer qui nous raconte comment les habitants de Jamaillia en sont venus à coloniser le désert des Pluies. A l'origine publiée dans l'anthologie Légendes II, elle a depuis été rééditée seule.

Nous voilà à suivre les pas de Valjine, une artiste exilée avec toute sa petite famille en ce lieu hostile et mystérieux où abondent marais et visions étranges (autant dire que la mort rôde en permanence aux alentours du campement). Survivre n'est pas une sinécure, et notre héroïne devra passer outre ses petites habitudes de noble pour y arriver.

Raconté sous la forme d'un journal de voyage, Retour au Pays est une novella très agréable à lire (comme toujours avec Robin Hobb, je ne sais pas comment elle se débrouille mais même ses plus mauvais textes se lisent toujours avec grand plaisir).

Le parcours de l'héroïne est assez classique (elle s'inscrit bien dans la lignée de ces héros des Aventuriers de la mer qui se construisent et construisent leur monde à la force de leurs bras et de leurs talents), mais son récit se révèle plus enrichissant que les deux autres nouvelles se situant dans le même univers que l'on trouvait dans L'héritage.

On assiste en effet aux débuts de la colonisation du désert des pluies, ce qui éclaire les coutumes et les particularités de ses habitants lorsqu'on les croise dans Les aventuriers de la mer ou dans L'assassin royal. J'imagine qu'elle a depuis développé toutes ces idées dans son cycle Les cités des Anciens, mais c'est agréable de pouvoir en avoir un aperçu sans passer par un cycle en multiples tomes.

Retour au pays est donc un texte sympathique et enrichissant, tout à fait recommandable maintenant qu'on peut l'acheter pour 2 euros chez Librio (bon par contre Pygmalion qui vendait ça 15 euros, no comment !).


CITRIQ

mercredi 12 juin 2013

L'héritage et autres nouvelles - Robin Hobb / Megan Lindholm


Robin Hobb est une auteure dont j'apprécie beaucoup la plume, ses livres étant toujours de réels plaisirs à lire peu importe le sujet. Cependant ses cycles à rallonge me lassent de plus en plus (d'autant plus à cause du découpage français). Plus ça va, plus je constate que ses textes les plus intéressants sont paradoxalement les plus anciens, et tout particulièrement les one-shots qu'elle a écrit sous le pseudonyme de Megan Lindholm.

Du coup j'ai été ravie de tomber sur ce recueil de nouvelles à la bibliothèque, puisqu'il contient bon nombre de textes de « Megan », ainsi que quelques textes de « Robin » se situant dans l'univers des Six Duchés (on se croirait un peu dans Dr. Jekyll et Mr. Hyde à alterner les pseudonymes !).

Cependant je suis une fois de plus furieuse contre Pygmalion, qui a retiré du recueil la nouvelle Retour au pays qui était au sommaire de la VO. Et pour cause, ce texte de 130 pages à l'origine inclus dans l'anthologie Légendes II avait été réédité tout seul par cet éditeur en grand format (à 15 euros) par cet éditeur, avant de passer en poche et en librio.

Je ne développerais pas plus le sujet (j'ai l'impression d'être un disque rayé quand je parle de Pygmalion), mais ça me plait guère, car j'ai assez apprécié ce recueil pour avoir envie d'acheter mon propre exemplaire, mais l'idée de devoir acheter à côté un autre bouquin pour avoir la nouvelle manquante me donne (à peine) l'impression de me faire rouler.

Bref, parlons plutôt du contenu, ce qui sera bien plus intéressant ! Le recueil se divise en deux parties, d'une part sept nouvelles signées par Megan Lindholm, puis deux nouvelles de la plume de Robin Hobb. Chaque nouvelle est introduite par l'auteur qui remet le texte dans son contexte d'écriture ou se contente d'en faire un petit commentaire. C'est sacrément intéressant de découvrir ainsi d'où lui viennent ses idées, ou comment elle perçoit certains clichés de la SFFF.

Un peu de lavande est une nouvelle de science-fiction poignante qui nous raconte la vie d'un petit garçon qui va être bouleversée à cause d'aliens musiciens réfugiés sur Terre. On est plus frappé dans ce texte par son réalisme (et c'est assez caractéristique de tous les textes de Megan Lindholm),  si bien que les extraterrestres semblent parfaitement à leur place dans l'histoire de ce garçon qui vit dans un dénuement absolument horrifiant (et dire que c'est encore courant de nos jours, voilà qui ne remonte guère le moral) et avec une mère complètement à la ramasse.

Le quadragénaire et la dame d'argent est un très joli texte sur l'écriture, où une écrivaine qui a rangé ses stylos pour travailler dans un grand magasin ne cesse de croiser un étrange quadragénaire qui se prétend magicien. Délirant et délicieux, c'est une nouvelle que j'ai vraiment apprécié, pleine d'optimisme et finalement juste... magique.

Coupée part dans une direction tout autre. Cette nouvelle futuriste glaçante interroge sur ce qu'on a le droit d'infliger à notre corps (piercings, tatouages, mutilations...), via une conversation entre une grand-mère et sa petite fille qui compte se faire exciser parce que c'est la mode. « J'aime penser […] que j'écris parce que j'ai une question – pas la réponse attention : rien que la question », dit l'auteure en introduction. Ca m'a fait chaud au cœur de lire ça, je ne suis pas sûre que tous les auteurs aient compris ce qui me semble être la base de tout bon texte de SF, interroger, et non répondre.

Le cinquième chat écrasé est un récit fantastique qui m'a évoqué (pour l'ambiance) Le dernier magicien, mais qui se révèle très surprenant, un peu glauque (on y parle chats écrasés tout de même), et qui détourne à sa façon certains clichés de la fantasy.

Chats errants (oui encore des chats, avis aux amateurs de félins !) est un texte assez poignant encore une fois, racontant la rencontre et l'amitié qui se développent entre la narratrice de l'histoire et une mystérieuse fille assez sauvage vivant dans un contexte familiale plus que malsain, et qui se prétend reine des chats de gouttière. On est vraiment dans une veine fantastique à l'état pur, et étrangement l'horreur ne se trouve pas dans l'élément fantastique (plutôt source de consolation) mais dans la dure réalité de la vie.

Finis est une variation intéressante sur le mythe du vampire. Comme si sous son identité de Megan Lindholm, l'auteure n'aime rien de mieux que de prendre à contre-pied les clichés en écrivant ces histoires souvent touchantes, pleines de surprises et de mystères.

La boite à rythme nous ramène dans le domaine de la SF dans un monde où les bébés sont conçus sur catalogue (avec droit à la procréation et choix du modèle le plus adapté selon la mentalité des parents), et où un employé chargé de vendre le meilleur modèle aux parents potentiels se retrouve confronté à une ancienne connaissance. C'est un texte glaçant, une fois encore, et dont la conclusion m'a tourné un moment dans la tête quand je l'ai eu terminé.

Le recueil enchaîne ensuite sur deux nouvelles écrites sous le pseudonyme de Robin Hobb, et qui se déroulent donc sans surprise dans l'univers de l'Assassin royal.

L'héritage se déroule du côté de Terrilville, avec une jeune fille qui à la mort de sa grand-mère hérite d'un pendentif en bois sorcier qui va l'aider à retrouver son héritage, tout en racontant le tragique récit de la vie de son aïeule.

Viande pour chat est un texte légèrement perturbant mettant en scène une femme abandonnée par le père de son enfant, qui le voit revenir quelques années plus tard et ne sait comment s'en débarrasser. Fort heureusement, il y a un chat !

Ces deux textes sont très agréables à lire (je ne sais pas Robin Hobb est capable d'écrire quelque chose qui soit désagréable à lire) et on replonge avec plaisir dans l'univers des Six-Duchés, mais comparés aux textes signés Megan Lindholm, je les ai trouvé un peu faibles.

Ce recueil m'a d'ailleurs fait prendre conscience du fossé qu'il existait entre ses deux noms de plume. Megan Lindholm opère principalement dans un univers fantastique/fantasy urbaine, éventuellement mâtiné de SF (ça me fait un peu pensant aux univers de Lisa Tuttle mais en bien moins horrifiant tout de même). Il y a une vraie originalité dans ses textes, et un grand investissement personnel (qu'il est difficile d'ignorer). Pour moi c'est vraiment le versant le plus intéressant de son écriture, et c'est fort dommage qu'elle n'exploite plus cette veine (même si les raisons me semblent évidentes).

Robin Hobb, à côté, écrit de la très bonne fantasy, toujours plaisante à lire, mais on dirait qu'elle se bride elle-même dans cet univers, pour ne pas trop perturber le lecteur qui a juste envie de rêver dans son univers médiévalisant bien maîtrisé. J'aime aussi lire ce genre d'histoire qui offre d'agréables moments d'évasion, mais je les trouve moins enrichissantes, moins marquantes.

En tout cas, ce recueil est un réel plaisir à lire. C'est l'occasion unique de découvrir ce dont est capable l'auteure en dehors de grandes sagas de fantasy, et certains textes sont de pures merveilles. Vivement recommandé, que vous aimiez ou non Robin Hobb !


CITRIQ

jeudi 30 juin 2011

Le Soldat Chamane – Robin Hobb


Je ne pensais pas le finir un jour, mais voilà, c’est fait, j’ai refermé le dernier tome du Soldat Chamane. J’avais commencé à le lire voilà déjà un bon bout de temps (deux ou trois ans au bas mot), et le temps que tous les tomes sortent et soient disponibles à la bibliothèque…

Il faut dire que comme d’habitude, le découpage français est tout ce qu’il a de plus approprié, puisqu’on passe de trois livres en vo à huit en vf :

Shaman’s Crossing
1. La déchirure
2. Le cavalier rêveur

Forest Mage
3. Le fils rejeté
4. La magie de la peur
5. Le choix du soldat

Renegade's Magic
6. Le renégat
7. Danse de terreur
8. Racines

Vous allez dire que je me répète, mais quand même, couper les bouquins en trois... En deux parties, je veux encore bien le tolérer, que ce soit pour des raisons de coûts et parce que d'un point de vue purement matériel, un volume de 600 pages, ça se manie moins bien et ça s’abime plus vite.

Mais sur le dernier tome, les volumes atteignent à peine les 300 pages chacun, et le découpage casse complètement l’intrigue. C’est juste ridicule. Mais trêve de mauvaises manières éditoriales, parlons plutôt du contenu.


Le Soldat Chamane est une histoire qui n’a rien à voir avec l’Assassin royal et confrères. Elle se déroule dans un monde complètement différent, pas du tout médiéval. On est plutôt à quelque part dans les Temps Modernes, avec une bonne louche d’interrogations sur la colonisation pour faire bonne mesure.

On y suit les pas de Jamère, un fils de nouveau noble destiné à une carrière militaire, qui va se retrouver contre son gré en plein milieu d’un conflit entre son pays, la Gernie et les peuplades « primitives » qui vivent à ses frontières, les Ocellions, dont les forêts barrent la route des voies commerciales.

S’il y a un point à saluer dans ce cycle de Robin Hobb, c’est d’abord l’univers. Je pense qu’elle prenait quand même des risques en changeant radicalement d’univers (elle a quand même construit sa renommée actuelle sur un seul univers, qu’elle a repris depuis d’ailleurs), mais pourtant elle réussit dans le Soldat Chamane à prouver qu’elle peut créer autre chose.

Elle délaisse les châteaux pleins de recoins et les navires marchands pour un univers qui évoque bien plus la conquête de l’Amérique, la confrontation entre les colons (ici les Gerniens, extrêmement puritains à leur façon à cause de leur société très traditionaliste) et les indiens (les Ocellions, vu comme des sauvages mais qui ont une civilisation toute aussi développée, centrée autour de leurs Opulents qui pratiquent la magie).


Mais le problème, c’est qu’au milieu de ce bel univers tout neuf, elle nous colle un Fitz bis. Mais en pire. A ceux qui n’ont jamais fini l’Assassin Royal parce qu’ils n’en pouvaient plus de ce héros à qui toutes les misères du monde arrivent et qui passe son temps à se lamenter sur son sort, vous n’aimerez pas plus Jamère, héros du Soldat Chamane, j’en ai peur, puisqu'il souffre des mêmes tares.

Ca ne serait pas désagréable (personnellement j’aimais beaucoup Fitz) s’il n’était pas en plus désespérément bête et borné. Pour reprendre (approximativement) une expression de J.K Rowling, la vérité pourrait danser toute nue sous son nez avec le cache théière de Dobby qu’il ne la verrait pas !

C’est dommage, parce qu’il a des bons côtés, comme un sens du devoir tout à fait admirable, même quand il se retrouve au fond du gouffre. Et il a la particularité d’être un héros obèse à partir du deuxième tome (donc 3-4-5 en français), ce qui est assez original et mérite d’être signalé.

Mais surtout dans les premiers tomes, il m’est arrivé d’avoir envie de lui hurler un « mais enfin c’est évident ! », tellement son aveuglement me fatiguait. Et comme le récit se fait à la première personne, on est un peu obligé de le supporter.


Heureusement, comme dans tout Robin Hobb, l’intrigue est prenante, et la narration très fluide, ce qui fait qu’on dévore littéralement les tomes, et qu’on passe tout de même un bon moment de lecture. La Madame s’y entend pour écrire de la bonne vieille fantasy avec ce qu’il faut de rebondissements, et d’univers étranges à découvrir.

Le problème, c’est que pas mal de thèmes ont un air de déjà-vu, notamment le fait que Jamère soit « incomplet », spécificité qui est en passe de devenir un classique chez Robin Hobb (entre Fitz et Kennit, ça faisait déjà beaucoup).

Bref même si ce nouveau cycle avait un bon potentiel au départ, et se lit facilement, je ne suis pas loin d’être convaincue. La qualité va en s’améliorant heureusement, et le tome 3 (donc 6-7-8) m’a semblé le plus intéressant, même si la fin un peu trop mielleuse et qui n’en finissait pas a bien failli avoir raison de moi !

Autant dire que c’est une lecture à réserver aux périodes de vacances, en empruntant les tomes à la bibliothèque, ou en les lisant en anglais pour faire des économies !

CITRIQ

mardi 31 mars 2009

Fitz, fou, aventuriers de la mer & co – Robin Hobb

C’est assez marrant parce qu’en général, dans les « grandes séries de fantasy en plein de volumes », l’univers dont on parle a toujours un nom qui permet de chapeauter tous les bouquins… ici non. J’ai beau me creuser le cerveau, admirer (enfin…) les efforts faits par l’éditeur français dans ce sens, non, rien à faire. C’est l’univers des Six Duchés et de Terrilville, de Fitz et d’Althéa, du Fou et de Kennit, de l’Art, du Vif, des dragons et j’en passe des meilleurs… mais pas de titre global (ce qui explique l’improvisation de titre).

Peut importe, ces trois trilogies sont connues en France sous le titre de deux cycles, celui de l’Assassin royal et des Aventuriers de la Mer, avec la petite subtilité que les Aventuriers de la Mer, une trilogie en 9 tomes, se déroulent en plein milieu du cycle de l’Assassin royal, qui est en fait composé de 2 trilogies, respectivement de 6 et 7 tomes…

Je vous embrouille là ? Faisons simple alors, et traitons le cas chronologiquement, selon le découpage anglais… je vous épargne les subtilités de découpage à la française qui égare plus qu’autre chose…

The Farseer Trilogy / L’Assassin royal


Soit disant première œuvre de Robin Hobb, la trilogie des Loinvoyant, alias l’Assassin Royal est en fait loin d’être la première réalisation de l’auteur. En effet, ce n’est qu’un pseudonyme qu’elle adopta suite à ses précédents romans qui se vendirent peu à leur sortie (ce qui est bien dommage pour certains, pour d’autres on se passerait allègrement de ces rééditions sous son pseudonyme actuel…).

Il est difficile de ne pas aimer cette série, parce que c’est un parfait condensé des ingrédients qui marchent dans le domaine de la fantasy : roman d’apprentissage qui suit le héros (orphelin bien sûr) de l’enfance à l’âge adulte, des magies étranges (l’Art, le Vif), une ambiance « Moyen-âge idéalisé » (des châteaux forts et des chevaux, mais avec plus d’hygiène et de médecine), des intrigues politiques, une quête, des prophéties, et des légendes de peuples anciens et puissants…

Ce catalogue pourrait augurer le pire, en fait c’est plutôt le meilleur. Avec des éléments archi-classiques du genre, Robin Hobb arrive à tirer une très bonne histoire, avec un traitement original de ces éléments, un récit suffisamment maîtrisée et accrocheur pour qu’on en apprécie la lecture, et cela tout particulièrement grâce à de très bons personnages, tout particulièrement le héros.

Oui parce qu’avec tout ça, je ne vous ai même pas parlé de l’histoire, mais il faut savoir qu’elle est centrée exclusivement sur une personne, à savoir le narrateur. Et oui, à l’exception des en-têtes de chapitres, formées d’extraits de livres, poèmes, chansons, correspondances (qui font souvent écho à un évènement à venir mais ça on ne le saisit qu’à la relecture), le récit se fait à la première personne.

Et quelle première personne ! A titre de comparaison on est très loin du coté journal intime de Twilight, mais surtout, son intérêt repose dans son pseudo auteur : Fitz, bâtard royal, confié à la famille de son père à l’âge de six ans, élevé par le maître des écuries, formé à devenir assassin pour devenir en quelque sorte un protecteur du royaume, à sa façon. Sauf que rien n’est simple pour lui comme pour son royaume.

Déjà, Fitz est un garçon/jeune homme complètement névrosé, bourré de défauts, avec un relationnel difficile pour ne pas dire complètement désespérant avec les autres. Il a vécu tellement de traumatismes (physiques comme mentaux) que si le roman se déroulait dans notre univers, il aurait passé une bonne partie de son temps sur le divan d’un psy à mon avis. Le résultat est un personnage de l’ombre, bourré de défauts, loin des preux chevaliers… enfin presque parce que Fitz conserve de l’archétype du héros quelques valeurs un peu lourdingues qui ressortent par moment et donnent du charme à son personnage.

Sa vie est quelque peu mouvementée du fait de sa fonction, d’autant plus que le royaume est tout sauf en paix, puisqu’il subit les attaques d’étranges pirates à l’extérieur, et les manigances politiques d’un membre de la famille royale à l’intérieur. Ce qui ne l’empêche pas de s’occuper de ses problèmes personnels (relationnels devrais-je dire), avec les humain(e)s comme avec les animaux…

Je ne vous en dit pas plus, mais croyiez moi, il y a amplement matière à remplir 3 tomes (ou 6 en vf), avec une très bonne écriture qui joue allègrement du concept du « héros qui raconte ses mémoires », ce qui s’insert bien avec les intro de chapitre, met en scène de très très bons personnages (le Fou, Kettricken, Umbre et j’en passe), avec parfois des dialogues assez savoureux. On en rit, avant de lâcher une petite larme d’émotion, puis de soupirer. C’est Fitz quoi… sans doute un des héros les plus poissards de la littérature – ou un des plus chanceux selon comment on regarde son talent pour se sortir quand même des nids de vipère où il se jette les yeux fermés.

The Liveshiptraders / Les Aventuriers de la mer


La suite de l’Assassin Royal rompt radicalement avec les aventures de Fitz, bien qu’il se déroule en principe dans le même univers. D’ailleurs, avant qu’il soit fait mention des Six-Duchés, on ne fait pas forcément le lien.

D’une histoire terrestre, on passe à des aventures essentiellement maritimes, d’une monarchie, on passe à une cité marchande, d’un héros on passe à une multitude, et d’un récit monolithe à la première personne, on passe à un point de vue multiple et éclaté au gré des chapitres.

L’histoire est celle d’une famille marchande, les Vestrit, installée dans la colonie de Terrilville, à la frontière du Désert des Pluies où l’on trouve de bien étranges prodiges dans d’anciennes cités, parmi lesquels le bois sorcier dont est fabriqué la Vivenef de la famille, la Vivacia, un étrange navire vivant.

Leur situation actuelle n’est pas joyeuse : alors que leur situation financière n’est pas reluisante, le capitaine du navire, le père, meurt. Sa fille cadette, Althéa, qui pensait en hériter, se voit ravire son héritage par sa sœur aînée, Keffria pour sauver la famille. Celle le confie à son mari Kyle, qui prend la mer avec son fils Hiémain qu’il a arraché à la prêtrise, pendant que sa fille, Malta fait des siennes aussi, et que la situation politique et économique ne s’arrange pas…

Si résumer l’Assassin royal n’est pas à faire pour ne rien révéler de l’histoire, ici résumer l’histoire est impossible sans prendre quatre pages, et encore (d’ailleurs je ne vous ai même pas parlé de Kennit le pirate là, et pourtant c’est un personnage capital de l’histoire). Le scénario est dense, avec tout un tas de fils qui s’entrecroisent et finissent tous par se rejoindre. La multiplicité des intrigues fait définitivement la force de cette série, de même que ses personnages bien travaillés, d’autant plus que Robin Hobb nous offre une belle brochette de personnages féminins au caractère bien trempé tout en restant femme (on se prend à apprécier Keffria pourtant un peu fadasse sur les débuts, de même que Malta la peste…)

Bref c’est une bonne série de fantasy, qui se démarque par son univers naval, tirant plus sur Pirates des Caraïbes (le coté déjanté en moins) que sur la fantasy classique. Néanmoins je lui trouve un petit moins par rapport à l’Assassin royal, sans doute parce que l’intrigue multiple fait que les personnages ne sont pas toujours explorés à fond (comparé au cas Fitz). Cependant c’est un passage obligatoire pour la suite des aventures de Fitz, et comme c’est quand même un très bon morceau, il n’y a pas à transiger

The Tawny Man / L’Assassin royal



Une fois closes –presque trop abruptement mais c’est normal puisque la suite prend le relais- les aventures de la famille Vestrit, vient la trilogie suivante, The Tawny Man (l’Homme doré), alias l’Assassin royal en français, choix hautement commercial mais pas du tout représentatif d’une histoire, qui, si elle est toujours vécue, ressentie et racontée par Fitz (quinze ans plus tard, même poisse, même problème de relationnel ou presque), concerne presque plus le Fou que Fitz.

L’histoire se déroule tout juste après les Aventuriers de la Mer, et 15 ans après la conclusion du cycle d’avant (nan parce que si je sors le nom anglais on va s’égarer, et dire que le cycle de l’Assassin Royal se situe 15 ans après le cycle de l’Assassin royal ça ne fait guère sérieux), et reprend nos héros là où nous les avons laissé, dans un royaume plus ou moins en paix, sauf que… quelques problèmes restent à régler, et des nouveaux se pointent à l’horizon (ou peut-être des anciens dont on avait pas conscience, allez savoir).

Globalement la recette est la même, minus le coté roman d’apprentissage. Fitz est désormais un homme, et a gagné sinon en sagesse et en confiance, au moins en maturité. On rentre dans l’histoire avec le plaisir de revoir des amis perdus de vue, et c’est un peu comme ça que résonne cette série, des retrouvailles et une conclusion plus définitive.

Bon il a aussi une intrigue (une fois de plus faite essentiellement de manigances politiques, à l’intérieur comme à l’extérieur des Six-Duchés), la découverte d’une nouvelle contrée, de nouveaux personnages, et il se lit très bien, toujours avec la même première personne et les jeux entre les intros de chapitre et les chapitres en eux-même. Enfin bref c’est un très bon cycle de fantasy qui se lit bien, mais ma préférence ultime va quand même au tout premier, finalement plus sombre et solitaire que celui-ci qui fait un peu surchargé, ce qui n’enlève rien aux excellents passages qui mettent le fou en scène.

Note de fin sur de déplorables pratiques éditoriales

Voilà donc finie cette (longue) présentation d’une très bonne série de fantasy très bien ficelé question univers, intrigue et personnages, bien écrite, divertissante tout en sachant soulever quelques interrogations, et agréable et aisé à lire sans jamais tomber dans la pure facilité (je dis ça surtout parce que j’ai été obligée de sortir mon dico pour certains mots…).

Pour préciser ma diatribe du début, il faut savoir que ces séries ont été publiées un peu n’importe comment en France, et de préférence de manière à exploiter le plus possible la poule aux œufs d’or : chaque tome (à l’exception du premier) a été découpé en deux voire trois parties, ce qui casse complètement le rythme de l’histoire quand on doit attendre six mois voir un an la suite.

Du coup, il y a aussi fallut trouver des titres pour chaque partie, d’où des choses assez farfelues limite série Z qui ne vont pas en s’arrangeant avec les tomes. Si la Nef du Crépuscule ou le Poison de la Vengeance (en changeant de champ sémantique on pourrait en tirer un bon Harlequin) passaient encore vaguement par rapport au contenu, j’avoue que « l’Eveil des eaux dormantes », ou encore « Serments et deuils » ont de quoi laisser songeur…

Par ailleurs le cycle des Aventuriers de la Mer ne bénéficiant pas du même succès que l’assassin royal, sa traduction a traîné et on a préféré sortir sa suite, si bien qu’on découvre toute la fin de l’histoire aussitôt qu’on attaque le tome 9 de l’Assassin royal…

Bref, s’il vous venait l’envie de lire cette série (après vous être farci ces 3 pages j’espère que c’est le cas ou que vous l’avez déjà lu), un conseil, lisez dans l’ordre avec les Aventuriers de la Mer au milieu, et considérez l’histoire selon le découpage original, pas le français qui créé des coupures qui n’ont pas lieu d’être.

Petit bonus de fin, une mosaïque des couvertures françaises, qui démontre le fantastique principe mathématique selon lequel 9 = 22, et aussi l’art de changer 4 fois de maquette entre les différents tomes, ce qui bousille l’effet d’ensemble (et encore vous n’avez pas vu les tranches…).