« Si vous aimez suffisamment les livres, les livres vous aimeront en retour. »
Forcément, lorsqu'on tombe sur ce genre d'extrait de livre, on ne peut qu'avoir envie de se jeter dessus, à fortiori quand tout le monde ou presque en chante les louanges. D'habitude, j'attends toujours un peu que l'effervescence retombe, mais pour Morwenna je n'ai juste pas pu résister.
Il faut dire que l'histoire est plus qu'alléchante : Morwenna, une adolescente qui vient de perdre sa soeur jumelle dans un terrible accident, est envoyée par son père dans une école privée. Ne rentrant pas vraiment le moule (elle est galloise, elle boite, et comble de l'horreur elle ignore le modèle de la voiture de son père ou le type de fourrure que porte sa mère !), Morwenna n'arrive pas vraiment à trouver sa place.
Ce qui ne la dérange pas plus que ça, elle a donc tout le temps nécessaire pour dévorer des romans de science-fiction, chercher des fées et tout faire pour combattre l'influence de sa mère sorcière.
Raconté à la première personne sous forme d'un journal, Morwenna est un roman auquel il est difficile de résister, pour la simple et bonne raison que la plupart de ses lecteurs ont été des Morwenna à un moment ou à autre. Dans mon cas, ayant connu l'internat au lycée, et la visite à la bibliothèque une fois par semaine pour me réapprovisionner en SF, je me retrouve un peu trop dans le personnage pour ne pas me fondre dans sa peau.
Jo Walton sait vraiment ce qu'elle fait, et elle arrive à travers ce journal à rendre compte avec brio de la fin de l'adolescence, cet entre-deux où on construit doucement l'adulte qu'on deviendra, tout en développant un sens unique de la prise de tête dans les relations avec autrui (famille, amis et petits amis...).
Le ton est d'autant plus véridique qu'on aborde le sujet sans une intrigue de grand méchant maléfique qui veut dominer le monde ou autre. Enfin si en fait, il y a bien les fées et la mère sorcière de Morwenna, mais on est dans un fantastique tellement doux qu'il laisse le lecteur assez libre d'y voir une réelle présence magique ou juste une façon particulière de voir le monde par les yeux de la narratrice.
On se concentre finalement beaucoup sur la vie de tous les jours : les cours, les relations avec les camarades de classe et la famille paternelle, et surtout les livres. Et c'est dans cet aspect que Morwenna sonne si juste. Ce roman est un merveilleux hommage à la lecture, au rôle qu'elle peut jouer dans notre vie, à la façon dont elle nous fait réfléchir, et comment on se construit parfois par rapport à elle.
C'est particulièrement frappant quand on est lecteur de SF, vu que Morwenna elle-même est une avide lectrice du genre et qu'on se retrouve, fait assez rare, à partager sa passion avec un héros littéraire (et ce genre d'opportunité se compte sur les doigts d'une main). Ceci dit sans même connaitre la moitié des titres évoquées, j'ai été touchée par ses comptes rendus de lecture, ce qui laisse à penser que même un non lecteur de SF appréciera cette déclaration d'amour aux livres et aux échanges entre lecteurs.
Morwenna est donc un très chouette roman, que j'ai trouvé très doux et agréable à la lecture, une sorte de madeleine de Proust qui a réveillé plein de souvenirs en moi, et qui m'a accessoirement donné plein d'idées de romans de SF à lire.
A la lecture j'ai nourri une petite déception, car le roman ne semblait pas à la hauteur du chef d'oeuvre dont on m'avait chanté les louanges. Mais rassurez-vous, une semaine après avoir terminé ma lecture, alors que je rédige ma chronique, c'est le plaisir de la lecture qui m'est revenu, pas la déception. Il faut juste voir ce livre non pas comme un roman exceptionnel, juste comme un texte extrêmement touchant quand on aime lire.
Et puis j'ai bien apprécié l'ironie du sort : c'est finalement un roman qui parle du plaisir de lire et de partager sur ses lectures qui montre à quel point fréquenter les blogs est certes très enrichissant, mais que parfois l'avis des autres suffit presque à vous gâcher une lecture !
« Il y a des choses affreuses dans le monde, c'est vrai, mais il y a aussi des livres magnifiques. Quand je serais grande, je voudrais écrire quelque chose que quelqu'un pourra lire assis sur un banc par une journée pas trop chaude et qui lui fera complètement oublier le lieu et l'heure. »