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dimanche 24 avril 2016

Martiens, go home ! – Fredric Brown


J'avais déjà tâté un peu de l'humour de Fredric Brown dans son recueil Fantômes et farfafouilles il y a quelques années, j'ai eu envie d'y revenir son roman le plus connu je crois : Martiens, go home !, dont le titre suffit à résumer l'histoire.

Ce roman humoristique met en scène une invasion martienne sur Terre, mais pas vraiment celle à laquelle on s'attendait. Les Martiens ne débarquent pas en soucoupe volante, et n'apportent ni la paix, ni des armes de destruction massives. Ils se pointent comme ça et viennent pour ainsi dire rendre la vie impossible aux Terriens en espionnant leurs faits et gestes et en les commentant de la manière la plus impertinente qu'il soit. Et comme ils sont insubstantiels, allez donc les expulser !

Les conséquences sur le monde tel que nous le connaissons (enfin tel que nous le connaissions à la fin des années 50) sont énormes, il faut apprendre à vivre avec d'exaspérants voyeurs qui mettent à bas l'économie (et surtout les médias !). Ce n'est facile pour personne, et surtout pas pour Luke Devereaux, un auteur de SF qui se retrouve du coup au chômage (qui a envie de lire de la SF quand on la cotoie tous les jours ?).

Malgré son atmosphère un peu datée (vive la conquête spatiale et la guerre froide), Martiens, go home ! garde un petit quelque chose d'actuel dans sa manière de tourner en dérision les dangers de révéler sa vie privée au premier spectateur qui passe (je ne pense pas que l'auteur ait anticipé les réseaux sociaux, mais je suis sûre que ses Martiens auraient adoré le concept). A part ça c'est un roman de pur divertissement qui se lit avec grand plaisir, grâce à un humour piquant et absurde qui passe à merveille.

On n'est pas dans de la grande lecture, mais c'est frais et fort sympathique à lire, alors pourquoi se priver de cette invasion alien si particulière ?

Lecture commune réalisée avec : Ksidraconis, Lhisbei, Lune, Rose

CITRIQ


Item 5 : Lire un livre SFFF dont vous n’avez pas encore vu l’adaptation en film (la bande-annonce de cette adaptation de 1990 se suffit à elle-même)

mardi 29 septembre 2015

Bleue comme une orange - Norman Spinrad


En septembre, le livre choisi pour la lecture du Cercle d’Atuan devait faire allusion à une couleur dans son titre. C’est Bleue comme une orange qui a remporté les suffrages, et comme cela faisait longtemps que je voulais retenter un texte de Norman Spinrad, j’ai sauté sur l’occasion.

Bleue comme une orange se déroule à la fin du XXIe siècle, alors que le réchauffement climatique a considérablement bouleversé le climat, en transformant des zones en désert brûlant, et en engloutissant certains autres sous l’océan. Paris de son côté, a des allures de Nouvelle-Orléans avec son climat chaud et humide (il y a des alligators dans la Seine et des bougainvilliers sur la Tour Eiffel !).

Dans cet univers, Monique (j’adore le prénom choisi par Norman Spinrad, so french !) exerce grosso-modo la fonction de chargé de com’ dans une société spécialisée dans les relations publiques, Panem et Circenses (tout un programme ce nom). Elle est envoyée à Paris pour s’occuper de l’accueil des VIP dans le cadre de la CONASC, la conférence mondiale sur le climat.

Dans sa mission, elle va croiser Eric, membre des Mauvais Garçons (pas besoin de vous faire un dessin, le nom est explicite), et leurs chemins ne vont cesser de se croiser alors que les deux organisations qui les emploient cherchent à percer les mystères de cette édition de la CONASC.

Ecrit en 1999, ce livre a une saveur particulière lorsqu’on le lit comme moi à l’approche de la COP21. D’autant plus que les questions qu’il soulève sont tout à fait d’actualité.

Bleue comme orange arrive parfaitement à montrer pourquoi il est difficile de lutter contre le réchauffement climatique, quand tout le monde cherche à en tirer profit (ou calcule combien il va perdre dans l’affaire). La notion d’Etat a disparu du monde mis en scène par Norman Spinrad, mais qu’on ait affaire à une nation ou à une corporation, la situation reste la même.

Le roman se penche sur les dessous d’un tel évènement, avec d’un côté l’aspect médiatique (mises en scène avec des discours pré-écrits, faux manifestants embauchés par l’occasion) et de l’autre l’aspect tractations en sous-mains, où chacun cherche à deviner ce que prépare l’adversaire, jusqu’à atteindre un complexe jeu de « je sais que tu sais que je sais que sais ».

Au milieu de tout cela, Monique et Eric sont surtout des pions qui avancent au gré des désirs de leurs dirigeants (y compris quand ils doivent donner de leur personne !). Difficile de faire mieux, même s’ils trouvent parfois le temps de se poser des questions morales. Mais du coup cela donne un côté très froid au roman.

C’est peut-être d’ailleurs son principal défaut. Si j’ai apprécié cette ville de Paris tropicale, et toutes les idées mises en scène, j’ai eu du mal à vraiment rentrer vraiment dans le texte. Du coup Bleue comme une orange est une lecture certes intéressante (surtout en ce moment !), mais on est loin du coup de cœur.

A noter que pour une fois, le titre VF est fort sympathique (et avec une jolie référence poétique) même s’il n’a rien à voir avec l’original Greenhouse summer (littéralement « l’été de serre » si je raconte pas de bêtises).

Avis des autres participants : Mortuum, Raven

CITRIQ

mercredi 5 août 2015

La voix du feu - Alan Moore


Je ne sais pas vraiment ce qu’il m’a pris il y a quelques années lorsque j’ai acheté ce roman d’Alan Moore. Était-ce la couverture ? L’idée de lire un roman d’un géant du comic ? Ou était l’intro de Neil Gaiman (depuis on ne m’y reprend plus !) ? Toujours est-il que je ne suis pas allée bien loin dans ma lecture, et que La voix du feu est allée prendre la poussière sur une étagère, mais comme je n’ai pas pour autant voulu m’avouer vaincue.

J’y suis donc revenue bien des années plus tard (en compagnie des rares survivants du Cercle d’Atuan qui ont bien voulu se lancer dans l’aventure !), et si malheureusement il s’est avéré que ce livre n’était pas fait pour moi, je suis contente de l’avoir tout de même vaincu !

La voix du feu est un roman divisé en chapitres indépendants (presque des nouvelles !) qui retrace à travers le temps, du néolithique à notre époque, l’histoire de la ville de Northampton par le biais de récits de différents personnages, illustres inconnus ou personnalités de leur époque.

L’idée en soit est très sympathique, mais il est (très) difficile de ne pas se casser les dents sur le premier texte, Le cochon de Hob, où un attardé mental nous raconte sa vie, avec tout ce que cela implique de déficiences en matière d’expression :
« En arrière de colline, loin vers soleil-descend, est ciel devenir pareil à feu, et est moi, souffle tout dur, venir en haut sur chemin à lui, où herbe froide sur pieds de moi et mouiller eux. »
Et on en prend pour cinquante pages écrites comme cela. J’admire le travail d’écriture de l’auteur (sans parler du traducteur qui a dû aussi s’arracher les cheveux), mais même avec la meilleure volonté du monde, et en sachant à quoi s’attendre, difficile de ne pas lâcher l’affaire.

Les textes qui suivent, qui progressent peu à peu dans l’histoire (arrivée des romains, croisades, Conspiration des poudres des Guy Fawkes) sont presque tous rédigés de façon « normale », quoique toujours surprenante. Quelques récits sont racontés par des personnages sur le point de mourir (voire déjà morts !), et les allers-retours passé-présent demandent beaucoup d’attention.

En fait de manière générale, et ça ne me surprend pas de la part de cet auteur, rien n’est jamais donné facilement. C’est au lecteur de relier les éléments, d’assembler les pièces du puzzle pour découvrir la vue d’ensemble. Et ce n’est pas chose facile quand on butte sur l’écriture, et quand il nous manque une bonne partie des références historiques (Wikipedia a éclairci quelques-unes de mes interrogations après coup).

Du coup si objectivement je trouve le concept très intéressant, et l’écriture plus que virtuose (chapeau à Patrick Marcel pour la traduction !), mais je suis forcée d’avouer que je suis passée complètement à côté de cet ouvrage, trop compliqué, top obscur, et trop difficile d’accès, au moins pour moi.

Mais sept ans plus tard, je peux enfin le sortir de ma Pile à lire, et c’est déjà une belle victoire !

Avis des autres participants :
Mortuum, Xapur

329 p.

dimanche 5 juillet 2015

La tour de Babylone - Ted Chiang


Lecture du mois du Cercle d’Atuan, La tour de Babylone est un recueil de huit nouvelles de Ted Chiang, un auteur américain pas forcément très prolifique (ce recueil reprend tous ses textes écrits entre 1990 et 2002) mais apparemment de qualité, si on se fie à l’incroyable quantité de prix littéraires évoqués en couverture. Il fallait bien que je vérifie si sa réputation était méritée !

Le recueil s’ouvre sur La tour de Babylone, qui nous permet d’assister à la construction de la fameuse tour du même nom avec une approche très rationnelle (conception de la tour, approvisionnement…), ce qui en fait un texte fort appréciable quand on est féru d’histoire ancienne.

Comprends, la deuxième nouvelle, évoque un peu Des fleurs pour Algernon ou Barrière mentale par sa thématique : celle de l’homme qui voit son intelligence s’accroître et largement dépasser celle de l’humain au moyen. Le phénomène est bien rendu et plutôt fascinant à suivre, bien qu’un peu déprimant sur la fin.

On enchaîne ensuite sur Division par zéro, une nouvelle au récit décousu (ça a l’air d’être une spécialité de l’auteur) qui se penche sur une mathématicienne qui découvre un théorème mathématique qui prouve que toutes les mathématiques sont fausses. L’idée est intéressante, et la construction plutôt bien fichue, même si on termine finalement avec un goût de pas assez.

L'Histoire de ta vie adopte la même construction alambiquée que Division par zéro (une sorte de désordre chronologique extrêmement maîtrisé) pour nous parler d’une linguiste qui communique avec des aliens et tente de comprendre leur langage et leur mode de pensée. La construction est brillante, de même que le contenu sur le langage, par contre j’ai terminé aussi sur un goût de pas assez (et j’ai cru comprendre qu’en conséquence j’étais passée à côté d’un chef d’œuvre !).

On parle toujours de langage dans Soixante-douze lettres, mais dans une forme bien différente puisqu’on visite un monde où la technologie s’est développée autour des golems (qu’on anime avec des noms), et où le personnage principal, spécialiste dans la création de noms, se retrouve à travailler pour sauver l’humanité de la stérilité qui la menace. Cette nouvelle est assez savoureuse pour son côté rétro-futuriste, où on se demande jusqu’où l’auteur va pousser sa démonstration.

L'Évolution de la science humaine est un court texte publié à l’origine dans la revue Nature sur le destin d’une revue scientifique humaine dans un futur où elle en serait réduite à tenter de comprendre le destin d’humains supérieurs. Ecrite à la façon d’un article de revue scientifique, cette nouvelle est un sympathique exercice de style.

Le texte suivant, L'Enfer, quand Dieu n'est pas présent, est assez surprenant (et finalement pas tellement quand on repense à La tour de Babylone) dans sa façon d’aborder des questions religieuses d’une façon très pragmatique, dans un monde où les visites d’anges sont autant des miracles que des catastrophes naturelles. C’est vraiment original et déstabilisant comme approche, c’est donc forcément très intéressant à lire (même si la fin m’a laissé un peu sceptique).

Enfin le recueil se termine sur Aimer ce que l'on voit : un documentaire, qui pour moi a été un peu le final en apothéose, tant ce texte qui s’interroge sur la perception de la beauté, la façon dont cela nous influence et l’usage qu’en font les publicitaires m’a touché. La construction façon reportage est très bien orchestrée, et l’auteur pousse vraiment son idée jusqu’au bout en confrontant les multiples points de vue et en permettant au personnage principal d’explorer la question à son rythme.

Dans l’ensemble j’ai trouvé que tous les textes de ce recueil étaient brillants. Les idées sont excellentes, et leur démonstration certes très scientifique est didactique et facile à suivre en règle générale. Sacré contenu, sans pour autant négliger la forme vu que Ted Chiang n’hésite pas à utiliser des formats de récits originaux ou parfois un peu alambiqués qui donnent vraiment envie d’avancer dans l’intrigue.

D’un point de vue personnel, j’ai été un peu dérangée cependant par les personnages assez froids (pour le coup ce n’est pas son atout), et par des fins qui m’ont soit échappé, soit déçu (et on ne pardonne difficilement à une nouvelle de passer à côté de sa fin). Cependant je pense que je serais ravie de lire d’autres textes de Ted Chiang, rien que pour la fulgurance des idées qu'ils contiennent.

Avis des autres participants : Lorhkan, MqlSz

CITRIQ

vendredi 24 avril 2015

Lignes de vie - Graham Joyce


Jusqu’à maintenant, je n’avais jamais prêté attention aux textes de Graham Joyce, jusqu’à que des chroniques élogieuses de Lignes de vie piquent ma curiosité. L’affaire a été rondement menée, je venais à peine d’acheter l’ouvrage qu’une lecture commune s’est organisée du côté du Cercle d’Atuan (et c’est presque pas de ma faute), voilà donc un livre qui n’aura pas eu le temps de prendre la poussière !

Lignes de vie se déroule à Coventry, pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Cassie, dernière sœur d’une fratrie de sept filles, s’apprête à abandonner son enfant car sa famille ne la juge pas capable de l’élever. Elle change cependant soudainement d’avis et revient à la maison avec lui. Sa mère, Martha, décide donc qu’il sera élevé à tour de rôle par ses différentes sœurs.

Avec un tel résumé, on pourrait classer ce roman en littérature générale, mais une légère touche de surnaturel qui plane sur l’intrigue : Martha a l’habitude de recevoir d’étranges visiteurs, Cassie a parfois des comportements inexpliqués, et son fils Frank semble lui aussi avoir parfois des dons un peu étranges.

On se retrouve donc face à un récit doté d’un fantastique tellement léger qu’on peut l’accepter comme tel, ou lui trouver des justifications réalistes (Cassie a peut-être juste un grain). Peu importe l’approche que l’on prend, cela ne gâche pas l’histoire.

Enfin, je ne sais pas si on peut vraiment parler d’histoire pour Lignes de vie. Après tout le roman suit le parcours de Frank à travers ses différents foyers, et la vie d’un petit garçon est loin de déborder de rebondissements. Et pourtant on ne s’ennuie pas une minute à la lecture.

Lignes de vie est un titre ô combien adapté (Facts of life en VO est fort chouette également) pour un roman qui dresse le portrait d’une multitude de personnages tous très différents (les sept sœurs ont chacun leur caractère, leurs qualités et leurs défauts) et extraordinairement vivants. Ils auraient pratiquement pu sortir des pages tant ils semblaient réels. On a d'ailleurs parfois l’impression que ce sont des membres de notre propre famille.

A travers eux, l’auteur en profite pour dresser le portrait de l’Angleterre d’après-guerre : il parle de la reconstruction, des soldats revenus hantés des combats, de politique… et mine de rien on a l’occasion de visiter un peu toutes les classes sociales (de Una et Tom à la campagne à Aida et Gordon qui tirent bien plus du côté de la bourgeoisie) sans que ça ressemble pour autant à une enquête de l’INSEE !

Certes on ne peut pas dire que le roman déborde de rebondissements, mais on se laisse pourtant sans peine emporter par cette histoire toute simple car elle est touchante et pleine de vie. D'ailleurs si je devais résumer ce roman à un seul adjectif, je choisirais « vivant ».

Si vous préférez les grandes histoires pleines d'action, de magie et de destinée, ce roman n'est certainement pas fait pour vous. Mais si l'idée d'un roman tranquille à peine touché par le surnaturel ne vous effraie pas, n'hésitez pas un instant, jetez-vous sur Lignes de vie, vous passerez un très bon moment !

Avis des autres participants : Lelf, Lorhkan, MqlSz, Nathalie, Rose

CITRIQ

mercredi 25 mars 2015

L'échange - Alan Brennert


Lecture du mois du Cercle d’Atuan, L’échange nous a été proposé par Lhisbei, grande prêtresse de l’uchronie. Il s’agit en fait d’une variation uchronique méconnue (au moins par moi, jusqu’à que je lise le Guide de l’uchronie) : l’uchronie personnelle. Point d’Histoire avec un grand H au programme mais une histoire plus intimiste sur les choix qu’on fait dans la vie, et le résultat est un très chouette roman.

L’échange nous présente donc deux versions d’une même personne. Le premier, Richard, est un acteur plutôt connu à Broadway, mais peine à avoir une vie sentimentale stable. Le second, Rick, a abandonné le théâtre pour fonder une famille, ce qui l’a profondément frustré. Un jour, les deux Richard, se rencontrent, et décident d’échanger leurs vies. Rick, frustré par sa vie de famille, découvre la vie de star, ses étoiles et ses dangers, tandis que Richard doit jouer un rôle nouveau pour lui : mari et père de famille.

Le concept du changement radical de vie n’a rien de particulièrement original (il suffit d’aller faire un tour dans les comédies ou dans les émissions de téléréalité), mais dans le cas de ce roman il est particulièrement bien exploité, sans doute parce que même si on s’attend à certains passages dans l’intrigue, l’histoire est d’une richesse qui va au delà du simple cliché.

Cela tient beaucoup au double personnage principal Rick/Richard. Alan Brennert a réussi à donner incroyablement d’épaisseur à chacun d’entre eux, avec des caractères à la fois très semblables et très différents du fait de leur parcours. Du coup même si l’un des deux attire naturellement plus de sympathie que l’autre, on ne peut que s’intéresser à leurs parcours respectifs, et se demander comment tout cela va tourner.

C’est d’ailleurs le nerf de l’histoire. N’allez pas vous attendre à de la magie à chaque coin de rue. Ici le caractère fantastique de l’histoire (l’échange de vie entre deux réalités parallèles) n’est pratiquement qu’un prétexte pour mettre en scène des personnages très humains, leurs relations complexes avec leur entourage, comment leurs choix dans la vie ont déterminé ce qu’ils sont devenus et comment ils gèrent le fait d’être projeté dans un environnement différent.

Et c’est une affaire rondement mené, comme quoi les littératures de l’imaginaire ne font pas toujours dans le grandiose et le gigantisme, des fois elles savent produire des histoires plus intimistes qu’on s’attendrait presque à croiser au rayon littérature générale (un peu comme L’oreille interne d’ailleurs). Et ce genre d’histoire se révèle aussi prenant qu’une grande épopée intergalactique.

Du coup, difficile de lâcher ce livre, d’autant plus qu’il est extrêmement bien construit et rythmé. L’auteur est également scénariste de série télé, et cela se sent à la lecture, chaque chapitre semble avoir découpé avec un outil de précision pour bien coller avec le précédent et le suivant.

Une chouette découverte donc, qui m’a donné envie de me frotter à d’autres uchronies personnelles. Il va falloir que je me replonge dans le Guide de l’uchronie pour trouver d’autres idées !

Avis des autres participants : Lhisbei, Lorhkan, Lune

CITRIQ

vendredi 27 février 2015

Tous à Zanzibar - John Brunner


Tous à Zanzibar fait partie de ces classiques de la SF auquel on a un peu peur de s'attaquer, surtout à voir la couverture et le résumé en quatrième. Inutile de dire que j'étais bien contente que le Cercle d'Atuan (nouvellement localisé du côté du Planète-SF) soit là pour en faire une lecture commune, car il est toujours plus facile de se lancer dans ce genre de lecture en nombre !

Comment présenter un tel ouvrage ? Sans surprise, le résumé en quatrième de couverture n'arrive pas vraiment à le faire, sauf peut-être en employant le terme de « livre-univers ». Et effectivement, on n'aurait pas trouvé meilleur terme (à part celui de roman à facettes) pour désigner Tous à Zanzibar.

Dans ce roman, nous nous projetons au XXIème siècle, tel que l'imaginait l'auteur à la fin des années 60. Au programme : violences, surpopulation, eugénisme, guéguerre entre les états et bien d'autres maux, parmi lesquels une surmédiatisation générale de tout, au travers notamment de Scanalyzer, sorte de zapping gigantesque servi par un incroyable ordinateur, Shalmeneser.

Honnêtement je n'ai pas tellement envie de développer plus, déjà parce que je serais bien en peine pour y arriver, et aussi parce que je pense qu'un livre comme Tous à Zanzibar est une telle expérience de lecture qu'il vaut mieux se faire sa propre idée.

Au début, on est un peu noyé dans le flot d'informations classé dans des catégories un peu mystérieuses : Contexte ; Continuité ; Le monde en marche ; Jalons et portraits. On saute du coq à l'âne, d'un sujet à un autre, d'un personne à un autre, avec l'impression qu'aucun lien ne réunit tout ça.

Et pourtant, le lien existe. On le découvre au travers d'un fil rouge récurrent (la fameuse continuité qui propose une histoire suivie), mais aussi lorsqu'on réalise que toutes les vignettes et saynètes sont liées entre elles. Tous à Zanzibar n'est pas un vaste bordel, mais bien un roman à la construction virtuose.

Virtuose, il l'est également dans son contenu, tout simplement visionnaire. Certes, John Brunner n'a pas vu venir l'ordinateur personnel ou certains troubles actuels (ce qui n'est pas plus mal, si les auteurs de SF étaient vraiment clairvoyants à ce point, ça serait inquiétant), mais par rapport à son époque, il mène un travail d'extrapolation (sociale, politique, scientifique) vraiment brillant.

Difficile là encore de vous présenter un exemple, car il faudrait le choisir. Et dans un roman où chaque petit chapitre semble être une pépite, allez donc faire un choix. C'est toute la saveur de ce roman : à l'échelle de quelques paragraphes comme à celle des sept cents pages d'histoire, il est d'une richesse extraordinaire.

Et cela concerne les idées comme l'écriture. John Brunner s'amuse beaucoup à intercaler entre deux séquences de texte « classique » des chansons, des extraits de textes écrits dans l'univers du livre, des pages d'encyclopédies, des contes... j'ai idée que cela explique que ce roman vieillisse bien, ce n'est pas juste des idées vaguement mises en forme, il y a un vrai travail littéraire (ce qui n'est pas le cas de tous les romans de SF, soyons honnêtes).

Bref c'est un livre génial, et je ne suis même pas sûre d'arriver à le vendre correctement. Il faut reconnaître néanmoins que c'est un texte un peu déstabilisant, étrange parfois, et qu'il faut à mon avis être dans le bon état d'esprit pour l'aborder. Ce qui était justement le cas pour moi, chic !

Avis des autres participants : Baroona, Gromovar, Lorhkan, Mortuum , Nathalie

CITRIQ

vendredi 24 octobre 2014

Un cantique pour Leibowitz - Walter M. Miller Jr


Lecture du mois du Cercle d’Atuan, ce roman prometteur cumulait les deux qualités d’être cité dans Morwenna et d’être désigné un peu partout comme un classique de la SF. Malheureusement je ne suis rentrée qu’à moitié dedans, ce qui me rend toujours triste, surtout quand je n’arrive pas à savoir si c’est de ma faute, ou bien si c’est celle du livre.

Un cantique pour Leibowitz est un roman qui nous conte le devenir de l’humanité après une catastrophe nucléaire au XXème siècle qui a manqué d’éradiquer toute vie sur Terre. Point de héros dans cette intrigue divisée entre en trois parties (à l’origine trois nouvelles) et trois époques, mais une unité de lieu : l’abbaye de Saint Leibowitz.

Dans la première partie, on suit la vie d’un novice qui découvre lors de son jeûne dans le désert des reliques qui auraient pu appartenir au Bienheureux Leibowitz (qui n’a pas encore été canonisé à l’époque), ce qui ne va pas lui rendre la vie facile. C’est l’occasion de découvre le rôle très particulier des moines de cette abbaye, qui ont cherché à conserver toutes les bribes de savoir possibles après la catastrophe nucléaire et les âges sombres qui ont suivi.

C’est bien simple, c’est tout simplement ma partie préférée du roman : l’atmosphère post-apo ne fait pas forcément dans la noirceur, et l’ambiance m’a tout de suite évoqué le rétrofuturisme de Fallout (sauf que pour l’auteur d’Un cantique de Leibowitz ce n’était pas vraiment du rétrofuturisme mais du futur tout court basé sur son époque !).

On nage en plein dans la religion bien sûr, mais c’est plutôt plaisant, sans doute à cause de l’humour discret qui accompagne les péripéties du pauvre frère Francis (qu’est-ce qu’il ramasse celui-là… tout ça pour avoir trouvé des possibles reliques pendant son jeûne dans le désert).

J’ai bien aimé aussi le récit des temps obscurs que fait l’auteur, comment les « simples gens » se sont retournés contre toutes les sources de connaissance (y compris les personnes !) et comment Leibowitz a fondé son abbaye pour conserver les fragments de documents, quitte à les apprendre par cœur pour les transporter en toute discrétion. Toute cette problématique de conservation de la connaissance m’a forcément touché (on se demande bien pourquoi tiens).

J’ai eu plus de mal avec la suite, qui raconte la sortie des âges obscurs et le retour progressif vers les technologies d’avant. Il faut dire que c’est un peu le jour et la nuit : le rythme est plus lent, le ton de plus en plus sombre (ce qui n’est pas mon approche favorite, loin de là), et tout passe par des dialogues un peu longuets et parfois très religieux (et pourtant j’ai une bonne tolérance dans le domaine).

Du coup je n’étais plus tellement en phase avec le récit, et j’ai terminé le livre avec l’impression d’être passée à côté (de l’histoire, des idées, bref d’un peu tout !), ce qui est frustrant vu qu’après coup toutes les critiques que j’ai lues ne contenaient que des louanges. Enfin bon, il faut bien que ça arrive de temps en temps une déception, comme ça on n’en a apprécie que plus les bonnes lectures qu’on fait ensuite !

Avis des autres Atuaniens : Baroona, Euphemia, Kissifrott

CITRIQ

jeudi 7 août 2014

L'oreille interne - Robert Silverberg


Il y a certains auteurs que j'ai commencé par le mauvais bout de la bibliographie (ou celui le moins remarquable si vous préférez). Heureusement des fois le vent tourne, et après les excellentes Monades urbaines, je découvre avec plaisir un autre Silverberg que j'ai aimé : L'oreille interne, lecture estivale sur le Cercle d'Atuan.

Publié en VO sous le titre Dying inside (mais pour le coup je trouve le titre français très bien trouvé également), ce roman nous raconte la vie de David Selig, un américain télépathe, dont le pouvoir l'exclut de toute vie « normale » depuis sa plus tendre enfance. Sauf qu'avec la quarantaine, son don semble décliner, et il n'est pas facile d'envisager la vie sans.

C'est assez drôle car dès les premières pages, j'ai eu l'intime conviction que si l'auteur n'avait pas été aussi connu pour ses textes de SF, on aurait pu publier ce roman en littérature générale sans grande peine. Je trouve une certaine qualité « littéraire » à ce roman.

Cela vient sans doute des nombreuses références littéraires qu'il contient, mais aussi de sa construction très travaillée. Le récit alterne habilement entre présent et passé, variant sans cesse les modes de narration si bien qu'on ne s'ennuie jamais bien que la vie du héros soit tout sauf folichonne. Au contraire, c'est même très dynamique, ce qui explique sans doute que j'ai lu ce livre en si peu de temps.

Ensuite j'ai trouvé que la télépathie était presque uniquement un prétexte pour explorer la psyché humaine et les relations entre les êtres humains (y'a des choses très intéressantes sur les liens familiaux, les relations amoureuses, etc.). D'ailleurs on est tellement centré sur le personnage de David Selig et sur sa vie que l'élément fantastique semble presque normal.

Il faut dire que l'auteur arrive tellement bien à rendre la lecture des pensées réaliste. On est rarement dans la clarté, plutôt dans le tourbillonnement d'idées qui représente très bien ce que doit tout esprit humain (en tout cas le mien y ressemble, je n'oserais pas parler pour les autres qui sont peut-être mieux ordonnés).

Du coup L'oreille interne est une lecture un peu spéciale, qui sort du lot par rapport au bon vieux roman de SF. On est peut-être pas dans le roman mémorable, mais ce texte a une spécificité qui fait que j'ai vraiment apprécié ma lecture, parce que pour le coup j'ai eu l'impression de lire quelque chose de différent, ce qui ne fait jamais de mal de temps en temps.

CITRIQ

Livre emprunté à la bibliothèque

mardi 15 juillet 2014

Terremer - Ursula K. Le Guin


Au mois de juin, le Cercle d’Atuan, forum de lectures communes de SFFF, fêtait ses cinq ans. Pour l’occasion, j’ai proposé de relire la toute première lecture du Cercle, Terremer (à la différence que cette fois-ci nous lisons l’ouvrage complet, pas juste Le sorcier de Terremer). Voilà donc une excellente occasion pour parler de cette œuvre de fantasy que j’ai lu et relu sans jamais prendre le temps de la chroniquer en détail.

Terremer est un univers de fantasy créé par Ursula Le Guin dans les années 60. C’est un monde insulaire où les cultures, les climats et même les croyances sont fort différents d’une île à une autre. Cependant la plupart des habitants partagent le même bagage de héros, légendes et chansons. Et bien sûr comme dans tout univers de fantasy qui se respecte, il y a de la magie, des sorciers et des dragons.

Ursula Le Guin a écrit un certain nombre de textes se déroulant dans cet univers : cinq romans et sept nouvelles. Les trois premiers romans (Le sorcier de Terremer, Les tombeaux d’Atuan et L’ultime rivage), chacun ne dépassant guère 200 pages, sont aujourd’hui réunis dans un volume unique, Terremer, dont je vais vous parler aujourd’hui.


Le sorcier de Terremer

Tout premier roman se déroulant dans l’univers de Terremer, Le sorcier de Terremer nous raconte l’histoire de Ged, un jeune garçon doté de grands pouvoirs, qui sera amené à devenir un des plus grands sorciers du monde. Mais lorsque l’histoire commence, ce n’est encore qu’un jeune enfant qui va devoir certes à pratiquer la magie, mais aussi à ne pas se laisser emporter par son orgueil.

Cette histoire peut sembler extrêmement simpliste à nos yeux d’aujourd’hui, car Le sorcier de Terremer reprend finalement la trame du roman d’apprentissage qu’on croise dans de nombreux romans de fantasy : enfant doté de pouvoirs, vieux mage plein de sagesse, école de magie, confrontation à un mal ancien… tous les ingrédients sont là (y compris les dragons !).

Cependant, il ne faut pas oublier que ce roman a été publié en 1968 (c’est un précurseur bien plus qu’un suiveur), et tant bien même son côté stéréotypé, je trouve qu’il conserve aujourd’hui une aura particulière.

C’est sans doute parce que ce roman est construit comme un conte, une épopée (avec un narrateur qui évoque parfois les réalisations ultérieures du héros), et dans ce cadre-là le côté « cliché » est parfaitement acceptable. Et puis c’est raconté par Ursula Le Guin, qui comme chacun le sait a une écriture magique, si bien que même les séquences de morale par des vieux mages sont fascinantes à lire.

Il faut savoir aussi que sous son apparence de récit initiatique classique, Le sorcier de Terremer est une première incursion dans un univers de fantasy qui mérite qu’on s’y arrête. Déjà il est peuplé exclusivement de gens de couleur (les seuls blonds aux yeux bleus sont les barbares kargues), ce qui bouscule carrément les conventions habituelles. Et surtout Ursula Le Guin trouve le temps, malgré le petit nombre de pages, d’avoir une approche presque ethnologique de son univers et de parler du mode de vie des habitants de chaque île qu’on visite.

Alors certes, aujourd’hui Le sorcier de Terremer ressemble à un concentré de fantasy (vu qu’il raconte en 200 pages ce que d’autres font en 1500), mais il conserve une aura particulière, grâce à son rythme calme, son univers travaillé, son histoire relativement dénuée de manichéisme, et son ton de conte auquel il est difficile de résister.


Les tombeaux d’Atuan

Ce deuxième roman se déroule quelques années après Le sorcier de Terremer, et nous emmène du côté de l’archipel kargue, que le premier roman avait à peine évoqué. Ged n’est point le héros dans cette histoire (bien qu’il y apparaisse). A la place on suit les pas de Tenar, jeune fille arrachée à sa famille à l’âge de six ans pour devenir La dévorée, prêtresse éternellement réincarnée des Innommables.

Alors que le précédent texte semblait assez classique dans son déroulement, Les tombeaux d’Atuan sort des sentiers battus en se penchant sur le quotidien monotone d’une prêtresse solitaire de dieux délaissés, dont la seule jouissance est d’être la seule à pouvoir parcourir les labyrinthes obscurs se trouvant sous les tombeaux de ses dieux.

Si Le sorcier de Terremer contenait une part de noirceur, il était assez facile de prendre ses distances avec elle. L’obscurité des Tombeaux d’Atuan est elle bien plus insidieuse. J’ai gardé de ma première lecture une sensation d’étouffement, et je me surprends à chaque relecture à sentir une angoisse dans ma poitrine.

Le chemin vers la lumière est d’ailleurs est long et difficile pour Tenar qui doit venir à bout d’années de conditionnement. Son personnage est d’ailleurs vraiment admirable. Cette jeune fille conditionnée depuis sa plus tendre enfance n’est pas encore tout à fait rentrée dans son rôle (ni dans l’âge adulte) si bien qu’elle passe par toute la gamme des émotions. C’est un des plus beaux personnages du cycle, je l’aime presque plus que Ged en fait (qui est pourtant Ze héros par excellence).

Du coup je ne vous surprendrais pas en déclarant qu’il s’agit de mon roman préféré de ce trio.


L’ultime rivage

Après une histoire centrée en un seul lieu, L’ultime rivage semble renouer avec Le sorcier de Terremer en nous faisant voyager une fois encore à travers toute la carte. Sauf que cette fois-ci, Ged est désormais archimage et prend le rôle du vieux sage (de quarante ans !), tandis que le poste d’adulte en devenir est occupé par un jeune homme, Arren, qui va l’accompagner dans sa quête pour élucider les raisons qui font que la magie du monde semble aller à vau-l’eau.

Si on fait le bilan de ce livre, on a donc affaire à trois romans dotés chacun d’une quête propre, toujours avec une figure de jeune homme/jeune femme en devenir (qui diffère à chaque fois), et avec la présence systématique d’un Ged, aux trois âges de la vie (enfant/adulte/vieillard). Cette structure a un côté très primitif, qui va de pair avec la structure narrative qui évoque plus les contes et les légendes d’antan que nos romans actuellement.

Mais je m’éloigne un peu du sujet. A vrai dire L’ultime rivage souffre un peu de se situer chronologiquement entre Les tombeaux d’Atuan et Tehanu (le roman suivant), qui sont tellement marquants qu’on a du mal à le remarquer au milieu.

Pourtant dans sa structure il est finalement assez similaire au Sorcier de Terremer, et il offre une belle ballade dans les contrées encore inexplorées de cet univers très maritime. Et il y a des dragons. Et on ne peut qu’apprécier une fois encore l’absence de grand méchant maléfique. On y parle certes de bien et de mal, mais surtout du rapport vie/mort.

Sans être aussi bon que les deux romans précédents, L’ultime rivage reste une lecture agréable, qui clôture tellement bien l’histoire que lire les autres textes n’est pas obligatoire (mais c’est recommandé, parce qu’Ursula Le Guin c’est très très bien).

Bon comme je suis en train d’attaquer ma troisième page Word, je vais peut-être m’arrêter là pour cette première incursion dans l’univers de Terremer (même si je pourrais certainement continuer à m’étaler). Ces trois romans peuvent sembler un peu datés par leur classicisme apparent, mais il serait dommage de passer à côté, tant la prose d’Ursula Le Guin est agréable à lire.

Avis des autres atuaniens : Baroona, Euphemia (1 - 2 - 3), Julien, Nathalie, Rose, Tigger Lilly

CITRIQ

Pour ses 700 et quelques pages

mardi 27 mai 2014

Brasyl - Ian McDonald


Lorsque ce roman de Ian McDonald a été sélectionné pour la lecture de mai du Cercle d’Atuan, je me suis vaguement dit que trois McDonald en trois mois, c’était peut-être un peu beaucoup. Et effectivement, Brasyl a été le roman de trop, même si c’est la faute au roman en lui-même et non à l’enchainement des lectures.

Brasyl est un roman qui nous raconte trois histoires : il y a d’abord Marcelina, une productrice de téléréalité qui cherche en 2006 le concept qui la propulsera au sommet ; vient ensuite Edson, un jeune homme des années 2030 qui trempe dans de vilaines combines et se retrouve mêlé à des histoires d’ordinateurs quantiques des plus complexes ; enfin, au XVIIIe siècle, un prêtre jésuite cherche dans la forêt amazonienne un de ses frères qui aurait dévié de la voie.

Toutes ces histoires sont liées, d’abord par une unité de lieu (le Brésil), et par une histoire d’univers parallèles et de physique quantique que l’on découvre tant bien que mal au cours de notre lecture, et plutôt mal que bien, hélas.

Mais parlons d’abord des qualités de ce roman, car aussi laborieuse qu’ait été sa lecture, il y a quand même un truc qui m’a plu. Comme La maison des derviches (auquel il ressemble beaucoup au niveau de la structure) qui nous faisait découvrir la culture stambouliote, Brasyl est une incroyable plongée dans la culture brésilienne.

J’ai eu la même sensation de vertige, de découvrir un monde complètement différent, bref qu’on n’avait pas besoin de traverser une galaxie pour se confronter à des univers qui nous semblent étrangers voire parfois difficiles à comprendre. Ian McDonald sait vraiment y faire dans le domaine, et je n’ose imaginer la documentation nécessaire pour que son roman sonne aussi « vrai ».

Mais le problème, c’est que pour immerger encore plus le lecteur, il a truffé son roman de mots en portugais (traduits pour certains mais pas tous dans un lexique à la fin du livre), ce qui fait qu’on se retrouve assez vite noyé, et que la lecture en devient franchement laborieuse.

Et malheureusement, il n’y a pas que dans les dialogues qu’on se noie, mais tout au long de l’intrigue, tellement confuse que je n’en ai compris que quelques idées ici et là, mais que j’ai bien du mal à rassembler les morceaux ensemble. Je n’arrive pas à savoir s’il a trop délayé son histoire, ou si la moitié des explications de physique quantique s’est perdue en route.

Du coup même si j’ai bien aimé certains passages comme les idées d’émissions de Marcelina (plus trash c’est pas possible), la société ultra connectée d’Edson où l’on trouve des puces RFID jusque dans les sacs à main et où on peut copier des chaussures de marque sur une imprimante 3D, ou le parcours du Père Quinn en général (c’est de loin le plus facile à suivre), Brasyl a été une lecture laborieuse, presque frustrante puisque nos efforts ne sont pas récompensés à la fin.

Cela ne va pas me fâcher avec cet auteur pour autant (j’ai trop aimé ses autres textes pour ça), mais je vais faire une petite pause avant de me replonger dans ses œuvres. Et me concentrer sur les textes qu’il a écrit après Brasyl, qui m’ont l’air bien mieux fichus (si je me fie à La maison des derviches).

Avis des autres atuaniens :
Baroona, Hilde, Kissifrott

CITRIQ

vendredi 28 mars 2014

Au nord du monde - Marcel Théroux


Ah non, voilà déjà le printemps, les fleurs, le soleil... il est hors de question de rester à supporter ça ! A la place, enfilons doudoune et bottes de neige et direction le Grand Nord de la Sibérie pour un petit roman post-apocalyptique qui fait bien froid au cœur : Au nord du monde de Marcel Theroux, qui est accessoirement la lecture de mars du Cercle d'Atuan.

Makepeace est le shérif d'une petite ville de Sibérie colonisée par des américains en quête d'une vie simple et paisible. Est-ce le changement climatique, la misère ou la guerre qui a fini par tuer ou faire fuir tous les habitants, mais Makepeace vit désormais une existence solitaire. Jusqu'au jour où son existence se révèle moins solitaire que prévu.

Le titre anglais d'Au nord du monde est Far North, qui évoque immédiatement le Far West, et c'est à cet univers qu'on pense dans les premières pages, en suivant cette silhouette solitaire qui fait sa ronde à cheval à travers la ville, pistolets à la ceinture. Les grands espaces, les colonies fondés par des communautés ultra-religieuses, la solitude, la survie, la loi du plus fort... on a même l'équivalent des indiens sous la forme des peuplades sibériennes plus ou moins nomades qui vivent de l'élevage des rennes.

C'est donc une très jolie retranscription dans un univers tout aussi hostile et désolé qu'est cette Sibérie du futur qui a été colonisée puis abandonnée. On ne saura jamais pourquoi d'ailleurs, l'auteur reste très vague à ce sujet. En fait, il n'y que quelques fragments de technologie clairement plus avancée que la nôtre qui indique que l'histoire se déroule dans le futur.

Mais alors de quoi parle ce livre ? C'est le parcours d'un personnage solitaire, qui est clairement plus dans la survie que dans la vie, et qui renoue soudainement avec les autres humains par le hasard d'une rencontre. Ne supportant plus la solitude, voilà donc que Makepeace prend la route pour retrouver des traces de civilisation.

Mais le chemin n'est pas facile, car comme souvent l'homme est un loup pour l'homme, surtout quand la civilisation s'effondre : dictature, manipulation des foules, esclavage, tout est bon pour assurer sa survie (et son confort).

Tout cela, Makepeace le voit (et le vit) au travers de son voyage, au cours duquel on découvre peu à peu son passé par petites touches. Au nord du monde est un roman qui est porté par son narrateur, dont la réserve et les réflexions donnent un ton particulier qui contribue grandement à l'atmosphère de l'histoire.

Ces derniers temps, je me suis un peu lassée du post-apo, que je trouvais souvent très pessimiste et ressassant les mêmes idées. Et pourtant j'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce roman. Cela tient sans doute à son atmosphère (on ne croise pas souvent des romans qui se déroulent en Sibérie) et à son narrateur à la voix bien particulière qui force l'admiration.

Mais ce qui a joué pour moi, c'est qu'en dépit de la noirceur du monde qu'il décrit, Au nord du monde contient quelques bouffées d'optimisme, des moments qui rappellent que l'être humain n'est pas que capable des pires horreurs. Elles peuvent sembler infimes au regard du reste du roman, mais elles sont là, et c'est ce qui compte.

Avis des autres atuaniens : BaroonaCornwall, Jae_Lou, Lorhkan, Lune, Nathalie, Rose

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vendredi 31 janvier 2014

La Horde du Contrevent - Alain Damasio


« Nous sommes faits de l'étoffe dont sont tissés les vents »

Des fois, je me demande si on ne reconnaît pas les chefs d'œuvre au syndrome de la page blanche qui frappe systématiquement quand on essaye de les chroniquer, tant on peine à trouver des mots pour égaler notre ressenti de lecture. La Horde du Contrevent est un de ces romans. J'ai pensé que le relire en lecture commune sur le Cercle d'Atuan rendrait la chose plus facile, mais sept ans après ma première lecture, ce roman me tourneboule encore !

La Horde du Contrevent nous emmène sur une terre désolée cernée par la glace et sans cesse battue par les vents. Depuis plusieurs siècles déjà, les habitants de ce monde essayent de découvrir l'origine du vent, et pour cela, il faut atteindre l'Extrême-amont de la t(T?)erre où ils vivent. C'est l'objectif de des hordes du Contrevent, des groupes d'élite qui partent à pied de l'Extrême-aval et affrontent mille dangers pour trouver l'autre bout de la terre. La horde qui est à l'honneur dans ce roman est la 34e, et elle compte bien réussir là où les autres ont échoué.

La horde se compose de vingt-trois membres, chacun ayant un rôle bien précis : il y a Golgoth le traceur (c'est à dire le chef qui « trace » la route), Sov le scribe, Oroshi l'aéromaître experte en vents, Alme la soigneuse, Callhiroé qui faut feu de tout bois, les crocs qui tirent les traineaux de matériel et tant d'autres personnages (cueilleuse, artisan du bois, fauconnier) qu'on découvrir au fur et à mesure, de l'extérieur ou de l'intérieur.

C'est en effet la grande particularité de ce roman, qui multiple les points de vue interne à un niveau rarement atteint, puisque chacun des hordiers prend la parole à tour de rôle pour raconter leur périple. Bien sûr, certains sont plus bavards que d'autres, mais au final ce n'est rien de moins que vingt-trois points de vue qui s'entrecroisent, chacun avec un style propre.

Cela pourrait être effrayant, mais chaque point de vue est en fait identifié par un symbole en début de paragraphe qui indique qui parle. Lorsqu'on a un doute (ce qui arrive fréquemment), il suffit de jeter un œil au marque-page ou au rabat du livre (selon si vous lisez l'édition poche ou le grand format) pour identifier le personnage et son rôle dans la horde.

Cela suffit déjà à faire de La Horde du Contrevent un roman qui est tout sauf banal, mais son originalité ne s'arrête pas là.

La deuxième chose qui frappe à la lecture, c'est en effet l'univers. Dans ce monde imaginaire jamais clairement nommé, tout tourne autour du vent : la cosmogonie du monde (qui dit que la vie est issue de la décélération du ven), sa physique, ses créatures (les chrones), son habitat (soit enterré soit aérien), ses modes de vie... tout se base sur cette constante aérienne. Ce n'est pas toujours compréhensible, mais c'est complètement fascinant à découvrir.

Tout cela crée une telle sensation de dépaysement qu'il m'est arrivé de ne pas me sentir à ma place quand je levais la tête de mon livre dans le métro ! On dit souvent que les livres font voyager, j'en connais bien peu qui font autant voyager que celui-ci.

Il faut dire que la quête de la Horde est prenante au possible : on démarre le livre en plein furvent (une sorte de tempête qui rase tout sur son passage), et ce n'est que le début ! Les péripéties sont nombreuses, et pour un roman qui se présente comme une longue randonnée, il n'est jamais répétitif tant les obstacles sont diversifiés : eau, neige, vent... et même les hommes posent problème parfois.

La Horde du Contrevent, c'est donc 700 pages de folle aventure (aussi belle dans son aspect épique que dans son aspect humain), où l'on souffre avec la horde, tant l'immersion se révèle vite totale. Le point de vue interne aide grandement, certes, mais aussi l'extraordinaire écriture de l'auteur, sans laquelle ce roman ne serait rien (ou en tout cas beaucoup moins bien).

On ne peut en effet qu'admirer l'incroyable travail pour diversifier les styles d'expression en fonction des personnages (des personnalités comme Caracole ou Golgoth s'identifient immédiatement), mais aussi tout le vocabulaire déployé dans le champ lexical du vent, quand on ne tombe pas sur des sublimes morceaux d'écriture, tout simplement. La Horde du Contrevent, c'est un roman qui est aussi beau pour son contenu que pour son contenant.

Je pourrais sans doute continuer à chanter les louanges de ce roman pendant des pages et des pages, mais cela me semble inutile sur un livre qui pour moi reste une expérience de lecture unique, à la fois merveilleuse et éprouvante. La Horde du Contrevent est un petit chef d'œuvre dans lequel tout le monde devrait mettre le nez un jour, et à mon avis il n'y a pas que les fans de littérature de l'imaginaire qui y trouveraient leur compte. Bien qu'il soit classé en SF, c’est définitivement un roman qui défie toute notion d'étiquette ou de genre.

Avis des autres Atuaniens : Hilde, Kissifrott, Mariejuliet, Rose

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mardi 12 novembre 2013

Le monde du fleuve (Le fleuve de l'éternité 1) - Philip José Farmer


Le monde du fleuve fait partie de ces classiques de la SF dont on entend tellement parler qu’ils finissent fatalement par échouer dans notre liste (sans fin) de livres à lire. J’étais donc bien contente que le Cercle d’Atuan me donne l’occasion de me plonger dedans lors de notre lecture commune mensuelle.

Premier des cinq volume du cycle du Fleuve de l’éternité, Le monde du fleuve nous emmène sur les traces de Sir Richard Francis Burton (un aventurier du XIXe siècle qui a eu une vie bien mouvementé et a noté presque réussi à découvrir la source du Nil), qui après sa mort se réveille sur les rives d’un étrange fleuve, comme les milliers de congénères qui l’entourent.

Très vite, on commence à comprendre que c’est toute l’humanité (de la préhistoire au début du XXIe siècle) qui a été ramenée à la vie sur les rives de ce fleuve sans fin, sans autre forme d’explication. Burton, explorateur par nature, va vouloir découvrir le fin mot de l’histoire, et ce sont ses aventures le long du fleuve que l’on va suivre.

Des fois, il y a une sacrée différence entre l’image qu’on se fait d’un livre (d’après la quatrième de couverture ou ce qu’on en a entendu) et ce qu’on découvre à la lecture, et c’est exactement ce qui m’est arrivé sur Le monde du fleuve.

Le concept laissait à penser qu’on aurait affaire à quelque chose à la limite de la philosophie ou de la métaphysique, ce n’est pas du tout le cas. On est plutôt dans le pur roman d’aventure où les péripéties s'enchaînent : découverte de l’univers et de ses règles, puis exploration, batailles, etc. Une pure lecture de divertissement donc, avec quelques mystères à élucider pour donner envie de poursuivre la lecture.

Par ailleurs alors que la quatrième de couverture promettait moult personnalités historiques, les stars se révèlent finalement assez peu nombreuses (si je me fie aux multiples vérifications que j’ai fait en cours de lecture). Cela évolue peut-être par la suite ceci dit.

Du coup avec un tel décalage entre mes attentes et le livre en lui-même, je suis sortie de ma lecture un peu déçue. Cela ne m’a pas empêché d’apprécier l’univers que l’auteur nous présente (bien qu’il soit légèrement *tousse* archaïque *tousse* question mentalités), mais il lui manque quelque chose pour que j'apprécie vraiment l’ouvrage.

Cependant la fin du livre étant bien plus intéressante que le début (avec quelques bonnes trouvailles scénaristiques et des idées à la fois pertinentes et rigolotes, notamment les multiples Jésus qu'on trouve le long du Fleuve), je vais certainement continuer à avancer dans le cycle, car je suis curieuse de voir où l’auteur va nous emmener. Affaire à suivre à priori.

Avis des autres atuaniens : Jae_Lou, Lorhkan, Lune

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mardi 17 septembre 2013

Le jeune homme, la mort et le temps - Richard Matheson


Ce n’était pas vraiment calculé pour à l’origine, mais alors que mon challenge se termine dans quelques jours, je n’aurais rêvé meilleur titre sur lequel conclure ma participation, tant ce roman démontre avec brio qu’on peut écrire d’excellentes histoires d’amour qui sont également de très bons textes fantastiques.

Accessoirement, c’est aussi l’opportunité pour moi de replonger dans l’œuvre de Richard Matheson (décédé en juin, snif snif). Je n’avais pas osé le faire depuis la claque qu’avait été Je suis une légende, mais comme Gromovar disait le plus grand bien de ce texte, j’ai sauté sur l’occasion. Et je l’ai même proposé en lecture du mois sur le Cercle d’Atuan, tant qu’à faire.

Le jeune homme, la mort et le temps nous emmène sur les pas de Richard, scénariste de profession (toute ressemblance avec l’auteur est purement fortuite bien sûr) qui n’a plus que quelques mois à vivre à cause d’une tumeur au cerveau.

Alors qu’il lâche tout et part à l’aventure pour profiter de ses derniers jours, il tombe amoureux d’une actrice de théâtre, Elise McKenna. Seul problème : celle-ci est morte depuis bien longtemps. Qu’à cela ne tienne, Richard va tout mettre en œuvre pour remonter le temps et la rencontrer.

Cela faisait très longtemps que je n’avais pas lu du Richard Matheson, mais j’ai retrouvé avec grand plaisir sa plume. Son écriture est d’une efficacité sans pareil, on n’a en effet aucun mal à se mettre dans la peau du narrateur, qui tantôt dicte (de façon très hachée), tantôt rédige son aventure pour se transporter dans le passé.

Par ailleurs, il y a une précision documentaire qui fait qu’on y croit complètement, tellement il est difficile de démêler le réel de l'inventé. La description des lieux et de l’époque, tout cela semble tellement crédible que j’en suis venue à chercher le nom d’Elise McKenna sur Wikipedia… pour découvrir qu’elle n’existe pas (elle est à priori inspirée d’une autre actrice de l’époque), contrairement à l’hôtel où se déroule l’intrigue, qui lui est tout ce qu’il y a de plus réel.

Du coup, sans être l’intrigue du siècle (certaines des péripéties semblent limite téléphonées, surtout que le protagoniste est scénariste, il devrait en voir les ficelles !), l’histoire fonctionne à merveille parce qu’elle est extrêmement aboutie : écriture efficace mais pas simpliste, univers incroyablement détaillé où l’on peine à démêler le réel de l’inventé… et bien sûr c’est une très belle histoire d’amour.

Sur le papier, c’est affreusement guimauve : tomber amoureux d’une photo et tout faire pour retrouver cette personne (et puis on imagine déjà les violons, le mariage et les enfants en guise de conclusion), il y a de quoi soupirer de désespoir. Et pourtant j’ai marché à fond.

Non vraiment, au début j’étais sceptique (surtout lorsqu’on voit la méthode de voyage dans le temps employée par Richard, qui a le mérite de sortir de l’ordinaire !) mais dès qu’on avance un peu dans l’intrigue, je suis complètement tombée sous le charme. J’ai même complètement fondu par moment, face à cette histoire de deux personnes qui à priori n’avaient aucune raison de se rencontrer, alors de s’aimer, on n’en parle même pas.

Richard, c’est le type tellement amoureux qu’il en perd les trois quarts de ses fonctions cérébrales… et pourtant c’est mignon. Parce qu’il est tombé amoureux d’une image, et qu’une fois qu’il découvre la vraie femme (qui est loin d’être la petite chose effacée qu’on pourrait imaginer), il est encore plus amoureux.

Une partie du charme de leur histoire vient je pense du fait qu’elle se déroule au XIXe siècle, où leurs « balbutiements » amoureux, extrêmement riches en dialogues, s’accordent avec justesse à l’époque. C’est assez difficile en fait de mettre le doigt exactement sur ce qui fait que l’ensemble fonctionne. Je sais juste que ça a très bien marché pour moi.

Du coup vous imaginez ma surprise : de l’auteur de Je suis une légende, un classique de la SF, j’attendais surtout une excellente exploitation du voyage dans le temps. Il y a de ça effectivement, mais Le jeune homme, la mort est le temps est aussi (et peut-être avant tout) une très belle histoire d’amour.

Pour une fois qu’on peut lire des niaiseries en public tout en ayant l’air plongé dans de la SF très respectable, ça serait dommage de se priver non ?

Avis des autres atuaniens : Euphemia

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mardi 10 septembre 2013

Le monde de Rocannon - Ursula K. Le Guin


C’est sans doute la faute à une numérotation foireuse, mais lorsque j’ai commencé à lire Le cycle de l’Ekumen de Ursula Le Guin, je suis partie sur La main gauche de la nuit, 4e volume. Cela n’a pas grand importance ceci dit, les histoires étant indépendantes les unes des autres, mais il était grand temps de remettre de l'ordre là-dedans. Autant dire que cette lecture commune sur le Cercle d’Atuan tombait à pic.

Le monde de Rocannon est un petit ouvrage qui nous raconte les pérégrinations de Rocannon, ethnologue envoyé sur une planète peuplée de civilisations encore peu évoluées, qui se retrouve à devoir voyager à travers la planète avec les moyens du bord pour prévenir la Ligue (une confédération de mondes) de la présence d’une base ennemie sur ce monde.

Sur cette planète où les différentes espèces intelligentes vivent pour la plupart à un niveau de technologie proche du moyen-âge (voir de l’âge de fer) et où l’on chevauche des hippogriffes, son aventure n’a aucun mal à ressembler à une authentique quête de fantasy. C’est de la pure science-fantasy des années 60 (qu’on mettra sans peine en parallèle avec Ann McCaffrey ou Marion Zimmer-Bradley), et on se régale dans le domaine.

Sans grande surprise, j’ai été charmé par ce roman, grâce à son écriture (elle a une manière de tout dire sans rien dire, une prose toute en circonvolutions sur laquelle on se laisse porter sans trop s’interroger), et grâce à ses univers toujours plein d’humanisme (à défaut d’un meilleur terme, disons qu’elle a vraiment l’art et la manière d’écrire de belles rencontres entre des espèces différentes).

Cependant c’est un texte court, qui ne semble ne pas aller au bout de ses idées. Le monde de Rocannon abrite pas moins de cinq espèces intelligentes différentes, et on n’a finalement que peu de temps pour les découvrir toutes et d'aller au bout des interrogations à leur sujet. Du coup aussi chouette que soit ce roman, il semble un peu faiblard en comparaison de La main gauche de la nuit ou des Dépossédés (en même temps difficile de les égaler ces deux-là).

Rien d’anormal ceci dit, il s’agit tout de même de son premier roman. Ca ne m'ôtera d'ailleurs pas pour autant l'envie de terminer ce cycle et donc de continuer sur Planète d’exil.

A noter que le prologue de ce roman qui nous introduit dans l'univers en question est en fait une nouvelle, Le collier de Semlé (aka Dowry of the Angyar en VO), publiée précédemment dans la revue Amazing Stories (et dans différents recueils en France).

Même si on retrouve certains de ses protagonistes par la suite, c'est un texte qui peut parfaitement se lire de façon indépendante et met parfaitement en scène la confrontation entre un habitant d'un monde « primitif » et des technologies évoluées, vu par le dit habitant. Un excellent prétexte donc pour reprendre les participations au JLNN !

Avis des autres atuaniens : Julien, Majhea, Rose

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lundi 10 juin 2013

La Terre mourante : Intégrale 1 - Jack Vance


Lecture du mois de mai du Cercle d'Atuan, ce qui était à l'origine une mise en bouche pour se familiariser avec l'univers l'anthologie Chansons de la Terre Mourante a pris un curieux tournant vers l'hommage avec le décès de l'auteur à la fin du mois dernier.

Je connaissais Jack Vance par son cycle de Lyonesse (étrange et très beau cycle de fantasy qui réutilise à sa sauce bon nombre de mythes arthuriens et associés), mais je n'avais jamais réussi à approcher ses œuvres les plus connues. Il était donc temps de s'y mettre !

La Terre mourante, une de ses œuvres les plus connues, est un cycle de fantasy post-apocalyptique se déroulant sur une Terre éclairée par un soleil mourant, où l'homme est revenu à un mode de vie souvent rudimentaire, pimenté par l'utilisation de la magie. Le cycle se compose d'un recueil de nouvelles et de trois romans.

La première intégrale, dont je vais vous parler ici, se compose donc d'un recueil de nouvelles, Un monde magique, écrit dans les années 50 et d'un roman, Cugel l'astucieux, datant lui de 1966.

Un monde magique


Le voyage en Terre mourante commence donc par un recueil de six nouvelles (voilà qui va faire plaisir à Lune). En théorie indépendantes, elles sont néanmoins pour la plupart d'entre elles liées par leurs protagonistes qui commencent souvent comme personnage secondaire pour devenir héros de la nouvelle suivante (ou le contraire).

Ce sont des textes assez datés, assez typiques il me semble de leur époque d'écriture, avec ces héros qui partent en quête dans un univers complètement dément et baroque où l'imagination de l'auteur ne connaît nulle limite (c'est bien plus proche d'un Howard ou d'un Leiber que d'un Tolkien).

Le côté « Terre mourante » semble assez peu exploité au début, mais les deux dernières nouvelles (Ulan Dhor et Guyal de Sfere) sont bien plus intéressantes, intégrant des restes de technologie ancienne futuriste (non ce n'est absolument pas contradictoire dans un tel contexte).

D'habitude j'aime bien ce genre de texte mais j'avoue sur le coup avoir eu du mal à me passionner pour ces textes qui ont vieilli par bien des aspects. Cependant je relèverais quand même deux éléments que j'ai apprécié (et qu'on retrouve ensuite dans Cugel l'astucieux) : d'une part le souffle épique qui porte vraiment certaines histoires où le héros se lance dans une quête qui l'emmène à travers le pays (notamment Guyal de Sfere), et l'humour qui pointe son nez (souvent au dépend des héros, à ce titre j'ai aussi beaucoup aimé Liane le voyageur qui finit par un joli pied de nez au héros).

Ceci dit je n'ai gardé que peu de souvenirs de ce texte, du coup je ne le recommanderais pas forcément à la lecture. La suite, par contre, est bien plus intéressante !

Cugel l'astucieux

 

Après le recueil de nouvelles, passons à un roman qui met en scène un des héros le plus connu de Jack Vance, Cugel l'astucieux. Et on comprend très vite d'où lui vient sa célébrité. A sa manière il est assez inoubliable.

Cugel n'est rien d'autre qu'une raclure, un odieux voyou qui n'aime rien de mieux que de rouler les gens dans la farine et saute sur la moindre occasion de s'approprier le bien d'autrui. Cependant, pris en flagrant délit de cambriolage par un magicien, il se retrouve envoyé à l'autre bout de la Terre pour récupérer un objet magique, et pas moyen d’échapper à la sentence. Le voilà donc en route pour de rocambolesques aventures pour trouver l'objet et ensuite le rapporter au magicien.

J'ai eu un peu de mal à rentrer dans le roman au début, Cugel étant un personnage qu'il est difficile d'apprécier tant son comportement est odieux (sa façon de traiter la gente féminine n'aide pas particulièrement d'ailleurs).

Mais au fur et à mesure, j'ai commencé à vraiment apprécié ses pérégrinations. Il faut dire que l'auteur déploie toute son imagination pour inventer des personnages et des lieux hauts en couleur. Petit à petit on apprécie la richesse et la immensité de cette Terre mourante.

Par ailleurs, je n'irais pas jusqu'à dire que je suis tombée sous le charme de Cugel, mais il est difficile de ne pas être fasciné par cet anti-héros qui n'est jamais à court d'idées pour se sortir des pires situations. Il n'aura aucun scrupule à semer la zizanie dans un village, à réveiller un démon ou à sacrifier quarante personnes pour assurer sa propre survie. Et ne parlons même pas de son talent pour se défaire des malédictions.

Cependant ses combines se retournent souvent contre lui, et si on sourit souvent à la lecture de ses mauvais tours, on rit également beaucoup quand on voit comment tout cela lui retombe dessus non sans ironie (jusqu'à la conclusion, véritable apogée dans le domaine).

J'ai beaucoup aimé toutes ces pointes d'humour discrètes dans les aventures de Cugel et dans les contrées qu'il traverse (notamment les villages de moches gentils et de beaux méchants). Jack Vance se joue des personnages et de son univers pour mieux nous amuser, et c'est très agréable. Il me semble avoir déjà rencontré cela dans le cycle de Lyonesse, notamment dans La perle verte.

Du coup même si le texte a pris un petit coup de vieux, j'ai bien apprécié cette première partie des aventures de Cugel, et je compte bien poursuivre ma lecture avec l'intégrale 2 de la Terre mourante !

Avis des autres Atuaniens : Euphemia, Jae_Lou, Julien, Lorhkan


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