vendredi 28 avril 2017

Doctor Who 10x02 – Smile


Après un premier épisode qui nous invitait à faire connaissance de Bill, la pétillante nouvelle compagne du Doctor, nous rentrons dans le vif du sujet avec une première aventure qui joue la carte du retour aux sources, pour notre plus grand plaisir. Comme toujours, spoilers au rendez-vous.


Cette saison semble en effet rejouer le schéma de la saison 1. Après un épisode introductif au présent (à quelques détours près), Bill se voit présenter (comme Rose) le traditionnel choix « passé ou futur » et opte pour le futur (comme Rose). Et nous voilà partis pour une colonie humaine riche en champs de blés, en bâtiments blancs immaculés… et en robots.


(oui je sais il y a aussi les nuages de nanorobots mais c’est tout de même moins parlant comme illustration !)

Les humains par contre semblent manquer à l’appel. C’est un peu normal, un petit flashback pré-générique nous apprend qu’ils ont été décimés par les robots parce qu’ils ne souriaient pas assez, bonjour l’ambiance. Nos deux aventuriers vont donc devoir faire bon usage de leurs muscles faciaux pour éviter de subir le même sort, tout en essayant de découvre ce qu’il s’est passé.

Tout cela est très classique : un mystère à résoudre dans un univers futuriste utopique en apparence mais qui cache de sombres secrets. Après des saisons aux intrigues parfois très tarabiscotés, cet épisode est d’une simplicité rafraichissante.


Comme les personnages secondaires sont peu nombreux (en fait à l’exception des robots on ne croise personne avant le dernier tiers de l’histoire), Smile donne l’occasion de voir comment fonctionne la dynamique entre Bill et le Doctor. Spoiler : ils forment un duo génial.

Comme il n’y a (à priori) aucun mystère, aucun sombre secret et aucune tension plus ou moins amoureuse entre les deux, leur relation est très simple, avec d’un côté le Doctor qui cherche à sauver la colonie et de l’autre Bill qui essaye de comprendre le personnage et la situation. Elle pose beaucoup de questions, le Doctor y répond de façon plus ou moins évasive, de manière générale on s’amuse donc beaucoup.

- Hang on, I'm being thick. I can come with you.
- Took that long to think of photographing it ?
- You'd already memorised it, hadn't you ?
- Yep.
Une fois la colonie explorée et le mystère de l’absence d’humains éclairci, on rentre dans la traditionnelle résolution à la façon du Doctor, qui prend dans cet épisode la forme d’une grosse explosion. C’est d’ailleurs sur ce point que l’épisode m’a un peu déçu, c’est un peu facile et ça ne ressemble pas au Doctor de privilégier les « boom ». 

D’autant plus que la découverte d’une sorte de journal de bord amène finalement le Doctor à adopter un autre point de vue et à sortir son tournevis sonique pour résoudre la situation à coup de redémarrage système… il aurait pu y penser avant, non ?


Le final est donc un peu faible, mais on ne passe pas un mauvais moment pour autant. Esthétiquement parlant, Smile a vraiment de la gueule (les belles vues extérieures notamment) et les robots qui s’expriment par des emojis sont un joli concept.

L’intrigue ne restera pas dans les mémoires, mais on se régale des interactions entre un Doctor un moins sombre et mélancolique qu’à son habitude et une Bill pleine de peps qui permet de retrouver tranquillement ses marques.

C’est plutôt un choix judicieux d’ailleurs de faire ce retour aux sources dans cette saison, cela laissera peut-être plus de marge de manœuvre scénaristique au prochain showrunner qui ne sera pas forcé de faire une redite tout en ayant la lourde tâche de reprendre la série et d’introduire un nouveau Doctor. Je m’avance un peu ceci dit, voyons déjà ce que nous réserve le prochain épisode !



« I met an emperor made of algae once. He fancied me. »
D'autres avis : Criticoo, Smallthings, Yoda Bor, Zakath Nath

lundi 24 avril 2017

Montréel – Eric Gauthier


Rentré dans ma PàL il y a plus d’un an, Montréel est un roman qui me faisait de l’œil pour sa thématique fantasy urbaine mais dont la taille me faisait un peu peur (600 pages, rien que cela). J’ai tout de même fini par m’y attaquer, et si la lecture s’est faite à un rythme très lent, elle n’en a pas été déplaisante pour autant.

Montréel se déroule dans un univers alternatif où la magie existe. Pour éviter l’apparition de phénomènes étranges et surnaturels, celle-ci est étroitement contrôlée, surtout dans les villes où la surpopulation et la densité des habitations a vite fait de provoquer des catastrophes.

C’est d’ailleurs le cas à Montréel, version locale de Montréal, qui un beau jour voit disparaître tout un quartier sans laisser de traces, habitants compris. Que s'est-il passé ? Comment résoudre la situation ? En suivant différents personnages, le roman va peu à peu répondre à ces questions tout en nous faisant visiter un univers plutôt fascinant.

Le roman nous présente un monde à mi-chemin entre le fantastique et la fantasy urbaine, qui a un petit côté daté, mais plutôt dans le bon sens du terme. J’ai bien aimé notamment l’étrangeté des phénomènes magiques qui semblent incontrôlables mais dont la maîtrise passe par des procédés très rigoureux, très carrés, presque mathématiques.

J’ai apprécié également que l’univers ne se livre pas directement : beaucoup d’éléments sont évoqués à demi-mots. La plupart des informations ne sont pas données directement, comme le fait que la musique est contrôlée et doit être approuvée par les autorités, ce qui traduit tout de même un régime légèrement autoritaire sur certains points.

Je soupçonne qu’il doit également avoir un petit effet Neverwhere pour ceux qui connaissent la ville de Montréal. Mais si comme moi vous n’y avez jamais mis les pieds, sachez que cela ne gêne pas la lecture. Au contraire, cela donne envie de partir en voyage, tant son atmosphère et son ambiance transparaissent au fil des pages.

Montréel n’est cependant pas un roman facile à prendre en main à cause de son rythme très lent et de la multitude de personnages. Mais la patience dont on fait preuve à la lecture est récompensée par la découverte d’un univers très original, qui fait naître de belles images et nous interroge sur l’organisation des villes. Une jolie trouvaille donc, à lire de préférence lorsque vous êtes à la recherche d’une histoire qui prend son temps.

D’autres avis : Bible urbaine, La bouquinerie aux deux colombes, La plume et le poing

jeudi 20 avril 2017

Doctor Who 10x01 – The Pilot


Après une (trop) longue année d’interruption, Doctor Who est de retour à la télévision. J’en suis comme vous vous en doutez ravie, bien qu’un peu mélancolique par avance : cette dixième saison est la dernière pour Steven Moffat comme pour Peter Capaldi, c’est un peu la fin d’une ère, ce qui comme toujours est à la fois un bien et un mal. Mais il est encore trop tôt pour faire des pronostics pour la suite, alors penchons-nous plutôt sur cet épisode, tout en spoiler bien sûr !


A la fin de la saison 9, nous avions laissé le Doctor bien solitaire après le départ de Clara (dont il a oublié l’existence) et sa dernière rencontre avec River Song (qui a passé sa dernière soirée avec lui). Il a depuis fait alliance avec Nardole, un ancien compagnon de River Song.

Pour cette nouvelle saison nous le retrouvons professeur dans une université. Pour une fois il ne semble pas occupé à enquêter sur une quelconque invasion alien vu qu’il est là depuis 70 ans. C’est assez étrange de le trouver aussi posé, en même temps cela fait ressortir son côté « grand-père », c’est une facette moins mise en avant du personnage. Il est occupé à garder quelque chose… jusqu’à qu’une rencontre avec la pétillante Bill Potts vienne mettre un peu de nouveauté dans son quotidien.


Nous voilà donc partie pour un traditionnel épisode d’introduction d’un nouveau compagnon, l’occasion donc de réviser les bases de la série. D’où d’ailleurs un titre à double sens plutôt bien trouvé, avec son « pilote » qui fait autant référence au « monstre de la semaine » qu’au premier épisode d’une série télé réalisé pour vendre la série à un diffuseur.

L’exercice pourrait être fastidieux, mais Moffat s’en sort à merveille : The Pilot contient tous les éléments nécessaires pour commencer la série comme si on ne l’avait jamais vu, mais s’amuse à introduire les clichés à sa façon sans oublier quelques jolies références, comme les photos sur le bureau :


Si River Song est facile à reconnaître, la jeune fille en noir et blanc l’est un peu moins. Il s’agit de Susan, petite fille du Doctor et première de ses compagnes de voyage. Le Doctor l’a abandonné assez tôt sur Terre pour qu’elle puisse filer le parfait amour avec un charmant humain et l’a un peu oublié depuis, mais son nom ressort tout de même occasionnellement (et je n’ose imaginer la tarte qu’elle va coller à son grand-père lorsqu’ils se recroiseront).

Fermons la parenthèse références pour nous pencher sur la nouvelle héroïne de la série, Bill Potts. Elle sort un peu du même moule que Rose Tyler, avec son travail pas très exaltant et son petit train-train quotidien, mais se distingue par sa curiosité et son incroyable peps.


Dès sa première apparition, je l’ai adorée. Elle est vive, charmante, avec un joli sens de la réplique et une belle sensibilité. Elle n’a pas (pour le moment) l’autoritarisme de Clara qui finissait par devenir usant et je trouve qu’elle apporte un chouette vent de fraîcheur.

Accessoirement comme elle préfère les filles, elle devrait nous éviter l’habituelle histoire impossible avec le Doctor qui est un écueil presque inévitable de toutes les saisons et qui est un archétype usé jusqu’à la trame. D’ailleurs j’aime bien le fait que leur rencontre se construise à l’origine sur une relation enseignant/étudiant plutôt que sur une rencontre improbable.
- Why do you keep coming to my lectures ?
- Because I like them. Everybody likes them, they're amazing. Why me ?
- Why you what ?
- Plenty of people come to your lectures that aren't supposed to. Why pick on me ?
- Well, I noticed you.
- Yeah, but why ?
- Well, most people when don't understand something, they frown. You... smile.

Ce qui est chouette dans cet épisode, c’est que le mystère alien au cœur de l’épisode mêle habilement l’effrayant (on sursaute une ou deux fois) et l’humain, dans son commencement comme dans son dénouement. Et du coup rétrospectivement on se rend compte qu’il s’agit d’une histoire gentillette où personne ne meurt (sauf quelques figurants lors du passage avec les Daleks !).

L’épisode déborde d’ailleurs de très jolies scènes très humaines, comme le passage de Noël où Bill offre un tapis au Doctor, qui lui offre en retour des photos de sa mère qu’elle n’a pas connue (il y a peut-être un mystère là-derrière, on verra bien). Cette alliance subtile des genres et des registres me rappelle pourquoi j’adore cette série qui sait émerveiller et émouvoir en même temps.


Après une petite course-poursuite sympathique à travers le temps et l’espace, l’affaire se résout… par la parole (un pur épisode de Doctor Who). On découvre en passant que Bill sait se défendre verbalement, notamment lorsqu’elle réussit à convaincre le Doctor de ne pas lui effacer la mémoire (avec un joli travail sur la musique quand le thème de Clara s’invite dans la séquence).

Il n’en faut pas plus pour convaincre le Doctor de rempiler dans l’aventure. Il abandonne le mystérieux « vault » qu’il avait promis de garder pour partir à l’aventure avec Bill. Que contient ce coffre, à qui avait-il promis de le garder, voilà quelques questions qui pourraient être le fil rouge de cette saison, à moins que les origines de Bill interviennent également (j’ai déjà vu quelques théories sur Internet à ce sujet).



Voilà pour ce chouette épisode de reprise qui nous remet doucement dans le bain tout en introduisant une compagne qui promet. L’intrigue ne casse certes pas trois pattes à un canard mais The Pilot déborde de chouettes petits moments. Peter Capaldi est comme toujours au top, et il forme un joli trio avec Matt Lucas dans le rôle de Nardole et Pearl Mackie très convaincante dans le rôle de Bill. Affaire à suivre la semaine prochaine, j’en salive d’avance !

D’autres avis : Smallthings, Yoda Bor, Zakath Nath

lundi 17 avril 2017

Westworld – Saison 1


A force d’en entendre parler comme étant le nouveau « Game of Thrones », j’ai eu envie de faire connaissance avec la nouvelle série HBO, Westworld. Tirant son histoire d’un film de Michael Crichton, cette série à l’univers très particulier a été très plaisante à découvrir. Avis garanti sans spoiler (et ce n'était pas facile).


Westworld est un parc d’attraction thématique et futuriste sur la conquête de l’Ouest. Pour les visiteurs qui le fréquentent, il est possible de vivre de grandes aventures et d’assouvir tous les désirs grâce à une foule de robots humanoïdes qui peuplent l’endroit. En lui-même, le mélange de SF et de western est fort savoureux.

Dans cet univers étrange et complexe (il faut quelques épisodes pour commencer à s’y sentir à l’aise, et encore on se pose toujours autant de questions) se développe lentement une intrigue qui aborde notamment la question de l’intelligence artificielle.

Je n’en dirais pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte. Westworld est une série qui surprend par son univers mais aussi dans sa narration, et je m’en voudrais de vous gâcher ça (je suis bien contente pour ma part d’avoir évité tous les spoilers avant de la regarder).


Ce que j’ai aimé dans Westworld, c’est que c’est une série exigeante : l’univers n’est pas simple, et l’intrigue pose souvent plus de questions qu’elle ne donne de réponses. L’ensemble nécessite d’être attentif, tout cela en trouvant le juste équilibre entre divertissement et réflexion.

Bien sûr tout n’est pas parfait. Le rythme est assez lent et les personnages suscitent peu d’empathie au début, mais cela va en s’améliorant au fur et à mesure que l’on avance dans les épisodes et que l’on en découvre plus à leur sujet.

L’univers est également vraiment chouette et la série est bien peaufinée : les visuels sont superbes et le casting très réussi (Anthony Hopkins et Ed Harris sont excellents pour citer les plus célèbres, mais le reste des personnages l’est tout autant). J’ai aussi beaucoup apprécié la bande son qui s’amuse à reprendre au piano ou à l’orchestre des chansons tout ce qu’il y a plus modernes.


Bref Westworld est une série étonnante qui montre à quel point le monde de séries a pu évoluer ces dernières années. Il y a désormais des chaînes qui osent financer des séries ambitieuses comme celles-ci, et les téléspectateurs sont au rendez-vous ! J’attends d’ailleurs avec impatience la saison 2 afin de continuer à explorer cet univers.

Note de fin : Pour info le qualitificatif « nouveau Game of Thrones » fonctionne surtout si on considère les critères HBO (à savoir sexe et violence, plus une certaine tendance à jouer sur des retournements de situation). Pour le reste il y a à peu près autant de points communs entre les deux séries qu’entre House of Cards et Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire !

D’autres avis : comme il est difficile d’en trouver sans spoiler, je préfère ne mettre aucun lien. A la place vous pouvez regarder le très beau générique, ça vous donnera sûrement autant envie de regarder la série !


lundi 10 avril 2017

Un pont sur la brume – Kij Johnson


Alors que j’ai parfois l’impression de voir les rayons SF des librairies envahis par des énormes volumes difficiles à manipuler et des cycles à rallonge qui n’en finissent pas, je suis vraiment ravie de voir certains éditeurs comme Le Bélial’ oser le format court. Ce cinquième volume de la collection Une heure-lumière est en effet une lecture agréable et rafraichissante, comme tous les titres que j’ai pu lire auparavant dans cette collection d’ailleurs.

Contrairement aux précédents textes, Un pont sur la brume de Kij Johnson ne relève cependant pas de la SF mais de la fantasy. Cette novella nous emmène en effet dans un univers où un empire est séparé en deux par un fleuve de brume dont la traversée est risquée, voire souvent mortelle. L’histoire suit les pas de Kit Meinem est un architecte chargé de construire un pont qui reliera les deux rives.

J’ai beaucoup aimé ce texte qui parle de construction de multiples façons : il y a bien sûr la construction du pont en elle-même qui est fascinante, mais l’auteur parle aussi de la construction à un niveau social et mental : l’histoire évoque également la façon dont on se construit au fur et à mesure de nos expériences et la manière dont on tisse une relation avec quelqu’un.

La quatrième couverture qui parle d’une « aventure humaine » a bien résumé cette histoire qui ne suscite peut-être pas le même sense of wonder que certains textes de SF (quoique la traversée du pont reste impressionnante) mais qui est touchante et très juste dans sa façon de parler des gens.

Un pont sur la brume est donc un très joli texte qui se lit avec grand plaisir, et qui prouve qu’on n’a pas besoin de 600 pages pour écrire une belle histoire de fantasy. Une semaine après, je repense encore à cette lecture avec le sourire. Voilà qui donne envie de lire d’autres textes de Kij Johnson un jour.

D’autres avis : Apophis, BlackWolf, Lorhkan, Lutin82, Nebal, Shaya, Xapur, Yogo