L’an dernier aux Imaginales, j’ai profité de la présence de Jean-Philippe Jaworski en dédicace pour faire l’acquisition de ce petit ouvrage à tirage limité reprenant des textes de l’auteur dispersés dans différents livres. Ayant tendance à penser qu’on n’a jamais trop de Jaworski à lire, j’ai apprécié l’initiative, même si la mise en forme m’a semblé un peu discutable.
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dimanche 14 juin 2020
Les miscellanées de Jean-Philippe Jaworski – Jean-Philippe Jaworski
L’an dernier aux Imaginales, j’ai profité de la présence de Jean-Philippe Jaworski en dédicace pour faire l’acquisition de ce petit ouvrage à tirage limité reprenant des textes de l’auteur dispersés dans différents livres. Ayant tendance à penser qu’on n’a jamais trop de Jaworski à lire, j’ai apprécié l’initiative, même si la mise en forme m’a semblé un peu discutable.
samedi 9 septembre 2017
Comment Blandin fut perdu – Jean-Philippe Jaworski

Ayant découvert très tôt le recueil Janua Vera dès sa sortie en 2007, j’ai été un peu frustrée de le voir réédité par la suite avec une puis trois nouvelles supplémentaires. Je n’ai jamais pu me résoudre à remplacer mon édition de la première heure, mais j’ai au moins pu me consoler avec ce petit Folio 2€ qui m’a permis de découvrir deux d’entre-elles.
jeudi 10 novembre 2016
Le sentiment du fer – Jean-Philippe Jaworski

J’aurais dû normalement commencer à poster mon compte rendu des Utopiales, mais je n’ai pas encore terminé la partie illustrations. En attendant je reprends mes chroniques de lecture en commençant par un sympathique recueil de nouvelles de Jean-Philippe Jaworski.
Sorti l’année dernière, j’ai d’abord entendu parler du Sentiment de fer à cause de ses bourdes éditoriales diverses qui je l’espère ont été réglées lors d’un nouveau tirage. Réglons donc tout de suite la question. Plus que l’oubli du sommaire ou l’erreur dans la date de dépôt légal (reprise du coup à la BNF !), c’est surtout l’absence totale de mention de première publication des nouvelles qui m’a déçue, d’autant plus qu’elle donne une impression trompeuse d’inédit (alors que ce n’est pas le cas).
Passons maintenant aux bonnes choses, à savoir les nouvelles en elles-mêmes. Au nombre de cinq, elles ont pour la plupart été publiées précédemment dans des anthologies des Imaginales (cela se devine quand on voit les thématiques), et partagent toutes un point commun : elles se déroulent dans le Vieux Royaume, l’univers de Janua Vera et de Gagner la guerre.
La première, Le sentiment du fer, met en scène un cambriolage avec une inventivité que n’aurait pas renié ce cher Benvenuto Gesufal, autant dire qu’on se régale.
On enchaîne ensuite sur L’Elfe et les égorgeurs, dont le titre suffit à résumer l’histoire. J’ai bien aimé ce texte qui nous plonge dans une atmosphère sinistre étrangement égayée par un elfe ménestrel.
Je connaissais déjà Profanation de l’anthologie Les coups de cœur des imaginales, ce qui ne m’a pas empêché de relire avec plaisir ce témoignage d’un pilleur de cadavres dégoulinant d’humour noir.
Avec Désolation, l'auteur s'amuse à revisiter les mines de la Moria et la Désolation de Smaug à sa façon. Bien que j’ai eu du mal à en venir à bout (ma faute cependant, pas celle du livre !), j'ai néanmoins apprécié cette version alternative très prenante.
Le recueil se referme avec La Troisième hypostase, qui met en scène un personnage féminin, pour changer un peu ! L'ambiance est intéressante mais il y a une masse d’éléments qui appellent à des éclaircissements, si bien que je ne suis pas sûre d’avoir tout suivi. Si Jean-Philippe Jaworski envisage d’étendre un peu son univers du Vieux Royaume, merci de commencer par là pour m’apporter quelques réponses !
Voilà pour le petit tour d’horizon des nouvelles. Je ne vous apprendrais rien en vous disant que toutes sont extrêmement bien écrites, avec un vocabulaire très riche qui donne une incroyable saveur aux textes (mais me fait regretter parfois de ne pas avoir un dictionnaire avec moi !). Autant dire qu’on se régale à la lecture, et on apprécie de visiter une fois encore l’univers du Vieux Royaume.
Cependant si vous vous lancez dans l’aventure, je vous conseille de picorer ces textes, car l’absence de liens rend difficile leur enchaînement (ne me demandez pas pourquoi cela ne me gênait pas dans Janua Vera alors que ça me dérange ici, cela doit dépendre des thématiques ou des styles d'écriture !).
jeudi 19 mars 2015
Même pas mort - Jean-Philippe Jaworski

Lorsque Même pas mort est sorti en librairie, j’avais prévu de me jeter dessus et de le dévorer. Mais après lu une avalanche de commentaires tous plus élogieux les uns que les autres, j’ai eu peur de la déception. Du coup j’ai pris pour mon temps pour l’acquérir, et encore plus pour le lire, histoire d’oublier tous les on-dit et de l’aborder avec le cerveau vierge de tout avis.
Point de Vieux Royaume au programme de ce nouveau roman de Jean-Philippe Jaworki. Même pas mort, premier volume de la trilogie des Rois du monde, nous fait visiter l’âge du fer européen, la culture celte, loin de tout cliché sur ces peuplades « barbares » (en regard des civilisations grecque et romaine).
J’avoue qu’avec un tel sujet, ce roman ne pouvait que me plaire (j’ai un petit faible pour toutes ces cultures pré et protohistoriques), d’autant plus que l’auteur ne plaisante pas avec la représentation qu’il en donne. Avec les maigres souvenirs que j’ai sur le sujet, j’ai trouvé le contexte historique très crédible, sans aucun doute ultra-documenté et surtout loin de tout stéréotype.
Même pas mort nous fait donc visiter cette époque par les yeux de Bellovèse, que l’on présentera assez sommairement comme un guerrier celte. Difficile de le qualifier plus précisément car le récit couvre plusieurs périodes de sa vie : son enfance, ses premières armes et sa vieillesse. Sauf qu’il aurait été trop simple de présenter cela de façon chronologique.
C’est d’ailleurs ce qui fait à mon sens le charme de ce roman. Même pas mort se veut un récit de vie, mais dans une construction emboîtée où le narrateur raconte une histoire où il évoque un souvenir qui l’amène à un autre souvenir et ainsi de suite, sauf quand les frontières s’estompent entre le souvenir et l’instant présent (mais lequel ?).
Ce mode de narration est un rien déstabilisant, mais il a son petit effet. Personnellement ça m’a évoqué ces textes anciens qu’on se retrouve parfois à lire, qui bien que traduits dans notre langue ont une construction différente qui rappellent que des siècles ou des millénaires nous séparent, et que notre langage a évolué depuis. Bref c’est comme si on avait déterré un texte celte authentique, à ceci près qu’une telle chose ne peut pas vraiment exister chez une culture qui privilégiait plutôt l’oral.
Côte écriture, j’ai trouvé Même pas mort moins riche que le truculent Gagner la guerre (dans mon souvenir qui date de 2009 en tout cas), mais ça n’a rien d’un défaut. Bien au contraire, je trouve que cela accompagne tout à fait la construction du récit, l’écriture un peu plus épurée semble concorder parfaitement avec l’époque. Et cela se savoure.
Et l’histoire dans tout ça ? On semble osciller entre le roman historique (pour la description très travaillée de l’époque), l’épopée héroïque (avec cette figure de héros dont on ne sait s’il est maudit, destiné à de grandes choses ou autre) et la fantasy mythique (avec toutes ces étranges créatures qui peuplent l’univers de Même pas mort, notamment les 9 femmes de l’île aux vieilles qui me font penser à une autre île bien plus célèbre).
J’ai parfois pensé à Conan (pour le côté très simple du récit), et en attaquant L’épée brisée de Poul Anderson dans la foulée (à la fois simple et truffé de mythes), j’ai eu l’impression de lire un livre dans la même veine. Pour faire simple c’est une sorte de fantasy épurée et nourrie de récits anciens qui n’a aucune peine à accrocher son lecteur, parce qu’on a l’impression de toucher à quelque chose de primordial.
Du coup ce n’est pas vraiment un roman qu’on dévore en vitesse avant de sautiller dans tous les sens en proclamant un coup de cœur. C’est plutôt une lecture où l’on prend le temps d’apprécier l’écriture et de s’imprégner de l’ambiance, et qui persiste dans un coin de la tête par la suite.
Je suis donc bien contente d’avoir pris mon temps pour me lancer enfin dans ce livre, et je me réjouis du coup de n’avoir qu’à attendre quelques mois pour lire sa suite. Une chose est sûre, il m’a bien imprégné puisque j’ai programmé pour un week-end prochain une escapade au Musée du Pays Châtillonnais pour voir le fameux vase de Vix !
dimanche 2 mars 2014
Préquelle et Celles qui marchent dans l'ombre - Jean-Philippe Jaworski
Histoire de ne pas faire comme tous ces moutons qui lisent Même pas mort, je me suis plongée l'autre jour dans deux nouvelles du même auteur qui avaient trouvé leur chemin jusqu'à ma liseuse. Ni l'une ni l'autre ne sont des nouvelles exceptionnelles, mais comme tout texte de Jaworski, elles se lisent avec grand plaisir et offrent un agréable petit moment de lecture entre deux gros textes.
Publiée à l'origine dans l'anthologie des Utopiales, année 2009, Préquelle m'a beaucoup fait pensé à Janua Vera (la nouvelle, pas le recueil) dans cette mise en scène d'une figure mythique de roi, avec un côté primitif qui me fait toujours un peu penser à Gilgamesh.
A quelque part entre la légende et l'histoire réelle (et encore, c'est la conclusion qui m'a amené à le penser, sinon j'aurais juré que c'était la Cimmérie de Conan !), cette nouvelle nous raconte le destin d'un roi qui voulait se forger une épée magique pour conquérir le monde.
Ce qui est chouette lorsqu'on raconte une légende, c'est qu'on n'a pas besoin de beaucoup de pages pour raconter une belle histoire, et Jaworski l'a bien compris : en à peine 26 pages (selon ma liseuse), il nous livre une authentique épopée sacrément prenante, qui remplit tout à fait son office.
Issu de l'anthologie Mythophages (de feu les éditions de l'Oxymore), ce deuxième texte s'intéresse à une autre époque et à un autre lieu : la Grèce antique. On y suit les traces d'un homme sans cesse traqué par de mystérieuses et horrible créatures.
Jaworski réécrit à sa sauce une authentique tragédie grecque, et s'amuse en chemin à évoquer ou à faire apparaître moult figures mythologiques, sans forcément les nommer clairement, si bien que si l'on ne dispose pas des références adéquates, il faut lire toute la nouvelle et faire quelques recherches derrière pour comprendre l'ensemble du texte.
C'est peut-être un peu le défaut de Celles qui marchent dans l'ombre, de rester un peu obscur pour les non-connaisseurs (j'ai très vite identifié les Erynies, mais uniquement grâce à Neil Gaiman qui les a également mises en scène), mais cela fait aussi son charme, d'entretenir une part de mystère jusqu'à la dernière phrase ou presque.
Cette deuxième nouvelle, avec sa réécriture de mythe grec, rentre bien évidemment dans le cadre du challenge Winter Mythic Fiction. C'est un peu moins évident pour le premier texte où j'ai encore du mal à déterminer si on est dans la légende, le mythe ou la fiction historique... vous jugerez par vous-même !
mercredi 5 mai 2010
Janua Vera – Jean Philippe Jaworski
Avec le sens inné de l’illogisme qui me caractérise, ma chronique sur Janua Vera arrive après celle de Gagner la Guerre, qui en est pourtant la suite (au moins d’une des nouvelles).
Non je n’ai pas perdu la tête, c’est juste qu’il s’agit de la lecture du mois d'avril sur le Cercle d’Atuan, et que ça me parait une bonne occasion d’actualiser une des brèves de mon ancien blog (encore que je me surpasse, j’avais écrit trois paragraphes à l’époque !) pour fournir quelque chose d’un peu plus construit, parce que Janua Vera à l’époque de sa sortie m’avait déjà fait grande impression, et cela se confirme à la relecture.
Mais revenons aux bases. Janua Vera est un recueil de nouvelles de fantasy sorti en 2007 aux Moutons électriques, signé par un certain Jean Philippe Jaworski dont personne n’avait entendu parler jusque là ou presque… en tout cas, pas moi. Le Cafard Cosmique en a fait une telle éloge à l’époque que je l’ai presque acheté les yeux fermés…
Janua Vera se compose, pour la première édition que je possède, de sept nouvelles, qui ont la particularité de se dérouler toute dans le même univers du Vieux Royaume, mais avec des registres et des styles très différents (voir complètement opposés).
La première nouvelle, Janua Vera, évoque le destin du Roi-Dieu Léodegar avec une dimension épique mythologique. Mauvaise Donne, elle, suit les pas d’une fieffée canaille, Benvenuta Gesufal, qui évolue dans les ombres de Ciudalia, cité d’inspiration vénitienne où l’on pratique les complots et les assassinats avec un talent rare.
On enchaine sur le Service des Dames, qui passerait presque pour un roman de chevalerie médiéval, Une offrande très précieuse, la nouvelle sans doute la plus difficile à cerner, et le Conte de Suzelle, histoire dure et émouvante qui vaut à elle seule tout le recueil.
Enfin, Jour de Guigne se rapproche définitivement de Pratchett en racontant les péripéties d’un scribe frappé d’une malédiction, et Le confident offre une évocation troublante d’une des religions du Vieux Royaume, le culte du Desséché.
Sept nouvelles très différentes, comme vous pouvez le constater, du coup on accrochera plus ou moins. Pour ma part, le Conte de Suzelle est ma favorite hors compétition, mais j’aime également beaucoup les autres. Il n’y a guère que Le confident et Une offrande très précieuse qui m’attirent moins, mais c’est plus parce que j’ai du mal à les appréhender qu’en raison d’une qualité moindre.
Parce que Janua Vera est un recueil de qualité. En plus d’un concept de base (des nouvelles complètement différentes pour un même univers, je n’ai pas beaucoup –voir aucun- autre exemple en tête) qui fonctionne à merveille, il faut ajouter une très belle écriture. Jean-Philippe Jaworski sait manier les mots, et lire ses textes est un véritable délice.
Pour Gagner la guerre, j’avais salué son style bien particulier qui faisait toute la saveur du roman. Pour Janua Vera, même si je trouve l’écriture un chouia moins accomplie (en regard du roman, c'est-à-dire que cela reste très beau), je ne peux qu’admirer sa capacité à faire le grand écart entre différents registres, du burlesque au drame, de l’épopée du héros à la vie d’une personne « banale »…
C’est un peu comme s’il pliait les mots pour qu’ils conviennent à l’histoire qu’il raconte. Je ne sais pas si ce que je dis est clair, mais en tout cas, c’est cela qui fait tout l’intérêt de ce recueil, dont je saurais que trop en conseiller la lecture (ainsi que du roman qui suit).
Par contre, choisissez bien votre version. La première édition qui est la mienne ne contient que sept nouvelles. Lorsque le roman a été édité en poche, une huitième nouvelle a été ajoutée. Les Moutons électriques ont ressorti récemment une édition augmentée, avec cette fois-ci neuf nouvelles, une préface de Benvenuto himself, et des annexes…
Peut-être pas indispensable, mais quand on adoré ce recueil, cela fait rêver…
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samedi 14 novembre 2009
Gagner la guerre – Jean-Philippe Jaworski
« Enfin ! » ai-je envie de dire. Je bave dessus depuis sa sortie, mais n’ayant pas 30 euros à mettre dans un bouquin (à moins qu’il soit signé NG, et encore), j’ai fini par, ô miracle, le dénicher dans une bibliothèque. Et il était temps. Encore un peu et je l’aurais lu en 2010. Et du coup je n’aurais pas pu le mettre dans mon top 3 annuel.
Oui j’annonce la couleur un peu vite, mais excusez du peu, j’en étais déjà convaincue sans avoir passé la page 3. Et quand ce sentiment perdure tout au long des quelques 700 pages sans jamais faiblir, et bien il faut se rendre à l'évidence.
Jean-Philippe Jaworski a d’abord écrit Janua Vera, un recueil de nouvelles fort sympathique autour du « Vieux Royaume », avec une grande diversité dans les styles d’écriture et dans le ton entre les nouvelles (ça allait de Pratchett au roman de chevalerie un peu guindé, c’est dire le grand écart de genre).
Gagner la guerre se concentre sur une histoire, mais alors quelle claque ! Bon déjà le poids de l’objet est suffisant pour taper quelqu’un et faire vraiment mal avec (certes mon exemplaire est celui relié en dur des bibliothèques parisiennes, en attendant il dépasse le kilo !).
Mais le contenu, c’est pareil. A la plume, nous avons le narrateur et héros (si on peut dire) de l’histoire, Don Benvenuto Gesufal. Si vous n’avez pas lu Janua Vera, tant pis pour vous, c’était le héros d’une des nouvelles, un assassin particulièrement débrouillard, une fripouille comme on en croise rarement, qui au moment où commence Gagner la guerre est le maitre espion du Podestat de la République de Ciudalia, autant dire qu’il assassine toujours, mais pour un seul patron.
Gagner la guerre, s’ouvre, à juste titre (ah ah ah), sur la fin d’une guerre contre l’ennemi de la République… et le commencement d’une autre, interne, cette fois-ci. A quelques heures près, si on avait commencé plus tôt, il aurait fallut parler de Gagner les guerres.
Au milieu de tout ça, Don Benvenuto est occupé à vomir tripes et boyaux au dessus par-dessus le bastingage d’un bateau. Oui le roman commence comme ça. Ca parait fou, mais c’est génial, parce que c’est raconté avec une telle langue, une telle richesse de vocabulaire, un tel panache, que d’office on tombe sous le charme.
« Croyez-moi, les paltoquets qui se gargarisent sur la beauté des flots, ils n’ont jamais posé le pied sur une galère. La mer, ça secoue comme une rosse mal débourrée, ça crache et ça gifle comme une catin acariâtre, ça se soulève et ça retombe comme un tombereau sur une ornière ; et c’est plus gras, plus trouble et plus limoneux que le pot d’aisance de feu ma grand-maman. Beauté des horizons changeants et souffle du grand large ? Foutaises ! La mer, c’est votre cuite la plus calamiteuse, en pire et sans l’ivresse. »
C’est quand même vachement plus classe que « j’aime pas la mer » (même si ça aussi, il le dit par la suite). J’irais pas jusqu’à parler de poésie, mais Don Benvenuto n’en reste pas moins un foudre d’éloquence, dans une forme particulière qui mélange avec talent injure, insulte, ironie et sarcasme. Cette écriture aux petits oignons qui fait la moitié de la saveur de l’ouvrage.
Rien que le vocabulaire, c’est de la folie. L’auteur est allé déterrer une foultitude de mots anciens, d’argots, oubliés, rares, peu employés, pour en assaisonner sa salade d’intrigues. Je regrette d’en avoir découvert la plupart dans le métro, sans quoi je serais tous allée les chercher dans un dico. Je suis sûre de ne même pas savoir ce que veulent vraiment dire la moitié d’entre eux.
Pour ce qui est de l’écriture en elle-même, on n’est pas en reste. La narration à la première personne permet de ne jamais s’ennuyer. C’est haletant, drôle, cru, parfois tout ça en même temps, et on accroche de la première à la dernière page.
L’autre point fort de l’ouvrage, c’est l’univers. Ciudalia est clairement inspirée des villes de la Renaissance Italienne (entre Venise pour le coté maritime et Florence pour les histoires de grandes familles), et il y a un solide travail de recherche derrière. On plonge littéralement dans cette ambiance d’intrigues de cour, parce que tout colle, tout simplement : les petites ruelles mitées, les palais des patriciens, les ronds de jambe hypocrites et les échanges sous la table, les artistes (oui c’est du détail, mais pour moi ça compte).
Même le reste du monde, qui est beaucoup plus medieval-fantasy (logique, de même qu’à coté de la Florence du Quattrocento, le royaume de France faisait un peu bouseux sur certains points) est bien peaufiné et hyper réaliste. Pour le coup je me suis demandée ce que les elfes et les nains fichaient là-dedans tellement ça m’a semblé incongru sur le coup (ceci dit ça reste mineur et bien intégré).
Et là-dessus, une très bonne histoire. Si vous aimez les magouilles en tout genre et les luttes de pouvoir, vous allez être servis, il y a de quoi se faire plaisir vu que tout le monde en a après le pouvoir et passe son temps à retourner sa veste et à se tirer dans les pattes entre grandes familles dirigeantes. S’il y a un mot que personne ne connait là bas, c’est bien la confiance, ou l’amitié.
Ce qui est chouette, c’est que même si c’est le sujet de notre histoire, on mange aussi (et surtout) de l’action, parce Don Benvenuto n’est pas un politicien mais un homme de main, spécialiste des cassages de gueule, des assassinats, des évasions in-extrémis et autres joyeusetés, le tout avec des descriptions bien réalistes et toujours cette virtuosité dans l’écriture.
En plus, ce même Don Benvenuto est éminemment sympathique comme héros à suivre. Pas que j’irais bien boire un verre avec lui, bien au contraire, mais c’est une crapule finie, de première classe. Jaworski aurait pu lui donner une bonne conscience, des regrets ou je ne sais quoi d’autre, un vague penchant héroïque même… et bien non, jamais.
Il a un passé –flou mais évoqué-, des relations –pas vraiment des amis, faut pas rêver-. Mais surtout, Benvenuto reste toujours fidèle à lui-même et à son premier commandement qui pourrait se résumer en trois mots : sauver sa peau.
Gagner la guerre, sauver sa peau, trois mots à chaque fois, qui résument bien l’histoire. En dire plus serait pêché, de même que de passer à coté de ce petit bijou. Il les vaut bien, les 30 euros. Attends un peu que je gagne ma vie pour t’ajouter sur mon étagère…
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