jeudi 25 octobre 2012

Lombres - China Mieville


China Miéville est un de ces auteurs autour desquels je tourne sans jamais me décider à découvrir leurs écrits. Il me manquait un excellent prétexte, qui m’a été fourni par Tigger Lilly en sa chronique fort alléchante de Lombres (d’ailleurs du coup j’étais persuadée qu’elle me l’avait offert pour mon anniversaire l’an dernier, elle a des pouvoirs psychiques trop puissants en fait !).

Comme c’est un roman jeunesse, et je me suis dit que ça ne serait pas trop dur de rentrer dedans (et c’est le cas), et comme le pitch ressemble un peu beaucoup au Neverwhere de Neil Gaiman, c’était d’autant plus alléchant.

Lombres démarre comme un roman de fantasy jeunesse tout ce qu’il y a de plus classique : Zanna et Deeba sont deux copines qui vivaient une vie parfaitement ordinaire à Londres. Seulement voilà, depuis quelques temps, Zanna est devenue la cible de phénomènes étranges : des inconnus la saluent, des animaux la fixent, elle reçoit d’étranges courriers (et non ils n’arrivent pas par hibou express !).

Et voilà qu’un soir, elles prennent en filature un parapluie cassé qui les espionnait, et échouent sans rien y comprendre dans la ville de Lombres, sorte d’envers du décor ou de miroir déformant complètement dément de la ville de Londres, où brille un soleil en forme de donut, avec un trou au milieu (de la taille de notre soleil à nous !).

C’est dans Lombres qu’échoue entre autres une bonne partie des déchets de la ville (à commencer par une horde de parapluies cassés et de vieux bus rouges, sans parler des mool, matériaux obsolètes d’origine londonienne), qui trouvent là-bas une seconde vie sous des formes très inattendues.
Les filles restèrent interdites quand elles croisèrent un balai. Il portait un costume trois-pièces dont s’échappait un bouquet de ronces et de feuilles
Il y a ces bus qui volent ou rampent, ce tailleur qui vous réalise des costumes en page de livres, ces bibliothécaires qui descendent en rappel le long des étagères tant ils ont de livres, et tout un tas de créatures étranges qui vivent dans une ville à l’architecture improbable.

Et surtout, il y a une menace qui plane sur Lombres, une terrifiante menace que seule Zanna peut vaincre, car c’est la Shwazzy désignée par les prophéties, qui vaincra le smog une bonne fois pour toutes.

En apparence, on part donc sur quelque chose de très classique avec élu, quête, prophétie et cie, sauf que très vite, Chiné Miéville commence à s’amuser avec les poncifs. Je ne vous en dirais pas plus, mais la notion de destin en elle-même en prend vite pour son grade, et l’héroïne a une façon bien à elle de venir à bout des obstacles sur son chemin.
« Unstible… a toujours eu une interprétation personnelle des écrits, avança Mortier. Il disait vouloir être sûr. Il disait : ‟Cette tâche lui revient ; ça ne signifie pas qu’elle l’acceptera. Je vais voir ce que je peux faire »
L’histoire est du coup très agréable à lire, et même plutôt drôle quand l’auteur se moque gentiment de la littérature pour ado, égratignant même Harry Potter au passage. Il faut dire qu’on ne s’ennuie pas une seconde, que les dialogues sont délicieux, les personnages hauts en couleur (mention spéciale à Caillet, le plus original des animaux de compagnie), et que si on fait abstraction de tout cela, il reste l’univers du livre, absolument sublime.
« Pourquoi croyez-vous qu’il n’y a pas de chats, à Lombres ? Parce que ce sont des crétins. Ils ne savent rien de la magie ou du mystérieux. Par contre, les cochons, les chiens, les grenouilles, toutes les autres bêtes arrivent à nous rejoindre. […] Mais pas les chats […]. Sans doute trop occupés à avoir l’air cool. »
Je vous parlais de Neverwhere en introduction, roman dont j’avais adoré le Londres d’en bas des laissés-pour-compte. China Miéville fait exactement la même chose dans Lombres, et je crois bien qu’il coiffe complètement Neil Gaiman au poteau au passage (et c’est la fan hardcore de Gaiman qui vous dit ça).

C’est le côté foisonnant qui fait ça. Lombres est immense, et le livre n’en donne qu’un bien mince aperçu, de cette ville immense et chaotique, où l’on retrouve des éléments connus de Londres détournés sous des formes parfois improbables, avec des appellations déformées.
« Ah bravo ! s’exclama Jones. Elles ont réussi leur coup. Faire croire que les gentils réfugiés qu’on voit dans les zoo sont des girafes normales. Et vous allez sûrement me dire que si elles ont de longs cous, c’est pour mieux atteindre les hautes branches ! Et pas pour secouer les cadavres sanguinolents de leurs victimes, c’est ça ? »
Il y a d’ailleurs quelque chose d’Alice au Pays des Merveilles dans ce monde de fou (surtout dans l’incroyable quantité de jeux de mots que cela entraine) qui donne un ton très particulier à l’ensemble.

Il y a ces gardes poubelles, les poubanzaï (ou binja en vo), mais aussi les barrapluies, les Porféçogurs, les progénitermes… Même les protagonistes ont des noms qui jouent des mots et des sons, comme Lutrine (qui porte le Livre) ou Brokkenroll, et tout cela est magnifiquement bien rendu à la traduction (qui n’a pas dû être chose aisée d’ailleurs).
« Les premiers temps, j’adorais descendre faire des recherches au fin fonds du puits. En rappel sur des kilomètres. La classification devient anarchique à mi-chemin, mais on apprend à flairer les cotes. Une recherche pouvait durer des semaines. »
(Marguerite Trombonne, bibliothécaire de l’extrême)
Voyager dans cet univers est absolument génial, d’autant plus que celui-ci est illustré par l’auteur lui-même, au fil des pages (un peu comme Abarat, mais en noir et blanc). De la petite miniature à la page complète d’illustrations, ces très jolis dessins permettent de mettre des images sur des mots, et donnent une sacrée valeur ajoutée à un livre déjà très alléchant en soit.

Autant vous dire que j’ai littéralement dévoré ces 600 pages d’aventures, et que j’en aurais presque redemandé 600 de plus. China Miéville a vraiment une belle plume et une imagination foisonnante qui invitent à découvrir ses autres œuvres. En attendant, ce roman-là sort en poche ce mois-ci, vous n’avez donc aucune excuse pour ne pas y jeter un oeil !

CITRIQ

8 commentaires:

Olya a dit…

J'étais en train de me dire, la vache, vivement que ça sorte en poche que je puisse me faire plaisir ... heureusement que j'ai lu ton article jusqu'à la fin, puisque tu me donnes la réponse :D

Et j'adoore la citation sur les chats :D Ils sont trop occupés à avoir l'air cool.

Spocky a dit…

Celui-ci je l'avais commencé après l'avoir emprunté à la bibliothèque, et puis je ne me rappelle pas trop pourquoi, j'ai mis en pause cette lecture et j'ai du le rapporter en me disant que je le réemprunterai plus tard. Seulement voilà, je ne l'ai jamais fait :( Ton billet me donne à nouveau super envie de le lire. Comme j'ai vu qu'il est sorti en poche (je l'ai vu en librairie et ils ont conservé les dessins) je me l'achèterai probablement, ça me permettra de l'avoir sous la main au moment où je voudrai le lire, et pas d'avoir à aller à la bibliothèque ^^

Vert a dit…

Il est même déjà sorti je crois donc tu vas pouvoir te jeter dessus ^^

Vert a dit…

Sinon tu me l'empruntes, il est pas tout à fait aussi gros que Le sang d'immortalité mais ça fera l'affaire :D

Tigger Lilly a dit…

La traduction est vraiment bien fichue, ça m'avait impressionnée. Contente que le bouquin t'ai plu, en tout cas. On aurait bien envie de China Miéville retourne faire un petit tour dans cette ville, n'est-ce pas ?

Vert a dit…

Tout à fait, enfin j'imagine que je peux toujours me rabattre sur ses autres livres à défaut ^^

Blop a dit…

La bibliothécaire qui fait du rappel, et qui flaire les cotes (!) je suis fan !! Ça, c'est du boulot, madame !

Vert a dit…

Oui, surtout quand on pense que je dit toujours à mes collègues avant d'aller chercher un bouquin à la réserve : "si je suis pas revenue d'ici 15 min, appelez les secours" xD