mercredi 22 janvier 2014

Sandman - Neil Gaiman : petite introduction


C’était une de mes résolutions 2013, chroniquer Sandman sur ce blog. Certes je suis très en retard, mais j’hésitais un peu à m’y attaquer, tant il est difficile de trouver ses mots pour rendre hommage à un tel monument. Accessoirement je voulais me baser sur la nouvelle édition française, et à 35 euros le volume chez Urban Comics, ça fait un peu mal au portefeuille. Mais cette fois-ci j’ai craqué, et à raison d’un volume par mois je devrais être à jour d’ici mars (avant la sortie du tome 4 en mai).

Ceci dit étant dans l’impossibilité de vous parler de la première intégrale sans en passer par une très longue préface, j’ai préféré faire deux articles : le premier (celui-ci) vous présentera donc Sandman de manière générale et sans aucun spoiler, et je reviendrais ensuite plus en détail sur le contenu de la première intégrale un peu plus tard.


Sandman ce n’est pas bien compliqué : pour moi c’est tout simplement le chef d’œuvre de Neil Gaiman, ce qui n’est pas banal pour ce qui est une de ses plus anciennes réalisations. Cela peut paraitre présomptueux comme affirmation, mais cette série de comics est tellement riche, dense et complexe qu’à côté American Gods passe pour un roman simpliste.

Ceci étant dit, Sandman a deux défauts : ses dessins (j’y reviendrai), et le fait que c’est une œuvre impossible à résumer, ce qui fait qu’à chaque fois que j’essaye d’en parler, c’est la croix et la bannière pour présenter la chose.

Soit on fait comme Neil Gaiman qui a résumé sommairement la chose en « The Lord of Dreams learns that one must change or die, and makes his decision. », ce qui est une description ô combien exacte mais absolument pas parlante pour ceux qui n’ont pas lu les comics. Soit on se lance dans de longues explications métaphysiques et on espère que le lecteur suivra.


Sandman, comme son nom l’indique, renvoie donc au Marchand de Sables et au monde des rêves. Son héros est d’ailleurs Dream (ou Rêve selon les versions) qui comme son nom l’indique est le Seigneur du domaine du rêve. Ce n’est pas un dieu (il est au dessus d’eux) mais une sorte d’incarnation du rêve, qui gouverne ce domaine depuis les premiers rêves des étoiles en gestation, et jusqu’à que plus personne ne rêve (bref, la fin de l’univers).

Au début de l’histoire, ce Seigneur des Rêves est capturé lors d’un rituel magique, et passe une bonne partie du XXe siècle enfermé dans le monde réel. Lorsqu’il s’échappe, il doit reprendre le contrôle de son royaume qui va à vau-l’eau depuis sa disparition imprévue.

Cela peut sembler simpliste comme histoire, mais c’est sans compter sur le fait que le héros est le Seigneur des Rêves, dont le règne tend s’étendre également à l’imagination et la création, si bien que c’est mille figures et lieux mythologiques, historiques et fictifs qui s’invitent à la fête.


C’est ce qui fait toute la saveur de Sandman, cet incroyable capacité à juxtaposer toutes les histoires (avec ou sans H majuscule) comme si c’était parfaitement normal, comme si tout n’était finalement qu’un seul et grand récit.

Toute la série est construite comme cela, alternant d’ailleurs entre des histoires courtes (plus ou moins indépendantes de l’intrigue) et scénarios plus complexes liés aux aventures du Rêve. Il est d'ailleurs fréquent qu’on se rende compte à posteriori que la petite anecdote n’était pas si anecdotique que cela. L’auteur ne laisse rien au hasard, si bien chaque mot, chaque image, tout compte.

Le résultat est donc un univers formidablement riche où on s’offre de fantastiques voyages. On y croise des héros de comics (Constantine et quelques membres de la Ligue de Justice), des écrivains (comme Shakespeare ou Mark Twain), des personnages historiques (Marco Polo, Auguste ou Robespierre), des dieux (Bastet, Odin), des créatures fantastiques (fées, gargouilles), des personnages mythologiques (Orphée, Lucifer, les Parques) mais aussi des Monsieur et Madame tout-le-monde (enfin quand ils n’ont pas décidé d’arrêter de mourir comme ce cher Hob Gadling).


Ce gigantesque mélange fonctionne à merveille, c’est même fascinant de découvrir petit à petit les liens qui unissent tous ces personnages entre eux. On rencontre par exemple dans un volume une jeune fille qui appelle une amie pour avoir des nouvelles de sa petite amie avec laquelle elle s’est disputée. La dite amie apparait dans l’histoire suivante, et la petite amie quelques volumes plus loin, et ainsi de suite.

Il y a certainement d’autres aspects de ce comic que je pourrais mettre en avant (il suffirait de philosopher sur le propos de l’auteur ou de parler des nombreuses références littéraires) mais si je ne devais retenir le point fort de Sandman, c’est définitivement son univers incroyable, formidable hommage aux histoires sous toutes leurs formes.


Ceci dit Sandman a un défaut : son dessin, qui a tendance à rebuter tout lecteur qui s’y attaque. Personnellement j’ai eu la (mal)chance de connaitre les comics Star Wars du début des années 90, qui sont parfois des horreurs (style l’Empire des ténèbres tout en rose et en vert fluo), je suis donc immunisée dans le domaine.

Mais il est vrai que les premiers numéros de Sandman ont des couleurs parfois carrément flashy et un dessin… disons qu’on est habitué à mieux. Cela n’empêche pas une réelle intelligence de la mise de la page : le découpage des pages change du tout au tout selon les chapitres, et ce n’est jamais hasardeux. Sandman est d’ailleurs la première BD à m’avoir fait prêter attention au découpage, justement.


Par ailleurs il faut savoir que les dessinateurs changent fréquemment (ce qui reflète à merveille le fait que le héros est un personnage dont l’apparence change selon qui le regarde), et que les derniers numéros ne ressemblent en rien aux premiers. Certains sont d’ailleurs de toute beauté, notamment Ramadan de Craig Russel, ou les deux numéros « shakespeariens » signés par Charles Vess. Il faut aussi parler de l’incroyable travail de Dave McKean : il a réalisé l’ensemble des couvertures de la série (dont je me sers pour illustrer cet article), et cela donne une touche très particulière à l’ensemble.

Bref c’est parfois moche, mais Sandman mérite que l’on passe outre. De plus, dans la nouvelle édition française réalisée par Urban Comics dispose d’une nouvelle colorisation, bien moins flashy et bien plus agréable à l’œil. Et aussi d’une nouvelle traduction revue, corrigée et harmonisée, autant dire que toutes les raisons sont bonnes pour découvrir enfin cette série !

17 commentaires:

  1. Excellente chronique, tu me donnes particulièrement envie de me lancer.
    Plus qu'à trouver quelqu'un qui me passe une loutre qui fait apprécier les dessins (quoi ? j'aurais mal compris ?).

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  2. Ton article fait vraiment plaisir, ravi que tu fasses partie de la secte des adorateurs de Sandman :D
    Je suis frappé par le fait qu’on ait tous du mal à résumer et surtout analyser cette oeuvre. Avec le recul, je pense qu’elle est encore plus complexe que des monuments tels que "From Hell » ou « Watchmen »...

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  3. Un jour je tenterais ma chance avec ces comics !

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  4. Belle présentation que j'utiliserai quand j'aurais besoin d'en parler à quelqu'un.

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  5. Chouette billet introductif qui donne bien envie de découvrir ce monument (même s'il fait un peu peur)

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  6. Superbe introduction !

    Je dois relire le tome 1 très bientôt pour enchaîner sur le tome 2 que je viens d'acheter. Peut-être que j'arriverai à faire une chronique à ce moment là !

    En tout cas, j'approuve ce que tu dis, je suis déjà conquis, rien qu'avec le premier tome. ;)

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  7. Il serait en effet fort dommage de passer à côté de Sandman à cause de son aspect graphique, surtout qu'un telle appréhension n'a pas de sens: le dessin n'est pas laid, raté, bâclé ou je ne sais quoi, il s'agit juste du type de dessin qui se faisait à l'époque en comics.

    Il n'y a pas davantage de raison d'être rebuté par le style graphique quelque peu suranné des premiers tomes de Sandman que par l'aspect visuel des films des années 50 ou les coiffures ringardes des chanteurs des 70's... Ou alors il ne faut plus lire/écouter/voir que des œuvres du 21ème siècle en 3DMaxDigitalSurroundFX, et ainsi se priver de tant de chefs-d’œuvre du passé!

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  8. @Baroona
    Avec ton histoire de outre/loutre tu me fais penser à la Horde du contrevent, c'est malin :P

    @Escrocgriffe
    Je ne peux pas dire pour From Hell que effectivement je trouve ça plus complexe que les Watchmen (qui est déjà un monument, mais plus court ^^). Et puis c'est surtout très littéraire en fait comme oeuvre, on peut passer complètement à côté quand on ignore les références mais j'ai parfois des surprises à la relecture.

    @Shaya
    Il faut ^^

    @Gromovar
    Chic alors !

    @Tigger Lilly
    Mais non faut pas avoir peur voyons. Si tu veux je te le prête (amène un caddie par contre vu le poids :D).

    @Lorhkan
    Si ça peut te rassurer, maintenant que j'ai publié cet article je ne sais pas si je vais réussir à chroniquer la première intégrale, je suis bonne pour replonger dedans xD.

    @Oliv
    Je suis bien d'accord, après je comprends que ça rebute, c'est pas toujours facile d'aborder des oeuvres qui ne ressemblent pas à ce qu'on a l'habitude de voir/lire (moi ça me gêne pas mais j'ai fait des études d'histoire de l'art, ça habitue à se confronter à des esthétiques et des styles inhabituels).

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  9. Encore une fois, un billet qui donne envie de lire directement ! Heureusement que j'ai déjà commencé :D Par contre au prix des livres je vais attendre de ne plus être ruiné.

    Et sinon, merci pour ton blog qui m'a fait découvrir tant de lectures (dernièrement L'épouse des bois) et que je suis toujours assidument !

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  10. @Alfred LePingouin
    C'est toujours un plaisir de partager ses coups de coeur ^^

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  11. en fait ma grande question est : en français ou en anglais? Cette toute nouvelle version revue et corrigée a l'air d'être de toute beauté en tout cas...

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  12. @Raven
    En vf l'essentiel c'est d'avoir une série du même éditeur (pas comme l'ancienne série en 10 tomes que j'ai qui est passée par 3 éditeurs différents ><). La version Urban Comics est traduite par Patrick Marcel donc un gage de qualité (après je chipote sur certains trucs mais c'est que j'ai l'habitude des anciens termes).
    (et les absolute en VO sont certes très belles mais à mon avis plus difficiles à manipuler)

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  13. A 35 euros, j'ai très longtemps hésité car le dessin me rebutait. Néanmoins, une fois plongé dedans, on a l'impression que l'un s'accorde à l'autre et que cela ne gène pas. D'autant que le dessin et les couleurs sont marques d'une période aussi. On s'y fait quand on est dedans et cela ne gène plus. Cela dit, ce sont souvent les ouvrages qui me rebutait le plus en BD point de vue dessin qui finalement m'ont le plus marqué ensuite. Comme quoi, il faut savoir aller voir plus loin qu'un simple a priori.

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  14. Bref, c'est moi le comment précédent mais pas avec le bon compte ;-)

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  15. @Julien
    Oui je t'ai reconnu ;)
    Et oui c'est assez typique d'une époque en effet. Dans 20 ans on trouvera peut-être très moche la BD actuelle !

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  16. Je suis absolument ravie, je saurai désormais au moins un peu de quoi ça cause quand j'entendrai l'Homme dire que Sandman c'est juste trop bien :) :)

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  17. @Alys
    Et le lire, ça te dit pas ? :D

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