mardi 5 juillet 2011

Faërie et autres textes – J.R.R. Tolkien


C’est un étrange bouquin que ce Faërie et autres textes, qui est une réédition qui fusionne le recueil Faërie (qui contenait trois contes et un essai de Tolkien), et les Aventures de Tom Bombadil (des poèmes en vers rattachés au Seigneur des Anneaux), avec quelques textes en plus.

Je crois bien que c’est la première fois que je préfère la version d’origine à la version augmentée. Les textes supplémentaires sont en effet assez durs à lire, et l’ensemble donne une impression de bric-à-brac un peu désagréable. Si vous disposez déjà chez vous de Faërie et des Aventures de Tom Bombadil, inutile donc d’investir dans cette nouvelle version.

Vous vous en doutez, il est donc impossible de faire une critique globale de ce recueil (qui n’a pas d’équivalent anglais d’ailleurs, c’est assez étrange), je parlerais donc de ses différents éléments séparément.



Le Retour de Beorhtnoth fils de Beorthelm

Bon en fait ça commence très mal sur un étrange texte qui parle d’un duc anglais de la fin du Xe siècle, le fameux Beorhtnoth. On a le droit à un rapide résumé introductif de ses exploits, puis un récit en vers (du théâtre ?) écrit par Tolkien et inspiré d’un texte ancien, puis un commentaire.

Pour les amateurs de vieille littérature anglaise, c’est peut-être un délice, mais je vous avoue avoir retenu fort peu de choses, si ce n’est quelques idées de Tolkien dans la dernière partie, notamment sur l’honneur et la loyauté, qu’il met en parallèle avec Beowulf notamment.


Faërie

Je pense que l’éditeur de cette nouvelle édition a voulu achever les lecteurs avant même la 100e page. Dans l’ancienne édition de Faërie, cet essai se trouvait à la fin, cette fois-ci, on le retrouve en deuxième position.

C’est un essai sur le conte de fées, plutôt intéressant, mais Tolkien n’a pas un style très fluide en tant qu’essayiste, il tourne beaucoup autour du pot, ce qui rend la lecture assez difficile. J’ai pris plus de temps pour lire cet essai que le reste du bouquin.

Mais il contient des choses plutôt intéressantes sur le sujet, notamment sur le rapport entre contes de fées et enfants qui pour lui est à la limite de l’absurde (p.92) :
L’association des enfants aux contes de fées, est, à vrai dire, un accident de notre histoire domestique. Dans le monde lettré moderne, les contes de fées ont été relégués à la chambre d’enfants, comme on relègue à la salle de jeux les meubles médiocres ou démodés, principalement du fait que les adultes n’en veulent pas et qu’il leur est égale qu’ils soient maltraités.
Et le reste du passage est très intéressant, notamment comment il perçoit les Fairy Books (ces version expurgées qu’on pourrait je pense comparer à la version Disney de certains contes).

Je suis assez peu en phase avec ses propos à vrai dire, notamment sur le fait d’analyser un conte sans prendre en compte toutes les différentes versions ou les schémas récurrents. Ceci dit, Tolkien s’intéresse dans le conte principalement à l’univers de Faërie en tant que tel, plus qu'à la structure narrative, et on le reconnait bien en cela l’idée que le mènera peu à peu à la Terre du Milieu.


Feuille, de Niggle / Le Fermier Giles de Ham / Smith de Grand Wootton

Ces trois contes écrits par Tolkien sont un plaisir à lire, surtout les deux derniers. Feuille, de Niggle est un peu plus obscur, et il y a un je ne sais quoi qui me met mal à l’aise dans les péripéties de Niggle, même si je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Ca ne m’avait pas frappé à la première lecture, mais cette fois-ci je l’ai juste trouvé bizarre.

Par contre le Fermier Giles de Ham est un vrai délice à lire. Il y a quelque chose du Hobbit dans cette histoire d’un fermier qui se retrouve à combattre un dragon un peu par hasard. Le texte déborde d’humour (notamment tout le délire avec les noms en latin), et les péripéties du fermier Giles sont très plaisantes à lire.

Smith de Grand Wootton est tout aussi sympathique, mais on est moins dans l’aventure et plus dans l’évocation du pays des fées. Spontanément, ça me fait plus penser aux écrits de Lord Dunsany ou à Thomas le Rimeur de Ellen Kushner, bref, de la bonne vieille fantasy anglaise. Féérique et charmeur, c’est un plaisir à lire en tout cas.


Mythopoeia

Deuxième ajout de cette édition, il s’agit d’un poème en vers sur les mythes. D’office ça fait peur. Il est disponible en version bilingue, mais j’ai du me contenter de la vf, il est assez dur à comprendre comme cela. La 4e de couverture le qualifie de « texte fondamental pour comprendre Tolkien et sa relation au mythe ». Peut-être, mais je vous avoue qu’il m’a laissé surtout perplexe.

Les Aventures de Tom Bombadil

En fait, ce sont vraiment les récits qui sont les plus intéressants dans ce recueil. Les trois contes, bien sûr, et les Aventures de Tom Bombadil et autres aventures tirées du Livre Rouge, de son nom complet, seule partie de ce livre à se rattacher réellement à la Terre du Milieu.

Ce sont en effet des poèmes d’origine hobbit pour la plupart, faisant partie du fameux Livre Rouge (si vous avez lu le Seigneur des Anneaux jusqu’aux appendices, vous saurez qu’il s’agit de l’équivalent « in universe » du Hobbit et du Seigneur des Anneaux, puisqu’il s’agit de l’ouvrage qui contient les récits de Bilbo et de Frodo -entre autres-).

En édition bilingue également, ces poèmes se lisent avec plaisir. On retrouve quelques textes du Seigneur des Anneaux (les chansons de Sam sur les Trolls et les Oliphants, la chanson de Frodo à Bree à propos de l’Homme qui vit sur la lune), et d’autres créations, dont deux aventures de Tom Bombadil plutôt rigolotes.

On a un peu l’impression de revenir dans l’univers de la Terre du Milieu, surtout avec le prologue qui tente d’identifier les différents auteurs et influences de ces poèmes. Et puis, les Aventures de Tom Bombadil fait partie des rares ouvrages publiés du vivant de Tolkien, tout de même !


Bilan en demi-teinte pour ce recueil, c’est bien la première fois que je bute sur des textes de Tolkien. Il a écrit d’autres essais d’ailleurs, mais je crois que je vais passer mon tour. Je préfère encore les explications de trente pages de son fils sur les évolutions des noms, c’est pas forcément plus compréhensible mais ça se lit mieux !

A noter que si la traduction des Aventures de Tom Bombadil a été révisée pour cette édition, ce n’est pas le cas du reste des textes. Les contes (Gilles de Ham et cie) ont été traduits par Francis Ledoux (traducteur du Seigneur des Anneaux), et certains passages sont parfois un peu lourds, je me rappelle maintenant pourquoi j’ai préféré relire la trilogie en VO.

Bon et maintenant je retourne en Terre du Milieu avec la Formation de la Terre du Milieu, justement !


CITRIQ

9 commentaires:

  1. Je n'ai encore jamais lu un livre de Tolkien...je compte commencer Le seigneur des anneaux cet été si j'ai le temps. o3o

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  2. C'est pas un peu contradictoire de ne jamais avoir lu un livre de Tolkien avec un tel pseudo ? ^^

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  3. J'aimais la sonorité et l'écriture de ce nom. ^^

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  4. Attention, quelques coquilles : "achevER", "comparER".
    Je me souviens l'avoir lu il y a un paquet d'années, ça m'était un peu passé au dessus de la tête je dois dire.
    J'avais tout de même été intéressé par l'idée de Tolkien que les enfants ne veulent PAS croire aux histoires imaginaires (comme le père Noël, ou la petite souris). Celles-ci existent bel et bien, mais sur un autre plan de réalité, à ne pas confondre avec notre monde à nous. Ça tranche avec beaucoup d'autres auteurs qui cherchent à "ré-enchanter le réel", ce qui m'avait surprit et je pense assez plu.

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  5. @Luthien
    L'histoire est belle aussi, dépêche toi de la lire :P

    @Maëlig
    Damned, je les avais pas vu ceux là xD
    Oui je me rappelle aussi de ce passage, Tolkien a un rapport à l'imaginaire complètement différent du reste du monde, c'est sans doute ce qui fait que ses livres restent un peu à part malgré tout ce qu'il a inspiré ^^

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  6. Je suis d'accord avec toi, placer "Le Retour de Beorhtnoth fils de Beorthelm" au "début" n'est pas forcément le plus intelligent pour donner au lecteur l'envie de poursuivre. De ma lecture, c'est uniquement l'essai appelé "Faërie" qui a retenu mon attention, j'ai très vite oublié les autres textes... sans doute parce que je ne connaissais pas encore son univers. Et puis c'est marrant, j'ai relevé la même citation ;)

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  7. Je ne sais pas qui a dirigé cette nouvelle édition, mais ou il est stupide, ou c'est un tel mordu de Tolkien qu'il en a perdu tout sens commun.
    Tu devrais relire les nouvelles, c'est le meilleur morceau je trouve, ça pourrait te rappeler le Hobbit dans le ton ^^

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  8. Au final, plus qu'un recueil de nouvelles c'est un recueil de textes universitaires, études et exemples sur le conte de fée ?

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  9. Bah pas vraiment, c'est plutôt un fouillis sans nom xD
    Faerie est un essai, y'a les 3 nouvelles plus les aventures de Tom Bombadil qui sont des récits, et le reste est... bizarre à défaut d'autre chose.

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