lundi 26 septembre 2016

Kubo et l'armure magique – Travis Knight


C’est presque à l’aveugle que je suis allée voir ce film d’animation, dont j’avais à peine vu une bande-annonce… et quelle claque ! Il est déjà fort agréable de voir un film sans avoir l’impression d’avoir vu tous les moments importants dans le trailer, mais on apprécie encore plus la séance quand le film en question se révèle un petit bijou sur tous les plans.


Kubo et l’armure magique est un film d’animation qui nous raconte le voyage de Kubo, un jeune garçon qui vit seul avec sa mère et qui gagne sa vie en racontant des histoires sur la place du village, grâce à des origami qu’il anime en jouant du shamisen.

Un jour, il commet l’erreur de ne pas rentrer avant la nuit, ce qui lui attire forcément des ennuis. Aidé par une statue de singe animée par la magie et par un guerrier changé en scarabée, il va devoir retrouver les trois pièces d’une armure magique pour sauver sa vie.


L’histoire peut vous sembler un peu bateau sur le papier : le jeune héros qui part en quête d’un objet magique, on a déjà vu ça mille fois. Mais sur ce cadre classique, c’est une superbe histoire qui se tisse, qui exploite certes à fond le schéma de la quête (compagnons d’aventure et défis mortels inclus) mais avec quelques originalités bienvenues.

On appréciera déjà que le héros ait un pouvoir atypique, l’animation d’origami (ce qui est en même moins courant que le lancer de boule de feu ou la télékinésie !), mais aussi que le film ne tourne pas en simple histoire de vengeance. Kubo et l’armure magique n’a pas peur d’être triste et ose offrir une autre définition du courage (qui n’équivaut pas forcément à affronter un gros monstre avec une épée).

Le tout est porté par des personnages très attachants et une jolie narration qui ne cesse de jouer sur les motifs récurrents et n’hésite pas à interpeller le spectateur, et ce dès le début du film :
« If you must blink, do it now. Pay careful attention to everything you see no matter how unusual it may seem. If you look away, even for an instant, then our hero will surely perish. »
(on passera sur le fait que cette phrase fera rire –ou frémir- intérieurement tout fan de Doctor Who)



Si l’histoire en elle-même s’élève au niveau du film jeunesse lambda (bien plus que le récent Comme des bêtes par exemple), ce qui rend Kubo et l’armoire magique exceptionnel, c’est la qualité de l’animation et la beauté des images.

Les premières images sont à couper le souffle, et le reste du film l’est tout autant : jolis décors, personnages magnifiques et chaque animation d’origami est un régal pour les yeux. L’esthétique japonisante qui se ressent à chaque image ne gâche rien non plus.

Comme je suis allée voir ce film sans me renseigner, je ne savais pas qu’il était l’œuvre des studios Laika, qui ont produit le film Coraline. Quelle n’a pas été ma surprise du coup de découvrir durant le générique de fin qu’il s’agissait de stop-motion. Les marionnettes et les images de synthèse se marient tellement bien qu'on n’y voit que du feu (même si la qualité des animations aurait dû m’interroger, mais j’étais trop occupée à baver devant les images).


Si vous avez envie de voir une belle histoire qui vous en mettra plein les yeux tout en faisant chavirer votre cœur, n’hésitez pas à courir voir ce petit bijou d’animation qui a de fortes chances de finir dans mes coups de cœur de l’année.

mardi 20 septembre 2016

Pottermore présente… (3 mini-guides sur Harry Potter) - J. K. Rowling


Après quelques années de disette, l’univers d’Harry Potter se réveille en cette fin d’année. Entre la pièce de théâtre et le premier film des Animaux fantastiques, c’est trois petits ebooks qui ont discrètement été publiés ce mois-ci, avec des titres plutôt sympathiques (surtout en VO) :
  • Poudlard Le Guide Pas complet et Pas fiable du tout (Hogwarts: An Incomplete and Unreliable Guide)
  • Pouvoir, Politique et Esprits frappeurs Enquiquinants (Short Stories from Hogwarts of Power, Politics and Pesky Poltergeists)
  • Héroïsme, Tribulations et Passe-temps Dangereux (Short Stories from Hogwarts of Heroism, Hardship and Dangerous Hobbies)
Il ne s’agit ni de romans ni de nouvelles mais de compilations de textes écrits par J.K. Rowling sur l’univers Harry Potter : on y évoque l’histoire de l’école, la vie de certains personnages ou le fonctionnement certaines choses dans le monde magique.

Quand on aime les livres et qu’on est avide de détails, c’est très agréable à lire, on retrouve bien l’humour léger caractéristique de tout l’univers et on apprend plein de choses. Après la pièce de théâtre, cette lecture a réveillé ma passion pour cet univers, et m’a donné envie de relire les livres.

J’ai beaucoup apprécié d’en savoir plus sur le Poudlard Express, de connaître en détail la vie de Minerva McGonagall (qui a eu une vie bien plus remplie qu’on pourrait le croire) et d’avoir enfin la réponse à une question capitale, à savoir Salazar Serpentard était-il un pervers pour planter l’entrée de sa Chambre des Secrets dans les toilettes des filles ?!

Ce qu’il faut savoir cependant, c’est que la plupart de ces textes ont déjà été publiés sur Pottermore. Si vous avez déjà lu tout ce qui se trouvait sur le site en question, vous risquez donc de vous sentir floué.

Pour ma part, ayant fréquenté le site assez rarement, j’ai trouvé plutôt agréable de découvrir ces textes, et surtout de pouvoir les embarquer sur sa liseuse pour les parcourir dans mon lit ou dans les transports en commun.

Les ebooks sont vendus à petit prix (2,99 € chacun), et il y a tout de même un peu de travail éditorial : les textes sont classés et présentés par thématique et chaque ebook est doté d’une sympathique couverture.A vous de voir s’il est nécessaire de les acheter ou non, selon votre niveau de pottermania et l’usage que vous comptez en faire (c’est une mine d’or pour les auteurs de fanfiction je pense).

Je regrette presque qu’ils n’existent pas en version papier, car si je me fie aux couvertures et aux titres, il y avait moyen de faire de très jolis livres… et tant qu’à faire, autant en profiter pour enfin concrétiser l’encyclopédie HP que projetait d’écrire J.K. Rowling à une époque.

samedi 17 septembre 2016

Danny, le champion du monde – Roald Dahl


Danny, le champion du monde a toujours été présent dans la bibliothèque familiale, aussi loin que je me souvienne, mais je n’avais jamais lu ce roman de Roald Dahl jusqu’à maintenant, la faute à une couverture moins attrayante (Quentin Blake n’est pas au rendez-vous) et à une thématique moins fantastique que ce à quoi j’étais habituée. Le HS de Lire sur Roald Dahl m’a donné envie de lui donner sa chance, et maintenant je regrette presque d’avoir attendu aussi longtemps pour le découvrir !

Danny, le champion du monde raconte l’histoire de Danny, un jeune garçon qui vit seul avec son père garagiste dans une roulotte. Un cadre qui peut sembler un peu triste au premier abord, mais il n’en est rien car, pour citer Danny, « mon père était, sans l’ombre d’un doute, le plus merveilleux et le plus épatant des pères dont un petit garçon pût rêver ».

Le père de Danny est en effet entièrement dévoué à son fils : il prend soin de lui, lui apprend la mécanique automobile et lui raconte des merveilleuses histoires (dont une sur un Grand Gentil Géant chasseur de rêves qui finira par avoir son propre roman…). Mais il a également une passion secrète que Danny découvrira un soir de ses neuf ans : le braconnage.

La découverte de ce secret va entraîner Danny et son père dans une aventure rocambolesque impliquant des faisans, des raisins secs, des chapeaux, des chandails noirs et même un landau !

Ce qui frappe à la lecture de ce roman, c’est la force de cette relation père-fils : ils sont seuls (la mère de Danny est morte) et vivent presque dans le dénuement (dans une roulotte sans eau ni électricité), mais ils sont heureux grâce à tous les moments qu’ils partagent ensemble, les bons comme les mauvais.

J’ai aimé le fait qu’ils soient presque sur un pied d’égalité : Danny a son lot de bonnes idées, et il va se retrouver à sauver son père à un moment (dans une aventure extrêmement simple mais ô combien épique pour un enfant de son âge), mais lorsqu’ils montent leur grand coup, son père mène l’affaire parce qu’il maîtrise le sujet. Bref ce n’est ni l’histoire de Danny, ni celle de son père mais bien des deux ensemble.

Tout cela est sans doute un peu idéaliste, de même que la connivence entre les habitants du village sur la fin, mais il est bon des fois de lire des romans qui font chaud au cœur et qui rappellent qu’on n’est pas obligé de cracher en permanence sur ses voisins, qu’on peut aussi comploter contre un méchant homme de pouvoir imbu de lui-même et s’en sortir indemne !

Bref si comme moi vous avez jadis écarté ce Roald Dahl (ou si vous ignoreriez son existence, ce qui est possible vu qu’il est édité au Livre de poche jeunesse contrairement à la majorité des textes de l’auteur), n’hésitez pas à le rattraper, c’est un bon petit moment de lecture qui fait chaud au cœur.
« Message aux enfants qui ont lu ce livre : quand vous serez grands et qu'à votre tour vous aurez des enfants, n'oubliez surtout pas cette chose capitale : ce n'est pas du tout rigolo d'avoir des parents trop sérieux. Ce que les enfants veulent –ce qu'ils méritent– ce sont des parents plein de vie. »

CITRIQ

mercredi 14 septembre 2016

L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu


Des fois, il y a des livres qui nous laissent sans voix. Non pas parce qu’ils sont affreusement mauvais mais parce que leur lecture entraîne un tel torrent d’émotions et d’interrogations qu’on est juste incapable d’en faire la synthèse.

C’est le cas de L’homme qui mit fin à l’histoire, une novella de Ken Liu (dont j’avais déjà fort apprécié le recueil La ménagerie de papier), qui raconte sous forme d’un faux-documentaire (comme la nouvelle Aimer ce que l'on voit de Ted Chiang) comment un historien et une physicienne du futur inventent un moyen de voyager dans le temps pour voir l'histoire s’écrire en direct.

L’historien choisit d’aller observer l'Unité 731, un camp installé en Chine par les Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale pour y réaliser d'horribles expériences. Une période sensible de l’histoire donc, dont l’existence a très souvent été niée, si bien que les expériences de l’historien déclenchent toutes sortes de réaction en Chine et au Japon, chez les familles des victimes et chez les anciens bourreaux, dans le monde scientifique et du côté du commun des mortels.

Il ne m’est pas facile de parler de ce texte qui m’a littéralement prise aux tripes, de par son sujet, certes très dur, mais aussi par toutes les interrogations qu’il aborde. A la fin de la lecture, j’avais les yeux franchement humides et j’avais bien de la peine à trier toutes mes impressions.

L’homme qui mit fin à l’histoire est une novella brillante sur le fond comme sur la forme. Elle ne néglige ni l’émotion ni la réflexion et réussit à poser bien plus de questions en une centaine de pages que bien des pavés, avec une volonté de multiplier les points de vue qui force le respect.

C’est d’ailleurs ce qui m’a parlé dans ce texte : il donne à voir mais laisse le lecteur seul juge face à la complexité des horreurs de la Seconde Guerre mondiale, tout en lui rappelant que rien n’est jamais complètement noir ou complètement blanc.

Où commence et où s'arrête le devoir de mémoire ? Doit-on porter le poids des horreurs de nos ancêtres ? Qu'est-ce que la vérité ? Qu'est-ce que l'Histoire ? Il n'y a pas de réponse simple à toutes ces questions, mais l'important c'est de continuer à se les poser, à étudier les différentes possibilités.

Et c’est ce que fait brillamment cette novella dont je vous recommande vivement la lecture, d’autant que son argument SF reste au final assez léger (un peu de physique vite expédié) pour la rendre accessible au commun des mortels et qu’elle permet de découvrir le versant asiatique de la Seconde Guerre Mondiale, une partie de notre histoire qu’on connaît généralement assez mal.

CITRIQ


106 p.

lundi 12 septembre 2016

Audience captive – Ann Warren Griffith


Comme je traversais en ce moment une petite période panne de lecture, j’ai opté pour le meilleur des remèdes : le format court. Et ça marche, comme en témoigne Audience captive, petit ouvrage découvert grâce à Lune et à Efelle. Une lecture courte par la taille mais grande par ses idées !

Audience captive nous emmène dans un monde où la publicité est devenue tellement omniprésente que ce sont les produits eux-mêmes qui assurent leur propre promotion. Imaginez un peu des sodas qui vous invitent à vous désaltérer ou un produit de nettoyage qui vous incite à récurer encore et encore votre maison.

Dans ce monde où tout le monde est heureux de faire partie de cette société d’ultra-consommation, un personnage détonne : la grand-mère de Mavis, une dangereuse criminelle qui s’oppose au système… en portant des bouchons d’oreille ! Et sa famille craint qu’elle ne récidive lors de sa sortie de prison !

Le postulat de base est donc à la fois délirant et extrêmement juste, et si ce n’est la présence d’une ménagère américaine typique des années 50, ce texte aurait presque pu avoir été écrit hier tant il est encore d’actualité.

Le texte est court (40 pages) mais il se savoure comme une gourmandise grâce à son humour très piquant. Je vous en recommande donc vivement la lecture entre deux pavés. On aurait de toute façon tort de se priver de ce petit plaisir, d’autant plus qu’il s’agit de la seule (ou de l’une des deux) nouvelle de SF écrite par l’auteur, quelle classe de faire aussi bien avec un seul texte !

Cela justifie d’autant plus de l’éditer comme un livre à part pour en garder la trace, avec comme toujours quelques éléments de contexte intéressants apportés par l’éditeur. Et puis ça devient beaucoup plus facile de la faire circuler dans son entourage, d’ailleurs j’en ai déjà imposé à la lecture à M. Vert !

CITRIQ