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dimanche 8 décembre 2013

Echecs et maths - Terry Bisson


Terry Bisson est un auteur qui avait croisé ma route il y a bien longtemps, par le biais d'un roman, Homme qui parle, étrange road-trip à travers les États-Unis. Je l'avais un peu oublié jusqu'à que Baroona chronique deux de ses recueils, Meucs et Echecs et maths. Comme j'ai croisé le deuxième à la bibliothèque, je l'ai emprunté, et en le commençant, j'ai eu le sentiment inexplicable de rentrer chez moi !

Echecs et maths est un recueil de trois nouvelles qui s'amusent à mélanger gaiement hard science et humour : Le trou dans le Trou nous apprend qu'il est possible d'aller sur la Lune depuis une casse de voitures à Brooklyn, Le bord de l'Univers nous fait observer la fin de l'univers à partir d'un revêtement de siège de taxi et Lune de miel à New York nous apprend que quand les avions sont à l'heure, c'est qu'il y a un problème !

Toutes ces histoires sont racontés par Irving, le narrateur, un avocat (enfin...) qui a pour ami un certain Wilson Wu. Et « tout le monde devrait avoir un ami comme Wilson Wu », dont les domaines de compétence étaient des plus variés, du droit à la cuisine, de la médecine chinoise aux mathématiques et à la météorologie (qui n'est pas l'étude des météores!) en passant par l'incroyable capacité de vous joindre au téléphone n'importe où.

Il m'arrive souvent de dire à propos d'un livre que je ne l'ai pas lu au bon moment. Pour une fois, c'est le contraire, je n'aurais rêver de meilleur moment pour m'attaquer à cet ouvrage alors que je venais de finir Tau Zéro.

Passer d'un texte très sérieux plein d'explications physiques certes fascinantes mais parfois franchement hermétiques à ce recueil qui vous fait pratiquement de la poésie mathématique en vous balançant des termes barbares comme « adjacence méta-euclidienne néotopologique », c'est absolument délicieux comme contraste.

Echecs et maths m'a un peu fait pensé aux écrits de Sean Stewart (L'oiseau moqueur) dans cette manière de mettre en scène avec beaucoup de précision la vie quotidienne en y ajoutant une légère dose de fantasy (ce qui explique sans doute cette impression de retour à la maison à la lecture).

Sauf qu'ici on se retrouve plutôt avec de la SF, quoique j'aurais plutôt tendance à qualifier les aventures d'Irving et de Wilson Wu de fantaisie science-fictionnesque (et tant pis si mon dictionnaire ne connaît pas ce mot) tant il utilise des éléments de SF pour broder des histoires très... fantaisistes.

Léger et délicieux à lire, Echecs et maths est donc une excellente petite trouvaille qui me donne bien envie de me replonger dans le reste des ouvrages de l'auteur.


CITRIQ

mercredi 4 décembre 2013

Paris futurs (anthologie)


Ca faisait un petit moment que je lorgnais sur la collection numérique ArchéoSF, sans jamais oser me lancer. Les vieux textes, ça a son charme, mais des fois on a bien du mal à les lire. J'ai craqué finalement sur une petite anthologie, Paris futurs, parce que j'étais très curieuse de voir comment on imaginait le futur de la ville au XIXe siècle.

Et je n'ai pas été déçue du voyage parce qu'en cinq nouvelles on a le droit à un véritable festival de folies des grandeurs pour ce qui est de réinventer la capitale de la tête aux pieds. On trouve beaucoup d'utopies architecturales (ville circulaire, bâtiments tous identiques...)... mais aussi pas mal d'horreurs qui mélangent tellement de styles que la description m'en donne des frissons !

C'est marrant, la plupart des textes parlent de la ville, un peu (voire beaucoup) de son mode de gouvernance, mais très peu des habitants qui à en croire les auteurs sont toujours les mêmes. Et puis ils ont des obsessions qui semblent complètement folles maintenant : à les croire, on vivrait bien mieux sans jamais mettre le nez dehors, et on devrait interdire la nuit, la pluie, et tant qu'à faire bannir la nature en général !

Du coup c'est le genre de texte qui est idéal à lire sur liseuse parce qu'on peut surligner ainsi tout un tas de citations hilarantes, dont voici une petite sélection pour vous allécher :

« Ce chef, choisi par la nation, sera le plus beau, le plus intelligent et le plus fort de son royaume »
Théophile Gautier, Paris futur (au moins c'est simple)

« Il faut rendre enfin Paris habitable, et surtout instituer le divorce de l’homme et du parapluie »
Joseph Méry, Paris futur (qui démontre scientifiquement qu'on peut se débarrasser de la pluie en tirant des coups de canon dans les nuages)

« D’ailleurs un perfectionnement ingénieux s’était introduit dans la fabrication des squares. L’administration les achetait tout faits, sur commande. Les arbres en carton peint, les fleurs en taffetas, jouaient largement leur rôle dans ces oasis, où l’on poussait la précaution jusqu’à cacher dans les feuilles des oiseaux artificiels qui chantaient tout le jour. Ainsi l’on avait conservé ce qu’il y a d’agréable dans la nature, en évitant ce qu’elle a de malpropre et d’irrégulier. »
Victor Fournel, Paris futur (qui s'imagine une ville tracée au cordeau où l'on n'a pas hésité à déplacer les grands monuments, alors s'encombrer d'arbres, faut pas y penser !)

« Du reste, ce qui aida beaucoup le Gouvernement socialiste à solder ses propres dettes et celles des régimes antérieurs, ce fut l’établissement de l’impôt sur le revenu.
Ce nouvel impôt était assis de la manière suivante. Il était proportionnel au revenu tant que celui-ci ne dépassait pas 12,000 fr. par an. Mais, au-dessus de ce chiffre, il devenait total, c’est-à-dire qu’il confisquait purement et simplement tout ce qui excédait la somme réglementaire de 12,000 fr.
[...]
Sur les 100,000 fr., il en prenait 88,000 pour l’État et n’en laissait que 12,000 à l’exproprié. Celui-ci grognait bien un peu en se voyant ainsi réduit à la portion congrue, mais comme l’impôt en question, avait été voté par les Représentants du pays et que l’Administration veillait à sa stricte exécution, il n’y avait aucune réclamation à faire et il fallait, bon gré mal gré, se soumettre à la loi. »
Tony Moilin, Transformation de Paris (une magnifique utopie socialiste où tous les immeubles sont reliés entre eux et où on ne met plus le nez dehors)

« Du tombeau d’un poète nommé Victor Hugo, un peu moins connu que Homère, son ancêtre, on a fait un autel pour les poètes présents et futurs, mais on doute que ce poète ait existé, comme on doute de l’existence d’Homère. On a retrouvé quelques pages de la Légende des Siècles, pages sublimes échappées aux fureurs des guerres et des révolutions. Les critiques se disputent sur le point de savoir si c’est Hugo qui a écrit les Méditations attribuées à un nommé Lamartine et les Nuits, attribuées à un nommé Musset. »
Arsène Houssaye, L'an trois mille sept cent quatre-vingt-neuf (un auteur qui voit loin pour le coup).

Il n'y a que pour le dernier texte, L'inscription, de Eugène Fourrier, que je n'ai relevé aucune citation. Mais c'est un texte assez rigolo (et non dénué d'humour) sur les découvertes archéologiques du futur, une belle manière de clore ce recueil.

Bref vous l'aurez compris, dans le genre chouette initiative numérique, ce petit recueil est fort plaisant (et rigolo avec ça). Nul doute que je reviendrais faire un tour chez ArchéoSF à l'occasion (en plus les couvertures sont super sympas, ça compte, même en numérique !)

lundi 2 décembre 2013

Caviardages - Timothée Rey


J'ai découvert l'existence de ce recueil un peu par hasard en errant sur Internet, et comme j'ai une affection particulière pour les écrits de cet auteur, il fallait bien que je le lise un jour, voilà qui est chose faite ! Premier recueil de l'auteur (sorti avant Des nouvelles du Tibbar et Dans la forêt des astres), Caviardages se compose de sept nouvelles à la tonalité plutôt fantastique.

Voyez plutôt le menu :
- Caviardages aborde d'une façon assez délicieuse le pouvoir des mots et des concepts ; c'est ma nouvelle préférée du recueil ;
- Dans la galette ne parle nullement de pâtisserie mais de musique et de vaudou, étrange mélange des genres qui fonctionne à merveille ;
- Reperdre Giulietta, offre une belle balade dans le monde des rêves ;
- On n'est jamais trop prudent est mon autre texte favori, il nous fait suivre les pas d'un paranoïaque qui passe son temps à effectuer des rituels pour se protéger
- L'Étude du soir est une nouvelle à la fois classique dans son pitch et glaçante dans la mesure où les enfants s'y révèlent presque effrayants
- Quand ça part en brioche parle bien de pâtisserie... et ne vous donne pas vraiment envie de faire des brioches !
- Chambre d'écho est un texte étrange que je ne suis pas sûre d'avoir compris donc je ne m'hasarderais même pas à vous en parler !

Dans l'ensemble j'ai lu ces textes avec plaisir. Comme toujours on n'est pas forcément dans la nouvelle à chute, plutôt dans la mise en scène d'une idée folle ou d'un concept improbable, et on se régale avec. Par contre, j'ai trouvé qu'il leur manquait un peu de la virtuosité et de la poésie qui faisait toute la saveur des textes du Tibbar ou de la Forêt des Astres.

Mais vu qu'il s'agit de textes plutôt axés sur le fantastique, plus courts et à priori plus anciens, c’est aisément pardonnable. Après tout, on passe quand même un bon petit moment avec ce recueil, en attendant la sortie de Les Souffles ne laissent pas de traces, enquête de N'a-Qu'un-Œil, chamane-détective, en janvier (j'ai hâte).


CITRIQ

mercredi 23 octobre 2013

Une histoire de la science-fiction (anthologie)



Cela faisait des lustres que cette anthologie errait, incomplète, dans ma PàL (j'ai acheté les premiers volumes quelque part entre 2003 et 2006 à priori). Pour le challenge de Lune, je me suis dit qu’il serait bien d’en profiter pour la dépoussiérer. J’ai donc traquer les volumes qui me manquaient, et je l’ai lue cet été. Sauf que comme j’étais en vacances, je n’ai pris aucune note, et le temps passant… cette chronique risque donc de ne pas rendre hommage à ce qui a pourtant été très bon moment de lecture.

Une histoire de la science-fiction est une anthologie en cinq volumes réalisée par Jacques Sadoul et éditée chez Librio. Le titre est relativement transparent sur le contenu, et avec une dizaine de nouvelles par tome, c’est une très belle ballade à travers un siècle d’écrits de science-fiction que l’on s’offre, pour un prix cadeau.

Les couvertures sont juste génialement kitschs, je sais pas comment leur auteur, Bernard Bitler, est arrivé à ce résultat mais j'adore. Ca me fait un peu le même effet que ces châteaux pseudo-médiévales du XIXe siècle, c'est comme une sorte de vision rêvée avec tous les éléments qu'on s'attend à trouver sans que l'ensemble soit vraiment « d'époque ».

Chaque tome commence par une introduction historique de quelques pages, puis chaque nouvelle est introduite par un petit texte (qui présente généralement la carrière de l’auteur). Sans ennuyer le lecteur lambda, très didactique, Jacques Sadoul arrive à dresser dans chaque volume un portrait relativement fidèle de chaque époque.


Bien sûr il n’a pas pu inclure tous les grands noms (et ce n’est pas plus, ça lui permet aussi de parler d’illustres inconnus qui ont eu leur succès à une époque), et j’imagine qu’un spécialiste pourra discuter en long, en large et en travers de la pertinence de ses choix, mais personnellement j’ai bien apprécié cette promenade historique.

Je trouve qu'on voit très bien évoluer les thématiques et les styles, et quand on a jamais eu trop l'occasion de mettre le nez dans la SF « antique » (à part pour les très grands noms), c'est l'occasion de découvrir de petits trésors au gré des pages.

Tout au plus je lui reprocherais une approche un peu défaitiste, je l’ai senti clairement plus émerveillé par les textes anciens que par les textes récents, et son enthousiasme a légèrement influencé mon ressenti : ce sont les premiers volumes que j'ai préféré.

Ce côté « c'était mieux avant » atteint des sommets dans le dernier tome, consacré uniquement à la SF française, qui semble avant tout mettre en valeur des auteurs ayant abandonné l’écriture ou la science-fiction (à l'exception de Ayerdhal, Bordage et Dunyach, ouf ils n'ont pas tous disparu !).

Mais si on laisse de côté ce dernier tome en demi-teinte (il existe je n'en doute pas de bien meilleurs anthologies sur la SF francophone), Une histoire de la science-fiction est une lecture bien sympathique qui permet de découvrir ou redécouvrir des pépites anciennes.


Il m'est un peu difficile de revenir en détail sur les textes (ça m'apprendra à laisser traîner ma chronique), mais je vais vous parler de trois nouvelles que j'ai beaucoup aimé parce qu'elles parlaient des livres :

L'éclat du phénix de Ray Bradbury (Vol. 2 : 1938-1957, l'âge d'or)
Il s'agit ni plus ni moins de l'ébauche de Fahrenheit 451, avec cette confrontation entre un bibliothécaire et un officier chargé de brûler les livres. C'est très intéressant parce qu'autant le roman est sombre, autant cette nouvelle a un ton presque guilleret (et moqueur) par rapport à l'horreur de la destruction des livres. Ca a été un vrai plaisir de la découvrir en tout cas.

Ado de Connie Willis (Vol. 4 : 1982-2000, le renouveau)
Cela faisait longtemps que je n'avais pas mis mon nez dans un texte de cette auteure, et j'en avais presque oublié à quel point elle pouvait être piquante dans ses écrits. Ado nous fait suivre le travail d'une enseignante pour avoir l'autorisation d'étudier Hamlet avec ses élèves : il faut retirer tous les passages susceptibles d'offenser quelqu'un. S'en suit une très longue séance de censure, hilarante mais qui suscite néanmoins le malaise.

Civilisation 2190 de Gérard Klein (Vol. 5 : 1950-2000, la SF française)
Une équipe de chercheurs du futur font une découverte absolument exceptionnelle : une bibliothèque du XXe siècle pratiquement intacte. Tout cela va grandement les aider à se faire idée de la vie et de la culture de l'époque. J'adore ce genre de texte qui oblige à s'interroger sur toutes les déductions qu'on peut tirer des découvertes archéologiques. Mais je n'en dis pas plus...

CITRIQ

dimanche 20 octobre 2013

Le prophète et le vizir - Yves et Ada Rémy


Il y a des auteurs dont on entend parfois tellement parler sur la blogosphère qu’on finit par craindre un peu de s’y attaquer. C’est un peu pour ça que j’ai laissé traîner ma lecture du Prophète et le vizir. Entre temps j’avais oublié les chroniques de tout le monde, et je l’ai abordé avec un regard « neuf ».

Le prophète et le vizir se compose de deux textes. Le premier, L’Ensemenceur qui est selon comment on la prend, une longue nouvelle ou une courte novella s'intéressant au prophète du titre. Elle nous raconte l’histoire de Kemal, un pêcheur doté d’un don de prophétie un peu étrange : il voit en effet des événements tellement loin dans le futur que personne ne croit à ses histoires. Emprisonné, vendu comme esclave, il est ensuite affranchi et voyagera dans toute la Méditerranée, contant à qui veut l’entendre ses visions.

J’ai lu cette histoire un peu comme dans un rêve : je ne sais pas comment Yves et Ada Rémy réussissent ce prodige, je me suis laissée littéralement emportée par les mots et l’ambiance. Tant pis si des éléments de l’histoire m’échappaient. Le texte en lui-même, qui sonne comme un conte oriental, est un délice à lire, pour le beau voyage qu'il offre, agrémenté de ces étranges visions historiques.

L'ensemenceur est suivi d'une courte nouvelle, Les huit enfants du vizir Fares Ibn Meïmoun, qui offre comme une deuxième conclusion au premier texte, cette fois-ci focalisée sur le vizir du titre. Ce deuxième texte, tout aussi charmant, abandonnant la mise en abîme du futur et les voyages pour un jeu sur la notion de destinée, avec une forte connotation fantastique.

J’ai eu un peu plus de mal à apprécier ce texte parce que l’alternance des typographies ne rend pas très bien sur une petite liseuse comme la mienne (je me retrouvais sans cesse à tourner la page), et j’ai passé plus de temps à avoir envie de la lire sur papier qu’autre chose.

Cependant ça n’enlève rien à l’écriture, toujours charmante, et si l’histoire du vizir est loin d’être aussi touchante que celle de Kemal, ça reste tout de même un très joli conte à la mode orientale, autant dire qu'une fois encore c'est un texte qu'on savoure.

Bref j'ai passé un excellent moment avec Le prophète et le vizir, qui m’a accessoirement énormément fait penser à Ramadan, une des histoires courtes parues dans Fables et Réflexions, le volume 6 de Sandman (c’est un très beau conte superbement mis en images, je vous conseille vivement d’y mettre le nez à l’occasion). Et quand un texte m’évoque une oeuvre de Neil Gaiman, c’est jamais mauvais signe !

Même si les histoires n’ont pas grand chose en commun, on y retrouve le même ton et la même fascination pour l’orient. Une chose est sûre, maintenant que je suis tombée sous le charme de l’écriture d’Yves et Ada Rémy, il va falloir que je continue à explorer leur production.

CITRIQ

dimanche 13 octobre 2013

Une certaine étoile - Pearl Buck


Bien que je ne lise pratiquement que de la SF & consœurs depuis des années, je garde toujours une petite place dans mon cœur pour Pearl Buck dont les romans Vent d'est, vent d'ouest, Impératrice de Chine ou encore La terre chinoise ont bercé mon adolescence (un jour, je vous parlerais plus en détail de ces textes qui m'ont tant fait voyagé).

Du coup lorsque je vois un livre d'elle dans un vide-grenier (on les croise assez rarement ailleurs, sauf pour les plus connus), j'ai tendance à me jeter dessus, comme cet ouvrage, Une certaine étoile, qui s'avère être un recueil de nouvelles (chic alors ça tombe à pic !).

Toutes ces nouvelles ont été écrites entre 1943 et 1961, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'elles font leur âge. La mentalité, les idées, tout cela sonne très daté (et m'a valu de lever les yeux au ciel à plusieurs reprises), mais ce n'est pas si dérangeant que cela au final parce qu'on oscille sans cesse entre « tradition et modernité » (pardon pour cet affreux lieu commun).

Du coup si la plupart des textes sont des histoires d'amour (de préférence bien dégoulinantes de rose), et parlent beaucoup mariage, il y a souvent un petit truc qui attire le regard le regard à la lecture.

Il y a cette nouvelle comme La beauté par exemple, qui parle d'une femme japonaise qui attend tous les soirs son mari qui fréquente les bars, jusqu'à qu'elle décide de faire quelque chose de ses soirées. Ou encore Par-delà les mots où deux personnes diamétralement opposées tombent d'accord de façon presque improbable. Ou Francesca, une histoire d'amour et de théâtre que j'ai trouvé plutôt drôle.

Et puis certains textes ne relèvent pas vraiment de l'histoire d'amour à la guimauve. Une certaine étoile, qui ouvre le recueil, parle de famille, et d'un scientifique qui a laissé s'étioler les relations avec toute la sienne jusqu'à un jour de Noël. Il a aussi La vie commence, qui raconte le retour du front d'un soldat avec beaucoup de justesse.

Soyons honnêtes, ce ne sont pas des grands textes. Pearl Buck est à mon avis bien meilleure sur les romans où elle peut s'étaler à loisir et nous livrer de fantastiques descriptions et de très beaux récits de vie. Mais alors que je butais sur toutes mes lectures, ce petit recueil est passé comme une lettre à la poste, et m'a donné envie de replonger dans ses romans.


mardi 10 septembre 2013

Le monde de Rocannon - Ursula K. Le Guin


C’est sans doute la faute à une numérotation foireuse, mais lorsque j’ai commencé à lire Le cycle de l’Ekumen de Ursula Le Guin, je suis partie sur La main gauche de la nuit, 4e volume. Cela n’a pas grand importance ceci dit, les histoires étant indépendantes les unes des autres, mais il était grand temps de remettre de l'ordre là-dedans. Autant dire que cette lecture commune sur le Cercle d’Atuan tombait à pic.

Le monde de Rocannon est un petit ouvrage qui nous raconte les pérégrinations de Rocannon, ethnologue envoyé sur une planète peuplée de civilisations encore peu évoluées, qui se retrouve à devoir voyager à travers la planète avec les moyens du bord pour prévenir la Ligue (une confédération de mondes) de la présence d’une base ennemie sur ce monde.

Sur cette planète où les différentes espèces intelligentes vivent pour la plupart à un niveau de technologie proche du moyen-âge (voir de l’âge de fer) et où l’on chevauche des hippogriffes, son aventure n’a aucun mal à ressembler à une authentique quête de fantasy. C’est de la pure science-fantasy des années 60 (qu’on mettra sans peine en parallèle avec Ann McCaffrey ou Marion Zimmer-Bradley), et on se régale dans le domaine.

Sans grande surprise, j’ai été charmé par ce roman, grâce à son écriture (elle a une manière de tout dire sans rien dire, une prose toute en circonvolutions sur laquelle on se laisse porter sans trop s’interroger), et grâce à ses univers toujours plein d’humanisme (à défaut d’un meilleur terme, disons qu’elle a vraiment l’art et la manière d’écrire de belles rencontres entre des espèces différentes).

Cependant c’est un texte court, qui ne semble ne pas aller au bout de ses idées. Le monde de Rocannon abrite pas moins de cinq espèces intelligentes différentes, et on n’a finalement que peu de temps pour les découvrir toutes et d'aller au bout des interrogations à leur sujet. Du coup aussi chouette que soit ce roman, il semble un peu faiblard en comparaison de La main gauche de la nuit ou des Dépossédés (en même temps difficile de les égaler ces deux-là).

Rien d’anormal ceci dit, il s’agit tout de même de son premier roman. Ca ne m'ôtera d'ailleurs pas pour autant l'envie de terminer ce cycle et donc de continuer sur Planète d’exil.

A noter que le prologue de ce roman qui nous introduit dans l'univers en question est en fait une nouvelle, Le collier de Semlé (aka Dowry of the Angyar en VO), publiée précédemment dans la revue Amazing Stories (et dans différents recueils en France).

Même si on retrouve certains de ses protagonistes par la suite, c'est un texte qui peut parfaitement se lire de façon indépendante et met parfaitement en scène la confrontation entre un habitant d'un monde « primitif » et des technologies évoluées, vu par le dit habitant. Un excellent prétexte donc pour reprendre les participations au JLNN !

Avis des autres atuaniens : Julien, Majhea, Rose

CITRIQ

mercredi 31 juillet 2013

La légendes des royaumes (anthologie)



Lorsque j'ai déniché ce livre (un Harlequin composé de trois novellas) pour la modique somme de 1 euro dans une librairie d'occasion, je l'ai pris avant tout pour le plaisir de pourrir le JLNN de Lune. Mais il s'est finalement révélé bien utile pour alimenter mon challenge !

La chambre ensorcelée de Mercedes Lackey

Le premier texte est en apparence très calibré : dans un moyen-âge arthurien, une jeune femme qui fait un mariage de raison avec un rustre mais qui rêve encore à son premier amour. Heureusement, pour se sortir de cette situation, elle a un plan.

Au début, j'y ai donc trouvé tout à fait ce que j'attends d'un Harlequin médiéval, et même un peu plus parfois. J'aime beaucoup le début où l'héroïne explique que sa domestique est sa demi-sœur, et que limite les demi-sœurs comme bonniches c'est trop bien, et c'est mieux qu'elle ne soit moche comme ça les hommes ne s'intéresseront pas à elle, merci la sœur !

Cependant, le texte révèle son lot de surprise (déjà j'ai haussé un sourcil quand le premier amour s'est révélé être un vieux schnock), et la fin contient quelques retournements assez surprenants (même si j'ai du mal à croire que tout le monde ait avalé la situation finale sans sourciller, mais c'est un Harlequin, c'est excusable).

La clé de Morgania de Rachel Lee

La novella de Mercedes Lackey était plaisante à lire, mais s'il n'y a qu'un texte à retenir dans ce recueil, c'est celui de Rachel Lee qui m'a vraiment surpris, et ce dans le bon sens du terme.

Drusilla est artiste peintre, et travaille la nuit à faire de la saisie informatique. Il lui arrive fréquemment pendant qu'elle tape sur son clavier de laisser son esprit dériver vers de fantaisistes aventures où elle est la princesse en quête d'un objet magique. Et bien évidemment elle rencontre un charmant jeune homme dans son rêve, sauf qu'il pourrait bien être autre chose qu'un fragment de son imagination (surtout qu’il porte le même nom que le gars du service informatique mais chut !).

Ce que j'ai vraiment aimé dans ce texte (et qui à mon sens le place au dessus du Harlequin habituel), c'est la façon dont les éléments de la vie réelle s'invitent dans le rêve de façon complètement anarchique et avec une proximité avec la réalité de plus en plus nette au fur et à mesure qu'on avance dans l'intrigue (ils affrontent quand même un distributeur de canettes maléfiques nommé Kolakul sur la fin).

J'ai trouvé cet aspect finement mené, et ça rend le texte vraiment sympathique à lire. J'ai un autre roman de cette auteure dans ma PàL (vive les vide-greniers), mais je doute qu'il se révèle aussi innovant ceci-dit.

La magicienne – Catherine Asaro

Le dernier texte est de loin le plus convenu des trois, avec une magicienne incertaine de ses dons qui se retrouve en contact avec l'héritier perdu du Royaume, qui vivait sourd et aveugle à l'écart du monde depuis quatorze ans.

C'est un peu un pur Harlequin sans réelle surprise, le genre de texte que j'aime lire de temps en temps, sans trop me fatiguer, entre deux gros morceaux. C'est plaisant, et le système de magie n'est pas inintéressant (même si le côté arc-en-ciel fait affreusement dessin animé pour fille !).

Et voilà donc pour ce petit recueil Harlequin, qui est plutôt plaisant à lire finalement. C'est truffé de clichés, mais le format court fait qu’on n’a pas le temps de s’y ennuyer et j'ai même eu des surprises à la lecture. Du coup j'ai un deuxième recueil de novellas qui traîne chez mon père (je l'avais acheté parce qu'il contenait une nouvelle de Tanith Lee), je vais peut-être bien remettre le nez dedans !


CITRIQ

jeudi 25 juillet 2013

La Décade de l'imaginaire (nouvelles)


Au mois de juin, L'Atalante a proposé en numérique dix nouvelles gratuites lors de sa décade de l'imaginaire. Comme je ne peux résister aux nouvelles gratuites, je les ai toutes récupérées. Voici donc mon petit compte rendu de lecture pour chacune d'entre elle.

L'ouragan de Jean Marc Ligny :
C'est mon premier Jean-Marc Ligny il me semble (si on omet un J'aime lire que j'ai lu il y a bien longtemps), et j'ai beaucoup aimé son style. L'histoire n'a rien de réjouissant (la vie d'un couple de petits vieux sur une Terre clairement dévastée par les changements climatiques) mais elle est touchante. Voilà qui me donne envie d'explorer son œuvre.

Le peuple des signeurs de Olivier Paquet :
Je n'avais jamais lu d'Olivier Paquet non plus, et j'ai bien aimé cette plongée dans son univers de SF, sur une planète où les gens communiquent par le biais de dessins qu'ils exécutent avec l'encre qui leur sort des doigts. Il va falloir que je mette Le Melkine dans mon programme de lecture du coup !

Raoul des Crapauds de Sylvie Denis
Cette nouvelle se déroule je présume dans l'univers de son roman Haute Ecole. J'avoue avoir eu du mal à la lecture, comme s'il me fallait avoir lu son roman pour comprendre l'univers, du coup je l'ai parcouru sans vraiment arriver à rentrer dedans.

Drame de Troll de Terry Pratchett
Au bout de trois lignes, je me suis rendue compte que j'avais déjà lu cette nouvelle dans une autre anthologie. Je l'ai relu pour le plaisir (c'est une variation rigolote sur les trolls sous les ponts), c'est déjà ça !

Nouvelle vie™ de Pierre Bordage :
J'ai bien aimé cette dystopie assez glaçante explorant une société où l'on peut breveter le génome et donc s'approprier les gens. D'autant plus que, j'ignore si c'était calculé, j'ai vu passé un article sur le même sujet deux jours avant !

La stratégie du requin de Jean-Claude Dunyach :
Cette nouvelle a un côté très cyberpunk, à explorer ainsi la vie d'une personne qui passerait sa vie à errer dans les courants dématérialisés d'Internet, tel un requin, jusqu'à qu'on vienne le chercher pour réaliser une mission. J'ai beaucoup aimé tout le parallèle avec l'océan, cela permet des images très parlantes pour quelque chose qui à la base n'est pas franchement visuel.

Fractale de Vincent Gessler :
Encore une histoire d'informatique, cette fois-ci avec dystopie, vengeance et katana en bonus. Même s'il se passe moins en réalité virtuelle que la nouvelle précédente, ce texte sait aussi se faire très visuel pour l'aspect informatique, même s'il ne m'a pas laissé un souvenir impérissable.

La sorcière égarée de la citadelle silencieuse de Michael Moorcock :
Même sans la mention « hommage à Leigh Brackett », je pense que j'aurais très vite réalisé de quoi il s'agissait. Le titre laisserait penser à une pure histoire de fantasy à la Elric, on se retrouve en fait avec un bon vieux récit de science-fantasy martienne délicieusement désuet. Forcément, j'ai aimé même si je ne suis pas sûre d'avoir compris la fin.

L'envol du faucon sagittal de Andreas Eschbach :
Ce très joli texte raconte le récit d'un homme oiseau qui cherche à atteindre les étoiles. C'est le genre de mélange que j'adore, une base de SF (des humains modifiés génétiquement venus de la Terre, revenu à des technologies primitives et pensant que la Terre est un mythe) et une intrigue plutôt fantasy (la quête pour atteindre les étoiles). Cela m'a bien donné envie de replonger dans l'œuvre de cet auteur !

Ce que chuchotait l'eau de Anne Fakhouri :
Quelque part ce n'est pas une surprise que j'ai adoré ce texte, récit arthurien mettant en scène dans des plus atypiques héros de la Table Ronde, le tout avec tout ce qu'il faut de moyen-âge, de magie et d'aventure. Il va falloir que je songe à mettre la main sur l'anthologie d'où provient cette nouvelle.

Voilà donc un joli panel pour découvrir les auteurs de l'Atalante même si vous risquez d'avoir croisé la plupart de ces textes dans d'autres anthologies (seuls les textes de Sylvie Denis et Olivier Paquet sont des inédits).

Certains sont des valeurs sûres dans leur domaine (Pratchett, Bordage, Moorcock et Dunyach), d'autres m'ont laissé assez indifférente (Vincent Gessler, Sylvie Denis par manque de connaissance de l'univers), d'autres encore m'ont intrigué au point de vouloir en lire plus d'eux (Olivier Paquet, Andreas Eschbach). Mention spéciale à Jean-Marc Ligny et Anne Fakhouri, qui ouvrent et referment cette décade en beauté !

mardi 23 juillet 2013

Les coups de coeur des Imaginales (anthologie)



Cette année aux Imaginales, nous étions plutôt gâtés que nous avions le droit à deux anthologies : d'un côté, l'habituelle anthologie thématique chez Mnémos (Elfes & Assassins) et de l'autre Les coups de cœur des Imaginales chez ActuSF, qui rassemble des nouvelles écrites par tous les auteurs « coup de cœur » du festival.

Autant les elfes et autres assassins ne me tentaient guère, autant j'étais fascinée par la couverture de cette anthologie (qui divise, si j'ai bien compris on adore ou on déteste). J'ai donc tenté l'aventure (en plus elle a obtenu une meilleure note au test de sniffage des bouquins figurez-vous), et je me suis bien amusée à la faire signer par tout le monde (il ne me manque que les deux premiers auteurs).

La première nouvelle, Une Simple Promesse, est un récit de fantasy signé Thierry Di Rollo. L'univers est plutôt intriguant (je me demande s'il a été utilisé dans d'autres nouvelles d'ailleurs), par contre la thématique est joyeuse... comme du Thierry Di Rollo, évitez donc de lire ça quand vous n'avez pas le moral !

Le Secret de Parsigou est un texte mi-fantastique mi-humoristique de Jérôme Camut (dont j'ai lu Malhorne il y a très longtemps), sur un village perdu au fin fond de la France où les habitants semblent détenir le secret de la vie éternelle. C'est une nouvelle truffé d'humour piquant, vraiment agréable à lire, ça ne ressemble vraiment pas à ce que j'attendais de cet auteur.

Je ne connaissais absolument pas Érik Wietzel (l'auteur le plus difficile à trouver des Imaginales, j'ai bien failli jeter l'éponge pour sa signature), mais j'ai bien aimé sa nouvelle, Le Chirurgien, histoire qui parle de choix, et aussi un peu d'amour.

La Stratégie du chasseur de Rachel Tanner est apparemment le pendant de sa nouvelle publiée dans l'anthologie Elfes & Assassins. Nous y retrouvons une demi-elfe assassin qui se retrouve chargée d'une mission d'exfiltration au Kosovo. De belles séances d'action et de l'humour, un bon cocktail qui m'a bien plu alors que j'avais buté sur un de ses romans il y a bien longtemps.

Trois renards est un très beau texte de Mélanie Fazi sur la musique, sur l'importance de ne jamais taire sa musique qu'on a en soit quelque soit la raison. Enfin comme toujours je suis incapable d'expliquer ça correctement, mais en dépit de sa noirceur, cette nouvelle m'a enchanté.

Profanation de Jean-Philippe Jaworski nous ramène dans le Vieux Royaume, dans les pas d'un détrousseur de cadavres faisant face à la justice. Comme toujours le tout est raconté avec une très belle plume, beaucoup d'humour (normal vu le personnage), et la fin est un délice d'humour noir (j'ai dû la relire deux fois pour la comprendre mais chut).

Séréna, court texte de Sire Cédric, est une histoire fantastique plutôt classique, mais fort sympathique à lire même si elle ne m'a pas plus marqué que ça. Il faudrait quand même que je m'intéresse aux autres textes de cet auteur par contre.

La Nuit sur le plateau de K’fên de Charlotte Bousquet est le récit d'une femme qui cherche à échapper à un mariage arrangé et à un mari cruel. Même si le propos sur la liberté est intéressant, j'avoue avoir eu du mal à vraiment rentrer dedans (ceci dit ce n'est pas la première fois avec cette auteure, je pense que nous ne sommes pas trop compatibles et puis c'est tout).

Derrière les barreaux de Lionel Davoust est une rencontre assez incongrue entre un autiste et des dauphins, une histoire belle et dure qui m'a enchanté, même si j'ai eu l'impression que des choses m'avaient échappé à la lecture. Il faut que je lise d'autres choses de cet auteur !

Élixir qui clôt le recueil, est une nouvelle de Samantha Bailly qui parle d'une empathe dans une société totalitaire où les déviants sont éliminés. Sans vraiment révolutionner le genre, c'est un très joli texte qui exploite bien le potentiel d'un personnage empathe.

Très éclectique, Les coups de cœur des Imaginales est une anthologie bien sympathique à lire. On y retrouve des auteurs adorés (Jean-Philippe Jaworski ou Mélanie Fazi), on en découvre d'autres (Erik Wietzel, Lionel Davoust, Samantha Bailly, Sire Cédric), certaines vieilles connaissances se révèlent sous un jour nouveau (Rachel Tanner, Jérôme Camut). Avec seulement deux textes qui ne m'ont guère inspiré (et encore, c'est plus par incompatibilité qu'autre chose), il n'y a vraiment pas de quoi se plaindre. Ah si, qui c'est qui va payer tous les livres que j'ai envie d'acheter maintenant ?


CITRIQ

mercredi 10 juillet 2013

Notre-Dame-aux-écailles - Mélanie Fazi


Lorsque j'ai lu le premier recueil de Mélanie Fazi, Serpentine, il y a quelques années, je n'avais absolument pas prêté attention au fait qu'il était dédié à Lisa Tuttle (qui aurait bien pu être le nom de son arrière grand-tante ou de sa tortue apprivoisée pour moi à l'époque).

Entre temps, Ainsi naissent les fantômes est passé par là, et en lisant ce deuxième recueil de nouvelles, la filiation m'a vraiment sauté aux yeux. Comme Lisa Tuttle, Mélanie Fazi a vraiment le don d'écrire des histoires fantastiques très intimistes, délicieusement horribles, qui subjuguent sans qu'on puisse en détacher le regard.

Ceci dit, si Lisa Tuttle a tendance à tourner toujours autour des mêmes thématiques et types de personnages si je me fie à ce que j'ai lu d'elle (sans que ce soit négatif), Mélanie Fazi a une œuvre bien plus diversifiée, dans ses personnages et ses thématiques.

Au travers de ces douze textes très variés, l'auteure nous emmène à Venise (une ville vivante que n'aurait pas renié Neil Gaiman), dans un train de nuit fantôme où l'on fuit la réalité, au bord d'un fleuve à se découvrir soi-même, dans une maison de famille dont les membres ne sont jamais vraiment partis... autant de lieux et d'époques différents, parfois anciens, parfois touchant de près à l'actualité ; autant de réalités qui dévient juste assez pour nous montrer les monstres que nous avons à l'intérieur de nous.

C'est donc du très beau fantastique qui continue à nous hanter bien après la lecture, sans que je puisse expliquer exactement pourquoi. Est-ce que cela vient des ambiances ou des idées ? Est-ce parce que chaque nouvelle est construite comme une mélodie, qui nous emmène ailleurs avant de nous abandonner au silence une fois ses dernières notes jouées ?

J'ai beau chroniquer mes lectures depuis pas mal d'années maintenant, il y a des fois où je suis incapable de mettre des mots sur les raisons qui me font aimer un texte. C'est d'autant plus frustrant quand on voudrait partager nos trésors et trouvailles, et Notre-Dame-aux-écailles en fait partie.

Alors à défaut de vous fournir une longue et belle chronique en hommage à ce très joli recueil (qui doit être un peu magique à sa façon), je ne peux vous inviter à découvrir par vous même l'univers et l'écriture de Mélanie Fazi (si ce n'est pas déjà fait bien sûr).


CITRIQ

samedi 6 juillet 2013

Doctor Who : The Angel's Kiss & Summer Falls


La littérature dérivée est une manière fort agréable pour le fan de poursuivre l'aventure avec les héros de sa série favorite, mais c'est aussi un investissement qui revient cher, prenant vite de la place (et accessoirement la poussière, on relit rarement ce genre de texte).

C'est typiquement dans ce domaine que le numérique se révèle un virage plus qu'appréciable en résolvant tous les problèmes de coût ou de stockage. Quand en plus cela permet de sortir des curiosités comme celles dont je vais vous parler, difficile de trouver encore des raisons de se plaindre !

En effet les deux grosses nouvelles (d'une soixantaine de pages chacune) dont je vais vous parler sont deux livres imaginaires. Enfin plus précisément, ce sont deux livres inventés de toute pièce dans des épisodes de Doctor Who, et qui ont ensuite été publiés « en vrai » pour la modique somme de deux euros chacun. Le concept en soi est délicieux, et le résultat est fort agréable à lire.


The Angel's Kiss : A Melody Malone Mystery

La première nouvelles est en fait un semi-mensonge, puisqu'il ne s'agit pas à proprement parler du livre que l'on voit dans l'épisode The Angels take Manhattan, mais d'une prequel à l'épisode qui raconte les aventures de River à New York avant l'arrivée du Doctor et des Pond.

Cela m'a un peu déçue sur le coup, mais il vrai qu'il aurait fallut un auteur sacrément virtuose pour arriver à pondre ce qui devrait en fait être la novélisation de l'épisode tout en gardant un ton roman noir complètement innocent.

Nous retrouvons donc River qui enquête sur la présence d'anges pleureurs à New York sous l'identité du détective Melody Malone. L'histoire est racontée à la première personne, et c'est délicieux à lire tellement on reconnaît River dans les mots. Rien que la biographie de l'auteur vaut son pesant de cacahuètes :
« Melody Malone is the owner and sole employee of the Angel Detective Agency in Manhattan. She is possibly married but lives alone usually, and is older than both her parents. Sometimes.
Why not visit her website ? Ah – probably because the internet hasn’t been invented yet. Sorry, Sweetie. »
On est bien évidemment dans la parodie de roman noir années 30 (avec une sympathique intrigue qui tourne autour du cinéma et des stars de l'époque), le tout relevé d'une large dose d'humour et de quelques remarques en apparence innocentes...
« ‘Let me through – I’m a doctor.’
My heart beat a little faster, and I lingered just long enough to be sure he’d used the indefinite article. But the man was short and bald and rather ugly – not at all like any Doctor I’d consult. I hope. If ‘consult’ is the right word. »
 ... qui sont bien évidemment de monstrueux clins d'oeil !
« ‘“Complicated” is my middle name.’ Actually, it’s not my middle name – any more than Malone is my last name. Whether Melody is really my first name is, well, complicated. »
Bref une sympathique introduction rigolote à un épisode ô combien triste, qui s'avère être la seule apparition de River en dehors de la série télé à ma connaissance.


Summer Falls by Amelia Williams

Aperçu dans l'épisode The Bells of Saint John, Summer Falls est une sorte de conclusion à l'histoire des Pond, puisqu'il s'agit d'un livre jeunesse écrit par Amy après qu'elle ait quitté définitivement le Doctor.

Il s'agit d'une histoire à connotation fantastique qui nous emmène sur les traces de Kate, une jeune fille dans les années 50 qui vient d'emménager dans une petite ville du bord de mer. Alors qu'elle explore la ville, elle fait la connaissance d'un bien étrange personnage, The Curator :
« ‘I’m between names at the moment.’ The man looked sheepish. ‘I am having a holiday from them.’ »
L'histoire est assez classique (l'héroïne acquiert un objet qui va déclencher un événement, et ensuite elle se retrouve à résoudre le mystère et sauver tout le monde), mais on y reconnaît résolument la « patte » d'Amy dans cette héroïne très déterminée qui semble assez souvent frustrée d'être coincée à cette époque :
« How annoying. If only, she thought to herself, she had some kind of device that would fit in her pocket and take pictures and show them on a screen. Perhaps, she thought, she’d get around to inventing one. »
Le personnage du Curator est un véritable délice. Fêlé comme il se doit, il y a comme un air familier dans ses répliques :
« ‘Don’t you like it here ?’ The Curator sniffed. ‘How odd. The 1950s aren’t that bad, and this is a charming town. The kind of place you want to settle down and open a little shop with an e. I love a little shoppe. Have another scone.’ »
Ce mystérieux conservateur de musée dispose accessoirement d'un compagnon chat lui aussi absolument délicieux, qui vaut bien le chat de Coraline lorsqu'il se met à faire la conversation :
« ‘How can I speak cat ?’
The cat yawned, considering. ‘It would be better to say that I can speak human. Next.’ »
Une très bonne surprise donc que ce Summer Falls, qui se lit avec beaucoup de plaisir et qui déborde de répliques clins d'oeil en tout genre au Doctor.
« ‘Magic?’ Barnabas shrugged. ‘Why not ? Magic is cool.’
‘But there has to be a rational explanation.’
‘Oh there is,’ Barnabas led her out of the cave and back to the shore. The frozen sea stretched before them. ‘But a rational explanation is rather complex. We’re dealing with a psycho-temporal entity manifesting through a critical mass of its sentient shell… um. Magic sounds more fun.’ »

dimanche 30 juin 2013

La Terre mourante : Intégrale 2 - Jack Vance


Conquise par les aventures de Cugel précédemment chroniquées, je me suis tout naturelle attaquée très vite à leur suite, que l'on trouve dans la deuxième intégrale de La Terre mourante (accessoirement je vais aussi rendre mon livre à la bibliothèque, mais chut !).

Cette deuxième intégrale se compose donc de deux « romans » différents : Cugel Saga et Rhialto le merveilleux. J'emploie des guillemets car l'un comme l'autre me semblent être des rassemblements de nouvelles plus ou moins retravaillés.

C'est flagrant pour Cugel Saga dont j'avais lu l'un des « chapitres » dans l'anthologie Le manoir des roses (l'introduction diffère mais les péripéties sont identiques). Ca me semble aussi évident pour Rhialto dont les différents textes ont peu de liens entre eux (mis à part le contexte général et le héros), mais sont chapeautés par une introduction commune.

Cugel Saga


On prend les mêmes et on recommence, ou plutôt on reprend l'aventure de Cugel là où nous l'avions laissé à la fin de Cugel l'astucieux, en piètre situation donc. Et c'est reparti pour une traversée épique pour se venger de Iucounu, mais pas par le même chemin je vous prie !

Que dire de plus à partir de là ? Cugel est toujours un bel enfoiré, occupé à monter des combines qui se retournent systématiquement contre lui. Si globalement il s'en sort toujours et progresse vers son objectif, vous pouvez être sûr que s'il arrive à obtenir une bourse pleine d'or, il l'aura perdue d'une façon ou d'une autre deux pages plus loin !

Cugel Saga est donc une aventure drôle et délicieuse, où l'on s'amuse des manipulations et des déconvenues de Cugel, mais aussi de tous les endroits étranges qu'il vient à visiter, tous plus fous les uns que les autres (et non dénués d'un certain cynisme).

Je me suis surprise à m'attacher à ce Cugel, comme si à force on apprenait à l'apprécier. C'est une odieuse ordure, certes, mais il me faisait presque de la peine à systématiquement échouer dans ses combines, et son caractère m'a semblé s'améliorer un peu au fur et à mesure de l'histoire (jusqu'à une fin étrangement décalée par rapport à toute l'histoire).

Inutile de tergiverser plus que cela, le diptyque formé par Cugel l'astucieux et Cugel Saga est vraiment une chouette petite aventure pleine d'humour qui se lit avec plaisir. N'hésitez pas si vous les croisez au détour d'un bouquiniste !

Rhialto le merveilleux


Laissons maintenant de côté les aventures de Cugel pour s'occuper de Rhialto, un magicien du 21e éon, à qui il arrive moult aventures, bien que celles-ci soient beaucoup moins rocambolesques que celles de Cugel (et du coup bien moins captivantes). J'ai en effet peiné sur Rhialto, qui m'a semblé moins intéressant comme personnage, et dont les aventures sont franchement bizarres.

Dans La Murthe, on le voit confronté à une vilaine sorcière venue d'un éon précédent, qui entre autres féminise tous les collègues de Rhialto (bouh la vilaine). Entre la trame pas folichonne et le vocabulaire technique non expliqué qui n'arrange rien, je ne suis vraiment pas sortie enthousiaste de ma lecture.

Heureusement Fanhure est une aventure plus intéressante, où Rhialto désavoué par ses confrères se retrouve à remonter le temps pour aller récupérer un truc (non ne m'en demandez pas plus, une fois encore j'ai été noyée sous le vocabulaire). Le côté voyage dans le temps a toujours son petit effet, et pour le coup on a l'occasion de le voir vraiment passer à l'action.

Morreion, qui clôt le cycle de Rhialto est un texte plutôt étrange où le magicien et ses compagnons de guilde voyagent à travers l'espace pour aller chercher un camarade disparu. Le côté voyage spatiale « de fantasy » est délicieux à découvrir, mais pour le reste...

Bref vous l'aurez compris, à part pour Fanhure, je ne suis pas rentrée dans ces histoires et j'ai fini les aventures de Rhialto plus par principe qu'autre chose (et puis mon métro n'avançait pas, ça aide !)

Du coup me voilà arrivée à la fin de ce cycle de La Terre mourante avec un sentiment mitigé. L'univers a son charme, par contre les histoires sont très inégales. Je vous recommande de jeter un œil en priorité aux péripéties de Cugel (Cugel l'astucieux et Cugel Saga, vraiment de chouettes textes) et de passer sur les autres qui n'ont pas très bien vieilli et sont restés assez obscures pour moi.

Et maintenant que je suis à jour sur le sujet, je vais peut-être commencer à lorgner sur l'anthologie Chansons de la Terre mourante parce qu'il y a un beau sommaire mine de rien !


CITRIQ

samedi 22 juin 2013

Retour au pays - Robin Hobb


Faisons contre mauvaise fortune bon cœur et voyons le côté positif de la chose : certes cette nouvelle est éditée à part du recueil L'héritage et autres nouvelles, mais du coup je peux la chroniquer séparément, ce qui me fait une participation supplémentaire au JLNN !

Retour au pays est une prequel à L'assassin royal et plus particulièrement au cycle des Aventuriers de la mer qui nous raconte comment les habitants de Jamaillia en sont venus à coloniser le désert des Pluies. A l'origine publiée dans l'anthologie Légendes II, elle a depuis été rééditée seule.

Nous voilà à suivre les pas de Valjine, une artiste exilée avec toute sa petite famille en ce lieu hostile et mystérieux où abondent marais et visions étranges (autant dire que la mort rôde en permanence aux alentours du campement). Survivre n'est pas une sinécure, et notre héroïne devra passer outre ses petites habitudes de noble pour y arriver.

Raconté sous la forme d'un journal de voyage, Retour au Pays est une novella très agréable à lire (comme toujours avec Robin Hobb, je ne sais pas comment elle se débrouille mais même ses plus mauvais textes se lisent toujours avec grand plaisir).

Le parcours de l'héroïne est assez classique (elle s'inscrit bien dans la lignée de ces héros des Aventuriers de la mer qui se construisent et construisent leur monde à la force de leurs bras et de leurs talents), mais son récit se révèle plus enrichissant que les deux autres nouvelles se situant dans le même univers que l'on trouvait dans L'héritage.

On assiste en effet aux débuts de la colonisation du désert des pluies, ce qui éclaire les coutumes et les particularités de ses habitants lorsqu'on les croise dans Les aventuriers de la mer ou dans L'assassin royal. J'imagine qu'elle a depuis développé toutes ces idées dans son cycle Les cités des Anciens, mais c'est agréable de pouvoir en avoir un aperçu sans passer par un cycle en multiples tomes.

Retour au pays est donc un texte sympathique et enrichissant, tout à fait recommandable maintenant qu'on peut l'acheter pour 2 euros chez Librio (bon par contre Pygmalion qui vendait ça 15 euros, no comment !).


CITRIQ