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mercredi 5 août 2015

La voix du feu - Alan Moore


Je ne sais pas vraiment ce qu’il m’a pris il y a quelques années lorsque j’ai acheté ce roman d’Alan Moore. Était-ce la couverture ? L’idée de lire un roman d’un géant du comic ? Ou était l’intro de Neil Gaiman (depuis on ne m’y reprend plus !) ? Toujours est-il que je ne suis pas allée bien loin dans ma lecture, et que La voix du feu est allée prendre la poussière sur une étagère, mais comme je n’ai pas pour autant voulu m’avouer vaincue.

J’y suis donc revenue bien des années plus tard (en compagnie des rares survivants du Cercle d’Atuan qui ont bien voulu se lancer dans l’aventure !), et si malheureusement il s’est avéré que ce livre n’était pas fait pour moi, je suis contente de l’avoir tout de même vaincu !

La voix du feu est un roman divisé en chapitres indépendants (presque des nouvelles !) qui retrace à travers le temps, du néolithique à notre époque, l’histoire de la ville de Northampton par le biais de récits de différents personnages, illustres inconnus ou personnalités de leur époque.

L’idée en soit est très sympathique, mais il est (très) difficile de ne pas se casser les dents sur le premier texte, Le cochon de Hob, où un attardé mental nous raconte sa vie, avec tout ce que cela implique de déficiences en matière d’expression :
« En arrière de colline, loin vers soleil-descend, est ciel devenir pareil à feu, et est moi, souffle tout dur, venir en haut sur chemin à lui, où herbe froide sur pieds de moi et mouiller eux. »
Et on en prend pour cinquante pages écrites comme cela. J’admire le travail d’écriture de l’auteur (sans parler du traducteur qui a dû aussi s’arracher les cheveux), mais même avec la meilleure volonté du monde, et en sachant à quoi s’attendre, difficile de ne pas lâcher l’affaire.

Les textes qui suivent, qui progressent peu à peu dans l’histoire (arrivée des romains, croisades, Conspiration des poudres des Guy Fawkes) sont presque tous rédigés de façon « normale », quoique toujours surprenante. Quelques récits sont racontés par des personnages sur le point de mourir (voire déjà morts !), et les allers-retours passé-présent demandent beaucoup d’attention.

En fait de manière générale, et ça ne me surprend pas de la part de cet auteur, rien n’est jamais donné facilement. C’est au lecteur de relier les éléments, d’assembler les pièces du puzzle pour découvrir la vue d’ensemble. Et ce n’est pas chose facile quand on butte sur l’écriture, et quand il nous manque une bonne partie des références historiques (Wikipedia a éclairci quelques-unes de mes interrogations après coup).

Du coup si objectivement je trouve le concept très intéressant, et l’écriture plus que virtuose (chapeau à Patrick Marcel pour la traduction !), mais je suis forcée d’avouer que je suis passée complètement à côté de cet ouvrage, trop compliqué, top obscur, et trop difficile d’accès, au moins pour moi.

Mais sept ans plus tard, je peux enfin le sortir de ma Pile à lire, et c’est déjà une belle victoire !

Avis des autres participants :
Mortuum, Xapur

329 p.

mercredi 24 mars 2010

Suprême : l’âge d’or – Alan Moore


Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas mis le nez dans un comic d’Alan Moore. Et j’ai pris mon temps avant de l’ouvrir, parce qu’en général ce n’est pas le genre de bouquin qui se lit distraitement. C’est d’ailleurs pour ça que je n’ai jamais fait de chronique sur V pour Vendetta, j’étais incapable d’en dire quoi que ce soit une fois le comic refermé ! Ceci dit Suprême est bien moins complexe à aborder, et si on y trouve une intrigue riche en (c’est du Alan Moore après tout), ce comic est infiniment plus simple à aborder.

Suprême est un super-héros à la Superman. S’il ne vient pas d’une autre planète, il a été exposé petit aux radiations d’une météorite qui lui ont conféré un paquet de super-pouvoirs : force, vol, yeux qui lancent des rayons… est-ce vraiment la peine de continuer la liste ? Jusque dans le costume, on dirait un clone de Superman. Qui porte lui aussi des lunettes en civil pour cacher son identité.

Après quelques années d’absence, Suprême revient sur Terre, à moitié amnésique. Après une rencontre assez déjantée avec toutes ses versions alternatives réfugiées dans les limbes après la « redéfinition » de leur monde, le voilà occupé à essayer de retrouver son passé tout en menant une carrière de dessinateur de comic.

Voilà donc Suprême bien occupé. A retrouver sa forteresse –de solitude ?- et à y remettre de l’ordre. A renouer le contact avec ses anciens alliés et amis, parfois bien dans la mouise. A affronter quelques méchants ultimes. Et surtout à retrouver la mémoire, ce qui induit moult flash-backs.

C’est là où le comic devient intéressant, car le style graphique change entre présent et passé, passant d’un design plutôt moderne à quelque chose de très archaïque (plus rudimentaire dans le dessin, plus coloré, avec des couvertures kitsch à souhait…). Comme pour bien marquer la différence d’époque.

Et ce n’est qu’un des nombreux jeux introduits par les auteurs du comic. Même si l’histoire est globalement assez classique et linéaire, elle est truffée de clins d’œil aux comics de l’âge d’or (d’où le titre d’ailleurs) et bien évidemment à Superman.

Sans en avoir l’air, l’intrigue déborde d’ironie. On trouve quelques mises en abîme comme le super-héros qui dessine des histoires de super-héros dans le civil (et qui parle de Neil Gaiman !), ou le passage des redéfinitions qui évoque les multiples remise à zéro des histoires de super-héros. Et Alan Moore se moque pas qu’un peu des super-héros quand il étudie les différences histoires d’amour de Suprême, qui finissent toutes de façon abominable bien sûr.

Franchement, vous avez déjà vu ça dans un comic :
« Salut Suprême ! Fakeface a pris la place du président et s’apprête à déclencher une guerre mondiale ! Tu viens nous aider à l’arrêter ?
- Judy est à sa réunion Tupperware, je garde les gosses. »

Ce mélange d’une histoire old school riche en rebondissements et en méchants ultimes et d’une bonne dose de second degré est vraiment plaisant à lire. C’est beaucoup moins complexe que ce que fait Alan Moore d’ordinaire, mais c’est sacrément chouette.

samedi 25 avril 2009

Deux Batman

Pas plus tard que l’autre jour, je suis tombée sur une liste assez intéressante, celle des 25 meilleurs comics Batman. Avec un top 3 assez serré entre Frank Miller, Frank Miller et… Alan Moore (et pour l’instant fangirl juste derrière on a Arkham Asylum de Dave McKean, que je ne manquerais point de lire à l’occasion…).

Et comme de hasard, deux d’entre eux étant sur ma liste de choses à lire (le Dark Knight Returns c’est fait depuis longtemps), me voilà donc à sillonner la capitale pour les dénicher en bibliothèque, récupérant enfin au passage V pour Vendetta mais ça c’est pour plus tard…

Batman Année 1– Frank Miller



Si vous ne vous êtes jamais demandé quelle était la source d’inspiration n°1 pour les films de Nolan, ou si vous en doutiez encore, c’est bien de Frank Miller que vient cette lecture particulière de Batman. Ca se sentait déjà dans Dark Knight Returns, c’est translucide dans ce Batman Year One (oui j’ai du mal avec la vf), qui en à peine 50 présente une étonnante genèse de Batman.

On fait connaissance avec plus que troublé Bruce Wayne, et avec l’incontournable -actuellement lieutenant- Gordon qui vient d’arriver dans la place. Le comic nous fait suivre l’évolution de chacun, Batman construisant progressivement son identité, Gordon trouvant ses marques dans le bourbier infect de Gotham.

L’univers est abominablement sombre. Si vous trouviez Gotham City glauque et corrompue jusqu’à l’os dans les films de Nolan, sachez que ce n’est rien comparé à la version donnée à Frank Miller (qui est pourrie jusqu’aux molécules d’ADN). Batman et Gordon, au milieu de ça, cherchent à y mettre bon ordre, chacun à leur façon. Il n’y a pas de méchant au sens batmanien du terme dans cette histoire.

Du coup, cela fournit l’espace pour explorer la psyché de ces deux héros, qui choisissent chacun leur voie (Batman en dehors de la loi, Gordon en la suivant au maximum) pour ramener l’ordre à Gotham, et qui ont chacun leur faiblesse, leurs talon d’Achille, leur tourment intérieur.

Ce qui fait de cette lecture un véritable délice, où l’on découvre des héros qui sont tous sauf immaculés. Un sacré coup de poing quand on s’est habitué aux dessins animés (qui pourtant sont loin d’être manichéens).

Batman Rire et Mourir – Alan Moore



Toujours dans la série « a définitivement inspiré certaines adaptations cinéma », Rire et Mourir (alias The Killing Joke) vaut bien Year One. Le Joker de The Dark Knight y puise ses sources… et celui de Burton aussi d’ailleurs.

Parce que c’est un peu lui, le héros de l’histoire, celui qui mène le jeu (de toute façon dans Batman, le Joker vole toujours la vedette à Batman, c’est bien connu), ça se sent ne serait-ce que dans les couleurs bien pétantes, totalement à l’opposé de Year One.

Notre anti-héros aux cheveux verts s’échappe une fois de plus de l’Asile, pour s’en prendre au commissaire Gordon qu’il veut rendre fou, pour prouver que ce qui lui est arrivé, à lui, Joker, est à la portée de tous, même d’un symbole comme le commissaire.

C’est l’occasion d’y voir le Joker dans toute sa splendeur, et de découvrir comment il est devenu ce qu’il est, selon Alan Moore. Et de voir les bons vieux ennemis/amis que sont le Joker et Batman s’affronter une fois de plus.

Sur le fond, l’histoire n’apporte rien qu’on ne sache (ou soupçonne) sur ces deux lurons et sur leur caractère à chacun, mais c’est tellement la définition même de ce qu’est un Batman que c’est un vrai plaisir à lire, d’autant plus que le récit est rondement mené, et la fin assez perturbante, tout compte fait.

Et pour conclure cette petite balade au pays du justicier masqué, je ne peux m’empêcher de faire allusion à THE sortie qui m’intéresse le concernant, à savoir un Batman avec Neil Gaiman aux commandes : Whatever Happened to the Caped Crusader ? Y’a de quoi baver sur son clavier, une combinaison pareille non ? Enfin bref j’ai vu que la version reliée était prévue pour juillet sur amazon…

jeudi 5 mars 2009

Watchmen – Comic & Film

Bon si je n’étais pas une flemmarde invétérée (accessoirement en train de finir pour une énième fois Kotor 1er du nom à ses heures perdues), vous auriez eu un joli papier sur le roman graphique, et autant sur le film, mais bon, finalement, les deux s’emboîtant aussi parfaitement que la dernière pièce dans le puzzle de 1000 pièces, vous aurez un 2 en 1.

Le comic original par Alan Moore et Dave Gibbons



A l’origine, Watchmen, c’est un comic, ou un roman graphique, selon votre terme favori. Je nage un peu dans les définitions, mais j’avoue que pour une fois, le terme de « roman graphique » me semble tout adapté tant on a affaire à un volume, dense, riche, difficile à lire, avec énormément d’éléments à assimiler et la nécessité fréquente de faire des retours en arrière…

Si vous aimez les métaphores, pour vous faire une idée, lire Watchmen, c’est un peu comme partir en randonnée en montagne par temps de brouillard. On sue pendant les ¾ du trajet sans rien voir du paysage, on s’égare, on consulte la carte, puis tout à coup on passe par-dessus la couche de brouillard, tout devient clair et lumineux, et on est béat devant le spectacle.

Pour reprendre le résumé bateau de l’œuvre, en pleine période de guerre froide, dans un univers uchronique où l’Amérique a gagné la guerre du Vietnam et où Nixon attaque un énième mandat présidentiel, d’anciens super-héros interdits d’exercice depuis quelques années, sortent de l’ombre suite à l’assassinat d’un des leurs.

Cet aperçu est vague et ne dit pas grand-chose de l’ouvrage, mais je n’ai guère envie de développer plus. C’est un tel plaisir que de découvrir ce qui se cache derrière ce résumé que je trouverais dommage de vous en révéler plus.

Alan Moore reprend en effet le mythe des super-héros à sa sauce, ce qui donne un résultat loin, très loin des sentiers battus, incroyablement prenant, et qui ne laisse pas indifférent. Le casting, d’abord, est de choix : les personnages, loin des stéréotypes d’usage sont hauts en couleur et en caractère, bourrés de défauts et de névroses, et qui ont, pour certains, le don de susciter simultanément répulsion et attraction.

Et comme si ça ne suffisait pas, l’histoire est assez énorme, loin des conventions habituelles du genre. Et à croire qu’elle n’aurait pas été assez bien narrée de façon linéaire, Alan Moore se paye le luxe d’une narration en puzzle, tout en allers et retours entre le passé et le présent, entre les différents personnages, selon le chapitre, et parfois au sein d’un même chapitre, voir d’une même case… mais ça n’a rien de chaotique pour autant.

Quant au dessin, même s’il est un peu gueulard sur les bords coté couleur (ça date des années 80 quand même), il reste très bon, et accompagne très bien le texte. D’après ce que j’ai lu, parait que la traduction actuelle dénature le texte original, menfin ça ne se ressent pas trop à la lecture… et pour une fois, je n’irais pas m’enfiler la version anglaise pour vérifier, je ne suis pas folle ^^.

Bref, ce comic/roman graphique est qualifié de chef d’œuvre, et à juste titre. Difficile de trouver un équivalent en terme d’histoire, de réflexion, de personnages… et étant donné qu’on trouve une édition complète à 15 euros désormais, pas la peine de faire l’impasse, c’est le genre de livre que tout le monde devrait avoir dans sa bibliothèque !

(Et pour l'anecdocte débile de fan en passant, l'auteur remercie Gaiman en intro ^^)

La version cinéma de Zack Snyder



A coté de ça, si vous avez raté que l’adaptation ciné était sortie mercredi, c’est que vous avez passé les derniers mois au fond du Népal. Ma lecture encore fraîche en tête, je suis donc allée voir ce que ça pouvait donner sur grand écran, après avoir vu une bande-annonce de bon augure (attirante sans avoir lu le livre, et dont les scènes étaient aisément identifiables pour le lecteur averti, plutôt un bon mélange…).

Bref, à l’image du comic, ce film sort des sentiers battus, déjà par sa durée : pratiquement 3h, et encore il y a eu des coupes ! Par ailleurs, à ceux qui pensaient voir là un film de super-héros classique, oubliez de suite, ça n’y ressemble pas. La seule concession au genre est encore dans les scènes de baston plus développée que dans le livre…

Ce qui est très étonnant pour un morceau pareil, c’est l’extraordinaire fidélité du film au livre. L’intrigue, l’époque, les personnages, tout s’y retrouve. Et même –ça ne surprendra guère vu qu’on a affaire au réalisateur de 300-, les dialogues, certains plans, et la ligne narrative pour sa plus grande partie.

Le comic violent et adulte reste ce qu’il est à l’écran. Même la fin reste ce qu’elle est (anti-hollywoodienne au possible), à quelques détails près, des informations révélées plus tôt et des répliques qui changent de bouche…

Le film est donc à l’image du comic : on nage en plein brouillard pendant un bon moment, puis c’est la lumière… sauf si on a lu le roman graphique, dans ce cas, c’est comme une relecture éclairée, hautement agréable.

L’ambiance est très chouette : les années 80 rétro futuristes dans une ville bien glauque sont très bien rendues, et on plonge dans cette atmosphère poisseuse de fin du monde. La bande-son est particulièrement agréable, surtout en ce qui concerne le cocktail de chansons qu’elle brasse.

Le point d’orgue du film, au passage, c’est définitivement le générique, sorte de rétrospective qui couvre l’histoire de cet univers depuis la création des Minutemen (ancêtres des Watchmen dans les années 30) jusqu’à aujourd’hui. Un véritable bijou.

En fait, s’il fallait trouver un défaut à ce film, c’est qu’à être tellement fidèle et respectueux (à l’exception des batailles qui portent la griffe du réalisateur et non d’Alan Moore), il s’efface complètement face à l’œuvre originelle. Certes, pour un puriste, ça pourrait être une qualité, mais dans le fond, ça rend le film un peu obsolète pour qui a lu le comic.

On passe un très bon moment, mais à la sortie, on se retrouve vite à repenser au comic, et non au film, qui n’apporte rien de plus. Ca ne m’empêchera pas de le revoir, mais contrairement à certaines adaptations, celle-là n’appelle pas à y revenir… Mais bon, c’est aussi parce que j’aime les adaptations cinéma qui savent à la fois garder l’essence d’un livre tout en prenant leurs distances…

Juste en note de fin, à l’image du comic, le film, bien qu’uniquement interdit aux moins de 12 ans en France, est quand même très adulte, pas uniquement dans les scènes de baston parfois bien hard, mais aussi dans son ton et dans certains sujets qu’il traite. Peut-être que je suis hypersensible, mais bon, j’avoue que la faiblesse de l’avertissement en regard du film m’a un peu perturbé…