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jeudi 21 mars 2013

Doctor Who et les voyages dans le temps



Comme je vous l’avais promis, je ne pouvais conclure cette saison consacrée aux uchronies et aux voyages dans le temps sans vous proposer un petit article de synthèse sur ma série préférée (ah bon ? Vous ne saviez pas ?), Doctor Who.

Rassurez-vous cependant, je ne vais pas me lancer dans une histoire détaillée de cette série qui fête ses cinquante ans à la fin de l’année (quand même !), mais me focaliser sur l’aspect qui nous intéresse le plus dans le cadre de ce challenge, à savoir le voyage dans le temps. Les spoilers sont bien sûr au rendez-vous, ça vous surprend ?


La série classique


Ce qui est assez marrant, c’est qu’au tout début de la série, le voyage dans le temps n’est pas si important que ça, c’est juste un prétexte qui permet de faire des leçons d’histoire ou qui justifie la visite de civilisations futuristes.

N’oublions pas qu’il s’agit à la base d’une série voulue comme éducative (si si, je vous jure), un peu comme C’est pas sorcier à la mode british, sauf qu’en guise de camion on a une boite bleue qui voyage à travers le temps et l’espace, et qu’un alien assez caractériel amateur de sensations fortes tient lieu de présentateur.

La conséquence, c’est qu’au début de la série, le voyage dans le temps fonctionne avec une règle stricte extrêmement pratique : quand on est dans le passé, on ne peut aucunement influencer les évènements. Le futur, c’est une autre histoire, après tout, comme on ne le connait pas, il peut bien s’y passer n’importe quoi (à fortiori dans une galaxie lointaine).

D’ailleurs, il est intéressant de noter que dans la première saison, les épisodes dits « historiques » sont dénués de toute présence alien, si bien qu’on est à la limite de la reconstitution historique façon documentaire du samedi soir sur Arte, à ceci près que les héros font tout pour s’en sortir vivant (sans passer par la case guillotine par exemple, comme dans The Reign of Terror).


C’est toute la base du serial The Aztecs, dans lequel Barbara tente de faire renoncer les Aztèques aux sacrifices humains pour préserver leur civilisation, et échoue sur toute la ligne. Prévisible, me direz-vous, mais il n’empêche que cette problématique élève sacrément le niveau, et fait de ce serial  le meilleur de la saison 1, à mon humble avis.

Ceci dit, ce code de conduite strict s’assouplit assez vite, puisque dès la saison 2, on observe des entorses. Dans le serial The Romans, on voit en effet le Doctor inspirer à Néron le grand incendie de Rome (et trouver ça drôle !), autant dire que pour la non-influence, on repassera, même si la cohérence historique est bien entendue respectée.


Il me faut aussi parler de The Chase, course-poursuite à travers l’espace et le temps qui fait un crochet par la Mary Céleste, et éclaircit à sa façon le destin de ce navire fantôme…En fait si Doctor Who ne modifie pas l’histoire, il n’aime rien de mieux que de se glisser dans ses passages obscurs pour y ajouter sa touche personnelle.

D’ailleurs, si le Doctor affirme haut et fort qu’on ne peut modifier le passé, on croise à la fin de la saison 2 dans The Time Meddler, un autre Time Lord (même s’il n’est jamais nommé comme tel) qui s’évertue à réécrire l’histoire de l’Angleterre, autant dire que cette règle semble ne pas être suivie par grand monde.

Même le TARDIS semble s’en jouer dans The Space Museum : le vaisseau « saute une piste » (je vous rappelle qu’à l’époque on écoutait des disques vinyles) pour donner un aperçu du futur à son équipage, et c’est ensuite à eux de tout faire pour que l’horrible destin qui les attend ne se produise pas. L’intrigue qui suit est affreusement plate, mais il est tout de même marrant de voir que déjà à l’époque, les scénaristes commençaient déjà à saisir le potentiel narratif du timey-wimey !

Sautons maintenant quelques décennies de saisons que je n’ai toujours pas visionné (du coup vous vous épargnez cent pages de dissertation) pour passer à l'ère moderne.


La série actuelle


Si on regarde la première saison, en 2005, on reste sur un schéma assez similaire : on ne peut pas modifier le passé, par contre, pour le futur, c’est open-bar ! Ceci dit, il y a quand même une différence majeure.

Là où le premier Doctor s’efforçait de passer sans faire de vagues (façon documentaire), les Doctors « modernes » arrivent systématiquement en plein complot alien, et c’est à eux de rétablir la situation pour assurer la conservation de la ligne temporelle. De simple voyageur, le Doctor est pratiquement devenu un gardien de l’Histoire.

C’est flagrant lorsqu’on se retrouve avec un épisode comme The Long Game, où le Doctor arrive à une époque et s’étonne de ne pas la trouver comme elle devrait être. Cela prend une dimension encore plus tragique dans The Fires of Pompeii, où s’étonnant de l’absence de signes avant-coureurs en débarquant juste avant l’éruption du Vésuve, le Doctor se retrouve obliger de provoquer l’éruption…

Mais si on laisse de côté cet épisode tragique, le Doctor s’amuse surtout le plus souvent à ajouter sa touche personnelle à l’histoire. Ainsi s’éclaircissent, entre tant d’autres, une mystérieuse absence d’Agatha Christie (The Wasp and the Unicorn), comment Dickens en est venu à écrire des histoires de fantômes (The Unquiet Dead), ou encore, plus récemment, ce qu’il est advenu de Néfertiti (Dinosaurs in the Spaceship).


Ceci dit, on trouve quelques épisodes qui sortent de ce schéma traditionnel :
  • Father Day (saison 1)
On assiste dans cet épisode à une réécriture de l’histoire en direct, ce qui entraîne ni plus ni moins que la fin du monde (ce qui semble un peu déplacé quand on pense qu’on a juste sauvé la vie du père de Rose !). Aujourd’hui je trouve l’histoire des reapers, sortes de nettoyeurs professionnels des accidents temporels un peu absurde (je préfère autant quand le temps « explose » façon Wedding of River Song), mais je garde beaucoup d’affection pour cette histoire, qui s’inscrit dans une veine très intimiste du voyage dans le temps.
  • Utopia / The Sound of the Drums / The Last of the Time Lords (saison 3)
Ce triple épisode qui conclut la saison trois est pour moi un des chefs d’œuvre de l’époque R. T. Davies, en lui-même, mais aussi pour la relecture qu’il apporte de toute la saison 3. En effet, c’est le voyage du Doctor et de Martha dans Utopia qui met en branle les évènements de toute la saison 3 (avec ce cher Harold Saxon). Une authentique boucle temporelle dans toute sa splendeur !
  • Turn Left (saison 4)
La théorie du chaos adapté au voyage dans le temps, il n’y a rien de mieux. Quoi de plus fascinant de découvrir qu’il suffise de tourner à droite ou à gauche à un carrefour pour réécrire toute l’histoire ? C’est ce qui arrive à Donna, et ce changement infime conduit à la mort du Doctor, ce qui n’est pas sans entraîner un sacré boxon (quand je vous disais qu’il assurait la sauvegarde des lignes temporelles). L’exercice a ses limites, mais cela donne quand même une chouette réécriture de deux saisons entières dans une vision (uchronique ?) bien noire.
  • Waters of Mars (Saison 4 Specials)
Et puis il y a cet épisode, assez traumatisant, qui explore justement la question du « Et si le Doctor décidait de ne plus obéir aux règles ? ». Et le voilà donc à un évènement fixé, capital, et le voilà qui décide de le changer, parce qu’il en a marre de voir des gens mourir, et un peu par arrogance, empruntant ainsi un bien dangereux sentier. La leçon est cruelle, car s’il change (arbitrairement finalement) le destin d’Adélaïde Brooke, cette femme au tempérament d’acier ne l’accepte pas.

Est-ce sa volonté de se révolter contre cet homme qui joue à être Dieu, ou sa mort est-elle inévitable car on ne réécrit pas l’histoire ? La question demeure. Une chose est sûre, réécrire l’histoire n’est pas une chose simple, même pour le dernier des Time Lords...

Le cas Moffat


Et là vous vous dites « Mais elle gagaterais un peu pas la Vert, à oublier certains épisodes majeurs ? ». Je vous rassure tout de suite, je gardais le cas Moffat pour la fin. Car Steven Moffat est presque un orfèvre du voyage dans le temps, dont il fait souvent le moteur de son intrigue (alors que rappelez-vous, le plus souvent dans la série, c’est juste un mode de transport original !)

Ca se voyait déjà dans sa parodie délirante Doctor Who and the Curse of Fatal Death (ou dans ses mini-épisodes Time Crash et Space & Time) qui en exploitait avec brio le potentiel comique, ça se pressentait dans le diptyque The Empty Child / The Doctor Dances (où il s’amusait allègrement à faire se croiser plusieurs voyageurs temporels), et après... voyons un peu ce qu’il nous a fourni en matière de stand-alone :
  • The Girl in the Fireplace (saison 2)
Très belle mise en image du concept de la « voie lente », a.k.a. ce qui se passe quand une personne recroise le même voyageur temporel à plusieurs périodes de sa vie, tandis que pour lui l’aventure ne dure que quelques heures. Porté par une esthétique assez magnifique (les robots steampunk), et dans le genre histoire intimiste qui vous fera pleurer comme une madeleine, cet épisode reste un des plus beaux de tout Doctor Who.
  • Blink (saison 3)
Ah, Blink. Le paradoxe d’un épisode stand-alone dont le Doctor est pratiquement absent (si bien qu’on peut le regarder sans aucune connaissance de la série), mais qui représente ce qui fait la saveur de Doctor Who. Des personnages attachants, une intrigue haletante, des monstres effrayants, de l’humour et surtout beaucoup de timey-wimey (l’expression vient de là).

En effet vous ne trouverez jamais mieux en terme de voyage temporel, avec des gens expédiés dans le passé, de la correspondance à travers le temps, et surtout une boucle temporelle stable tellement bien construite qu’on n’y trouve pas un fil de travers, tout colle ! C’est brillant, c’est fantastique, et si vous aimez les voyages dans le temps mais pas Doctor Who (ça existe ?), vous devez voir cet épisode !
  • Silence in the Library / Forest of the Dead  (saison 4)
Pour une fois, ce n’est pas le voyage dans le temps qui est au coeur de l’intrigue de ce double-épisode, du moins pas pour le Doctor et Donna. Mais cet épisode marque la première apparition de River Song, personnage ô combien intéressant. A l’époque, on sait fort peu de choses sur elle, mais le fait que cet épisode soit sa dernière rencontre avec le Doctor, qui lui ne l’a jamais rencontrée... micmac temporel, nous voilà, et quand on se rend compte qu’ils sont sûrement plus que de simples connaissances, le résultat est si poignant qu’on en oublie presque le reste de l’histoire avec sa librairie et ses piranhas de l’ombre !

Assez ironiquement, si ces trois histoires sont pensées (et fonctionnent) comme des stand-alone, Moffat n’aura cesse de revisiter leurs motifs lorsqu’il prendra la direction de la série à la saison 5 : Amy elle-aussi connait les affres de la « voie lente » dans The Eleventh Hour, les Weeping Angels reviendront ici et là, quant à River Song... Spoilers ?


Si tous les épisodes des saisons qu'il dirige n’utilisent pas le voyage dans le temps comme outil de narration (heureusement pour nos pauvres cerveaux, ai-je envie de dire !), dès The Eleventh Hour, justement, on sent bien qu’il jouera un rôle important dans l’intrigue globale.

C’est une direction assez étrange que prend l’histoire du Doctor, car après une trentaine de saisons à sauter d’une époque à l’autre sans se soucier des conséquences, tout à coup, non seulement cela prend fin, mais pire encore, voilà qu’on cherche à l’atteindre, à le tuer (ce qui implique une certaine coordination spatio-temporelle qui intrigue et force presque le respect).

Cela culmine durant la saison 6, qui s’ouvre, pardonnez le monstrueux spoiler, sur la mort du Doctor... ce qui ne l’empêche pas de pointer son nez cinq minutes après son décès définitif... mais avec deux cents ans de moins, inconscient du destin qui l’attend. C’est un coup à faire disjoncter tous vos neurones cette introduction !

Voilà donc une excellente opportunité d’explorer la thématique des prophéties. Lorsqu’on connaît le futur, doit-on tout faire pour le changer, ou ne peut-on rien faire ? La question travaille Amy un bon moment, puis le Doctor lorsqu’il découvre la vérité... et si la résolution est un peu facile, il y a quand même une certaine virtuosité dans cette intrigue qui au lieu de s’en tenir aux traditionnels évènements et personnalités historiques, applique les troubles de de la réécriture de l’histoire au Doctor lui-même !

(Avec des points bonus pour ce qu’il se passe quand on essaye de réécrire un point fixe. Non mais vraiment, l’Orient-Express qui conduit à la zone 51 dans la pyramide de Gizeh ?)

Après quoi le Doctor décide de se remettre à l’ombre (non il n’est pas mort finalement, c’est le héros de la série tout de même !), et si la première partie de la saison 7 semble relativement dénuée de timey-wimey (à l’exception d’une histoire de weeping angels et de points fixes qui tombent un peu trop à pic), l’arrivée de la nouvelle compagne, Clara, vient avec son lot de mystères temporels, autant dire qu’on s’oriente sûrement vers quelques belles prises de tête spatio-temporelles.


Cette nouvelle approche du voyage dans le temps à une aussi large échelle n’est pas sans défauts, l’histoire des points fixes finit presque par sembler douteuse, car pas toujours très logique. Elle nécessite donc une belle suspension consentie de l'incrédulité (encore plus que celle qu’on pratique d’instinct sur les voyages dans le temps !).

Mais il faut tout de même reconnaitre que toutes ces intrigues temporelles dynamisent énormément la série. Et puis à l’heure actuelle, on aurait bien du mal à concevoir une série télé de cette ampleur sans un côté blockbuster, même au niveau voyage dans le temps.

Je ne doute pas que cela passe de mode un jour (c’est même assuré), mais je suis sûre que les scénaristes trouveront alors d’autres idées... c’est là toute la force de la série, parce que ses personnages changent souvent, il lui est assez facile de se renouveler. Autant dire que Doctor Who a encore de très belles heures devant lui. A commencer par la deuxième partie de la saison 7 à partir du 30 mars...


Voilà, avec cette participation (affreusement longue, si vous avez tout lu vous êtes bien courageux !), je clôture mon Winter Time Travel, juste à temps !

dimanche 17 mars 2013

Doctor Who : Les Daleks – David Whitaker


Comme je sais que Lhisbei adore tout ce qui touche à Doctor Who, il fallait bien que je pourrisse un peu son challenge avec, et tant qu’à opter pour Doctor Who, autant le faire avec du collector, comme cette adaptation et traduction française d’une novelisation d’un des premiers épisodes de Doctor Who, présentée par les frères Bogdanoff (qui avaient acheté les droits à la fin des années 80 pour une diffusion dans leur émission Temps X).

Ceci dit je tiens à vous rassurer, je n’ai pas remué ciel et terre pour dénicher ce petit bijou, je suis tombée dessus dans un bac chez Boulinier, et pour un euro, comment aurais-je pu résister ? Notez que je n’avais pas vraiment prévu de le lire (c'était plus le côté collector qui m'intéressait), mais rien n’est trop bon pour le Winter Time Travel

Bref comme je le disais, Doctor Who : Les Daleks est la novelisation du serial Les Daleks (deuxième serial de la saison 1 de 1963, oui ça date), et raconte donc la toute première rencontre du Doctor avec les Daleks. A l’époque ce n’est pas franchement l’entente cordiale entre lui et Ian et Barbara (qu’il a plus ou moins kidnappés), et en dépit de son apparence âgée, le Doctor passe plus pour un gamin capricieux que pour un vieux sage.

Ce qui est savoureux dans cette histoire, c’est qu’il n’était certainement pas prévu à la base que les Daleks deviennent les méchants les plus emblématiques de la série, puisqu’ils sont vaincus, éliminés, etc. à la fin de l’histoire. Et pourtant, ils ne cesseront jamais de revenir de saison en saison.

Comment est-ce possible ? Et bien tout simplement, en faisant appel à des Daleks venant d’une époque antérieure à celle où le Doctor les rencontre la première fois. Ce qui explique qu’ils ne le reconnaissent pas lors de leur deuxième apparition, dans The Dalek Invasion of Earth.

Ce qui amène à se demander pourquoi du coup ils ne l’ont pas reconnu dans le premier épisode, s’ils l’avaient déjà rencontrés, eux, dans leur ligne temporelle, mais on commence à partir dans des considérations temporelles fort susceptibles de vous coller la migraine.

D’ailleurs toute tentative de cohérence temporelle sera vite jetée aux orties, puisque finalement, la seule chose qui compte, c’est que le Doctor a pour ennemi perpétuel les Daleks, et vice-versa ! Leurs histoires ont de toute façon sûrement été complètement réécrites une quinzaine de fois à force de se croiser à des époques différentes, si bien que je doute que l’épisode Les Daleks ait encore une existence concrète (sauf dans les souvenirs du Doctor).

Et la novélisation dans tout ça, me direz-vous ? Et bien je vous avoue que quand on a eu l’occasion de voir la série, elle n’apporte pas grand-chose, à part une pseudo romance un peu plus développée entre Ian et Barbara. Et encore, c’est tellement subtil que j’en suis venue à suspecter des coupes à la traduction…

Du coup je suis allée regarder l’aperçu de l’édition VO actuelle, et grand bien m’en fit. Je sais bien que quand un livre est « adapté », c’est rarement bon signe, mais je ne pensais pas que c’était à ce point. En effet, la traduction française a carrément coupé les deux premiers chapitres (d’introduction je pense), au profit de deux pages de mise en situation rapide.

Mieux (enfin pire) encore, c’est une réécriture complète puisque l’histoire est racontée à l’origine à la première personne par Ian (du coup je comprends mieux pourquoi on n’a que son point de vue), et passe à la troisième personne en français ! Ah, les traductions… En plus ils n’ont pas non plus inclus les illustrations intérieures (bon ok elles sont laides, et alors ?).

Bref, à part pour le côté collector de l’objet, inutile de remuer ciel et terre pour vous procurer ce livre au prix fort. A choisir, autant investir dans la VO, qui a l’avantage d’avoir été rééditée récemment (avec une préface de Neil Gaiman, mais moi je dis ça, je dis rien...) et de ne pas avoir été traduite par un cyberman (« Delete ! Delete ! »).

Je conclurais juste en vous donnant la quatrième de couverture, qui vaut elle aussi son pesant de cacahuètes :
« Un milliard d'admirateurs à travers le monde !
Seigneur du temps, héros de l’Éternité, le Docteur Who connaît aujourd'hui une fantastique popularité. Le succès inégalé de la série télévisée qui lui a donné naissance, la fascination qu'il exerce sur un immense public à travers plus de cent pays contribuent à faire de ce personnage un véritable mythe pour la première fois révélé en France

En débarquant sur la planète Skaro, le docteur Who s’allie aux pacifiques Thals pour combattre le plan diabolique des hideux Daleks. N’est-il déjà pas trop tard ? »

mercredi 13 mars 2013

Stargate et les voyages dans le temps


Lorsque Lhisbei a ouvert cette année son Winter Time Travel aux voyages dans le temps et aux séries télé, aussi bizarre que cela puisse paraître, je n’ai pas tout de suite pensé à Doctor Who, mais surtout à Stargate SG-1, série qui a bercé mon adolescence et qui a exploité à plusieurs reprises le filon avec brio.

Pour ceux qui auraient jamais connu cette série (il y en a vraiment ?), Stargate SG-1 reprend l’univers du film Stargate sorti en 1994 (un film un poil ennuyeux comparé à la série d’ailleurs), et nous fait suivre les aventures d’une équipe d’explorateurs terriens qui visitent d’autres planètes en utilisant la porte des étoiles, et passe ainsi une bonne partie de leur temps à se fritter avec des méchants mégalomaniaques portant généralement des noms de dieux égyptiens.

Stargate SG-1 est une série pour laquelle j’ai beaucoup d’affection, car malgré des scénarios parfois faiblards et des raccourcis pas toujours très heureux, c’est un excellent divertissement. C’est sans doute dû au fait que la série ne se prend pas trop au sérieux (en témoigne des épisodes plus que second degré comme Wormhole X-Treme), et en SF, c’est le meilleur moyen de faire passer les éventuels défauts.

Série de science-fiction oblige, si Stargate SG-1 nous parle souvent vaisseaux spatiaux, téléportation et autres poncifs du genre, elle s’est essayée au voyage dans le temps à plusieurs reprises. Et c’est une petite promenade à travers ces épisodes que je vous propose aujourd’hui. Je me limiterai par contre à la série originelle (je sais qu’il y en a aussi dans Atlantis et Universe, mais à force les schémas se répètent, et puis ça ne vaudra jamais SG-1 !)

Les spoilers sont au rendez-vous, vous vous en doutez. Mais pour ceux qui n’ont jamais regardé cette série, qui sait si cela ne vous donnera pas envie de vous y mettre…



2x21 : 1969
(un des rares cas de titres laissés tels quels d’ailleurs)

Le pitch : Alors qu’ils partent sur une mission de routine, SG-1 se retrouve sur Terre… en 1969. Avec pour seule aide un post-it peu limpide du général Hammond, il va leur falloir trouver un moyen de rentrer chez eux.

Je ne sais pas pour vous, mais dans mon hit des meilleurs épisodes de Stargate, 1969 occupe une très bonne place, tant cet épisode semble dénué de tout défaut (à part peut-être pour le petit détour par le futur à la fin, qui m’a sauté aux yeux comme une fausse note inutile à mon dernier revisionnage).

1969, c’est le schéma type de la boucle temporelle stable dans toute sa splendeur, puisque c’est le post-it du général qui leur permet de trouver une solution pour revenir à leur époque, et ce post-it leur a été donné car le général se souvenait de les avoir rencontré dans le passé. Wibbly-wobbly timey-wimey, nous voilà !

Ce que j’aime dans cet épisode, c’est que la partie « voyage dans le temps » est parfaitement maitrisée (avec les explications de Carter de rigueur sur pourquoi il ne faut surtout pas changer le passé), et que là-dessus les scénaristes se sont offerts un trip sixties absolument délicieux : van multicolore, hippies, visite à une jeune Catherine Langford avec un faux accent allemand, O’Neill qui se fait passer pour un certain Kirk, puis un certain Skywalker…

Tout cela fait de 1969 un épisode léger qui ne nécessite pas de sauver le monde, mais propose à la place de bons délires, sans pour autant négliger la cohérence de l’ensemble (ce qui n’est pas forcément le cas de toutes les histoires de voyages temporels).



4x06 : Window of Opportunity (L’Histoire sans fin)

Le pitch : A cause d’une machine à voyager dans le temps dysfonctionnelle, la Terre se retrouve bloquée dans une boucle temporelle où tout le monde revit sans cesse les dix mêmes heures. Seuls O’Neill et Teal’c ont conscience du phénomène, c’est donc à eux deux de réussir à briser cette boucle.

A vrai dire ce n’est pas un « vrai » épisode de voyage dans le temps (quoique…), Windows of Opportunity, comme son titre VO l’indique si bien, est surtout prétexte à de gros délires de la part de l’équipe (plus que la partie de golf dans la salle d’embarquement, c’est Jack O’Neill faisant de la poterie qui m’a toujours traumatisée, allez savoir pourquoi !).

Mais quand même, il y a une certaine virtuosité dans l’écriture de ces scènes qui se répètent sans cesse (O’Neill et les céréales, Daniel et ses papiers, Sam et le général Hammond qui se disent qu’ils ne se souviendront pas de cette conversation la prochaine fois), avec juste assez de changements pour qu’on ne se lasse pas, et mieux encore, qu’on en rigole, tandis que Jack et Teal’c se démènent pour apprendre le latin, car leur mémoire est la seule chose qui n’est pas effacée à chaque retour en arrière !



4x16 : 2010

Le pitch : Il y a dix ans, SG-1 a rencontré les Aschen, qui les ont aidé à vaincre les Goa’ulds, et apporté maintes avancées technologies merveilleuses sur Terre. Sauf que les intentions des Aschen ne semblent pas être si bienfaisantes que cela, et pour éviter la disparition complète de l’espèce humaine, toute la bonne vieille bande de SG-1 ne voit qu’une solution : modifier le passé.

Autre épisode de voyage dans le temps, autre approche. Cette fois-ci, il n’est point question d’éviter de modifier le passé, bien au contraire. Ayant identifié le point de divergence idéal (la première rencontre avec les Aschen), les voilà qui se démènent pour faire dévier l’Histoire, mais de la façon la moins dangereuse possible, en se contentant d’un message.

2010 est un chouette épisode qui sait être très émouvant (dans son côté dix ans après notamment), mais aussi ménager quelques moments drôles (la visite de Cheyenne Moutain devenu un haut lieu touristique). Mais ce que j’aime le plus, c’est le duo qu’il forme avec l’épisode 2001, une saison plus tard.



5x10 : 2001 (Les faux-amis)

Le pitch : SG-1 revient d’une mission en vantant les mérites de leurs futurs alliés les Aschen. Aïe aïe aïe, se dit le spectateur, l’histoire se répètera-t-elle ? Heureusement, entre les suspicions naturelles du général Hammond, et les dons d’archéologues de Daniel, SG-1 découvrira plus vite la vérité sur les Aschen !

Je triche un peu avec cet épisode qui n’implique nul mécanisme temporel, mais en tant que suite directe de 2010, il est difficile de ne pas en parler. C’était une bonne idée de revenir sur les Aschen, et même si je pense qu’il aurait plus intéressant de développer leur histoire sur plus d’épisodes (ils avaient un potentiel de méchanceté plutôt intéressant je trouve), cet épisode est plutôt marrant à suivre, ne serait-ce que pour voir comment l’Histoire semble désespérément chercher à suivre son cours en dépit des interventions de SG-1 !

En cherchant des captures d’écran sur cet épisode, j’ai découvert qu’un troisième épisode avec les Aschen a été envisagé (où ils arriveraient sur Terre pour se venger, dans la grande tradition des vilains pas beaux), c’est presque dommage que cela soit resté à l’état de projet !



8x19&20 : Moebius (Retour vers le futur)

Le pitch : Après la mort de Catherine Langford, Daniel Jackson récupère dans ses affaires un livre qui lui indique qu’un ZPM pourrait être caché en Egypte. Le seul problème, c’est que sa dernière localisation connue remonte à 3000 ans. Oh, ce n’est pas grave, ce n’est pas comme si nous n’avions pas un vaisseau capable de voyage dans le temps, allons le chercher ! Sauf qu’en faisant cela, SG-1 pourrait bien modifier toute l’histoire…

Il faut savoir que la saison 8 de Stargate SG-1 a bien failli être la dernière, ce qui explique que Moebius, double-épisode final de cette saison, fonctionne tellement bien comme un point final à huit années d’aventure. Il m’a été très dur de poursuivre la série après, qui n’a d’ailleurs connue de conclusion aussi satisfaisante que celle-là.

Pour ce qui aurait dû être la dernière des aventures de SG-1, les scénaristes s’offrent donc un beau retour aux sources, en ouvrant sur le décès de Catherine Landford (sans qui le SGC n’aurait pas vu le jour, la boucle est donc bouclée), et en ressortant les « anciens » de la bande : Kawalsky, Apophis, et même Ra !

Là-dessus se brode une intrigue de voyage dans le temps qui explore un autre type de voyage dans le temps. Après la boucle temporelle et la réécriture de l’histoire, cette fois-ci on a le droit à une belle réalité alternative (façon Retour vers le futur 2, ce qui explique sans doute le titre vf même si Moebius est infiniment plus subtil, menfin je ne vais pas rouvrir le débat sur pourquoi en France on se sent obligé de nous faire des titres d’épisodes à la noix).

Nous voilà donc avec un Daniel et une Sam qui n’ont jamais autant eux l’air de geeks (au sens vraiment négatif du terme), un O’Neill qui s’en fiche, un Teal’c qui n’a pas déserté, et si la raison pour laquelle tout le monde finit par se retrouver n’est pas toujours très cohérente, les dialogues absurdes et les péripéties qui conduisent à un retour à une ligne temporelle « normale » sont juste excellentes.

J’aime beaucoup la conclusion, où nos héros se rendent compte qu’ils n’ont finalement rien à faire (ils l’ont déjà fait !), et surtout, cette dernière image :


Après cet épisode, il y eut encore un autre épisode à voyage dans le temps, plus précisément un film, Continuum, mais je vous avoue l’avoir assez peu apprécié à l’époque (j’en ai parlé ici), du coup je ne vous en reparlerai pas.

Une chose est sûre, sans pour autant en faire le moteur de son intrigue, Stargate SG-1 a su ménager de très bonnes histoires de voyages dans le temps (surtout 1969 et Moebius), bien délirantes certes, mais sans pour autant négliger ni la construction ni la cohérence.

Si j’ai un peu de temps, je finirais cette balade sur les voyages dans le temps par un petit tour des schémas qu’utilise Doctor Who dans le domaine, mais comme il y a nettement plus de matière à trier, je ne promets rien !

lundi 11 mars 2013

L'ombre du maître espion (Le Baron noir 1) - Olivier Gechter


Lhisbei, qu’on se le dise, est une personne infréquentable ! En effet, alors que je me plaignais de n’avoir plus rien à lire pour le Winter Time Travel, à peine nous étions nous croisées à Zone franche à Bagneux qu’elle m’invitait à investir dans une novella uchronique (sous le fallacieux prétexte de faire d’un livre deux challenges).

Evidemment, je n’ai pu m’empêcher de céder à son marketing subtil et je l’ai acheté. Et dans la foulée, je l’ai lu. Et je l’ai adoré. Vous voyez à quel point c’est une personne dangereuse ?

Le baron noir : l’ombre du maître espion se déroule dans un XIXe siècle uchronique où la machine à vapeur a été inventée plus tôt, et où Napoléon est mort durant la bataille d’Austerlitz. Nous y suivons les pas d’Antoine Lefort, un jeune, riche (et beau ?) industriel français qui s’inquiète de la présence d’espions dans son entreprise, tandis qu’un jeune Clément Ader vient le voir avec des plans d’une toute nouvelle machine volante.

J’étais un peu inquiète en commençant ma lecture, car j’avais acheté ce livre sur un coup de tête (au sens figuré, je vous promets que Lhisbei ne distribue pas les coups de massue !) et ce n’était pas forcément le genre de lecture que je recherchais en ce moment. Mais tous ces doutes ont été balayés au bout de quelques pages.

Le baron noir est en effet une novella diablement prenante (avec un côté feuilletonnant très agréable) et extrêmement bien documentée (les éléments clés étant expliqués dans une postface très intéressante à lire d’ailleurs).

Lorsque j’ai acheté mon exemplaire à Bagneux, l’auteur m’a parlé de toutes les recherches qu’il avait fait pour vérifier le plus infime détail que personne ne relèvera à la lecture, et cela se sent à la lecture, tant l’univers semble incroyablement crédible pour un XIXe siècle uchronique.

Ca peut sembler anecdotique, mais je me suis surprise à sortir mon plan de Paris en lisant le bouquin, et je n’ai pu que constater à quel point tout collait au niveau des rues et des déplacements (je vous rassure, je ne fais pas ça pour tous les livres se déroulant à Paris que je lis, mais cette fois-ci je n’ai juste pas pu résister, pour une fois que l’auteur sait de quoi il parle !).

Là-dessus se greffe une histoire de vol de plans secrets qui se révèle extrêmement délicieuse à suivre, surtout une fois qu’on a fait connaissance avec le baron noir, sorte de proto-Batman steampunk (ou proto-Iron Man, je trouve qu’il tient un peu des deux en fait), qui est, pardonnez l’expression mais j’ai n’ai pas trouvé plus adapté, grave kiffant.

(J’ai d’ailleurs bien ri quand j’ai réalisé, au bout de quelques pages, que j'avais choisi sans le faire exprès un marque-page Batman pour cette lecture)

Contrairement à bien des novellas que j’ai lu, qui donnent une impression de trop peu ou de trop long, Le baron noir est parfaitement équilibré avec une histoire juste assez longue et bien assez développée pour ses 90 pages, ce qui évite la frustration que je ressens souvent avec ce format.

Je ne peux donc que vous inviter à découvrir ce texte court mais diablement prenant et bien fichu (en plus il se lit en une journée, ce n’est pas s’il allait vraiment peser sur votre PàL). Quant à moi, il ne reste qu’à demander la suite à corps et à cri.


CITRIQ

vendredi 1 mars 2013

Le maître du haut château - Philip K. Dick


C’est toujours très frustrant, lorsqu’un monument de la SF vous échappe. J’ai fait connaissance avec Philip K. Dick il y a bien longtemps, et si j’ai toujours adoré ses nouvelles, j’ai malheureusement bloqué sur ma seule expérience romanesque, Le maître du haut château, en dépit de sa réputation, ce qui m’a toujours un peu vexée.

Du coup lorsque par un concours de circonstance (impliquant le Winter Time Travel, le Cercle d’Atuan et le fait d’avoir les épreuves de la nouvelle traduction sous la main) j’ai eu l’opportunité de faire une nouvelle tentative, j’ai voulu donner une deuxième chance à ce classique d’entre les classiques, ce que je ne suis pas mécontente d’avoir fait.

Le maître du haut château est une uchronie se déroulant aux Etats-Unis, prenant comme point de divergence l’assassinat de Roosevelt avant la seconde guerre mondiale, ce qui conduisit à la défaite du pays. Celui-ci est désormais occupé à l’est par les Allemands, et à l’ouest par les Japonais, avec quelques états neutres dans les Rocheuses.

Dans ce contexte, on suit le parcours d’un certain nombre de personnages : M. Tagomi, un Japonais qui s’apprête à entamer de grandes négociations avec un industriel suédois : Frink, un ouvrier qui décide de se lancer dans la fabrication de bijoux ; Juliana, sa femme qui vit dans les Rocheuses et enseigne le judo ; Childan, un vendeur d’« antiquités » américaines, et quelques autres.

Leurs histoires se croisent à leur façon tandis que l’on découvre peu à peu ce monde différent où un roman, Le poids de la sauterelle, fait grand bruit en racontant le destin alternatif d’une Amérique ayant gagné la guerre.

A la première lecture, j’avais détesté ce roman, principalement à cause de la fin plus qu’étrange, mais aussi à cause de l’omniprésence du Yi King, dont je n’avais jamais entendu parler jusque-là. D’ailleurs ironiquement, je me souviens l’avoir recroisé peu de temps après en lisant Le miroir d’ambre, je me suis sentie légèrement harcelée à l’époque !

A la deuxième lecture, je savais à quoi m’attendre, si bien qu’il a été bien plus facile d’apprécier le texte. Le maître du haut château est un texte étrange, car si on parle toujours principalement de son caractère uchronique, l’uchronie elle-même semble parfois n’être qu’un prétexte, une vague toile de fond.

Finalement ce n’est pas ce qui compte vraiment (surtout à l’heure actuelle où les uchronies sont assez nombreuses pour que ce soit plus vraiment une grande innovation), mais plutôt le jeu des personnages qui se cherchent (Frink dans la fabrique de bijoux, Childan dans sa tentative de rentrer dans les hauts cercles japonais avec ses antiquités…), et toutes ces destinées qui s’entrecroisent sans pour autant se lier complètement (Frink et Tagomi ne se rencontrent jamais, et pourtant…)

C’est un roman extrêmement bavard, truffé de monologues intérieurs assez longs (et parfois un peu fatigants quand on n’est pas passionnés par les modes de pensés orientaux), mais finalement pas désagréable une fois qu’on s’est habitué au style truffé de phrases courtes (qui est bien mieux rendu dans la nouvelle traduction, il me semble).

Du coup, même si j’aurais toujours du mal à considérer ce texte comme un chef d’œuvre, je me suis suffisamment réconciliée avec lui pour en sortir avec une impression plutôt positive, même si toujours assez confuse.

A noter que la nouvelle édition dispose d’une postface rédigée par Laurent Queyssi qui replace très justement le roman dans son contexte d’écriture et offre quelques éléments d’analyse plus qu’appréciables. C’est intéressant notamment de découvrir que Philip K. Dick s’est servi du Yi-King pour écrire son roman (bonjour la mise en abîme !), ou que l’histoire des bijoux est liée à l’entreprise de sa femme.

Cette deuxième lecture n’aura donc pas été un mal, et même si j’aurais toujours du mal à recommander ce roman que je trouve assez difficile d’accès, je ne suis pas mécontente d’avoir réussi à renouer avec !

Avis des autres Atuaniens :  Euphemia, Rose

CITRIQ


mardi 19 février 2013

Goliath (Léviathan 3) - Scott Westerfeld


Cela faisait presque un an que j’avais laissé de côté la trilogie steampunk de Scott Westerfeld, jusqu’à que l’occasion faisant le larron et profitant du Winter Time Travel, nous reprenions la lecture commune (légèrement au long cours) que nous avions commencé sur le Cercle d’Atuan.

Il y a donc eu Léviathan, puis Béhémoth, à la fin duquel nous avons laissé Alek et Deryn, de retour à bord du Léviathan après avoir grandement participé à une révolution à Istanbul. Vers quelles aventures vont-ils se diriger maintenant ? Alek finira-t-il par découvrir le secret de Deryn ? C’est ce que l’on va découvrir dans le troisième volume, Goliath. Et nous voilà donc en route pour la Russie.

Au programme, il y a aura quelques scènes aériennes bluffantes, l’arrivée d’un savant qui pourrait bien changer le cours de la guerre, et vous vous en doutez, une sacrée révélation pour Alek. D’habitude, je m’efforce de rédiger ma chronique sans y glisser des spoilers, mais dans le cas présent, cela me semble difficile de tourner sans cesse autour du pot, donc soyez avertis, il y a des spoilers !

L’intrigue démarre sur les chapeaux de roues, et au début, j’ai littéralement avalé les pages, avec un bel enthousiasme. On retrouvait vraiment toutes les qualités de la série : un univers truffé d’inventions fascinantes (toujours superbement mises en image par Keith Thompson), du spectaculaire (le ravitaillement par les ours), et bien sûr l’éternelle problématique de « Alek découvrira-t-il que Deryn est une fille » ?

J’ai beaucoup pensé à la série Merlin en lisant ce dernier tome, car on se rend vite compte que le nerf de l’histoire n’est finalement pas dans l’uchronie ou dans l’univers steampunk, mais dans la relation entre les deux héros, et ce qu’il pourrait se passer si la vérité était dévoilée. Et un peu comme pour Merlin, THE révélation n’est pas forcément à la hauteur de nos attentes, parce qu’à force de nous faire poireauter, nos espérances sont grandes.

Quoique pour Merlin ce n’est pas vraiment que la révélation soit une réelle déception, c’est jusque j’aurais préféré qu’ils osent l’inclure bien plus tôt dans la série, mais je m’égare. Le problème de Goliath, ce n’est pas que la révélation arrive trop tard (bien au contraire, elle intervient dans le premier tiers du roman), c’est juste qu’elle prend ensuite complètement le pas sur le reste.

Les deux premiers tomes (et surtout Béhémoth) avaient une réelle intrigue (qui mettait habilement en lumière les jeux politiques complexes de 1914) en dehors de la relation Alek/Deryn, et c’est ce qui les rendaient intéressants. Là l’auteur semble avoir complètement oublié cela, et l’épopée du Léviathan ressemble plus à un voyage d’agrément avec quelques escales touristiques qu’autre chose.

Et pourtant, il y avait du potentiel avec la présence de Nikola Tesla, savant (fou) inventeur d’une arme capable de détruire des villes entières, ce qui permettrait de mettre fin à la guerre (très jolie réécriture de l’histoire de l’arme atomique), couplée à la mystérieuse histoire de la Toungouska.

Il y avait aussi des choses prometteuses dans ce passage aux Etats-Unis, mystérieux pays à la fois darwiniste et clanker. Mais au final, l’auteur développe très peu son propos, accumulant les clins d’œil historiques (les magnats du journalisme, Pulitzer et Hearst, qui se font la guerre, les débuts du cinéma, la révolution mexicaine…) sans vraiment développer son propos, ou que cela soit utile à l’intrigue, ce qui est frustrant.

Il en est d’ailleurs de même pour l’histoire de l’arme de Tesla, qui devrait être le pilier central du roman, et pour laquelle la conclusion est pour le moins… expéditive et finalement terriblement terre à terre pour un univers comprenant tellement d’inventions fantastiques.

A côté ça, pour ceux qui comme moi étaient en train de devenir de fervents shippers de la relation Deryn/Alek, on en a pour son argent… sauf que cela va bien trop vite, et prend bien trop d'importance.

Il y a la révélation (plutôt bien amenée, je le reconnais, ça m’a bien fait rire que Deryn colle un pain à Alek), quelques beaux passages qui suivent, mais ensuite tout va bien trop vite. Certes, Deryn était déjà amoureuse d’Alek, mais pour autant que je sache, l’inverse n’était pas forcément vrai, et de le voir en 300 pages accepter que c’est une fille et tomber fou amoureux d’elle au point de tout jeter aux orties pour vivre avec elle…

C’est d’autant plus frustrant qu’il en est de même pour l’intrigue générale, où l’on règle la conclusion de la guerre en quatrième vitesse, et que pas mal de choses passent carrément au second plan : le Dr. Barlow a un rôle plus que mineur (et j’étais assez déçue qu’elle soit surprise par le secret de Deryn d’ailleurs), et les loris n’ont finalement que peu d’importance (à part pour pointer du doigt des vérités qui échappent à tout le monde).

En fait on dirait que l’auteur s’est forcé à boucler l’intrigue au plus vite, ce qui est un peu dommage à mon goût. Ce n’est pas vraiment mon genre de demander du rab (je déteste les séries qui n’en finissent jamais), mais je pense que Léviathan aurait bénéficié d’un quatrième tome, qui aurait permis de mieux développer l’intrigue historique (autour de l’entrée en guerre en avance des Etats-Unis, et la victoire rapide qu'elle promet). Ou bien il y aurait fallu moins insister sur l’histoire de Deryn et d’Alek (qui n’était pas obligée de se terminer comme n’importe quel film hollywoodien).

Enfin je devrais y être habituée, je suis toujours déçue par les fins de Scott Westerfeld. C’est un peu dommage, et j’espère qu’un jour il arrivera à faire des fins formidables, car c’est tout de même un très bon auteur.

Parce que je râle certes beaucoup sur ce dernier tome, mais Léviathan reste tout de même une très bonne série jeunesse. L’univers foisonne d’inventions merveilleuses, l’écriture est prenante, visuellement ça a du panache (que ce soit dans le texte, ou par les superbes illustrations) et, chose importante, c’est un texte intelligent.

Même si la conclusion me déçoit un peu, la façon dont il met en perspective la première guerre mondiale est intéressante (encore plus pour un jeune public je pense), d’autant plus qu’il resitue les éléments dans son contexte dans sa postface.

Bref ça restera globalement un bon souvenir de lecture, si on oublie la fin. A noter qu’en VO, il existe un quatrième tome bonus, The Manual of Aeronautics: An Illustrated Guide to the Leviathan Series, qui m’a tout l’air d’un ouvrage abondamment illustré absolument sublime. J’espère qu’ils le traduiront, sinon, je me laisserais sûrement tentée par la VO.

Lecture commune avec Endea, Lhisbei, Shaya, Spocky et Yume


CITRIQ

vendredi 15 février 2013

Star Trek et le voyage dans le temps


Avant de commencer, je tiens à présenter mes plus sincères excuses à Lhisbei. Non, je ne cherche pas à pourrir délibérément ton challenge (enfin presque pas). Cette étrange étape interstellaire en plein Winter Time Travel n’était pas prévue au programme, bien au contraire.

Tout ça, c’est de la faute de Disney. Avec leur rachat de Star Wars, j’ai le cerveau qui revient régulièrement sur ce fameux épisode VII, au fur et à mesure que les infos filtrent. Mon franc rejet du début s’est peu à peu mué en curiosité, et ayant un peu décroché de la licence ces derniers temps, je me rends compte que j’ai envie de reprendre.

Du coup je suis les nouvelles de très près, et je ne cesse de m’interroger sur à quoi pourrait ressembler ce futur film (j’aime beaucoup cette pseudo version de Wes Anderson d’ailleurs). Déjà côté scénario, quand on me dit Michael Arndt je pense immédiatement à Little Miss Sunshine (cela donne un Star Wars assez étrange dans ma tête…), du coup j’ai voulu me remettre un peu en tête le travail de J.J. Abrams qui réalisera ce septième épisode (vu que maintenant c’est officiel).

Ce qui, après cette déjà trop longue introduction, nous amène à notre présent sujet, à savoir Star Trek, puisque c’était la seule réalisation que j’avais de lui dans ma dvdthèque. Et puis Star Wars, Star Trek, ça commence pareil, c’est un bon début non ?

(Et ce n’est pas la peine de me lancer des tomates, je me suis pointée au ciné en Princesse Leia pour La Revanche des Siths, et je me suis retrouvée pratiquement par hasard à l’avant-première de Star Trek –si si je vous jure-, j’ai le droit de faire des blagues pourries sur la légendaire rivalité entre fans de Star Wars et fans de Star Trek, non mais oh !)

Les spoilers majeurs sur l’intrigue étant au rendez-vous comme vous vous en doutez, je vous invite à passer votre chemin si vous n’avez pas vu ce film (ou si vous avez prévu de le voir dans un avenir proche ou lointain).


Bref, c’était vendredi soir, et je regardais Star Trek. Le genre de film idéal pour le vendredi soir, on en prend plein la vue, et le cerveau ne travaille pas trop. Et tout à coup je me suis remémorée l’histoire. Et là je me suis rendue compte que si je n’en faisais pas un billet pour le Winter Time Travel, j’allais le regretter toute ma vie, car dans ce film, l’aspect le plus intéressant, c’est le voyage dans le temps.

En effet, Star Trek (2009) –oui c’est comme ça qu’on le désigne sur la plupart des sites internet– utilise le voyage dans le temps dans son intrigue, ce qui en fait un des reboots les plus malins qu’il m’ait été donné de voir.

Car ce film est un reboot (oui je sais, je fais tout dans le désordre), celui d’un univers né dans une série télé des années 60, et qui a migré sur à peu près tous les supports possibles (livres, films…). Je ne développe pas trop le sujet, je vous avoue ne rien y connaitre, allez donc embêter Spocky, c’est elle la spécialiste.

Là où la plupart des reboots se contentent d’effacer ce qui a été fait sans se poser franchement de questions (vous avez déjà cherché à faire le lien entre les Batman de Burton et ceux de Nolan ?), Star Trek se paie le luxe d’intégrer le reboot dans le scénario, au point que même les personnages ont eux-mêmes conscience de ce changement.

James T. Kirk: There won't be a next engagement! By the time we've "gathered," it'll be too late! But you say he's from the future - knows what's gonna happen? - then the logical thing is to be unpredictable!
Spock: You're assuming that Nero knows how events are predicted to unfold. The contrary, Nero's very presence has altered the flow of history, beginning with the attack on the U.S.S. Kelvin, culminating in the events of today, thereby creating an entire new chain of incidents that cannot be anticipated by either party.
Lt. Nyota Uhura: An alternate reality.
Spock: Precisely. Whatever our lives might have been, if the time continuum was disrupted, our destinies have changed.

Et quel meilleur moyen pour cela que le voyage temporel ? Grâce à un trou noir bien situé (on n’a pas tous la chance d’avoir une superbe cabine téléphonique bleue à disposition), voilà donc que deux vaisseaux remontent le temps, ce qui provoque une réécriture complète de l’histoire.

Selon la grande tradition de la théorie du chaos, on bouleverse une toute petite variable (les circonstances de la naissance du futur James T. Kirk, en l’occurrence, et le décès de son père), et c’est tout l’univers qui change, surtout quand un grand méchant qui veut se venger décide de l’y aider.

Enfin l’univers ne se modifie pas tant que ça, puisque les éléments clés de Star Trek sont tous là, juste pas forcément là où ils devraient être normalement (Spock et Kirk ne partent pas vraiment gagnants pour être des grands amis, typiquement), et il ne faudra finalement pas grand-chose (deux heures de film, beaucoup d’effets spéciaux et un Kirk en pleine forme) pour que l’équipage de l’Entreprise ressemble à nouveau à celui de la série originale.

C’est l’aspect que j’ai le plus aimé dans ce film je crois. Il remet à zéro les compteurs, certes (enfin pour tout ce qui se déroule après la série des années 60), mais il le fait avec un certain panache, ce qui fait que les nouveaux venus dans mon genre peuvent se familiariser tranquillement avec l’univers (avec en bonus un peu de timey-wimey), tandis que les fans ont droit à un peu plus qu’une simple réactualisation.


Et du coup, on se retrouve avec Leonard Nimoy qui reprend son rôle pour jouer un vieux Spock venu du futur, qui finit fatalement par aller faire la causette à son double alternatif du passé/présent… bref son remplaçant quoi. Déjà au premier visionnage j’avais trouvé cela absolument génial. C'est une forme de passation de pouvoir, entre personnages mais aussi entre acteurs. On nage en plein meta, forcément, j’adore !

Pour le reste, Star Trek est un bon divertissement, un space-opera qui en met plein la vue. Il y a bien des failles dans le scénario, quand on commence à trop y réfléchir, mais rien qui empêche d’apprécier le spectacle, très joli au demeurant. Il y a plein de petits moments ou de répliques drôles, et sur certains aspects, ce n’est pas le blockbuster typique hollywoodien.

(Ca pourra vous sembler mineur, mais à l’exception de ses séances de flirt peu fructueuses avec Uhura, et le fait qu’on le voit au lit avec une sympathique femme verte au début du film, Kirk reste célibataire jusqu’à la fin du film, youhouh ! Paradoxalement c'est Spock qui a le parcours le plus classique, il a une pauvre mère juste là pour mourir au bon moment, et même une copine !)

Au cinéma, le son m’avait un peu collé la migraine, mais avec une sono plus raisonnable, cela passe bien mieux, et j’apprécie toujours autant ces passages silencieux dans l’espace. La musique est chouette, les images très belles, les acteurs bien dans leurs rôles, et le film a l’air de déborder de clins d’œil (qui m’échappent pour la plupart).

Bref c’est un film qui se regarde avec plaisir, et qui bien titillé ma curiosité à propos de cet univers (enfin j’ai essayé de regarder la première série sans jamais accroché, du coup je demanderais sûrement conseil pour une meilleure approche, à l’occasion).

Et puis la suite, Star Trek Into Darkness, c’est pour bientôt, et je vous avoue l’attendre de pied ferme. Et ça n’a rien à voir avec la présence de Benedict Cumberbatch dans le film, ce n’est pas comme si je m’étais mise à trépigner en entendant sa voix dans le trailer, franchement vous vous faites des idées…

samedi 9 février 2013

Le faiseur d'histoire - Stephen Fry


Cela me surprend toujours, à quel point les plus gros monstres de ma bibliothèque, ceux que je regarde avec méfiance des mois durant (1 an et demi dans le cas de celui-là) sans oser les ouvrir, se révèlent finalement totalement addictifs, au point de leur faire un sort en une semaine à peine (avec une pointe de vitesse sur les deux cents dernières pages qui m’a même carrément surprise).

Le faiseur d’histoire est un roman de Stephen Fry, éminente personnalité britannique dont j’avoue connaitre surtout sa voix (c’est lui la voix du Guide galactique dans le film du même non, notamment). Et si ce n’est pas comme l’écouter, j’avoue avoir retrouvé son ton à la lecture de son roman, assez étrangement.

Mais parlons d’abord de l’histoire, et même de l’Histoire avec un grand H. Michael Young est un jeune doctorant en histoire qui vient de mettre un point final à sa thèse sur l’enfance d’Hitler, et de se faire plaquer par sa copine accessoirement. Alors qu’il s’apprête à déposer un exemplaire de son chef d’œuvre à l’université, il rencontre le professeur Zuckermann, un physicien fasciné par son sujet d’étude.

Mettant en commun leurs connaissances, ils vont donc se lancer dans un projet fou : empêcher les atrocités de la seconde guerre mondiale grâce à quelques tours de passe-passe temporel. Voyage dans le temps à tendance sérieusement uchronique, nous voilà !

En toute honnêteté, j’ai trouvé le début du Faiseur d’histoire assez poussif. Sans doute parce qu’il ne s’agit pas d’un « vrai » roman de SF, l’auteur ne va pas droit au but, et prend plutôt le temps de dresser un portrait moqueur de Cambridge, de son université, et même du monde en général.

C’est drôle et sacrément pertinent sur certains points, mais ce héros qui bavarde, disserte et soliloque à n’en plus finir m’a pratiquement épuisé, je l’aurais presque étranglé avant qu’il ne trouve son idée géniale de réécrire l’histoire. En comparaison, je me suis bien plus attachée au personnage de Zuckermann, prototype du savant un peu dérangé, avec de très bonnes répliques et une histoire personnelle très intéressante.

Après une première partie consacrée à la mise en place du plan, la deuxième partie du roman est logiquement dédiée aux conséquences du dit plan, et c’est à partir de là que j’ai commencé à avaler les pages, tellement cette découverte d’un monde dont l’histoire a été complètement réécrite est délicieuse.

L’auteur prend tout son temps, une fois encore, pour nous le faire visiter, mais cette fois-ci on ne sent pas la longueur. J’aime beaucoup la façon dont il dévoile les tenants et les aboutissants de cette réalité alternative par petites touches, jusqu’à que le héros se retrouve à remettre sérieusement en doute son action, après quoi on bascule dans un véritable page-turner, tout simplement.

Cela est dû à l’excellente narration dont dispose le roman. L’histoire est très bien construite, et se révèle très addictive avec cette alternance entre les aventures de Michael Young (parfois sous forme de scénario de film) et les fragments de la vie d’Hitler (qui se révèlent en fait des extraits de la thèse de Michael).

Il y a tout un jeu de réponse entre les chapitres, qui devient carrément intéressant dans la deuxième partie où les fragments historiques (qui ne concernent bien évidemment plus Hitler) répondent complètement à ceux de la première partie. Bref, j’ai vraiment apprécié toute cette construction narrative qui fait toute la saveur de l’ouvrage.

L’autre grande qualité du faiseur d’histoire, c’est son intelligence. J’ai trouvé que Stephen Fry prenait un peu à contre-pied le principe de la réécriture de l’histoire. En effet, il créé un point de divergence majeur en faisant disparaitre Hitler de l’équation, et au final, le résultat n’est pas aussi spectaculaire qu’on ne l’aurait cru, parce qu’il est loin d’être le seul élément dans la grande équation du XXe siècle.

Ajoutez à cela un ton moqueur plutôt sympathique, et une intrigue diablement efficace, et vous comprendrez que ce roman se dévore à une vitesse folle. A vrai dire, à part quelques lenteurs au début, je n’ai aucun reproche à lui faire, même la postface qui dresse un portrait plutôt complet de l’auteur (ce qui est fort intéressant pour les ignares dans mon genre) est passionnante à lire !

Une petite diatribe sympathique de Michael pour finir :
« Les films, c’est l’action. Dans les films, il se passe des choses. Vous êtes ce que vous faites. Le contenu de votre tête ne signifie rien tant que vous n’agissez pas. Geste, expression, action. On ne pense pas. On agit. On réagit. A des choses. Des évènements. On provoque des évènements.
[…] On n’a jamais le temps de penser. Vos yeux peuvent aller du monstre extra-terrestre aux câbles à haute tension qui crépitent tandis qu’un plan vous vient en tête, mais vous n’êtes jamais obligés de penser.
Hamlet représenter le parfait héros de théâtre. Lassie résume le parfait héros de cinéma.
Votre histoire – votre « back-story », comme on dit à Hollywood – ne compte que dans la limite où elle informe le présent, le maintenant, l’Action du film de votre vie. Et voilà comment nous vivons tous, aujourd’hui. Par scènes. Dieu n’est pas l’Auteur de l’Univers, c’est le scénariste de votre biopic. »

CITRIQ

dimanche 3 février 2013

Langues de serpents (Téméraire 6) - Naomi Novik


A la fin du cinquième volume, nous avions laissé Laurence et Téméraire en route pour l’Australie avec trois œufs de dragons. Arrivés-là bas, ils découvrent là-bas une atmosphère tendue (la colonie vient de connaitre un coup d’état), et alors qu’ils partent en exploration pour trouver une route à travers les montagnes, quelques péripéties vont sérieusement prolonger leur périple.

A la lecture, Langues de serpents m’a fait l’effet d’un tome de transition, où finalement bien peu de choses se passent, à part cette longue expédition à travers le continent australien, certes fascinante (comme toute exploration en territoire inconnu), mais assez monotone.

Et dans un pays désert et que je connais trop peu, j’ai manqué d’éléments pour vraiment apprécier la visite, même si Wikipedia a résolu quelques-unes de mes questions (cela m’a permis de vérifier la véracité de l’existence de personnages comme Bligh ou MacArthur).

Ceci dit il se passe tout de même quelques petites choses dans ce tome. Déjà, il y a Laurence qui évolue. Cet homme qui a toujours vécu sous le joug de millions de règles et de principes (ce qui le rendait assez antipathique au début, d’ailleurs) a déjà dû prendre des décisions difficiles (notamment dans le tome 4) parce que son instinct et son sens moral lui soufflaient d’ignorer les règles.

Ici, sans aller jusqu’à le voir faire la révolution (il ne faut pas pousser, tout de même), j’ai senti comme un basculement, comme s’il se décidait enfin à bousculer les choses pour écouter son cœur. C’est léger, mais perceptible ici et là (notamment à la fin), et je me demande ce que l’auteur compte faire à ce sujet.

Par ailleurs, même si on est bien loin du monde occidental, et donc des guerres napoléoniennes, quelques éléments glissés ici et là rappellent qu’on nage en pleine uchronie, l’histoire commençant d’ailleurs à prendre un tournant radicalement différent.

Les conflits prennent une dimension mondiale (et non juste européenne), avec l’implication de la Chine (un retour bienvenue, on ne les avait guère entendu depuis le volume 2), d’une certaine nation africaine rencontrée dans le volume 4, et à en juger par les allusions, on devrait bientôt entendre parler plus en détails des Amériques.

C’est l’effet de la présence des dragons, force aérienne sans commune mesure pour l’époque, bien sûr, mais aussi véritable peuple d’être conscients qui ont aussi leur rôle (politique) à jouer dans ce conflit, qu’ils le décident par eux-mêmes, ou qu’ils soient manipulés.

Du coup, même si ce tome m’a laissé sur ma faim, quelques allusions ici et là (et je l’admets, la quatrième de couverture du prochain tome) augurent une intrigue qui reprend du poil de la bête par la suite, je n’aurais donc aucun scrupule à poursuivre ma lecture !


CITRIQ

mercredi 23 janvier 2013

Palimpseste - Charles Stross


Lorsque j’ai annoncé que je comptais lire Palimpseste cet hiver, Lune s’est fendue d’un « bon courage » qui ne m’a pas vraiment rassuré, d’autant plus que j’avais lu des avis partant dans tous les sens sur cette novella. Mais je me suis tout de même jetée à l’eau et je ne le regrette pas, car cette lecture a été un réel plaisir.

Pierce est un agent de la Stase, une société/confrérie/secte (bref un regroupement de gens) qui se servent du voyage dans le temps pour assurer la survie de l’humanité, d’une part en collectant toute son histoire, et d’autre part en « réensemençant » la planète Terre à chaque fois qu’une catastrophe détruit l’humanité.

Sauf qu’à force de réécrire l’histoire dans tous les sens, il devient très difficile de démêler le vrai du faux, et pour les agents de la Stase la vie n’est pas franchement facile (et complètement désordonnée). Et c’est encore plus vrai pour Pierce...

Palimpseste, c’est l’exercice d’écriture sur le voyage dans le temps poussé à son extrême, avec un côté hard science assez prononcé mais que j’ai plutôt apprécié pour une fois, car il sert bien la narration, du reste assez bordélique.

En effet, celle-ci saute d’un fait à un autre, à travers les époques et à travers la vie de Pierce, pas forcément dans le désordre, mais avec beaucoup d’ellipses, un peu comme des fragments d’une histoire dont on aurait perdu ou réécrit des morceaux en route (ce qui est très probablement le cas, sans quoi la novella ne porterait pas un tel titre, un palimpseste étant un parchemin gratté pour être réutilisé).

C’est vraiment le genre de récit que j’adore, Palimpseste est donc passé comme une lettre à la poste, d’abord pour son côté voyage dans le temps poussé à l’extrême, mais aussi pour l’histoire de la Terre à une échelle astronomique (plus qu’humaine).

L’auteur se fend en effet d’une large extrapolation sur la futur de la Terre, à une échelle de temps qu’on ne considère habituellement que peu, où les milliards d’années défilent comme des jours, et où l’on voit l’univers évoluer et les galaxies bouger. C’est assez rigolo comme mise en perspective, on se sent minuscule du coup.

Certes la fin ne semble pas en être une, mais c’est le format qui fait ça (la novella est quand même un format un peu bâtard, et Palimpseste en est un très bon exemple, avec son univers trop grand pour en faire juste une nouvelle, et son intrigue trop courte pour en tirer un « vrai » roman).

Mais pour ma part, j’ai passé un excellent moment de lecture avec ce petit texte (que j’ai dévoré en une journée, c’est l’avantage des novellas, on les commence en allant bosser le matin et on les termine en rentrant le soir !), qui a d’ailleurs obtenu le prix Hugo de la meilleure novella en 2010 (comme ça on est sûr qu’elle rentre dans cette catégorie !).


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samedi 19 janvier 2013

Le voyageur imprudent - René Barjavel


J’ai une certaine affection pour Barjavel depuis que je l’ai découvert avec L’Enchanteur (ou comment vous résumer toute la mythologie arthurienne en un roman et beaucoup d’humour). Même si je n’ai jamais été vraiment touchée par ses textes, j’ai toujours admiré son didactisme et son côté visionnaire à son insu (y’a quand même un de ses romans où les Suisses provoquent la fin du monde avec une sombre histoire d’antimatière !).

Du coup cela faisait très longtemps que je tournais autour du Voyageur imprudent, le roman qu’il a consacré aux voyages dans le temps, et qui est souvent considéré comme un des grands classiques du genre.

Le voyageur imprudent, c’est l’histoire d’un jeune mathématicien, Pierre Saint-Menoux, qui fait la connaissance d’un savant, Noël Essaillon, qui lui propose de tester ses découvertes qui lui permettent de voyager dans le temps. Là-dessus, on a le droit à toute une démonstration des intérêts de ce mode de transport, une étude du futur de l’humanité, et quelques jeux sympathiques sur le principe.

Très enthousiaste sur le principe, j’ai tout de même eu des difficultés à avancer dans ce texte, surtout au début. L’exploration du temps est assez laborieuse, et la technique semble quand même ultra bizarre : au début il prend des pilules (!), avant de passer à un matériau qui isole du temps et qu’il porte comme un scaphandre.

Et puis les futurs que visite Pierre Saint-Menoux sont vraiment bizarres. Ils avaient sûrement un côté assez visionnaires lors de l’écriture du roman, mais aujourd’hui ils semblent juste étranges. Mais n’oublions pas que ce texte date de 1943.

(Ce qui est d’ailleurs super bizarre, parce que j’avais le cerveau qui hurlait « seconde guerre mondiale » tout du long, et à part la mention des tickets de rationnement et du couvre-feu, tout semble tellement… paisible, les allemands y sont à peine mentionnés, c'est très intéressant de voir comment la situation était représentée pendant l'Occupation finalement.)

Bon ceci dit quand on aime la SF archaïque, il y a quelques idées qui font sourire, comme l’histoire de l’évolution des langues autour de l’an 2050 :
« Et les langues nationales s’étaient interpénétrées et fondues en un langage commun. Celui-ci avait rassemblé, autour d’une syntaxe simplifiée, des mots empruntés à toutes les langues. Chacun avait fourni le vocabulaire le plus propre à son génie, le français les termes de cuisine et d’amour, l’allemand ceux de philosophie, de technique et de stratégie, l’anglais ceux du commerce et l’italien les superlatifs. Les langues slaves donnèrent tout un choix de jurons riches en consonnes. »
Des stéréotypes ? Mais où voyez-vous donc ça ?

Après le futur proche, Pierre s’en va dans un très lointain futur, où l’Homme a carrément évolué sous une forme différente, et plus que l’évolution de la société, ce sont les évolutions physiques qui m’ont fait sourire :
« En considérant leur longue poitrine qui se gonflaient des épaules à l’os iliaque, leur bouche incapable de mâcher, et l’absence d’orifice évacuateur, je me posais avec une grande curiosité le problème de leur nutrition. Je pensais en même temps qu’il leur était plus aisé qu’à nous, leurs malheureux ancêtres, de mériter le Paradis. Pas de sexe, pas d’estomac. Il leur restait bien peu d’occasions de pêcher. »
A vrai dire je râle un peu sur cette partie qui m’a profondément ennuyé (au final on a un peu le même principe que La machine à explorer le temps de H.G. Wells, sauf qu’il ne s’implique pas dans l’histoire), mais les analyses (décalées aujourd’hui) que tire Pierre de ses observations sont quand même très rigolotes à lire.

Mais le meilleur est de loin la troisième partie du livre, où sortant du même carcan du voyage d’observation, l’auteur commence à vraiment s’amuser, et c’est là où le statut de classique du roman prend tout son sens, avec un vrai jeu sur les paradoxes temporels et la réécriture de l’Histoire (avec un héros assez inconscient, il faut le dire) qui a dû marquer les esprits en son temps.

En tout cas même aujourd’hui toutes ces aventures de Pierre restent diablement prenantes. Quelques années après la première publication Barjavel rédigea une postface qui revient d’ailleurs sur le sujet des paradoxes et éclaire la fin sous un jour nouveau (susceptible de vous donner la migraine, comme tout bon paradoxe qui soit).

Certes tout ça va de pair avec une histoire d’amour à l’eau de rose, mais c’est assez systématique chez Barjavel, personnellement je n’y fais même plus attention !

Au final, je suis contente d’être enfin venue à bout de ce livre et de pouvoir le sortir de ma PàL, même si je l’ai trouvé un peu trop laborieux pour vraiment l’apprécier (ça devient intéressant au bout de deux cents pages). 

Ceci dit c’est un classique du genre, à n’en point douter, alors si vous avez envie de remonter aux origines du genre, Le voyageur imprudent est une étape incontournable avec La machine à explorer le temps d’H.G. Wells.

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