samedi 9 février 2013

Le faiseur d'histoire - Stephen Fry


Cela me surprend toujours, à quel point les plus gros monstres de ma bibliothèque, ceux que je regarde avec méfiance des mois durant (1 an et demi dans le cas de celui-là) sans oser les ouvrir, se révèlent finalement totalement addictifs, au point de leur faire un sort en une semaine à peine (avec une pointe de vitesse sur les deux cents dernières pages qui m’a même carrément surprise).

Le faiseur d’histoire est un roman de Stephen Fry, éminente personnalité britannique dont j’avoue connaitre surtout sa voix (c’est lui la voix du Guide galactique dans le film du même non, notamment). Et si ce n’est pas comme l’écouter, j’avoue avoir retrouvé son ton à la lecture de son roman, assez étrangement.

Mais parlons d’abord de l’histoire, et même de l’Histoire avec un grand H. Michael Young est un jeune doctorant en histoire qui vient de mettre un point final à sa thèse sur l’enfance d’Hitler, et de se faire plaquer par sa copine accessoirement. Alors qu’il s’apprête à déposer un exemplaire de son chef d’œuvre à l’université, il rencontre le professeur Zuckermann, un physicien fasciné par son sujet d’étude.

Mettant en commun leurs connaissances, ils vont donc se lancer dans un projet fou : empêcher les atrocités de la seconde guerre mondiale grâce à quelques tours de passe-passe temporel. Voyage dans le temps à tendance sérieusement uchronique, nous voilà !

En toute honnêteté, j’ai trouvé le début du Faiseur d’histoire assez poussif. Sans doute parce qu’il ne s’agit pas d’un « vrai » roman de SF, l’auteur ne va pas droit au but, et prend plutôt le temps de dresser un portrait moqueur de Cambridge, de son université, et même du monde en général.

C’est drôle et sacrément pertinent sur certains points, mais ce héros qui bavarde, disserte et soliloque à n’en plus finir m’a pratiquement épuisé, je l’aurais presque étranglé avant qu’il ne trouve son idée géniale de réécrire l’histoire. En comparaison, je me suis bien plus attachée au personnage de Zuckermann, prototype du savant un peu dérangé, avec de très bonnes répliques et une histoire personnelle très intéressante.

Après une première partie consacrée à la mise en place du plan, la deuxième partie du roman est logiquement dédiée aux conséquences du dit plan, et c’est à partir de là que j’ai commencé à avaler les pages, tellement cette découverte d’un monde dont l’histoire a été complètement réécrite est délicieuse.

L’auteur prend tout son temps, une fois encore, pour nous le faire visiter, mais cette fois-ci on ne sent pas la longueur. J’aime beaucoup la façon dont il dévoile les tenants et les aboutissants de cette réalité alternative par petites touches, jusqu’à que le héros se retrouve à remettre sérieusement en doute son action, après quoi on bascule dans un véritable page-turner, tout simplement.

Cela est dû à l’excellente narration dont dispose le roman. L’histoire est très bien construite, et se révèle très addictive avec cette alternance entre les aventures de Michael Young (parfois sous forme de scénario de film) et les fragments de la vie d’Hitler (qui se révèlent en fait des extraits de la thèse de Michael).

Il y a tout un jeu de réponse entre les chapitres, qui devient carrément intéressant dans la deuxième partie où les fragments historiques (qui ne concernent bien évidemment plus Hitler) répondent complètement à ceux de la première partie. Bref, j’ai vraiment apprécié toute cette construction narrative qui fait toute la saveur de l’ouvrage.

L’autre grande qualité du faiseur d’histoire, c’est son intelligence. J’ai trouvé que Stephen Fry prenait un peu à contre-pied le principe de la réécriture de l’histoire. En effet, il créé un point de divergence majeur en faisant disparaitre Hitler de l’équation, et au final, le résultat n’est pas aussi spectaculaire qu’on ne l’aurait cru, parce qu’il est loin d’être le seul élément dans la grande équation du XXe siècle.

Ajoutez à cela un ton moqueur plutôt sympathique, et une intrigue diablement efficace, et vous comprendrez que ce roman se dévore à une vitesse folle. A vrai dire, à part quelques lenteurs au début, je n’ai aucun reproche à lui faire, même la postface qui dresse un portrait plutôt complet de l’auteur (ce qui est fort intéressant pour les ignares dans mon genre) est passionnante à lire !

Une petite diatribe sympathique de Michael pour finir :
« Les films, c’est l’action. Dans les films, il se passe des choses. Vous êtes ce que vous faites. Le contenu de votre tête ne signifie rien tant que vous n’agissez pas. Geste, expression, action. On ne pense pas. On agit. On réagit. A des choses. Des évènements. On provoque des évènements.
[…] On n’a jamais le temps de penser. Vos yeux peuvent aller du monstre extra-terrestre aux câbles à haute tension qui crépitent tandis qu’un plan vous vient en tête, mais vous n’êtes jamais obligés de penser.
Hamlet représenter le parfait héros de théâtre. Lassie résume le parfait héros de cinéma.
Votre histoire – votre « back-story », comme on dit à Hollywood – ne compte que dans la limite où elle informe le présent, le maintenant, l’Action du film de votre vie. Et voilà comment nous vivons tous, aujourd’hui. Par scènes. Dieu n’est pas l’Auteur de l’Univers, c’est le scénariste de votre biopic. »

CITRIQ

2 commentaires:

  1. Pour ma part je suis sorti plutôt mitigé avec ce roman il y a de bonnes idées mais ça manque par fois de développement et il m'a paru trop linéaire.

    RépondreSupprimer
  2. Ca ne m'a pas frappé, mais il faut dire que je l'ai lu d'une traite quasiment ^^

    RépondreSupprimer