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mardi 19 février 2013

Goliath (Léviathan 3) - Scott Westerfeld


Cela faisait presque un an que j’avais laissé de côté la trilogie steampunk de Scott Westerfeld, jusqu’à que l’occasion faisant le larron et profitant du Winter Time Travel, nous reprenions la lecture commune (légèrement au long cours) que nous avions commencé sur le Cercle d’Atuan.

Il y a donc eu Léviathan, puis Béhémoth, à la fin duquel nous avons laissé Alek et Deryn, de retour à bord du Léviathan après avoir grandement participé à une révolution à Istanbul. Vers quelles aventures vont-ils se diriger maintenant ? Alek finira-t-il par découvrir le secret de Deryn ? C’est ce que l’on va découvrir dans le troisième volume, Goliath. Et nous voilà donc en route pour la Russie.

Au programme, il y a aura quelques scènes aériennes bluffantes, l’arrivée d’un savant qui pourrait bien changer le cours de la guerre, et vous vous en doutez, une sacrée révélation pour Alek. D’habitude, je m’efforce de rédiger ma chronique sans y glisser des spoilers, mais dans le cas présent, cela me semble difficile de tourner sans cesse autour du pot, donc soyez avertis, il y a des spoilers !

L’intrigue démarre sur les chapeaux de roues, et au début, j’ai littéralement avalé les pages, avec un bel enthousiasme. On retrouvait vraiment toutes les qualités de la série : un univers truffé d’inventions fascinantes (toujours superbement mises en image par Keith Thompson), du spectaculaire (le ravitaillement par les ours), et bien sûr l’éternelle problématique de « Alek découvrira-t-il que Deryn est une fille » ?

J’ai beaucoup pensé à la série Merlin en lisant ce dernier tome, car on se rend vite compte que le nerf de l’histoire n’est finalement pas dans l’uchronie ou dans l’univers steampunk, mais dans la relation entre les deux héros, et ce qu’il pourrait se passer si la vérité était dévoilée. Et un peu comme pour Merlin, THE révélation n’est pas forcément à la hauteur de nos attentes, parce qu’à force de nous faire poireauter, nos espérances sont grandes.

Quoique pour Merlin ce n’est pas vraiment que la révélation soit une réelle déception, c’est jusque j’aurais préféré qu’ils osent l’inclure bien plus tôt dans la série, mais je m’égare. Le problème de Goliath, ce n’est pas que la révélation arrive trop tard (bien au contraire, elle intervient dans le premier tiers du roman), c’est juste qu’elle prend ensuite complètement le pas sur le reste.

Les deux premiers tomes (et surtout Béhémoth) avaient une réelle intrigue (qui mettait habilement en lumière les jeux politiques complexes de 1914) en dehors de la relation Alek/Deryn, et c’est ce qui les rendaient intéressants. Là l’auteur semble avoir complètement oublié cela, et l’épopée du Léviathan ressemble plus à un voyage d’agrément avec quelques escales touristiques qu’autre chose.

Et pourtant, il y avait du potentiel avec la présence de Nikola Tesla, savant (fou) inventeur d’une arme capable de détruire des villes entières, ce qui permettrait de mettre fin à la guerre (très jolie réécriture de l’histoire de l’arme atomique), couplée à la mystérieuse histoire de la Toungouska.

Il y avait aussi des choses prometteuses dans ce passage aux Etats-Unis, mystérieux pays à la fois darwiniste et clanker. Mais au final, l’auteur développe très peu son propos, accumulant les clins d’œil historiques (les magnats du journalisme, Pulitzer et Hearst, qui se font la guerre, les débuts du cinéma, la révolution mexicaine…) sans vraiment développer son propos, ou que cela soit utile à l’intrigue, ce qui est frustrant.

Il en est d’ailleurs de même pour l’histoire de l’arme de Tesla, qui devrait être le pilier central du roman, et pour laquelle la conclusion est pour le moins… expéditive et finalement terriblement terre à terre pour un univers comprenant tellement d’inventions fantastiques.

A côté ça, pour ceux qui comme moi étaient en train de devenir de fervents shippers de la relation Deryn/Alek, on en a pour son argent… sauf que cela va bien trop vite, et prend bien trop d'importance.

Il y a la révélation (plutôt bien amenée, je le reconnais, ça m’a bien fait rire que Deryn colle un pain à Alek), quelques beaux passages qui suivent, mais ensuite tout va bien trop vite. Certes, Deryn était déjà amoureuse d’Alek, mais pour autant que je sache, l’inverse n’était pas forcément vrai, et de le voir en 300 pages accepter que c’est une fille et tomber fou amoureux d’elle au point de tout jeter aux orties pour vivre avec elle…

C’est d’autant plus frustrant qu’il en est de même pour l’intrigue générale, où l’on règle la conclusion de la guerre en quatrième vitesse, et que pas mal de choses passent carrément au second plan : le Dr. Barlow a un rôle plus que mineur (et j’étais assez déçue qu’elle soit surprise par le secret de Deryn d’ailleurs), et les loris n’ont finalement que peu d’importance (à part pour pointer du doigt des vérités qui échappent à tout le monde).

En fait on dirait que l’auteur s’est forcé à boucler l’intrigue au plus vite, ce qui est un peu dommage à mon goût. Ce n’est pas vraiment mon genre de demander du rab (je déteste les séries qui n’en finissent jamais), mais je pense que Léviathan aurait bénéficié d’un quatrième tome, qui aurait permis de mieux développer l’intrigue historique (autour de l’entrée en guerre en avance des Etats-Unis, et la victoire rapide qu'elle promet). Ou bien il y aurait fallu moins insister sur l’histoire de Deryn et d’Alek (qui n’était pas obligée de se terminer comme n’importe quel film hollywoodien).

Enfin je devrais y être habituée, je suis toujours déçue par les fins de Scott Westerfeld. C’est un peu dommage, et j’espère qu’un jour il arrivera à faire des fins formidables, car c’est tout de même un très bon auteur.

Parce que je râle certes beaucoup sur ce dernier tome, mais Léviathan reste tout de même une très bonne série jeunesse. L’univers foisonne d’inventions merveilleuses, l’écriture est prenante, visuellement ça a du panache (que ce soit dans le texte, ou par les superbes illustrations) et, chose importante, c’est un texte intelligent.

Même si la conclusion me déçoit un peu, la façon dont il met en perspective la première guerre mondiale est intéressante (encore plus pour un jeune public je pense), d’autant plus qu’il resitue les éléments dans son contexte dans sa postface.

Bref ça restera globalement un bon souvenir de lecture, si on oublie la fin. A noter qu’en VO, il existe un quatrième tome bonus, The Manual of Aeronautics: An Illustrated Guide to the Leviathan Series, qui m’a tout l’air d’un ouvrage abondamment illustré absolument sublime. J’espère qu’ils le traduiront, sinon, je me laisserais sûrement tentée par la VO.

Lecture commune avec Endea, Lhisbei, Shaya, Spocky et Yume


CITRIQ

samedi 17 mars 2012

Béhémoth (Léviathan 2) - Scott Westerfeld


Bon j’ai encore des tonnes de chroniques en retard à rattraper, mais on va commencer par la fin, tant que mes impressions de lecture sont encore fraiches sur certains (pour les autres, un mois de plus ne fera pas de différence !). En plus j’ai la deadline de la fin du Winter Time Travel pour celui-là, la meilleure des excuses !

Perspicaces que vous êtes, vous avez sûrement comprend que ce Béhémoth n’est autre que la suite de Léviathan, roman lu en janvier. Je vous renvoie donc à l’article sur le sujet si vous voulez une présentation de l’univers.

Béhémoth reprend là où Léviathan s’était arrêté, avec Alek et Deryn à bord du Léviathan, en route pour Istanbul afin d’y délivrer sa mystérieuse cargaison d’œufs. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’histoire démarre sur les chapeaux de roues, l’auteur pouvant s’économiser désormais une fastidieuse introduction.

Si le premier tome m’avait un peu déçue par son côté trop jeunesse et son intrigue un peu molle, Béhémoth compense largement les défauts du premier. On ne s’y ennuie pas une seconde, à tel point qu’il a été très dur de me tenir au découpage de la lecture commune et de ne pas avaler le roman d’une traite.

Les personnages gagnent en maturité : Alek prend son indépendance et mûrit doucement à force de rencontres avec d’autres personnes, tandis que Deryn, toujours aussi débrouillarde, gère avec difficultés ses sentiments pour Alek (et oui c’est ça aussi de grandir, gérer ses hormones à la noix ^^).

L’univers aussi, la situation politique à Istanbul est complexe et tendue (autant que l’est la ville en elle-même à l'époque), et l’auteur arrive parfaitement à la mettre en scène, pour donner une intrigue touffue (bien qu’elle soit relativement linéaire au final) plaisante à suivre, d’autant plus qu’elle est riche en très belles scènes d’action très visuelles (ça claquerait sur un écran de cinéma, pour sûr !).

D’ailleurs, en parlant de visuels… Béhémoth ne serait pas aussi bon sans les magnifiques illustrations de Keith Thompson, extrêmement détaillées, occupant parfois des doubles pages à juste titre et mettant merveilleusement bien en image les inventions steampunk de Scott Westerfeld, et la ville d’Istanbul ainsi relookée (les mécanopodes orientaux sont juste sublimes).

Bref, faisant oublier sans mal les défauts du premier tome, Béhémoth est une très chouette lecture, et on ne peut que réclamer à cor et à cri le troisième volume, Goliath, qui ne sort qu’en septembre et nous promet une nouvelle tranche d’aventures passionnantes !

Lecture commune réalisée avec : Anudar, Endea, Shaya, Spocky

A noter que ce volume comprend lui-aussi une postface très intéressante de l’auteur expliquant le caractère uchronique de l’histoire (et explique la vraie situation de l’empire ottoman en 1914), ce qui va me permettre d’arriver à deux participations sur le Winter Time Travel !

CITRIQ


mercredi 8 février 2012

Léviathan - Scott Westerfeld


Je suis assez admirative de Scott Westerfeld, à chaque fois que je tombe sur un roman de lui, il n’a rien à voir avec le dernier de lui que j’ai pu lire. Entre Uglies et Succession, on passait déjà de la dystopie au space-opéra (bonjour le grand écart !). Avec Léviathan, on entre de plain-pied dans le steampunk (des fois que la couverture vous laisse un doute).

Le roman se déroule dans un univers uchronique sacrément alternatif : à la veille de la Première Guerre Mondiale, on trouve en Europe une opposition entre les Darwinistes et les Clankers. Derrière ces termes un peu obscurs se cachent des sociétés dont les évolutions technologiques ont pris un tour radicalement différent.

Les Darwinistes ont, grâce à Darwin, percé le mystère de l’ADN (les fils de vie) et se spécialisent dans les créatures hybrides : lézards messagers capables de reproduire des voix humaines façon dictaphone, méduses gonflées d’hydrogène faisant office de parachute/ballon d’appoint…

De leur côté, les Clankers qui perçoivent ces pratiques comme des abominations ont développé des armes mécaniques révolutionnaires, dont les mécanopodes (qui vont du petit modèle de promenade sur deux pattes au monstre titanesque hérissé de canon).

Bien évidemment, la Grande Bretagne, la France et la Russie sont de fervents darwinistes, tandis que l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Empire Ottoman sont d’irréductibles clankers, et tout le monde ne rêve que de se mettre sur la tronche, on est en 1914 après tout. L’occasion est très justement fournie lors de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand , qui va être le point de départ de la guerre, comme chacun l’apprend à l’école, mais également de l’aventure de nos deux protagonistes principaux.

Nous avons Alek d’un côté (clanker), fils de l’archiduc assassiné, qui s’enfuit à bord d’un mécanopode pour échapper à la mort, tandis que de son côté (darwiniste) Deryn, une jeune fille pleine de ressources qui s’est fait passer pour un garçon afin d’être engagée dans l’Air Service anglais, se retrouve à bord du Léviathan, une gigantesque baleine volante.

Léviathan est clairement un tome d’introduction, destiné avant tout à poser l’univers, véritable point fort. C’est vraiment une constante chez Scott Westerfeld, il a une imagination assez incroyable pour créer des mondes jusqu’au moindre détail, assez pour nous donner envie d’aller y faire un tour.

Ici il réussit avec brio à créer un très bel univers steampunk autant basé sur les progrès mécaniques que biologiques, et l’implantation au début de la première guerre mondiale est réalisée avec beaucoup d’intelligence.

C’est peut-être ce qui m’a frappé le plus d’ailleurs. Léviathan est un roman jeunesse (presque trop jeunesse vu la taille des caractères), mais le sujet du déclenchement de la Première Guerre Mondiale y est très finement analysé (plus finement qu’il ne l’est dans mon souvenir au collège, et ce livre me semble idéalement écrit pour des collégiens).

L’autre aspect qui m’a beaucoup plus, c’est les illustrations de Keith Thompson qui sont de toute beauté (surtout la carte en début d’ouvrage) et aident grandement à se représenter l’univers sans pour autant être envahissantes. Elles me rappellent un peu les romans de Jules Verne abondamment illustrés, idéal pour se mettre dans l’ambiance donc.

Par contre, là où le bât blesse un peu, c’est au niveau de l’intrigue. Elle met très longtemps à se mettre en place. Léviathan est vraiment une mise en bouche là pour introduire l’univers avant de passer à la suite (Béhémoth), si bien qu’il commence réellement à se passer quelque chose dans les cinquante dernières pages.

Cela explique sans doute que j’ai eu un peu de mal à me passionner pour l’histoire et les personnages que j’ai trouvé un peu trop simplistes (d’où cette impression d’un roman « trop » jeunesse à mon goût). Ceci dit l’univers est plaisant, la conclusion donne envie d’en savoir plus, alors je continuerais sûrement ma lecture, vu qu’une lecture commune est prévue pour Béhémoth également !

Lecture commune réalisée avec : Acr0, Endea, Shaya, Spocky, Yume

Et comme ce roman joue clairement de l'uchronie avec sa Première Guerre Mondiale alternative, je tiens enfin ma première participation au Winter Time Travel de cette année !

CITRIQ

jeudi 22 septembre 2011

Le secret de l’Empire (Succession 2) – Scott Westerfeld


Je clôturerais ma participation au Summer Star Wars de façon quasi-symétrique, en chroniquant le deuxième volume de Succession, space opera de Scott Westerfeld. Ca tombe à pic, j’avais commencé ce SSW par le tome 1 (même si je me suis laissée distraire par Doctor Who entre temps…).

Le secret de l’Empire reprend l’histoire là où elle s’arrêtait : l’Empire au bord de la guerre contre les Rix, la sénatrice Nara Oxham coincée dans le Conseil de Guerre essaye à tout prix de protéger son amant... qui n'est nul autre que le commandant Laurent Zaï sur le point de sacrifier son vaisseau pour empêcher un croiseur Rix de rentrer en contact avec la conscience composite qui occupe Legis et détient un secret qui pourrait menacer l’Empire.

Je ne vous refais pas le topo, comme pour le tome 1, on a une narration alternée qui change à chaque paragraphe, et qui se révèle particulièrement haletante si bien que le livre se dévore en quelques jours.

C’est surtout la première partie qui se révèle extraordinaire, centrée sur l’affrontement entre le vaisseau de Zaï, le Lynx, et le croiseur Rix. Le Lynx étant plus petit, et endommagé, c’est au commandant et à son équipage de développer des trésors d’ingéniosité pour survivre. Et dans le domaine on est servi.

Le résultat est un vrai délice à lire, qui m’a bien rappelé les grands moments de bravoure de la série X-Wings de Michael A. Stackpole. Avec un commandant dont le génie tactique évoque presque celui du grand amiral Thrawn par moment (la Croisade noire du Jedi fou, Timothy Zahn).

Oui on a les références qu’on peut (vive les romans dérivés Star Wars), mais croyiez-moi, en matière de bataille spatiale délirante avec usage improbable des ressources à bord, ces deux-là s’y entendent, et ils ont écrit le meilleur de Star Wars. La comparaison n’est pas anodine dans mon référentiel à moi, Scott Westerfeld a vraiment fait du beau boulot.

La deuxième partie, moins haletante, est tout aussi agréable à lire, même si elle n’arrive pas au même niveau avec son intrigue autour de ce fameux secret. En fait le problème c’est que toute la narration s’articule sur ce secret que pas mal de protagonistes découvrent, sans pour autant que le lecteur soit au courant.

Cela fait monter la tension (et même l’attention du lecteur), mais la révélation n’est pas particulièrement frappante/originale/complexe, du coup on termine un peu sur un « tout ça pour ça ? ».

C’est un peu dommage, ceci le reste du cycle est vraiment chouette : Scott Westerfeld a vraiment créé un univers dense et vaste (très peu exploité finalement, l’intrigue se déroule entre deux planètes finalement), et son intrigue très divertissante (complots politiques, batailles spatiales et cie) est très plaisante à lire.

Comme je le disais pour le premier tome, Succession ressemble vraiment à un croisement entre Dune et Star Wars, et j’avoue saluer le talent de Scott Westerfeld qui se défend aussi bien en space opera qu’en SF jeunesse. Je ne vais pas tarder à jeter un œil sur Leviathan, histoire de voir ce qu’il vaut en stempunk.

CITRIQ


samedi 13 août 2011

Les légions immortelles (Succession 1) - Scott Westerfeld


Il est grand temps d’attaquer le Summer Star Wars avec un space opera, un vrai de vrai. Bien que j’ai des classiques sous le coude, j’ai préféré commencer par un petit diptyque de Scott Westerfeld : Sucession. Ayant bien aimé sa série Uglies, j’avais hâte de voir ce qu’il pouvait faire en SF plus "classique" (vaisseaux spatiaux, pistolasers et tout le tintouin quoi).

Les légions immortelles se situent dans un lointain futur où les humains ont colonisé moult planètes à travers la galaxie, au point de former un gigantesque empire de quatre-vingt mondes gouverné depuis plus de 1000 ans par un empereur qui a découvert le secret de l’immortalité, et le partage avec ses plus valeureux sujets.

L’Empire est néanmoins menacé par les Rix, des êtres à moitié cyborg adorateurs des consciences composites (des IA qui se forment sur les réseaux de communication). En l’occurrence, lorsque le livre commence, un commando Rix a réussi à prendre en otage la sœur de l’Empereur et menace de l’exécuter si on tente d’empêcher une conscience composite de se développer sur la planète.

On suit donc l’opération de sauvetage dirigée par le commandant Zaï et son équipage d'un côté, et les conséquences politiques de l'autre (par le biais d'une sénatrice), et c’est tout ce que vous avez besoin de savoir. C’est une intrigue plus plaisante à découvrir au fil des pages qu’en version résumée.

Les premiers pages donnent un peu une impression de vertige, car on rentre directement dans le vif du sujet (ou plutôt de l’action), avec tout un univers à appréhender, que ce soit du point de vue culturel, historique et surtout technologique (avec les différentes gravités, les vaisseaux miniatures, les cyberimplants, ça en fait du vocabulaire tordu).

En plus la narration saute d’un personnage à l’autre à chaque paragraphe pour le point de vue, avec juste le rang du personnage en guise d’en-tête (qui change selon l’époque alors que le nom du personnage ne change pas, c’est assez rigolo), donc on se fait vraiment balader de droite à gauche avant de s’y retrouver.

Mais c’est extrêmement plaisant à lire, car l’univers est assez foisonnant, et l’intrigue plutôt prenante. Quant aux passages techniques, on est plus dans la licence poétique que dans un quelconque souci de réalisme, nul besoin de se prendre la tête dessus. En fait, les légions immortelles intègre en effet à peu près tout ce qu’on serait en droit d’attendre d’un space opera.

Il y a un empire millénaire, une figure hiératique au pouvoir, des gens qui vivent un peu hors du temps à cause du décalage dû aux voyages à la vitesse de la lumière, un Sénat avec différentes factions, une guerre contre des ennemis très puissants, et même une interrogation sur ces immortels qui nuiraient à l’évolution.

Là-dessus on trouve des manigances politiques, des cérémonies officielles, des combats, des briefings, de l’infiltration… bref Scott Westerfeld a parfaitement rempli son cahier des charges space opera !

Le résultat m’évoque un peu Dune, surtout en matière d’univers (un empire galactique issu d’une Terre presque oubliée, avec des factions, une figure impériale millénaire), mais avec une intrigue plus distrayante, plus axée action que réflexion, qui évoque beaucoup plus Star Wars.

C’est donc le crossover idéal pour les vacances, et on ignorera les petites bourdes de traduction (outre la conscience composite qui change de nom selon les paragraphes, le coup du "mur de feu" dans un système informatique m'a laissé assez songeuse...). Je suis donc plus que frustrée qu’entre-temps quelqu’un ait emprunté le tome 2 à la bibliothèque, il va falloir que j’attende la fin août pour avoir le fin mot de cette histoire.


CITRIQ

vendredi 17 juillet 2009

Uglies – Scott Westerfeld



Bizarrerie du moment, je suis dans une période SF ces temps-ci, tous les livres empruntés à la bibliothèque portent la petite étiquette jaune associée. Merci Elisabeth Vonarburg et Ursula Le Guin. Entre deux gros pavés je m’offre une petite pause plus calme avec une série jeunesse, Uglies, qui parait-il marchait très bien en librairie l’an dernier. On comprend vite pourquoi quand on se plonge dedans.

1.Uglies
2.Pretties
3.Specials

Uglies, c’est une histoire qui se passe dans notre futur, où, pour abolir les différences, tout le monde subit à 16 ans une opération de chirurgie esthétique destinée à devenir beau (on parle de "pretty"). Du coup, on a plus de moches, tout le monde s’aime, personne ne se fait la guerre, et on laisse la terre respirer, tralalalalère.

Sauf que.
Parce qu’il faut toujours un « sauf que » dans les romans.

L’héroïne s’appelle Tally Youngblood, elle a 16 ans et c’est une Ugly attendant avec impatience de devenir Pretty. Un jour, elle fait la connaissance de Shay, fille de son âge qui cherche elle à échapper à l’opération et à rester Ugly. Tout en apprenant à voler avec elle sur des planches magnétiques à travers les ruines des Rouillés (nous quoi), commence à s’insinuer des doutes sur l’opération qui l’attend…

Et c’est parti pour trois tomes d’exploration d’une Terre bien différente de celle qu’on connaît, avec une société futuriste qui n’est pas si jolie que ça si on gratte le vernis.

Les mauvaises langues (comme Silvère) feront remarquer qu’on sait ce qui attend Tally à la fin de chaque tome à cause du titre de la suivante, mais il faut savoir que comme dans tout voyage, c’est le chemin qui compte, pas la destination. Et le cheminement est en effet intéressant ici.

J’avoue que la série m’a bluffé. Pour un roman de SF pour ado, c’est du très bon.

Toute la partie réflexion est drôlement bien menée. Elle porte sur la question du physique bien sûr, et sur l’influence qu’une société peut avoir sur un individu en fonction de son apparence physique. Dans cet univers, on rend tout le monde beau pour que personne ne se sente exclu, ou ne cherche à se détruire en voulant être conforme à la norme (on y parle d’anorexie entre autres). Mais finalement, laisser la société vous rendre beau, n’est-ce pas aussi une manière de la laisser vous dicter une fois de plus votre apparence ?

Et puis il y a toute l’exploration du revers de la médaille d’une société qui se sert du prétexte de l’opération chirurgicale pour contrôler complètement ses membres, pour en principe éviter qu’ils ne ramènent la Terre au bord de la destruction une nouvelle fois, et accessoirement contrôler leur vie. Préservation de la vie et liberté de l’individu ne vont pas forcément ensemble.

Sur les trois tomes, l’auteur a largement le temps de développer ces axes, qui contiennent une bonne dose d’aventure (ah les longs trajets en pleine nature sur les planches magnétiques), la découverte des différentes « castes » (Pretties, Uglies, Specials, Fumants), un petit travail sur les personnages (Tally qui est un vrai petit catalyseur à elle-seule, mais qui reste à la base fondamentalement humaine quand même, ce qui la confronte à pas mal de dilemnes) et leurs interactions.

Bref ça se lit franchement bien. Je ne sais pas si ça vieillira ultra bien (ça frappe parce que le thème est ultra actuel), mais en tout cas, c’est intense.

4.Extras

Après Uglies, la série continue avec un tome de plus, Extras, un peu à part parce que la narratrice n’est pas Tally (bien qu’elle y apparaisse) mais Aya. Cette jeune fille vit dans une cité fondée sur le mérite et la célébrité. C’est le rang facial (sorte de cote de popularité), qui détermine votre lieu et vos moyens de vie. Pour cela, tout le monde a son site personnel où il peut notamment publier des reportages (sur sa vie ou celle des autres), et il convient d’être brancher en permanence sur le réseau pour suivre sa progression.

Un peu de deçà des trois tomes précédents, Extras reste fort sympathique à lire. Il est assez difficile de ne pas reconnaître là dedans une magnifique évocation de l’univers des blogs sur internet, et plus généralement la course à la première place sur google. Sans parler de la pertinence d’une société où la 2e personne la plus célèbre ne fait que parler de la couleur de ses prochaines chaussures, et où le but est de se rendre intéressant, quitte à blesser les gens au passage.

5.Secrets

Le dernier tome de la série est plutôt une sorte de bonus, puisqu’il s’agit en gros d’une mini-encyclopédie qui n’est pas sans rappeler par exemple le Dossier Artemis Fowl. C’est sympa, ça permet de voir l’auteur s’expliquer sur l’origine de certaines de ses idées, et aller plus en profondeur dans certaines explications pseudo scientifiques. Ca fait donc une jolie conclusion à la série même si la lecture reste hautement facultative (si ce n'est pour l'anecdote qui explique l'origine de la série).

En tout cas, pour une fois qu'on a de la SF bien fichue pour les jeunes, on ne va pas se priver !