lundi 27 février 2017

Mes vrais enfants – Jo Walton


Cela faisait un moment que j’attendais ce nouveau roman de Jo Walton, et pourtant j’ai un peu hésité à me lancer. Face au déluge de louanges, j’avais peur de revivre la même expérience que pour Morwenna, où une deuxième lecture avait été nécessaire pour apprécier vraiment le roman sans pression. Mais je n’ai pas pu résister à la tentation, et c’est sans aucun regret finalement !

Mes vrais enfants nous emmène à la rencontre de Patricia, une vieille femme en maison de retraite qui perd un peu la boule. Rien d’anormal pour son âge me direz-vous, sauf que sa confusion se nourrit d’un phénomène bien particulier : elle se rappelle de deux vies.

A la fin des années 40, elle était fiancée avec un brillant étudiant en philosophie avec qui elle vivait une relation purement épistolaire. Un jour, il lui proposa de l’épouser « maintenant ou jamais ». Dans une de ces vies, ce fut maintenant. Dans l’autre, jamais. Deux choix que le roman explore ensuite en retraçant la vie de « Pat » d’un côté, et de « Tricia » de l’autre.

Le concept en lui-même est plutôt simple (qui ne s’est jamais demandé ce qui serait passé s’il avait pris une autre décision à tel moment ?), mais Jo Walton l’exploite avec brio, transformant Mes vrais enfants en une incroyable uchronie personnelle.

L’histoire est très bien mise en scène avec un très bel équilibre. J’avais un peu peur au début d’alterner entre une vie de misère et une vie de bonheur, mais il n’en est rien, au final aucune ligne narrative ne prend le pas sur l’autre.

Du coup j’ai pris l’habitude de toujours arrêter ma lecture après avoir lu un chapitre de Pat et un chapitre de Tricia pour ne pas être frustrée, parce que je m’en serais voulu de laisser une des deux Patricia en arrière quand j’avançais avec son autre version.

Une chose est sûre en tout cas, Mes vrais enfants est un texte qui m’a touchée, et même bouleversée. Cette lecture a été un vrai maelstrom émotionnel : j’ai eu la poitrine serré, j’ai été angoissée, j’ai souri, j’ai ri, j’ai parfois soupiré d’envie et je me suis retrouvée plus d’une fois à retenir des larmes (j’étais dans le train, j’aurais eu l’air fine).

Cela tient à l’héroïne, Patricia, que j’ai trouvé absolument formidable : courageuse, aimante, passionnée… elle est très humaine surtout, et elle m’a rappelé plein de femmes de mon entourage par certains côtés (amis lecteurs, est-ce que cela vous a fait le même effet ?).

Mais cela tient au fait que Mes vrais enfants ne s’arrête pas à la mise en scène de la vie (enfin des vies) d’une femme. Il revisite également l’Histoire par la petite lucarne : plein d’évènements historiques sont bien sûrs évoqués (avec des variantes, car l’uchronie personnelle se double d’une vraie uchronie), mais c’est surtout une vraie histoire des évolutions sociales sur les soixante dernières années.

L’émancipation de la femme est clairement au cœur du roman, ainsi que la question des droits des homosexuels, mais ce ne sont pas les seuls thèmes abordés. Il serait trop long de tous les lister, d’autant plus que chaque lecteur viendra y piocher ce qui l’intéresse. Retenez juste que ce roman ne repose pas que sur l’émotion, il fait aussi beaucoup réfléchir.

Mes vrais enfants rappelle en effet le chemin parcouru et interroge sur celui qu’il reste à parcourir dans de nombreux domaines. Et il fait cela sans jamais verser jamais dans la sinistrose, ce qui est fort appréciable. Au contraire, je l’ai même trouvé très positif, peut-être idéaliste parfois, mais qu’est-ce que ça fait du bien de lire des choses comme ça !

Très bien construit, extrêmement touchant, bourré de thématiques intéressantes, Mes vrais enfants est donc un roman juste magistral, dont je vous recommande la lecture. Il a le mérite de plus d’être assez universel grâce à un argument SFFF plutôt discret. Un roman à lire et à faire lire donc (d’ailleurs je vais m’empresser de le prêter à ma maman !)

Une petite citation pour conclure :
« Génial, vraiment, dit Bethany. Des dinosaures, quelle avancée majeure pour les femmes ! »
(J’aurais pu en retenir plein d’autres mais j’aime le fait que celle-ci en dise à la fois peu et beaucoup, et je suis sûre que Alys va l’adorer ;)

D’autres avis : Cédric, Dionysos, Gromovar, Lorhkan, Lune, Lutin82, Roz, Xapur, Yogo

12 commentaires:

  1. Haha super la citation! :)
    Bon, j'ai déjà décidé d'acheter un livre d'elle quand j'en croiserai un en anglais - la chronique de Lorhkan était super élogieuse -, tu viens confirmer ça. Ce n'est pas tous les jours que tu es émue comme ça en plus.

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    1. @Alys
      Excellente décision ! Celui-ci est de loin le meilleur (enfin de ceux qui sont arrivés en VF en tout cas)

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  2. Un coup de coeur aussi, comme beaucoup de monde.
    Il y énormément de choses intéressantes contenues dans ce roman pourtant pas spécialement épais, un joli tour de force de la part de Jo Walton.

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    1. @Lorhkan
      Tout à fait, c'est impressionnant d'arriver à en dire autant en si peu de pages

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  3. Je suis heureuse que ça t'ait plu à ce point. Quelle claque cette lecture !

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    1. N'est-ce pas (et encore j'avais la pression à cause des avis très élogieux, des fois j'aurais aimé le découvrir sans rien savoir de ce roman)

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  4. J'ai bien aimé le roman mais je n'ai pas ressenti un coup de coeur. Les personnages font effectivement toute la saveur du récit :)

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    1. @Acro
      On peut pas tous avoir un coup de coeur non plus ^^.

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  5. Je suis une des rares à avoir aimé, mais sans plus. En attendais-je trop ? peut-être.

    Je suis toutefois heureuse qu'il plaise.

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    1. @lutin82
      Je pense qu'il est facile d'en attendre trop de ce roman vu les louanges qui l'entoure. J'avais eu le même problème avec Morwenna (c'est tout le problème des blogs, des fois ça parasite l'impression de lecture ^^)

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  6. Je ne lis pas désolée : j'ai lu trop de chroniques sur ce livre, le résultat est que je n'ai plus envie de le lire XD

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  7. @Tigger Lilly
    Tu as tout le temps d'oublier toutes les chroniques pour pouvoir le lire plus tard tranquillement (je comprends même tout à fait)

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