jeudi 30 juin 2011

Le Soldat Chamane – Robin Hobb


Je ne pensais pas le finir un jour, mais voilà, c’est fait, j’ai refermé le dernier tome du Soldat Chamane. J’avais commencé à le lire voilà déjà un bon bout de temps (deux ou trois ans au bas mot), et le temps que tous les tomes sortent et soient disponibles à la bibliothèque…

Il faut dire que comme d’habitude, le découpage français est tout ce qu’il a de plus approprié, puisqu’on passe de trois livres en vo à huit en vf :

Shaman’s Crossing
1. La déchirure
2. Le cavalier rêveur

Forest Mage
3. Le fils rejeté
4. La magie de la peur
5. Le choix du soldat

Renegade's Magic
6. Le renégat
7. Danse de terreur
8. Racines

Vous allez dire que je me répète, mais quand même, couper les bouquins en trois... En deux parties, je veux encore bien le tolérer, que ce soit pour des raisons de coûts et parce que d'un point de vue purement matériel, un volume de 600 pages, ça se manie moins bien et ça s’abime plus vite.

Mais sur le dernier tome, les volumes atteignent à peine les 300 pages chacun, et le découpage casse complètement l’intrigue. C’est juste ridicule. Mais trêve de mauvaises manières éditoriales, parlons plutôt du contenu.


Le Soldat Chamane est une histoire qui n’a rien à voir avec l’Assassin royal et confrères. Elle se déroule dans un monde complètement différent, pas du tout médiéval. On est plutôt à quelque part dans les Temps Modernes, avec une bonne louche d’interrogations sur la colonisation pour faire bonne mesure.

On y suit les pas de Jamère, un fils de nouveau noble destiné à une carrière militaire, qui va se retrouver contre son gré en plein milieu d’un conflit entre son pays, la Gernie et les peuplades « primitives » qui vivent à ses frontières, les Ocellions, dont les forêts barrent la route des voies commerciales.

S’il y a un point à saluer dans ce cycle de Robin Hobb, c’est d’abord l’univers. Je pense qu’elle prenait quand même des risques en changeant radicalement d’univers (elle a quand même construit sa renommée actuelle sur un seul univers, qu’elle a repris depuis d’ailleurs), mais pourtant elle réussit dans le Soldat Chamane à prouver qu’elle peut créer autre chose.

Elle délaisse les châteaux pleins de recoins et les navires marchands pour un univers qui évoque bien plus la conquête de l’Amérique, la confrontation entre les colons (ici les Gerniens, extrêmement puritains à leur façon à cause de leur société très traditionaliste) et les indiens (les Ocellions, vu comme des sauvages mais qui ont une civilisation toute aussi développée, centrée autour de leurs Opulents qui pratiquent la magie).


Mais le problème, c’est qu’au milieu de ce bel univers tout neuf, elle nous colle un Fitz bis. Mais en pire. A ceux qui n’ont jamais fini l’Assassin Royal parce qu’ils n’en pouvaient plus de ce héros à qui toutes les misères du monde arrivent et qui passe son temps à se lamenter sur son sort, vous n’aimerez pas plus Jamère, héros du Soldat Chamane, j’en ai peur, puisqu'il souffre des mêmes tares.

Ca ne serait pas désagréable (personnellement j’aimais beaucoup Fitz) s’il n’était pas en plus désespérément bête et borné. Pour reprendre (approximativement) une expression de J.K Rowling, la vérité pourrait danser toute nue sous son nez avec le cache théière de Dobby qu’il ne la verrait pas !

C’est dommage, parce qu’il a des bons côtés, comme un sens du devoir tout à fait admirable, même quand il se retrouve au fond du gouffre. Et il a la particularité d’être un héros obèse à partir du deuxième tome (donc 3-4-5 en français), ce qui est assez original et mérite d’être signalé.

Mais surtout dans les premiers tomes, il m’est arrivé d’avoir envie de lui hurler un « mais enfin c’est évident ! », tellement son aveuglement me fatiguait. Et comme le récit se fait à la première personne, on est un peu obligé de le supporter.


Heureusement, comme dans tout Robin Hobb, l’intrigue est prenante, et la narration très fluide, ce qui fait qu’on dévore littéralement les tomes, et qu’on passe tout de même un bon moment de lecture. La Madame s’y entend pour écrire de la bonne vieille fantasy avec ce qu’il faut de rebondissements, et d’univers étranges à découvrir.

Le problème, c’est que pas mal de thèmes ont un air de déjà-vu, notamment le fait que Jamère soit « incomplet », spécificité qui est en passe de devenir un classique chez Robin Hobb (entre Fitz et Kennit, ça faisait déjà beaucoup).

Bref même si ce nouveau cycle avait un bon potentiel au départ, et se lit facilement, je ne suis pas loin d’être convaincue. La qualité va en s’améliorant heureusement, et le tome 3 (donc 6-7-8) m’a semblé le plus intéressant, même si la fin un peu trop mielleuse et qui n’en finissait pas a bien failli avoir raison de moi !

Autant dire que c’est une lecture à réserver aux périodes de vacances, en empruntant les tomes à la bibliothèque, ou en les lisant en anglais pour faire des économies !

CITRIQ

7 commentaires:

  1. Oh je suis contente de pouvoir lire une chronique sur cette série que j'ai commencé mais non finie, je crois que j'ai les 2 derniers tomes qui me manquent dans ma pal mais je n'ai pas encore eu le courage de les reprendre.
    J'avais beaucoup accroché au début, effectivement nouvel univers, nouveau personnage et bon démarrage ... sauf que .. oui Jamère est pire que Fitz, que ce que l'on pouvait tolérer sur Fitz au tout début parce qu'il était un enfant, ne passe plus du tout sur Jamère.
    Il est vrai que cela se lit bien mais j'avoue que le côté misérable et "pauvre malheureux et victime" de Jamère m'est vite devenu insupportable, dommage ...

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  2. Tout à fait d'accord ! J'ai quand même fini la série pour voir l'évolution de l'univers, mais Jamère est un vrai supllice à suivre ! A côté Fitz est très actif et ne se plaint presque pas ! Qu'est que Jamère peut être borné ! Je ne comprends pas pourquoi on ne suit pas plutôt Epiny ou Spink qui sont nettement plus intéressants et sympathiques !

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  3. @Endea
    Faut se faire un week-end avec la série complète, c'est comme ça que ça passe le mieux ^^

    @Jaina
    C'est vrai qu'elle aurait pu alterner un peu les points de vue comme dans les aventuriers de la mer, ça aurait peut-être atténué le côté niais de Jamère...

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  4. Il faut absolument que je prenne le temps de relire l’Assassin Royal. Il ne m'en reste que quelques images

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  5. Je l'ai relu l'an dernier (ah non il y a deux ans, dieu que le temps passe vite), c'est un plaisir, surtout qu'on remarque plein de petits trucs qui échappent souvent à la première lecture ^^

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  6. Je suis complètement en accord avec ton billet. J'ai beaucoup aimé le nouvel univers, et la plume de Robin Hobb est toujours aussi plaisante. Mais mon dieu, que Jamère est insupportable !!

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  7. On devrait faire un club des gens qui détestent Jamère :D

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