mercredi 31 octobre 2018

La ligue des dragons (Téméraire 9) – Naomi Novik


Dans le monde de la SFFF où les cycles sont légions, nombreuses sont les histoires dont la publication a été interrompue en VF pour cause de traduction non rentable ou de maison d’édition qui met la clé sous la porte. Cela aurait pu être le destin de la série Téméraire si Outrefleuve n’avait pas repris le dernier tome sous sa houlette en début d’année pour mon plus grand bonheur. Je profite donc de ma lecture pour vous présenter le cycle en général, des fois que l’aventure vous tente (maintenant qu’elle est terminée !).

À quelque part entre la fantasy historique et l’uchronie, Téméraire est une série en neuf volumes qui nous projette au début du XIXe siècle, alors que notre Napoléon national est bien occupé à conquérir l’Europe et le reste du monde. Rien de bien original jusque-là, à ceci près que dans cet univers, les dragons ont été domestiqués pour être utilisés comme une force aérienne, ce qui change radicalement l’organisation et le déroulement des batailles.

Au début du tome 1, William Laurence, un capitaine de navire anglais se retrouve un peu malgré lui « maître » d’un dragon qui vient d’éclore, Téméraire. Obligé de quitter la marine pour rejoindre les forces aériennes (une honte pour sa famille), sa vie va vite prendre un tournant imprévu quand son dragon va se révéler être bien plus qu’une simple prise de guerre.

Très vite, le duo va se retrouver à voyager aux quatre coins du monde (littéralement hein, à la fin de l’histoire c’est bien simple il a visité ou rencontré des dragons de tous les continents !) pour combattre les forces françaises ou mener des missions diplomatiques.

Ce sera l’occasion pour Téméraire et Laurence d’apprendre en observant les autres cultures, ce qui les amèneront à se poser beaucoup de questions sur la façon dont sont exploités les dragons en Europe. Tandis que Téméraire commence à réclamer très vite plus de droits, Laurence, pur gentleman anglais doté d’un grand sens du devoir, va devoir apprendre à revenir sur ses principes par amitié pour son dragon, allant même jusqu’à se déshonorer totalement pour des raisons morales.

Si la série n’est pas exempte de défauts, je dois avouer que j’ai une grande affection pour Téméraire : c’est une histoire plaisante à lire, qui revisite plutôt bien l’époque qu’elle met en scène (enfin pour ce que j’en connais). J’aime bien notamment le fait qu’elle ne tombe pas dans le manichéisme primaire comme la plupart des romans anglais mettant en scène Napoléon.

Ici cet adversaire des Anglais est présenté certes comme un tyran assoiffé de pouvoir, mais avec des aspects plus humains au gré des tomes. En parallèle, si les Anglais représentent assurément le camp des « justes » avec les Russes et les Prussiens, Naomi Novik n’oublie pas de leur adjoindre un côté sombre notamment sur la façon dont ils traitent leurs dragons.

L’attrait principal de la série, c’est bien entendu les dragons. Si on est loin des relations fusionnelles des dragons de Pern, il y a définitivement une petite proximité dans la relation qui s’établit entre Laurence et Téméraire. Si de prime abord on a affaire une dynamique maître/animal de compagnie ou parent/enfant, très vite leur relation change de dynamique pour devenir une solide amitié, chacun des deux n’hésitant à sacrifier des choses importantes pour l’autre.

Évidemment, le fait d’utiliser les dragons comme des forces aériennes est une jolie trouvaille qui donne lieu à de grandes batailles qui rendrait merveilleusement bien à l’écran (Peter Jackson avait acheté les droits d’adaptation mais n’en a rien fait finalement hélas). Toute l’organisation qui se créé autour est également intéressante à découvrir, notamment les forces aériennes de l’armée, branche définitivement anarchique pour une armée anglaise (rendez-vous compte ma petite dame, certains dragons n’acceptent que des femmes à leur bord, des femmes dans l’armée et en pantalon, où va le monde ?!).

Au gré des tomes, on voyage sur les cinq continents avec nos deux héros, occasion de découvrir comment les autres contrées traitent leurs dragons, parfois comme des esclaves (en Europe), parfois comme des êtres égaux ou supérieurs à eux (en Chine ou en Amérique du Sud). Dans certains pays, ce sont même les dragons qui font la loi !

Si on n’est pas dans un roman à charge, Téméraire pose tout de même d’intéressantes questions sur l’égalité, les acquis sociaux, l’esclavage et sur les mesures qu’on est prêt à prendre en tant de guerre pour assurer la victoire.

Comme je le disais plus haut, la série a néanmoins quelques défauts. Elle souffre notamment de quelques passages à vide et d’une intrigue parfois un peu artificielle dans sa volonté de visiter tout le globe.

Il faut également noter que le héros principal ne plaira pas à tout le monde. Le capitaine Laurence est en effet d’une telle rigidité dans les premiers tomes qu’il en est presque insupportable. Il s’améliore avec le temps (à partir du tome 3) mais il faut accepter le postulat de départ d’un personnage tellement droit dans ses bottes que ça ne devrait pas exister. A une époque où on aime bien les anti-héros, c’est sûr qu’il a un côté archaïque… mais cela fait aussi son charme.

Pour ma part malgré ces défauts, j’étais fort triste quand la collection fantasy du Pré-au-Clerc a été arrêtée il y a quelques années, car j’étais persuadée de ne jamais connaître la fin de cette aventure à moins de passer à la VO. J’étais donc fort contente la conclusion paraître en français au début de cette année chez Outrefleuve (ça veut probablement dire que la série se vend très bien chez Pocket).

Je vous avoue que j’ai attaqué ma lecture avec des souvenirs assez flous, mais cela ne m’a pas empêché de retrouver assez rapidement mes marques et de savourer ma lecture.

La ligue des dragons a tout du tome de conclusion avec sa façon de ramener sur le devant de la scène tous les éléments vus précédemment pour une grande bataille finale contre Napoléon. Si l’histoire ne se résume à un Gouffre de Helm draconique, on a tout de même le droit à quelques belles séquences entrecoupées de passages un peu plus posés plus liés à des questions de diplomatie et de politique.

L’ensemble est très plaisant à lire, même si je regrette les nombreuses ellipses qui donnent un peu l’impression que l’autrice à chercher à faire rentrer trop d’éléments en un seul volume. Je ne suis pas mécontente de voir la saga enfin terminée mais je soupçonne qu’un tome 10 n’aurait pas été de trop pour bien poser tous les éléments. Mais bon j’imagine qu’après avoir consacré dix ans à son histoire Naomi Novik avait envie de passer à autre chose (notamment à explorer les contes de fées si je ne m’abuse).

Voilà, c’en est donc fini de Téméraire, jolie fantasy historique avec des dragons (ça existe le dragonpunk ?) qui offre un sympathique duo de héros, un beau voyage à travers le monde et quelques belles séquences de bataille. Certes ce n’est pas un cycle monumental, mais si la période historique vous intéresse et si vous aimez les dragons, c’est à lire tranquillement et avec plaisir.

D’autres avis : Elbakin

10 commentaires:

  1. J'ai récupéré le tome 1 auprès d'une amie. Je ne l'ai pas encore lu pour ne pas me retrouver avec une série en cours. Il faudrait d'abord que je termine les dragons de Lady Trent, puis je pourrai me lancer dans une autre historie de dragons. :D (Il semble y avoir pas mal de points communs entre ces deux séries avec des dragons dans un contexte historique ou inspiré d'une époque historique et qui parlent de la société et des mœurs...) Enfin bon bref c'est grâce à toi que je connais Téméraire, car j'ai suivi tes chroniques de ces dernières années. Et ce billet final confirme tout le bien que tu en as dit avant.

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    1. @Alys
      Bon bah vivement que tu te lances dans une nouvelle série avec des dragons ^^

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  2. Merci Outrefleuve. Enfin je ne sais pas si je dois dire merci parce que je n'ai plus d'excuse maintenant et donc 6 tomes à lire... =P

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    1. @Baroona
      Mais si mais si faut les remercier ^^

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  3. M'en reste encore 5 à lire, et je vais me régaler. J'ai fait une pause car 4 à la suite, cela devenait un pue redondant.
    Et son passage vers les contes a été très réussi.

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    1. @lutin82
      Oui faut pas trop les lire à la suite en effet. Faut pas trop attendre non plus ceci dit, sous peine de tout oublier xD

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  4. Bonne nouvelle que la série aie pu trouver un éditeur pour publier sa conclusion et que tu puisses enfin la lire ^^

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    1. @Tigger Lilly
      Au pire j'aurais pu terminer en anglais, mais la motivation n'y est pas trop en ce moment ^^

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  5. Tu me donnes presque envie de finir par tester avec le tome 2 alors que j'avais pas trouvé le 1 ouffissime.

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