mercredi 24 décembre 2008

Téméraire (1-4) – Naomi Novik



1. Les Dragons de sa Majesté
2. Le Trône de Jade
3. Par les chemins de la soie
4. L’Empire d’ivoire

Je me rends compte que je n’ai jamais parlé de Téméraire ou presque sur mon blog, ou du moins jamais de la série entière… en fait c’est parce que l’article qui aurait pu en parler m’a servi pour le Serdaigle Match… mais qu’à cela ne tienne, à l’occasion de ma lecture du 4e tome, retour sur ce cycle.


Téméraire est une de ces séries de fantasy, qui sans qu’on l’attende au tournant à chaque sortie (personnellement je les achète plutôt d’occasion à Gibert 2 mois après…), est assez agréable et divertissante pour qu’on aborde chaque nouveau tome avec plaisir. Un peu comme la Symphonie des Siècles, de la bonne vieille fantasy bien écrite idéal pour se détendre et voir du pays… quoique le « bonne vieille fantasy » ne soit guère approprié ici.


C’est en effet une série qui relève de genres bien particulier des littératures de l’imaginaire : une uchronie steampunk avec un soupçon de fantasy historique. Oui là tout de suite ça vous parle beaucoup j’imagine (et accessoirement ça montre bien que faire rentrer des romans dans des petites cases est un exercice assez fastidieux, même pour une documentaliste dans l’âme).

Pour situer les genres, l’uchronie, c’est quand on réécrit l’histoire à sa façon (Chroniques des Années Noires de Kim Stanley Robinson sont ma référence dans le domaine), le steampunk est un courant SF/fantasy où l’on se situe dans une ère de révolution industrielle (La Lune seule le sait de Johan Héliot vous en donne un bon aperçu pour le coté SF de la chose… pour la fantasy les auteurs français s’y essaient souvent), et la fantasy historique, comme son nom l’indique, s’inscrit dans l’histoire (les mythes arthuriens sont l’occurrence la plus fréquente de ce genre).

Mais bon à la rigueur, la classification, on peut s’en passer… En fait Téméraire réécrit l’histoire des campagnes napoléoniennes (du point de vue des anglais) du début du XIXe siècle avec une divergence majeure : l’existence d’une « armée de l’air », sous la forme de dragons, chevauchés par tout un équipage, notamment de fusiliers et autres…


Pour aller plus dans le détail, c’est l’histoire d’un capitaine de navire, Will Laurence, qui lors d’une escarmouche avec un navire français, met la main sur un œuf de dragon chinois. Et se retrouve bien malgré lui à devenir le « maître » de ce dragon nommé Téméraire. Voilà donc qu’il quitte la marine pour les Aerial Corps, tout en s’occupant de ce dragon plein de surprises.

Les dragons « apprivoisés » ne sont pas vraiment une nouveauté dans le domaine de la fantasy, c’était un sujet largement traité par les Dragons de Pern d’Anne McCaffrey (que de souvenirs…) sans qu’on en arrive à citer Eragon (no comment). Néanmoins Naomi Novik arrive à ne pas tomber dans le cliché, en créant une véritable relation d’amitié entre Téméraire et Laurence (sans aucun lien psychique qui soit), et en donnant des caractères très intéressants à ses deux personnages.

Laurence est en effet la pure incarnation du gentleman anglais du XIXe siècle, bourré de principes des doigts de pieds à la pointe de ses cheveux, ce qui en fait un personnage assez rigide… parfois insupportable à cause de cela, mais c’est tout le charme d’avoir un homme ancré correctement dans son époque et complètement lié par ses obligations. Sa morale et son honneur sont clairement au centre de ses conflits intérieurs, et il faut reconnaître que dans le tome 4 il devient très intéressant grâce à ça…

Téméraire, son dragon, est beaucoup plus libre dans ses pensées et ses choix, et raisonne plus avec ses émotions qu’avec des codes de conduite. Il a une origine particulière (nœud de l’intrigue des 2 premiers tomes), qui le sépare des autres dragons, ce qu’il fait qu’il est curieux et réfléchit énormément. Par ailleurs, c’est parfois celui qui a les réactions les plus humaines dans ce duo, bien qu’il garde un vrai caractère de dragon. L’auteur ne l’a pas complètement humanisé, et a su lui attribuer quelques traits de caractères draconides qui lui donne un certain charme.

La relation entre Téméraire et Laurence ne constitue pas la seule intrigue, et passe d’ailleurs assez vite au second plan dès le deuxième tome. En effet, la Grande Bretagne étant en guerre avec la France, Téméraire est très vite mis à contribution dans le domaine. Les amateurs de grandes batailles seront donc servis avec des passages particulièrement épiques dans ce domaine, bien qu’un peu confus parfois pour moi…

Et comme la guerre ne se joue pas qu’entre soldats, l’action, c’est aussi du voyage et de la diplomatie. L’origine de Téméraire oblige à un voyage en Chine dans le tome 2, entre dépaysement et manigances politiques. Il est suivi par un retour épique dans le tome 3 par la route de la Soie (enfin…), jusqu’à Constantinople, avant de remonter par la Prusse en train de se faire écraser par Napoléon. Une fois de plus, c’est manigances politiques, batailles, et voyage, avec en prime une magnifique rencontre avec les bottes d’une célébrité (vous verrez, vous verrez…). Quand au tome 4, il s’offre l’Afrique, rien que ça, du Cap jusqu’aux Chutes Victoria (enfin j’imagine que c’était elles).



Bref, avec Téméraire, on en prend plein la vue, coté décors, cultures, ambiances, et batailles. Un très bon cocktail qui est complété par quelques bonnes réflexions sur le statut des dragons, et même des hommes (et oui, on est encore en pleine période d’esclavage…), qui donne lieu à tout plein d’échanges intéressants entre Laurence et Téméraire.

Ajoutez à ça un rendu de l’époque précis et exact (enfin fantasy-ment parlant), Téméraire est une très bonne lecture assez originale, avec une écriture assez efficace qui fait que ça se dévore comme de rien. Et c’est toujours plaisant de voir Napoléon mis en scène coté anglais (en terme de steampunk, c’est toujours LE méchant de l’époque, y’a de quoi être fier ^^), d’ailleurs je l’ai trouvé assez fidèle au personnage historique dans son apparition à la fin du tome 4…

Ses seuls défauts, c’est la froideur de la narration (induite par le caractère de Laurence, mais qui peut lasser quand même), l’impression de tourner en rond par moments au niveau des personnages (ça va mieux dans le tome 4 de ce coté là), et le risque de lassitude à enchaîner les tomes (il existe déjà un 5e tome en anglais, et nul doute que ça va continuer…).

Mais bon, il faut quand même savoir que les droits d’adaptation ont été achetés par Peter Jackson, et ça, ça fait rêver… parce que les batailles napoléoniennes revisitées avec des dragons, sur grand écran… *bave sur son clavier et décide de s’arrêter là*

2 commentaires:

  1. Tu crois que ça plairait à un douzanetdemi qui adore Eragon ? Fénice

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  2. Y'a une possibilité... enfin je suis pas experte dans le conseil en littérature jeunesse, mais ça se lit assez facilement et y'a de l'action...
    Bon y'a toujours le risque qu'il trouve le héros insupportable par contre...

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