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samedi 28 mai 2016

La ménagerie de papier – Ken Liu


L’an dernier j’ai beaucoup entendu parler de Ken Liu lorsque je lisais le recueil La tour de Babylone de Ted Chiang. La comparaison était tout à fait pertinente tant les thématiques qu’ils traitent sont similaires sur le fond. Cependant la forme est très différente, comme j’ai pu le découvrir grâce à cet excellent recueil, La ménagerie de papier.

Dix-neuf nouvelles de taille variable composent cet ouvrage, avec des registres et des thématiques très variées (du voyage spatial et des rencontres avec l’Autre aux relations parents-enfants). Si évidemment il est difficile de toutes les aimer autant, force est de reconnaitre qu’il s’agit tous de textes brillants.

Cela est dû au juste équilibre qu’a trouvé Ken Liu. Ses nouvelles proposent d’excellentes idées de SF (le genre qui tire vers le haut) avec des développements parfois poussés voire techniques, cependant elles n’ont jamais la froideur de la hard-science car elles sont toutes profondément centrées sur l’humain. Ce qui fait que chaque texte, quelle que soit sa taille ou son thème dégage une profonde chaleur humaine (tout le contraire de Ted Chiang donc) et se révèle satisfaisant à tout point de vue.

Commençons avec Renaissance. Ce texte est une excellente mise en bouche avec cette histoire qui mêle thriller et SF dans un monde où l’effacement de mémoire a remplacé fait office de sanction en cas de faute. Voilà qui ferait un bon scénario de film !

On enchaîne ensuite sur Avant et après, une jolie pastille dont il est difficile de parler en détail, mais qui est très bien construite.

Les Algorithmes de l'amour nous raconte comment une femme se perd dans la fabrication de poupées dotées d'intelligences artificielles et dans son deuil, ce qui est à la fois émouvant et horrible.

Nova Verba, Mundus Novus est une deuxième pastille qui met en scène l’exploration d’une Terre plate, pour un résultat plutôt léger et entraînant.

Après quelques excellents amuse-gueules, Faits pour être ensemble est la première nouvelle à m’avoir vraiment frappé. Elle met en scène un futur où Cortana, Siri et autres assistantes informatiques occupent une place prépondérante dans nos vies. Le récit est très bien mené, d'autant plus qu’il montre les deux côtés de la pièce. Il est passionnant à lire et pose plein de questions du coup. Bref j’adore.

Emily vous répond est une nouvelle courte et grinçante sur l'effaçage de souvenirs qui m’a un peu rappelé Eternel sunshine of the spotless mind dans l’esprit (la forme est différente par contre).

Trajectoire est le deuxième texte à m’avoir fait vibrer grâce à son histoire qui parle d'art, de maternité d’accomplissement personnel et d'immortalité entre autres choses. Là encore j'ai beaucoup aimé le fait que l'auteur donne à voir la médaille et son revers.

Le Golem au GMS est une délicieuse histoire plutôt légère dont l'introduction suffit à donner le ton : « Le lendemain du départ de la Terre du vaisseau Princesse des Nébuleuses, Dieu s'adresse à Rebecca ». Je me suis régalée.

Avec La Peste, on assiste à la rencontre de deux humains du futur alors que l’un a vécu dans un abri sous-marin et que le deuxième devait s’adapter à un environnement hostile. L’histoire est bien menée, et j’aime l’importance donnée à l’aspect communication.

L'Erreur d'un seul bit est un texte complexe que j’ai trouvé fascinant. Il aborde la question de la foi d'un point de vue scientifique, un pari risqué mais le résultat est fort intéressant, avec un traitement très humain du sujet.

La Ménagerie de papier est une superbe nouvelle très légèrement fantastique autour d'une relation mère-fils, qui aborde la question de l'immigration et celle de la barrière des langues. Elle est très touchante à lire et mérite bien ses lauriers.

Le Livre chez diverses espèces s’amuse à imaginer les formes possibles de transmission du savoir chez des espèces extra-terrestres, pour un résultat plutôt amusant.

Dans Le Journal intime, une femme perd sa capacité à lire en tombant sur le journal intime de son mari. Le résultat est un récit plutôt étrange qui parle d’incompréhension.

L'Oracle rappelle un peu les thématiques de Minority Report avec son héros qui vit au ban de la société car il a un jour eu une vision de son futur où il allait être condamné à mort pour meurtre. C’est une jolie réflexion sur le destin.

La Plaideuse est une enquête sur un meurtre dans une Chine ancienne (imaginaire je présume). C’est un texte plaisant et bien mené, on aurait facilement envie d'en lire plus à ce sujet.

Le Peuple de Pélé est une très jolie histoire sur une colonie humaine sur une autre planète, qui doit gérer les communications différées avec la Terre, entre autres choses.

Mono no aware nous raconte l’héroïsme ordinaire lors de la fin du monde et d’une aventure spatiale et se révèle touchant.

La Forme de la pensée se penche sur la rencontre d’humains et d’une espèce intelligente complètement différente. La nouvelle est superbe dans cette façon de mettre en scène un mode de communication complètement différent, et dure dans son jugement de l'espèce humaine (mais ô combien juste).

Le recueil se conclut sur Les Vagues, une ultime histoire de voyage spatial qui aborde cette fois ci la question de l’évolution et de l’immortalité. Ces thèmes très intéressants sont superbement traités avec une jolie narration qui alterne avec des récits cosmogoniques.

Voilà pour ce « petit » tour d’horizon des nouvelles présentées dans ce recueil. Évidemment j’ai mes favorites, mais globalement il n’y a pas un seul texte qui m’ait déplu ou qui m’ait laissé sur le carreau, ce qui est plutôt rare dans ce genre d’ouvrage. Inutile de dire que je suis plus que satisfaite de ma lecture et si vous n’avez pas encore lu La ménagerie de papier, je vous invite à vous jeter dessus.

D’ailleurs je suis bien embêtée pour ma part, ayant emprunté l’ouvrage à la bibliothèque, j’ai désormais bien envie de m’acheter un exemplaire pour pouvoir l’exhiber fièrement sur mes étagères !

CITRIQ


Item 4 : Lire une oeuvre SFFF écrite par un auteur de couleur ou métissé
(mais comme Infinités, dans le genre multipass il est pas mal aussi ce bouquin !)

mardi 10 mai 2016

Infinités – Vandana Singh


Normalement je ne me laisse pas avoir, mais je suis d’abord tombée amoureuse de ce livre à cause de sa couverture (signée par Aurélien Police). Ensuite j’ai vu que c’était des nouvelles (chic). Écrites par une femme (encore mieux). Indienne qui plus est (pas courant dans nos contrées). Ajoutez à cela une excellente critique de Gromovar, et il devient impossible de résister à sa lecture, non ?

Me voilà partie dans Infinités, recueil de dix nouvelles qui met en scène l’Inde actuelle dans toute sa complexité. L’auteure parle beaucoup de la place de la femme en Inde, mais aussi de religion et de système de castes, entre autres choses.

Le ton est extrêmement juste, et l’écriture a un je ne sais quoi d’envoûtant qui fait que sans toujours très bien comprendre les textes, je suis tombée systématiquement sous leur charme. Les personnages et les situations sont criants de vérité, d’autant plus que la SFFF joue finalement un rôle mineur.

Elle est présente bien sûr (une nouvelle se déroule même sur la Lune), mais elle est assez légère, ce qui rend le livre accessible pas uniquement aux lecteurs de SF. Pour le coup je pense qu’il pourrait parfaitement trouver son public si on venait à l’égarer par mégarde hors du rayon SF.

Rien que le premier texte, Faim, semble tout à fait « normal » puisque la SF est juste le pêché mignon de l’héroïne de la nouvelle, une femme indienne qui doit gérer sa maison et faire bonne impression lors d’une soirée. Un très joli texte qui parle de choses importantes d’une très belle façon.

Delhi se penche sur l’histoire d’un homme qui croise des fantômes d’une autre époque. Je me suis parfois un peu égarée dans son propos, ce qui ne m’a pas empêché de trouver l’histoire fascinante.

Le titre La Femme qui se croyait planète résume la nouvelle en elle-même. Elle est absolument extraordinaire dans ce qu’elle dit des relations de couple en Inde.

Dans Infinités, c’est un professeur de mathématiques passionné par la notion d’infini dont on suit les pas, de son enfance à l’âge adulte. Je n’ai pas tout compris l’aspect mathématique, mais j’ai néanmoins beaucoup apprécié ce récit qui en dit très long sur la vie en Inde (et les affreux conflits religieux qui secouent le pays).

Soif nous parle d’une femme fascinée par l’eau, qui est hantée par une malédiction familiale à ce sujet. Ce récit fantastique est mené avec brio, et se révèle fascinant.

Les Lois de la conservation est un des textes les plus science-fictifs, puisqu’il met en scène un ancien explorateur de Mars qui raconte une de ses missions à ses colocataires sur la Lune. J’ai été charmée par l’ambiance très old school de cette nouvelle.

Avec Trois contes de la rivière du ciel. Mythes de l'ère des astronautes, on pourrait presque se croire dans un livre d’Ursula K. Le Guin, puisque ces trois courts textes nous baladent à travers différents mondes et différentes cultures, pour un résultat une fois de plus fascinant (ce mot résume à lui-seul ce recueil en fait).

Le Tétraèdre nous parle d’une jeune fille sur le point de se marier, qui assiste à l’apparition d’un mystérieux tétraèdre géant en pleine ville. La nouvelle est aussi intéressante pour ce qu’elle dit du statut de la femme en Inde que pour la réflexion scientifique menée par l’héroïne.

Je ne suis pas sûre d’avoir tout saisi de L'Épouse, portrait d’une femme indienne expatriée aux Etats-Unis et désormais en instance de divorce. Mais cela reste une nouvelle extrêmement touchante et fort triste.

Enfin dans La Chambre sur le toit, une jeune femme voit son monde changer suite à l'apparition d'une locataire sculptrice dans une chambre de sa maison. Encore un joli texte, avec son léger parfum de mystère et son ton très humain.

Le recueil se termine avec Un manifeste spéculatif, un court essai où l’auteur résume à merveille tout l’intérêt que l’on peut avoir à lire de la SFFF. Rien que l’on ne sache pas déjà, mais c’est toujours agréable d’approuver de tout cœur en lisant ses mots.

Voilà pour ce petit tour du recueil Infinités, une belle promenade à un rythme tranquille dans un pays qu’on ne connaît pas toujours très bien, avec une ambiance souvent fascinante et des personnages très humains.

CITRIQ


Item 10 : Lire une oeuvre de SFFF par un auteur non occidental
(mais il pourrai aussi compter pour les items 1, 4, 7, 15, 18 & 19 si je n'ai rien oublié, ça c'est de la rentabilité !)

mercredi 27 avril 2016

Le livre d’or de la science-fiction : Theodore Sturgeon – Theodore Sturgeon


Theodore Sturgeon fait partie de ces grands noms de la SF des années 50 dont j’avais déjà goûté la plume il y a quelques années grâce aux très connus Cristal qui songe et Les plus qu’humains, et au moins connu mais néanmoins étonnant Un peu de ton sang. J’avais envie d’explorer un peu plus son œuvre, et quoi de mieux qu’un livre d’or de la SF pour cela ?

Commençons d’abord par l’instant couverture (ça va devenir une tradition) : elle est signée Wojtek Siudmak, du coup c’est presque normal qu’on ait du mal à voir le rapport entre l’image et le texte, c’est même caractéristique du bonhomme. Et on échappe aux femmes à poil, c’est plutôt pas mal même si la fourmi avec un crâne humain en guise de tête qui tire des rayons laser me laisse un peu perplexe…

Mais laissons de côté ces interrogations iconographiques pour s’intéresser à ce recueil, réalisé par Marianne Leconte, dont la préface est fort intéressante pour mettre en lumière les thèmes fétiches de Sturgeon, mais surtout pour découvrir sa vie privée haute en couleur (j’ai perdu le compte du nombre de ses mariages !).

Après quoi on peut profiter de douze nouvelles qui oscillent entre SF et fantastique, avec des tons très variés… comme toujours dans ce genre d’ouvrages, il est difficile de tout aimer, cela dépend de ses affinités : pour ma part ce sont les textes qui parlaient le plus de l’Autre, de la différence et de la solitude qui m’ont le plus plu. Des thèmes déjà abordés dans Cristal qui songe, et qui tiennent à cœur à l’auteur, à n’en point douter.

La première nouvelle, L'Île des cauchemars, évoque un peu les récits fantastiques du XIXe siècle dans sa construction (un homme raconte à un autre l’histoire d’un troisième qui semble avoir perdu la tête suite à un naufrage), avec un petit côté Lovecraft par moment (mais très léger, c’est sans doute les tentacules qui m’y font penser) mais pas mal de notes d’humour (un peu noir) ici et là. Le résultat est très chouette, c’est une excellente mise en bouche.

Les Ossements met en scène un inventeur qui met au point une machine qui peut lire dans les os les derniers souvenirs de l’homme ou de l’animal. Le concept est sympathique, et l’ambiance plutôt réussie.

On enchaîne ensuite avec Largo, une superbe histoire de musique et de vengeance magistralement orchestrée (sans mauvais jeux de mots). J’ai adoré (et le titre est très adapté après vérification auprès d’un spécialiste du classique).

Cicatrices n’appartient pas vraiment à la SFFF avec son histoire de deux gardiens de troupeaux qui se racontent leurs histoires autour du feu. Elle ne m’a pas tellement marqué même si elle est bien écrite.

Tout le contraire de Un don particulier, une bonne vieille SF avec des aliens où un équipage en route pour Venus maltraite un peu trop un de ses passagers. Beaucoup de méchanceté gratuite, et une très belle morale à la fin, une excellente nouvelle donc.

M. Costello, héros est lui aussi un récit de SF à tendance space-opéra, qui parle de vivre en harmonie, et qui réussit à le faire de la façon la plus inquiétante possible.

Je n’ai pas très bien compris La Musique, mais comme c’est un récit court, ce n’est pas bien grave.

J’ai par contre adoré Parcelle brillante, nouvelle où un vieil homme solitaire recueille une femme à l'agonie chez lui et la soigne. Cette histoire monte doucement en puissance, avec son héros masculin très particulier. Je me suis rendue compte que je l’avais déjà lu dans le livre Un peu de ton sang (sous le titre Je répare tout), j'ai été surprise de n'avoir pas tout à fait la même lecture cette fois-ci (est-ce parce que je savais, ou parce que la traduction a été revue entre les deux éditions ?).

L'Autre Célia est une petite histoire fantastique qui se démarque par un narrateur remarquable par son extraordinaire curiosité (ce qui le rend nettement plus inquiétant que la créature fantastique de cette histoire, un comble !).

Le héros de Un crime pour Llewellyn est excellent également, une sorte de monsieur-tout-le-monde dont le train-train quotidien est bouleversé par un aveu de sa femme. C’est complètement inattendu, à la fois triste et drôle dans cette manière de parler de solitude et de différence. Bref j’ai adoré.

La Fille qui savait parle d’une rencontre entre un homme qui va bientôt mourir, et une femme très étrange. J’ai eu un peu de mal avec ce texte pas très clair, je l’ai presque compris uniquement grâce à l’introduction de l’anthologiste.

Le recueil se termine en beauté avec Sculpture lente (prix Hugo ET Nebula en son temps), une très belle rencontre entre une femme malade et un scientifique qui parle de science, de médecine, de solitude, de différence et de millions d’autres choses. Un très beau texte pour conclure.

Voilà pour ce recueil d’excellente qualité (introduction intéressante, chouette sélection de nouvelles et une bonne bibliographie pour conclure) qui remplit parfaitement son office : donner envie de lire d’autres nouvelles de cet auteur… et il en a écrit : l’intégrale qui existe en anglais ne compte « que » treize volumes !

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mardi 5 avril 2016

Yama Loka Terminus : dernières nouvelles d’Yirminadingrad – Léo Henry & Jacques Mucchielli

 

Cela faisait un petit moment que j’hésitais à participer au crowdfunding pour Adar : retour à Yirminadingrad vu que je ne connaissais pas du tout l’univers. Pour me faire une idée, j’ai donc emprunté un des livres de cette série à Tigger Lilly, et si ma chronique arrive assez tardivement, j’ai pu terminer ma lecture assez tôt pour apporter ma petite participation, ouf !

Yama Loka Terminus est un recueil de vingt-et-une nouvelles écrites par Léo Henry et Jacques Mucchielli qui ont toutes comme décor la ville imaginaire d’Yirminadingrad, aussi difficile à situer dans le temps que dans l’espace. L’ambiance a un je-ne-sais-quoi de post-apocalyptique qui ferait pencher à un futur proche, tandis que les noms et l’ambiance évoque l’ex-URSS (et un peu les Balkans parfois).

Les différents textes nous permettent donc visiter cette ville étrange, dont l’atmosphère est résolument poisseuse, fréquemment noire et pleine de désespoir, avec un doux parfum de folie et de mélancolie. Les thèmes abordés sont très variés, et l’écriture change d’un texte à l’autre, avec de belles expériences ici et là. Il est probablement difficile d’accrocher à l’ensemble des textes.

De manière générale lire ce recueil m'a fait l'effet d'un bain dans une mer agitée : à un moment on est porté par une vague et on est à l'aise, à d'autres moments on est submergé par une nouvelle incompréhensible ou dérangeante et on a bien envie de rejoindre la plage.

Le résultat est fascinant à lire, à condition d’être dans le bon état d’esprit (ce qui n’a pas toujours été le cas dans mon cas hélas). Ce qui ne m’a pas empêché d’apprécier la plupart des textes, à vrai dire il n’y en a guère que cinq qui ne m’ont pas parlé du tout.

Je ne vous parlerai pas de tous, mais voilà ma petite sélection de favoris pour vous mettre l’eau à la bouche :
  • Attentat de personne est un récit fantastique fascinant, dans lequel le terme de mélancolie prend je pense tout son sens. C’est affreusement triste mais terriblement beau ;
  • Power Kowboy nous plonge dans la tête d’un enfant, pour un résultat touchant et glaçant à la fois ;
  • Demain l'usine est un authentique coup de poing, qui m’a vraiment frappé alors que ce genre de thématique ne me parle pas toujours ;
  • Au-delà, il n'y a que le ciel parle de déménagement et de morts, pour une histoire glaçante mais non dénuée d’absurde et d’humour noir ;
  • Et s'échapper des côtes rompues, et se répandre en nuées immenses, un des derniers textes du recueil, est une excellente histoire post-apocalyptique bien glauque forcément.
Belle écriture et ambiance très réussie sont au programme de ce Yama Loka Terminus. Il vaut mieux se blinder avant de passer les portes de cette ville étrange, mais le voyage vaut le détour, autant pour l’ambiance que pour l’écriture. Je serais curieuse de voir ce que Yirminadingrad devient lorsque d’autres auteurs la mettent en scène dans Adar.

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mardi 29 mars 2016

Quatre chemins de pardon – Ursula K. Le Guin


Il y a eu deux ans, j’avais eu l’occasion de visiter dans le recueil L’anniversaire du monde les deux planètes Werel et Yeowe, candidates à l'entrée dans l'Ekumen. Je n’avais pas tout compris à l’époque, ce qui est un peu normal vu que j’avais zappé LE livre qui parle d’elles. Cette méprise est désormais réparée grâce à Quatre chemins de pardon, recueil de nouvelles qui se consacre uniquement à ces deux mondes, et qui m’offre l’occasion de visiter une fois de plus l’incroyable univers de Hain (ou de l'Ekumen selon sur quelle édition française vous tombez) sur lequel écrit Ursula K. Le Guin depuis tant d’années.

Dans ce recueil composé de quatre nouvelles, nous visitons donc un système solaire doté de deux planètes habitables : Werel, qui habite depuis longtemps des humains et Yeowe, qu’ils ont ensuite colonisé. La particularité du coin : l’esclavage, fondement de la société porté au sommet de l’absurdité économique lorsque des « mobiliers » (des esclaves donc) commencent à appartenir à des compagnies. Et cela ne plaît pas trop à l’Ekumen, qui se garde bien d’intervenir mais peut néanmoins donner quelques idées…

La présentation géologique, historique et sociologique de ces deux mondes est faite dans les appendices en fin d’ouvrage, qui sont passionnants à lire pour arriver à se situer (d’ailleurs je les ai lu après la première nouvelle, quitte à tout faire dans le désordre autant le faire jusqu’au bout !).

Après (ou avant) quoi on peut parler des nouvelles à proprement parler, qui permettent par le biais de différents points de vue de visiter ces deux mondes.
  • Trahison nous offre le regarde d’une vieille ermite qui permet de faire connaissance avec Yeowe par le biais de ses réflexions. C’est le genre d’histoire tranquille où on devrait s’ennuyer ferme, et comme toujours avec Ursula K. Le Guin ce n’est absolument pas le cas !
  • Jour de pardon nous emmène visiter une contrée de Werel par les yeux d’une envoyée de l’Ekumen un peu trop franche. Intéressant même si j’ai trouvé la fin un peu bâclée ;
  • Un homme du peuple nous donne je crois bien l’unique aperçu de la planète Hain, et de ses contrées aux coutumes archaïques (mais qui ont un petit quelque chose de fascinant qui rappelle La vallée de l’éternel retour parfois), avant de venir aux femmes de Werel et de Yeowe qui ont été oubliées lors de la révolte des esclaves ;
  • Libération d’une femme se résume par son titre, avec ce parcours d’une femme née esclave qui découvre la liberté et les livres, sans que l’histoire ne verse jamais dans le pur pathos.

Tous ces récits ont l’air indépendant, mais on découvre petit à petit les liens entre eux, et il n’y a finalement que le premier qui est vraiment séparé des autres (ce qui n’est pas plus mal vu qu’il ouvre le recueil). Si les nouvelles n’avaient pas été publiées séparément auparavant, on pourrait presque penser à une sorte de roman chorale.

Sinon ce recueil est du pur Ursula Le Guin : héros atypiques qui sont plus dans l’observation que dans l’action, soin apporté aux descriptions des sociétés, rythme lent et belles phrases sur lesquelles on laisse tranquillement porter… C’est une SF étrangement calme, mais très riche et très agréable à lire. Je ne suis pas sûre que tout le monde accroche (et ce recueil n’est peut-être pas la meilleure porte d’entrée), mais pour ma part je suis sortie ravie de cette lecture.

Le seul reproche que je ferais est sur les conclusions qui m’ont souvent semblé un peu expédiées sous forme d’un happy-end à la va-vite… sauf que l’auteure se fend d’une pirouette à ce sujet :

(Vu que c’est la conclusion d’une nouvelle je vous laisse choisir de la lire ou non, je ne pense pas qu’elle révèle quoi que ce soit mais c’est toujours un peu osé de citer la fin)

« Je l'ai conclue, comme tant d'histoires, par l'union de deux personnes. Qu'est-ce que l'amour et le désir face aux révolutions de notre époque, face aux espoirs et aux cruautés infinies de notre espèce ? Une petite chose. Mais une clé est une petite chose auprès de la porte qu'elle ouvre. Perdez la clé, et peut-être la porte ne s'ouvrira-t-elle jamais. C'est dans nos corps que nous perdons ou découvrons la liberté. C'est dans nos corps que nous acceptons ou abolissons l'esclavage. »
Voilà qui clôture (pour moi) le cycle de l’Ekumen / Hain que j’aurais définitivement lu dans le désordre le plus complet (sans que cela pose réellement problème).

Pour ceux qui voudraient se lancer dans l’aventure, j’ai reconstitué l’ordre de parution originel (qui me paraît le plus cohérent que la chronologie interne de l’univers pour des raison d'écriture) :
Les trois premiers ne sont pas indispensables (et les nouvelles incluses dans le Livre d’or ne sont pas les plus marquantes non plus, sauf le Collier de Semlé qui est depuis devenu l'excellent prologue du Monde de Rocannon), mais à partir de La main gauche de la nuit lancez-vous, c’est un sacré univers de science-fiction qui s’ouvre à vous !

CITRIQ


Item 1 : Lire une oeuvre de SF (et uniquement de SF) écrite par une femme

(je n'aurais pas rêvée meilleure représentante pour cet item, on n'utilise pas le terme grande dame de la SF pour rien quand on parle d'Ursula K. Le Guin)

mercredi 16 mars 2016

Dragon de glace - George R.R. Martin


Après avoir goûté au G.R.R. Martin de science-fiction dans Le voyage de Haviland Tuf, je change un peu de domaine avec ce sympathique recueil, Dragon de glace, plutôt orienté fantasy/fantastique. Une excellente occasion de voir ce que l’auteur de Game of Thrones est capable de faire au format court… et il est plutôt bon dans le domaine, il révèle même quelques surprises.

Dragon de glace, le premier texte, est un conte. Voilà qui est déjà surprenant de la part de l’auteur, qu’on attend pas vraiment dans ce registre. Et pourtant, cette histoire de jeune fille née en hiver et insensible au froid qui noue des liens particuliers avec un dragon souffleur de givre a vraiment tout du récit enfantin (magie mystérieuse, don particulier, rejet des autres, parcours initiatique). Le résultat est vraiment chouette, ce qui me rassure vu que j’ai un peu offert la (magnifique) version illustrée à mon filleul récemment.

Dans les Contrées Perdues met en scène la mystérieuse Alys la grise, une sorcière capable de vous procurer ce que vous désirez le plus, mais avec des conséquences généralement terribles. Pourtant Dame Melange n’hésite pas à la consulter, et Alys la grise part donc à la recherche de ce qu'elle désire, jusqu'aux contrées perdues. Encore un récit prenant à lire qui fleure bon le conte. Je suis par contre forcée d'avouer que j'avais tout oublié une semaine après, contrairement à Dragon de glace.

Tout le contraire de L'Homme en forme de poire, une histoire fantastique à ne pas lire le soir que je ne suis pas prête d’oublier. Je suis sans doute une âme sensible mais qui n'a jamais eu un voisin bizarre et un peu flippant ? Quand personne ne veut écouter vos inquiétudes et que votre vie semble basculer dans l’enfer, difficile de ne pas perdre pied…

Portrait de famille, qui clôture le recueil, est un récit fantastique autour d'un auteur qui s'intéresse plus à ses écrits qu'à sa famille (enfin c'est plus compliqué que cela). Il reçoit un bien étrange présent de sa fille avec laquelle il vient de se fâcher, et voilà qu’il reçoit d’étranges visiteurs. Si j'ai moins accroché à ce texte qu’à L'homme en forme de poire, les questions posées restent intéressantes, et l'ambiance plutôt réussie.

Voilà pour ce petit recueil de nouvelles, court mais de qualité avec deux excellents textes (Dragon de glace et L’homme en forme de poire), et deux autres certes un peu moins marquants mais néanmoins agréables à lire (et encore, je soupçonne que c’est une question d’affinités). Voilà qui donne envie de continuer à découvrir les nouvelles de l’auteur.

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Item 19 : Lire un recueil de nouvelles SFFF (pas de réelle originalité ici, l'occasion fait le larron !)


dimanche 6 mars 2016

Les yeux d’ambre – Joan D. Vinge


L’an dernier, en lisant l’anthologie Encore des femmes et des merveilles, j’étais tombée sous le charme d’une excellente nouvelle de Joan D. Vinge, Le soldat de plomb. Il était donc logique de continuer à explorer ses écrits. J’aurais pu me pencher sur Le cycle de Tiamat, mais j’avais déjà lu une partie des romans il y a fort longtemps. J’ai donc opté pour son recueil de nouvelles, Les yeux d’ambre.

Et ce choix s’est révélé fort judicieux, vu que les cinq nouvelles qui composent cet ouvrage se sont toutes révélées d’excellente qualité. On a affaire ici à une science-fiction (parfois dissimulée sous un vernis de fantasy) qui parle essentiellement de voyage spatial, d’exploration de planètes et de colonies sur d’autres mondes. Un cadre classique (de la bonne vieille SF comme je l’aime pour dire vrai), mais l’auteure en profite pour explorer tout un tas d’interrogations et de thèmes annexes, et pour mettre en scène de chouettes personnages. Résultat, je suis tombée sous le charme dès la première nouvelle.

Les yeux d'ambre, qui ouvre donc ce recueil, m’a en effet impressionné par sa construction (une histoire de fantasy au premier abord qui bascule dans une science-fiction tout ce qu’il y a de plus sérieux par la suite) et par les nombreux thèmes abordés : en vrac on va parler de célébrité, de la vie privée, de la famille, de la morale, de l'Autre et même... de traduction ! Je n'en dis pas plus pour vous laisser découvrir cette nouvelle (qui a reçu un prix Hugo en son temps).

Depuis des hauteurs impensables explore le thème classique du voyageur envoyé dans l'espace en solitaire, et qui forcément finit par ne plus tourner très rond dans sa tête. Cette nouvelle est portée par un personnage central très humain (et féminin, youhouh !). L’aspect que j’ai le plus aimé ? Les raisons qui ont poussé cette femme à être volontaire pour un tel voyage.

Mediaman raconte une mission de sauvetage sur une planète glaciale, organisé par le fils d’un riche industriel et couverte par un mediaman (une sorte de journaliste-cameraman prêt à tout pour décrocher le scoop et trouver un emploi stable). L’ambiance de space-opéra est bien trouvée, avec cette humanité qui a conquis d'autres planètes et qui régresse peu à peu faute de matériaux de base. Le trio de personnages est joliment dessiné, et j’ai bien apprécié la conclusion.

Avec L'Aide du colporteur, on se croirait presque dans un univers de fantasy, avec cette histoire de marchand qui vend de superbes objets magiques et cherche une escorte pour attendre la ville. Mais il n’en est rien, la nouvelle cache en fait quelques éléments de SF. Il s’agit probablement du texte le moins marquant du recueil, mais on passe un bon moment à suivre les pérégrinations des personnages.

J’avais déjà croisé la route de Soldat de plomb (c’est le texte qui m’a amené à ce recueil), mais je n’ai pas pu m’empêcher de la relire. Cela a confirmé l’excellente impression que j’avais en tête. Cette histoire d'une rencontre entre un cyborg coincé sur une planète et une femme qui voyage dans l'espace est vraiment chouette : l'univers est très riche, l'auteure exploite à merveille les problématiques du voyage dans l'espace, et la relation entre les deux personnages est juste touchante. Il s’agit du premier texte publié par Joan D. Vinge, une belle réussite.

Voilà pour cet excellent recueil dont j’ai vraiment apprécié le fourmillement d’idées, mais aussi les personnages très humains. Sa dernière réédition remonte malheureusement à 1992, mais si vous croisez sa route chez un bouquiniste, n’hésitez pas surtout pour la première et la dernière nouvelle.

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Item 15 : Lire un livre de SFFF féministe

Qu’est-ce qu’un livre de SFFF féministe ? La question m’a beaucoup travaillé, et au final j'ai choisi de présenter Les yeux d'ambre pour compléter cet item-ci, parce qu'à la lecture, j'ai noté une forme de féminisme que j'ai beaucoup apprécié : le féminisme tout en discrétion.

La plupart des héros des nouvelles des Yeux d'ambre sont des hommes (à l'exception de la première et de Depuis des hauteurs impensables) et les thèmes abordés ne m'ont pas semblé plus militants que ça, mais... tous les personnages féminins, qu'ils soient de premier ou de second plan, sont tous des personnages fort, déterminés, qui ne rentrent pas dans les moules féminins stéréotypés voire s'en affranchissent totalement. Sans pour autant se refuser l’opportunité de fondre en larmes, de tomber amoureuse ou de sortir entre filles. Bref, ce sont des personnages équilibrés, et c’est ce que j’ai aimé : du féminisme qui ne force pas le trait.

samedi 27 février 2016

Le livre d’or de la science-fiction : science-fiction allemande (anthologie)


Après avoir exploré la science-fiction italienne par le biais d’un livre d’or de la SF, j’ai voulu tenter la même aventure avec un autre pays, et je me suis donc plongée dans le livre d’or de la SF allemande, sous-titré Etrangers à Utopolis.

Notons tout d’abord que pour une fois la couverture, où Hitler semble avoir été portraituré par Dali, semble à peu près appropriée (si on ne trouve nulle uchronie de la Seconde Guerre dans ce recueil, les dystopies et les tyrans sont légion). Cela a sans doute à voir avec le fait qu’elle n’est PAS signée de Marcel Laverdet (à quelque part je me sens lésée d’ailleurs).

Elle a été réalisée par Helmut Wenske, un illustrateur allemand. En cherchant un peu j’ai découvert qu’elle avait aussi servi pour un autre livre (avec un titre un peu plus cohérent), preuve qu’il est toujours possible de faire des histoires sur les couvertures de cette collection !

A part ça que trouve-t-on au programme de cette anthologie ? Tout d’abord la traditionnelle introduction signée par l’anthologiste, Daniel Walther, dans laquelle, je dois avouer, j’ai vite été perdue au milieu des noms. Il en ressort une impression de SF allemande pas très structurée (en même temps on obtiendrait peut-être le même résultat en résumant la SF française des années 70 si ça se trouve).

Un passage m’a tout de même marqué : « Il n'y aura jamais plus une seule Allemagne. La réunification des deux Allemagne participe d'un rêve passéiste extrêmement dangereux. Et résolument réactionnaire ». Le plus drôle quand on lit de la vieille SF (1980 ici), c’est quand elle se plante complètement !

Après quoi on plonge dans les nouvelles, en commençant avec Sur la bulle de savon de Kurd Lasswitz qui raconte fort joliment un voyage extraordinaire à la surface… d'une bulle de savon qui se révèle un monde à part entière (avec ses habitants, et son écoulement du temps qui diffère). Une chouette découverte donc.

Rakkox le milliardaire : le roman d'un nouveau riche de Paul Scheerbart est un récit délirant autour de la figure d'un milliardaire qui aime les innovations et peut tout s'offrir. Pour un texte de 1900, il contient quelques belles idées (notamment un essai sur l'intérêt de la guerre sous-marine, à la fois délirant et visionnaire, et le concept de détruire les nations en offrant des billets de croisière pas chères !)

La Bombe solaire de Walter Ernsting dégage une ambiance de vieux space-opera avec son bourlingueur spatial qui se retrouve coincé entre les humains et une race alien toute aussi vindicative. J'ai bien aimé ce qui est dit sur l'espèce humaine et son bellicisme continu, à défaut d'accrocher complètement à l'histoire. La fin, ceci dit, n'est pas dénuée d'ironie.

La Belle et la bête de Ernst Vlcek est un très étrange texte explorant le schéma classique de la société futuriste matriarcale, mais avec une atmosphère de conte de fées. Très cliché sur pas mal de points, mais l’atmosphère est étonnante.

Anatomie de la peur de William Voltz est un de ces textes de SF comme je les aime, avec une chute bien grinçante pour cette projection dans un futur où les banques d'organes sont légions.

Les Enclaves de Herbert W. Franke est un court texte qui parle d'écologie et de surpopulation. Le résultat est plutôt sympathique et percutant.

Le Conseiller du dessous de Peter von Tramin est une nouvelle fantastique plutôt efficace.

Les Autres de Wolfgang Jeschke nous projette dans un futur ravagé par le nucléaire, mais dans avec atmosphère très fantastique... ce qui explique sans doute que j’ai eu un peu de mal avec cette histoire à cheval entre deux registres.

Les Grandes manœuvres de Herbert W. Franke est une histoire sur l'absurdité des conflits, alors qu'une nation pacifique décide d'organiser de grandes manœuvres militaires pour garder sa population entraînée au cas où. On se doute assez vite de la direction que va prendre l'intrigue, mais la construction (un recueil d'articles, communiqués et cie) et le final sont délicieusement absurdes.

Une mission pour Lord Glouster de Alfred Andersch est un dialogue assez fou avec un voyageur temporel, l'aspect folie étant dans le fait que les deux protagonistes semblent trouver l'idée de parler de ça tout à fait logique.

Projet N.O.E. ténèbres et azur de Hermann Ebeling met en scène une Terre à l'agonie où les derniers survivants vivent dans des dômes surpeuplés. L'ambiance est plutôt réussie.

Je suis un peu passée à côté de L'Île de Reinhard Merker, où un homme se fait construire une forteresse sur une île pour échapper au monde. La faute à un héros pas très sympathique.

Premier Amour de Gerd Maximovic met en scène un homme condamné dans une société très 1984, l’ambiance est plutôt intéressante.

Autoexpérimentation de Harald Buwert est un autre texte très 1984 dans son ambiance. Encore plus avec ce dialogue entre un auteur de propagande et son lecteur officiel sur le sujet de la révolte.

Épines de lumière de Gerd Ulrich Weise est un post-apo où l'homme est revenu à un mode de vie primitif. Encore une fois on trouve quelques jolies trouvailles mais j'ai moyennement accroché au mode de récit.

Le recueil se termine sur La Démonstration de Gerhard Zwerenz, une excellente conclusion qui brasse plein d'idées sur la fin de l'humanité, et dont l’introduction contient quelques perles de pragmatisme telles que celle-ci :
« Le 24.12 de chaque année, des fusées spatiales rasent nos villes en vue de créer un nombre suffisant d’emplois pour l’année suivante. Il faut bien reconstruire les métropoles anéanties. Jadis, les grandes et les petites cités humaines étaient détruites par les guerres. Depuis quelques temps, chaque Etat rase ses propres villes. »
Cette anthologie contient quelques chouettes trouvailles, mais je dois avouer que je suis un peu restée sur ma faim, la faute à des thématiques qui n’ont pas forcément bien vieilli et à des récits qui ne se démarquent ni par leurs idées brillantes ni par leur écriture extraordinaire.

En plus ils ne sont pas particulièrement bien mis en valeur par l’anthologiste qui explique presque dans chaque introduction de nouvelle qu’il aurait voulu mettre une autre nouvelle bien meilleure à la place, mais qu’elle était soit trop longue, soit pas assez représentative, soit déjà publiée ailleurs !

C’est dommage car je soupçonne que ça a joué dans mon ressenti, soit parce que j’aurais préféré le meilleur texte non retenu tant qu’à faire, soit parce que j’ai du mal à retrouver dans ma lecture l’excellence mise en avant par l’anthologiste. Ca m’arrive souvent de louer l’excellent travail d’un anthologiste qui vous vend du rêve tout au long de votre lecture… pour ce livre-là ça a été hélas l’effet inverse !

Item 18 : Lire un livre SFFF traduit.

(et avec originalité avec ça, puisqu’il s’agit d’une traduction de l’allemand)

mercredi 17 février 2016

Pour Clara : prix 2007 (anthologie)


Entre ce livre et moi, il y a une longue histoire. Il m’a été offert par une de mes sœurs (en 2007 je pense d’ailleurs). J’avais trouvé le concept sympathique mais pas au point de me jeter dessus, et du coup il s’est retrouvé à prendre la poussière pendant quelques années (ce qui est un peu la honte, en général j’essaye de lire mes cadeaux assez vite !).

Mais aujourd’hui est un grand jour, puisque j’en suis enfin venue à bout (d’ailleurs il suffisait juste de se lancer, après tout il ne fait que 200 pages), et j’ai ainsi terminé de vider ma vieille PàL. Mon plus vieux livre en attente est désormais Quatre chemins de pardon de Ursula K. Le Guin, acheté en 2014, autant dire que je n’ai plus à culpabiliser d’oublier certains livres au profit de nouveautés plus affriolantes !

Mais assez parlé de ma vie, parlons plutôt de cette anthologie, qui est la première édition d’un concours de nouvelles destinés aux adolescents, en l’honneur de Clara, une adolescente décédée d’une malformation cardiaque. La couverture de cette première anthologie ne vend pas du rêve, mais rassurez-vous c’est mieux par la suite, voyez la dernière en date.

Au programme de cette anthologie, six nouvelles d’adolescents (d’adolescentes plus précisément), avec des thématiques et des genres plutôt variés. C’est un peu difficile de juger ces textes car si on peut les trouver parfois un peu clichés ou maladroits, leurs auteures sont jeunes, et cela ne les empêche pas de déborder d’idées ou d’émotions parfois très fortes.

Le monde d'en-bas d’Amandine Pohu, qui ouvre le recueil, offre une belle plongée dans un univers de fantasy (enfin, techniquement c’est aussi du post-apo), avec un parcours assez classique (un jeune magicien qui part à l’aventure) mais des éléments intéressants, notamment un univers bien pensé qui pourrait tout à fait être développé en roman. Forcément c’est mon texte préféré, et je suis même allée vérifier si elle avait écrit autre chose depuis (juste deux trois nouvelles ici et là à priori).

Journal intime d'un vampire de Noémie Eloy ne passe de résumé, tout est dans le titre. C’est un récit fantastique classique, rien de mémorable mais il se lit bien.

Kronen de Maud Lecacheur est comme une capture d'un instant (en l’occurrence une rencontre dans un train). J’ai apprécié la virtuosité certaine dans l'écriture, même si le texte en lui-même ne pas énormément parlé (mais quand même, quelle maîtrise !).

Le médaillon mystérieux de Hermine Lefebvre de Martens offre une aventure avec des pirates et de la magie qui fleure bon l’influence de Pirates des Caraïbes. L’histoire est assez classique mais l’ensemble se lit bien.

Parce que c'était toi, parce que c'était moi de Ludivine Manric est une histoire d'amitié un peu dérangeante (enfin surtout dans sa conclusion !), avec une construction avec des flash-back plutôt chouette.

Pleure pas trop fort de Paola Termine, qui termine le recueil, est un récit brut de décoffrage sur le mal-être d’une adolescente. Avec mon regard d’adulte sans aucun doute un peu hautain, je serais tentée de lui reprocher un côté un peu cliché, mais j’ai néanmoins trouvé qu’il portait en lui une émotion vraiment puissante.

Voilà pour ce petit tour dans ces nouvelles d’adolescents, une lecture sympathique, et accessoirement un joli panorama de ce que c’était d’être ado en 2007… Après tout les pirates, les vampires et la fantasy c’est tellement années 2000 ! Je me demande si on trouve plutôt des dystopies et des nouvelles érotiques dans les prix les plus récents !

CITRIQ

dimanche 13 décembre 2015

Le livre d’or de la science-fiction : J. G. Ballard – J.G. Ballard


Ballard fait partie de ces grands noms de la SF dont je n’avais jamais croisé la route jusqu’ici (sauf peut-être sous forme de nouvelle), il était plus que temps de faire sa connaissance, et quoi de mieux qu’un livre d’or pour se faire une bonne idée du personnage ?

(à condition de ne pas regarder la couverture bien sûr, qui pourrait presque être cohérente si on n’y trouvait pas des guêpes qui font du hoverboard… mais sinon tout va bien !)

Comme assez souvent dans cette collection, la qualité de l’introduction semble conditionner celle du choix des textes. Dans le cas présent Robert Louit, l’anthologiste, fait un excellent travail : il n’a aucun mal à susciter l’intérêt en évoquant les grandes thématiques de l’œuvre de Ballard, et ce-faisant il donne quelques clés de lecture pour comprendre les nouvelles de ce recueil, sans pour autant trop en dire (sauf peut-être à propos du Géant noyé).

Après quoi on ne peut que se lancer à l’aventure dans les textes de Ballard, qui ne sont point classés chronologiquement mais thématiquement (Oppressions subtiles, Plis du temps et Zones sinistrées), et c’est une approche qui fonctionne tout à fait (sauf peut-être lorsqu’on part à la recherche de la nouvelle en question dans la bibliographie en fin d’ouvrage !). Voyons un peu le menu.

En lisant la première nouvelle, L'Homme subliminal, j’ai été frappé par son côté visionnaire. Bien sûr c’est du visionnaire des années 60, c’est-à-dire à la fois extrêmement juste et complètement à côté de la plaque pour certains aspects, mais tout de même, c’est tout le concept d’obsolescence programmée qui est ici mis en scène et c’est sacrément impressionnant.

On enchaîne ensuite L'Homme saturé, étrange texte mettant en scène un homme qui se coupe peu à peu de la réalité. Le résultat est impressionnant à lire mais il ne m’a pas plus parlé que ça.

C’est tout le contraire de Treize pour le Centaure, histoire de vaisseau générationnel dans l’espace qui a très certainement inspiré la mini-série Ascension (du coup ceux qui l’ont vu vont tout de suite savoir de quoi il en retourne), avec une belle étude sur le genre humain. C’est un de mes textes préférés du recueil.

Chronopolis nous projette dans un monde futuriste où les horloges ont été bannies. C’est un postulat étrange (et qui a ses limites) mais qui fait beaucoup réfléchir lorsqu’on réalise à quel point toute notre vie est parfois réglée à la minute près.

Point d’horloge dans Fin de partie, mais une sorte de compte à rebours invisible pour une histoire mettant en scène un condamné à mort qui passe ses derniers jours en compagnie de son bourreau, sans savoir quand il sera exécuté. Le concept est sympathique mais j’ai un peu regretté que l’introduction de l’auteur évente tout le contenu de la nouvelle.

Demain, dans un million d'années est un texte assez étrange, à mi-chemin entre fantastique et SF, dans lequel on suit deux naufragés sur une planète désertique où l’on observe parfois d’étranges apparitions. Le résultat est un texte presque poétique (c’est à peu près à ce stade que j’ai réalisé que Ballard aimait les descriptions, et savait y faire dans le domaine).

La Terre s’est arrêtée de tourner dans Le Jour de toujours, nouvelle où l’on suit un voyageur qui semble chercher le bon fuseau horaire pour vivre, entre le crépuscule, la nuit totale et le jour. Je dois avouer que je n’ai pas tout compris à l’intrigue, mais quel univers !

Un assassin très comme il faut est un texte très classique sur le voyage dans le temps. Pas de grande surprise, mais l’histoire se lit fort bien.

Le Vinci disparu est plus surprenant, plongeant plutôt dans le domaine du fantastique (avec un petit côté Neuvième porte par certains côtés) alors que deux experts en art cherchent à retrouver un Léonard de Vinci dérobé. Forcément, j’ai aimé !

Perte de temps exploite la thématique de la boucle temporelle (quoique ici c’est peut-être bien une sorte de spirale) tout en mettant en scène la vie pas toujours passionnante d’un couple. J’ai bien aimé le rythme d’enfer de cette intrigue, et son côté légèrement absurde.

Le Géant noyé imagine ce qu’il se serait passé si Gulliver avait échoué mort sur la plage des Lilliputiens. C’est une nouvelle assez triste (et pas forcément à lire après le petit-déjeuner comme cela m’est arrivé) mais fort réaliste sur la nature humaine.

Il n’est pas très facile de comprendre La Cage de sable, car l’auteur n’en donne toutes les clés qu’à la toute fin. Ceci dit j’ai apprécié la belle atmosphère de cette nouvelle qui imagine l’arrêt des programmes spatiaux et leurs conséquences.

Les Statues qui chantent est peut-être bien la seule histoire d’amour du recueil, et en dit long sur le regard que porte Ballard sur le sujet ! Un texte triste, mais fort joli.

Je suis par contre un peu passée à côté de Amour et napalm : export U.S.A., un texte assez violent (et donc forcément perturbant) dont j’ai eu du coup du mal à comprendre les tenants et les aboutissants.

Au final je crois que c’est surtout les premières nouvelles que j’ai aimé, celles très portées sur l’humain. Cependant de manière générale j’ai apprécié tous ces univers sinistres mis en scène (qui sont apparemment une spécialité de l’auteur), et même si je ne suis pas forcément grande amatrice de descriptions, je dois reconnaître que Ballard sait y faire dans le domaine.

Bref je suis bien contente d’avoir pu découvrir son œuvre avec ce recueil qui permet de se faire une première impression de son écriture et de ses idées. Et que ce soit sur le fond comme sur la forme, on a vraiment le droit à des textes de qualité.

Par contre à titre personnel j’ai eu un peu de mal avec la tristesse de tous ces textes. A petite dose ce n’est pas gênant, mais c’est tout le recueil qui est ainsi (et probablement son œuvre si je me fie à l’introduction). A ne pas lire les jours de déprime et de pluie donc (quoique vu la quantité de sècheresse et de sable dans ce livre, voire de la pluie n’aurait rien de déprimant, bien au contraire !). Mais cela ne m’empêchera probablement pas de lire d’autres textes de lui.

mardi 1 décembre 2015

Utopiales 2015 (anthologie)


Comme chaque année, la lecture de l’anthologie des Utopiales est une excellente occasion de prolonger le festival, avec les souvenirs de la sympathique chasse aux dédicaces qui accompagne comme il se doit cet ouvrage (et la lecture des nouvelles qui permet parfois de comprendre enfin certains messages !).

Cette année, le recueil ouvre s’ouvre sur un texte un peu énervant, Les yeux en face des trous de Alain Damasio. En effet, il ne s’agit pas d’une nouvelle mais du début de son prochain roman, qui nous laisse littéralement en plan à la fin de l’extrait. Si le procédé est compréhensible dans un échantillon gratuit, c’est un peu plus énervant dans le cadre d’une anthologie. Du coup je ne sais pas trop quoi en dire (même si le concept a l’air intéressant), j’attends de pouvoir le lire en entier !

Immersion, la nouvelle suivante, donne l’occasion de découvrir les écrits d’Aliette de Bodard, française plusieurs fois primées jusque-là presque inconnue au bataillon en France (parce qu’elle écrit en anglais). J’ai beaucoup aimé sa nouvelle qui colle parfaitement à la thématique (en extrapolant sur les casques de réalité virtuelle dans un futur lointain), avec une très belle atmosphère.

On enchaîne ensuite avec Welcome Home de Jérôme Noirez joue également bien le jeu de la thématique, avec cette histoire de réalités qu’on peut modeler à sa guise pour se construire une demeure hors de toute juridiction, ce qui pose de nombreuses questions. Un peu violent mais fort intéressant.

Si on lit Un demi bien tiré de Philippe Curval juste après la nouvelle de Jérôme Noirez (riche en drogues et alcools), on se retrouve presque à choper la gueule de bois vu que cette nouvelle a aussi un taux d’alcoolémie très élevé. Mais sa démonstration du paradoxe de Zénon par la boisson se révèle à la fois drôle et étrange.

Dieu, un, zéro de Joël Champetier mélange de façon improbable mais tout à fait cohérente la règle à calcul, les robots et la religion. Le concept est très intéressant, j’aurais été curieuse de voir l’histoire se développer un peu plus au final.

On sort pratiquement du cadre de la science-fiction avec Les aventures de Rocket Boy ne s'arrêtent jamais de Daryl Gregory, sans doute un des textes les plus touchants du recueil qui parle de cinéma, de l’adolescence, et de science-fiction (quand même). Pour le coup il m’a vraiment donné envie de lire d’autres textes de cet auteur.

J’ai eu l’impression qu’on pouvait lire Le vert est éternel de Jean-Laurent Del Socorro comme une coda à son roman Royaume de vent et de colères (que je n’ai pas lu), mais c’est aussi une bonne introduction à son univers, qui donne très envie de continuer l’aventure.

Coyote Creek de Charlotte Bousquet est une histoire au ton très juste sur une vieille femme qui perd la mémoire, et qui part dans une dernière grande aventure fantastique plutôt sympathique.

J’ai par contre été un peu déçue par Intelligence extra-terrestre de Stéphane Przybylski, intéressante mais qui me semble incomplète, une sorte de porte d'entrée à son univers qui n'est pas tout à fait satisfaisante… je verrais en lisant Le marteau de Thor si le texte acquiert plus de sens.

Pont-des-Sables de Laurent Queyssi est en quelque sorte le pendant à la nouvelle de Daryl Gregory. Si la direction prise par Pont-des-sables n’est pas la même, c’est très étonnant de lire deux textes aussi justes sur l’adolescence.

La nouvelle qui m’a le moins parlé dans le recueil est Versus, de Fabien Clavel. Pourtant l’idée est sympa mais j’ai compris l’astuce au bout de quelques lignes, et j’ai vraiment eu du mal avec cette impression de private joke.

Smithers et les fantômes du Thar de Robert Silverberg imite à merveille le récit d’aventure du XIXe siècle, avec ici la quête d’une cité mystérieuse dans un désert en Inde. Si on se doute de la conclusion, on appréciera la précision de la reconstitution (jusqu’au narrateur tellement ancré dans son époque !).

Enfin on termine avec Visage, une nouvelle de Mike Carey qui met en scène un univers de fantasy où un gouverneur est confronté aux étranges coutumes d’une région conquise. Un texte plutôt intéressant, qui m’a donné envie de lire plus de l’auteur.

Au final à l’exception de la nouvelle de Fabien Clavel où je suis complètement passée à côté, la lecture de cette anthologie a été fort agréable. Bien évidemment, tous les textes ne m’ont pas autant plus (question de sensibilité). Je retiendrais surtout les textes de Daryl Gregory et Laurent Queyssi (des vrais coups de cœur) et je vais garder en mémoire les noms de Aliette de Bodard, de Jean-Laurent Del Sorocco et de Mike Carey car j’ai très envie de lire d’autres choses de ces auteurs.

CITRIQ

jeudi 29 octobre 2015

Le livre d’or de la science-fiction : John Brunner – John Brunner


Cela faisait un petit moment que j’avais laissé en plan mes lectures des livres d’or de la SF, jusqu’à qu’une envie de nouvelles me décide à m’y remettre. Après maintes hésitations, j’ai opté pour celui sur John Brunner, complément idéal à la lecture du génial Tous à Zanzibar faite en début d’année.

Comme ses collègues, ce livre d’or commence par une excellente présentation de l’auteur signée par George W. Barlow, qui en évoquant tout ce qu’a écrit John Brunner jusqu’à la sortie de ce recueil, n’a aucun mal à nous donner l’eau à la bouche. Et comme souvent dans cette collection, la qualité de la préface présage de la qualité des nouvelles qui suivent.

On démarre avec D'un autre œil, très classique récit de SF où l’être humain rencontre l’Autre. La chute est plutôt prévisible, mais l’histoire parallèle entre le Peintre, très « sophistiqué » et le groupe d’humains qui ne l’est pas du tout est fort sympathique et témoigne d’un bel effort d’écriture.

Coelacanthe est une novella consacrée aux vaisseaux générationnels, et sur la façon dont pourrait évoluer une génération entière d’êtres humains nés à bord d’un vaisseau dans le cadre d’un trajet qui dure plusieurs décennies. Là encore, la thématique est classique (du moins aujourd’hui), mais la querelle des Anciens et des Modernes mise en scène est fort bien rendue, avec une belle conclusion. C’est une de mes nouvelles préférées.

Dans Puissance quatre, des scientifiques font des expériences sur les possibilités de multiplier les connexions entre les neurones. Lorsqu’un volontaire humain joue au cobaye, les résultats sont plutôt inattendus. Ici point d’étude intérieure façon Daniel Keyes, mais une observation plutôt froide accompagnée d’une réflexion sur ce qui fait l’être humain et d’une conclusion presque loufoque.

Faute de temps est une histoire à mystère : un médecin trouve sur le pas de sa porte un vagabond atteint d’une maladie rare qu’il est presque le seul à pouvoir identifier. En cherchant à remonter le cours de l’histoire pour savoir comment il est arrivé là, le médecin va peu à peu plonger dans le domaine de l’impossible (sauf en SF bien sûr !).

Un élixir pour l'empereur n’a pas grand-chose de science-fictif (un air de fantastique, oui par contre) mais permet de se frotter au volet historique de l’œuvre de John Brunner. On y suit le parcours d’un général qui devient empereur à la manière de l’époque (je ne vous fais pas un dessin). Classique mais ça se lit bien.

On continue dans le registre historique avec Une passion pour les clous, où l’on revisite un évènement fort connu du point de vue du bourreau. Là encore, un récit qui se lit également bien, même s’il ne laisse pas un souvenir impérissable.

Le Frère d'Orphée s’intéresse aux mythes modernes, et tout particulièrement à ces stars qui deviennent des dieux en ayant la bonne idée de mourir jeune, en jouant ici sur les parallèles avec la figure d’Orphée. Je vous avoue être passée un peu à côté.

Avec La Parole est d'argent, on revient à la SF. On y suit les pas d’un homme qui « perd sa voix » le jour où il passe un casting pour servir de modèle pour un étrange appareil. Il n’y a pas vraiment de débauche de technologie, juste une étonnante capacité à se projeter qui fait que cette nouvelle reste étonnement actuelle.

Chances égales tisse d’étranges parallèles autour d’une histoire qui joue avec la crainte du nucléaire à après la Seconde guerre mondiale. Si j’ai assez vite vu vers quoi la nouvelle se dirigeait, j’ai été surprise de la conclusion.

Dans Cinquième commandement, un retraité sans enfants qui passe sa retraite dans un lieu idyllique n’arrive pas à trouver la paix. Cette nouvelle est étrange, à la fois elle est assez prévisible, mais pourtant la fin est plutôt surprenante (bien que le titre soit un indice).

Enfin le recueil se termine sur L'Age des artères, une intéressante interprétation de la notion de ville (que n’aurait pas renié Neil Gaiman).

Comme toujours avec les recueils de nouvelles, je n’ai pas forcément accroché à tout. Certaines choses me sont restées en tête, d’autre moins. Mais globalement j’ai eu grand plaisir à lire ce livre d’or car tous les textes sont extrêmement bien écrits (à l’image de Tous à Zanzibar) et soulèvent des idées intéressantes.

Je mettrais juste un bémol sur les thématiques, qui avec un regard de lecteur actuel peuvent sembler très classiques (ce qui explique sans doute la prévisibilité de certaines chutes), mais ces nouvelles ont été publiées entre 1957 et 1974, époque où elles devaient sans aucun doute sembler plus « fraiches ».

En tout cas ce recueil confirme tout le bien que je pensais de John Brunner, et me donne envie de lire d’autres titres de lui. Il ne reste qu’à faire mon choix dans son immense bibliographie présentée à la fin du livre d’or (qui n’est même pas complète vu qu’elle s’arrête en 1978 !).

CITRIQ

vendredi 23 octobre 2015

Aux confins de l'étrange - Connie Willis


Connie Willis est une auteure qu’on connaît avant tout pour ses romans gigantesques. Pourtant elle a aussi écrit pas mal de nouvelles, et les quelques unes que j’avais croisé au gré d’anthologies m’ont donné très envie de me plonger dans un de ces recueils, c’est désormais chose faite !

Aux confins de l’étrange regroupe onze nouvelles et novellas écrites en 1986 et 1992, sur des sujets aussi variés que la fin du monde, les trous noirs, les deux guerres mondiales, le changement à l’université, la vie de famille, l’amour et la question du logement, sans parler des chiens ! (oui elle était facile celle-là, je l’admets).

Les sujets sont très variés, mais on reconnaît partout la patte dans l’auteur dans les ambiances assez loufoques, les dialogues qui partent dans tous les sens, et cette capacité incroyable à mélanger réunions tupperware et physique quantique dans un même texte. Du coup pourvu qu’on aime ce genre d’absurdités, on n’a aucun mal à se laisser emporter par la lecture de ce recueil.

Le recueil s’ouvre sur Le Dernier des Winnebago, qui met en scène un journaliste parti photographier le dernier des Winnebago (le camping-cars, pas le peuple indien !). Il croise sur sa route le cadavre d’un chacal, ce qui lui réveille en lui plein de souvenirs sur les derniers des chiens. Comme le présente si bien l’auteure, c’est une fin du monde lente et au jour le jour qui est ainsi mise en scène, étrange et terriblement crédible en même temps.

Même sa Majesté est une réponse aux personnes qui ont reproché à Connie Willis de ne pas assez aborder la question du droit des femmes. Elle s’est donc penché sur LE problème féminin dans cette nouvelle au trait parfois un peu forcé (sans doute volontairement d’ailleurs) mais délicieusement drôle.

Le Rayon de Schwarzschild n’est pas aussi léger, mettant en parallèle théories de physique et guerre des tranchés, une alliance à priori improbable mais qui fonctionne plutôt bien, même si on s’y perd un peu parfois.

J’avais déjà eu l’occasion de croiser Ado dans une anthologie, mais cela ne m’a pas empêché de relire avec plaisir cette histoire de censure où une enseignante se retrouve à sabrer presque tout le texte de Shakespeare pour n’offenser personne. Une nouvelle qui parle avec humour d’un sujet inquiétant.

Pogrom spatial est un hommage aux comédies romantiques de l’âge d’or du cinéma américain, transposé dans une station spatiale où l’espace manque. On y suit les pas d’une femme qui héberge pour son fiancé un alien fou du shopping lors de négociations très importantes. Le rythme est infernal, les répliques volent dans tous les sens, et de manière générale on passe un excellent moment.

Conte d'hiver est la contribution de Connie Willis aux nombreuses théories sur la vie de Shakespeare, du point de vue de sa femme. C’est intéressant à lire, même si je pense que cette nouvelle se savoure plus avec une bonne connaissance de l’écrivain.

Dans Hasard, une femme revient sur le campus où elle a fait ses études, et voit resurgir tout un tas de souvenirs… il m’a fait pensé un peu à un texte de Lisa Tuttle (Sans regret), mais en beaucoup plus triste (oui je sais c’est difficile à croire !).

A la fin du Crétacé se déroule aussi dans une université, où le département de paléontologie est sur le point d’être réformé. C’est un récit un peu étrange, mais l’absurdité des juxtapositions et l’ambiance de folie qui monte est plutôt chouette.

Contrairement à ce à quoi je m’attendais, Temps mort est la seule et unique nouvelle à évoquer le voyage dans le temps (enfin…) au travers d’un professeur de physique un peu foldingue qui recrute une mère de famille et un psychologue qui a passé cinq ans au Tibet pour mener ses expériences. Loufoque et improbable, mais amusant.

Rick nous amène à Londres en pleine Blitz, au sein d’une équipe de la protection civile (un petit air de déjà-vu donc). Un récit qui sonne très vrai sur cette époque, à quelques notes fantastiques près, mais je vous laisse découvrir cela par vous-même.

Enfin le recueil se termine sur Au Rialto, récit d’un congrès de physique quantique à Hollywood qui donne l’impression d’avoir basculé dans le pays des merveilles tant rien n’a de sens, de la réceptionniste qui n’a pas chambre réservé à votre nom aux conférences qui ne sont jamais dans les bonnes salles, en passant par le charmant collègue qui cherche à vous débaucher à tout prix. Autant dire qu’on s’y amuse beaucoup.

Comme vous pouvez le voir, il y a donc de quoi faire dans Aux confins de l’étrange. Je vous avoue pour ma part garder particulièrement en tête Le Dernier des Winnebago, Même sa Majesté et Pogrom spatial, mais à l’exception d’un ou deux textes que je n’ai pas vraiment compris, j’ai passé un excellent moment de lecture grâce au ton très léger et à cette SF (ou ce fantastique) plutôt discrète.

Je ne suis pas sûre que ce recueil soit encore disponible (sauf en occasion), mais trois des nouvelles ont été reprises dans Les veilleurs, un recueil de Connie Willis paru en 2013 (qui contient aussi des nouvelles d’un autre recueil qui date, Les veilleurs de feu, et quelques inédits pour la route).

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