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mercredi 4 mai 2016

Sur le fleuve – Léo Henry et Jacques Mucchielli


Après avoir visité la ville d’Yrminadingrad, j’ai voulu continuer à explorer les œuvres de Léo Henry et Jacques Mucchielli, et j’en ai profité pour dépoussiérer cette grosse novella, Sur le fleuve, que j’avais laissé trop longtemps en attente sur ma liseuse.

Me voilà donc partie pour une aventure Sur le fleuve, un fleuve d’Amérique du Sud semble-t-il, qu’explore une troupe d’explorateurs plutôt bariolée composée d’un noble castillan, d’un inquisiteur et de son secrétaire, d’un prêtre fou, d’un néerlandais, d’un corse et d’un galicien, ainsi que de quelques indiens. Leur objectif ? Attendre l’Eldorado, le fameux pays où les bâtiments sont construits en or.

Il y aurait assez logiquement de quoi remplir une saga en de multiples tomes, mais Léo Henry et Jacques Mucchielli arrivent à un résultat aussi satisfaisant en quelques deux cents pages, grâce à une ambiance d’aventure fort plaisante, et surtout grâce à une narration brillante extrêmement bien maîtrisée.

Celle-ci saute d’un personnage à l’autre, explorant tour à tour leur conscience et les évènements qui les ont amenés-là, au fur et à mesure que l’expédition s’enfonce dans la jungle et essuie des pertes (humaines ou matérielles). On a d’ailleurs l’impression d’assister à une variation sur les Dix petits nègres, sans que cela soit gênant (au contraire cela créé une envie d’avancer, à qui le tour maintenant ?).

Avec son aventure bien écrite et rondement menée, Sur le fleuve est donc un texte qui se révèle étonnamment complet en dépit de son format. On n’a jamais l’impression d’une nouvelle délayée ou d’un roman avec un goût de trop peu, au contraire, on termine sa lecture tout à fait rassasié. Une chouette aventure, une excellente démonstration que le format court c’est le bien, et de manière générale une lecture que je vous conseille de tenter.

CITRIQ

mardi 5 avril 2016

Yama Loka Terminus : dernières nouvelles d’Yirminadingrad – Léo Henry & Jacques Mucchielli

 

Cela faisait un petit moment que j’hésitais à participer au crowdfunding pour Adar : retour à Yirminadingrad vu que je ne connaissais pas du tout l’univers. Pour me faire une idée, j’ai donc emprunté un des livres de cette série à Tigger Lilly, et si ma chronique arrive assez tardivement, j’ai pu terminer ma lecture assez tôt pour apporter ma petite participation, ouf !

Yama Loka Terminus est un recueil de vingt-et-une nouvelles écrites par Léo Henry et Jacques Mucchielli qui ont toutes comme décor la ville imaginaire d’Yirminadingrad, aussi difficile à situer dans le temps que dans l’espace. L’ambiance a un je-ne-sais-quoi de post-apocalyptique qui ferait pencher à un futur proche, tandis que les noms et l’ambiance évoque l’ex-URSS (et un peu les Balkans parfois).

Les différents textes nous permettent donc visiter cette ville étrange, dont l’atmosphère est résolument poisseuse, fréquemment noire et pleine de désespoir, avec un doux parfum de folie et de mélancolie. Les thèmes abordés sont très variés, et l’écriture change d’un texte à l’autre, avec de belles expériences ici et là. Il est probablement difficile d’accrocher à l’ensemble des textes.

De manière générale lire ce recueil m'a fait l'effet d'un bain dans une mer agitée : à un moment on est porté par une vague et on est à l'aise, à d'autres moments on est submergé par une nouvelle incompréhensible ou dérangeante et on a bien envie de rejoindre la plage.

Le résultat est fascinant à lire, à condition d’être dans le bon état d’esprit (ce qui n’a pas toujours été le cas dans mon cas hélas). Ce qui ne m’a pas empêché d’apprécier la plupart des textes, à vrai dire il n’y en a guère que cinq qui ne m’ont pas parlé du tout.

Je ne vous parlerai pas de tous, mais voilà ma petite sélection de favoris pour vous mettre l’eau à la bouche :
  • Attentat de personne est un récit fantastique fascinant, dans lequel le terme de mélancolie prend je pense tout son sens. C’est affreusement triste mais terriblement beau ;
  • Power Kowboy nous plonge dans la tête d’un enfant, pour un résultat touchant et glaçant à la fois ;
  • Demain l'usine est un authentique coup de poing, qui m’a vraiment frappé alors que ce genre de thématique ne me parle pas toujours ;
  • Au-delà, il n'y a que le ciel parle de déménagement et de morts, pour une histoire glaçante mais non dénuée d’absurde et d’humour noir ;
  • Et s'échapper des côtes rompues, et se répandre en nuées immenses, un des derniers textes du recueil, est une excellente histoire post-apocalyptique bien glauque forcément.
Belle écriture et ambiance très réussie sont au programme de ce Yama Loka Terminus. Il vaut mieux se blinder avant de passer les portes de cette ville étrange, mais le voyage vaut le détour, autant pour l’ambiance que pour l’écriture. Je serais curieuse de voir ce que Yirminadingrad devient lorsque d’autres auteurs la mettent en scène dans Adar.

CITRIQ