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vendredi 26 avril 2019

Les enfants de Sturgeon – Theodore Sturgeon


L’été dernier, j’ai profité d’un passage chez un bouquiniste pendant les vacances pour faire l’acquisition de ce titre, histoire de m’offrir le plaisir de découvrir un livre dont je n’avais jamais entendu parler sur un blog pour une fois. Si ce genre de démarche n’est pas toujours un franc succès, je dois dire que j’ai fait une excellente pioche avec Les enfants de Sturgeon.

mercredi 27 avril 2016

Le livre d’or de la science-fiction : Theodore Sturgeon – Theodore Sturgeon


Theodore Sturgeon fait partie de ces grands noms de la SF des années 50 dont j’avais déjà goûté la plume il y a quelques années grâce aux très connus Cristal qui songe et Les plus qu’humains, et au moins connu mais néanmoins étonnant Un peu de ton sang. J’avais envie d’explorer un peu plus son œuvre, et quoi de mieux qu’un livre d’or de la SF pour cela ?

Commençons d’abord par l’instant couverture (ça va devenir une tradition) : elle est signée Wojtek Siudmak, du coup c’est presque normal qu’on ait du mal à voir le rapport entre l’image et le texte, c’est même caractéristique du bonhomme. Et on échappe aux femmes à poil, c’est plutôt pas mal même si la fourmi avec un crâne humain en guise de tête qui tire des rayons laser me laisse un peu perplexe…

Mais laissons de côté ces interrogations iconographiques pour s’intéresser à ce recueil, réalisé par Marianne Leconte, dont la préface est fort intéressante pour mettre en lumière les thèmes fétiches de Sturgeon, mais surtout pour découvrir sa vie privée haute en couleur (j’ai perdu le compte du nombre de ses mariages !).

Après quoi on peut profiter de douze nouvelles qui oscillent entre SF et fantastique, avec des tons très variés… comme toujours dans ce genre d’ouvrages, il est difficile de tout aimer, cela dépend de ses affinités : pour ma part ce sont les textes qui parlaient le plus de l’Autre, de la différence et de la solitude qui m’ont le plus plu. Des thèmes déjà abordés dans Cristal qui songe, et qui tiennent à cœur à l’auteur, à n’en point douter.

La première nouvelle, L'Île des cauchemars, évoque un peu les récits fantastiques du XIXe siècle dans sa construction (un homme raconte à un autre l’histoire d’un troisième qui semble avoir perdu la tête suite à un naufrage), avec un petit côté Lovecraft par moment (mais très léger, c’est sans doute les tentacules qui m’y font penser) mais pas mal de notes d’humour (un peu noir) ici et là. Le résultat est très chouette, c’est une excellente mise en bouche.

Les Ossements met en scène un inventeur qui met au point une machine qui peut lire dans les os les derniers souvenirs de l’homme ou de l’animal. Le concept est sympathique, et l’ambiance plutôt réussie.

On enchaîne ensuite avec Largo, une superbe histoire de musique et de vengeance magistralement orchestrée (sans mauvais jeux de mots). J’ai adoré (et le titre est très adapté après vérification auprès d’un spécialiste du classique).

Cicatrices n’appartient pas vraiment à la SFFF avec son histoire de deux gardiens de troupeaux qui se racontent leurs histoires autour du feu. Elle ne m’a pas tellement marqué même si elle est bien écrite.

Tout le contraire de Un don particulier, une bonne vieille SF avec des aliens où un équipage en route pour Venus maltraite un peu trop un de ses passagers. Beaucoup de méchanceté gratuite, et une très belle morale à la fin, une excellente nouvelle donc.

M. Costello, héros est lui aussi un récit de SF à tendance space-opéra, qui parle de vivre en harmonie, et qui réussit à le faire de la façon la plus inquiétante possible.

Je n’ai pas très bien compris La Musique, mais comme c’est un récit court, ce n’est pas bien grave.

J’ai par contre adoré Parcelle brillante, nouvelle où un vieil homme solitaire recueille une femme à l'agonie chez lui et la soigne. Cette histoire monte doucement en puissance, avec son héros masculin très particulier. Je me suis rendue compte que je l’avais déjà lu dans le livre Un peu de ton sang (sous le titre Je répare tout), j'ai été surprise de n'avoir pas tout à fait la même lecture cette fois-ci (est-ce parce que je savais, ou parce que la traduction a été revue entre les deux éditions ?).

L'Autre Célia est une petite histoire fantastique qui se démarque par un narrateur remarquable par son extraordinaire curiosité (ce qui le rend nettement plus inquiétant que la créature fantastique de cette histoire, un comble !).

Le héros de Un crime pour Llewellyn est excellent également, une sorte de monsieur-tout-le-monde dont le train-train quotidien est bouleversé par un aveu de sa femme. C’est complètement inattendu, à la fois triste et drôle dans cette manière de parler de solitude et de différence. Bref j’ai adoré.

La Fille qui savait parle d’une rencontre entre un homme qui va bientôt mourir, et une femme très étrange. J’ai eu un peu de mal avec ce texte pas très clair, je l’ai presque compris uniquement grâce à l’introduction de l’anthologiste.

Le recueil se termine en beauté avec Sculpture lente (prix Hugo ET Nebula en son temps), une très belle rencontre entre une femme malade et un scientifique qui parle de science, de médecine, de solitude, de différence et de millions d’autres choses. Un très beau texte pour conclure.

Voilà pour ce recueil d’excellente qualité (introduction intéressante, chouette sélection de nouvelles et une bonne bibliographie pour conclure) qui remplit parfaitement son office : donner envie de lire d’autres nouvelles de cet auteur… et il en a écrit : l’intégrale qui existe en anglais ne compte « que » treize volumes !

CITRIQ

vendredi 18 juin 2010

Les plus qu'humains - Theodore Sturgeon


Entre deux Ursula Le Guin, j’en ai profité pour continuer à explorer l’univers de Theodore Sturgeon avec son deuxième titre phare, dont on m’avait vanté les mérites à plusieurs reprises, les Plus qu’humains. Mais assez curieusement, autant j’ai accroché à Cristal qui songe et à Un peu de ton sang, autant là, non.

Pourtant on retrouve pas mal d’éléments communs. Les plus qu’humains, c’est la rencontre improbable de personnes plus qu’atypiques (un idiot du village, une télékinésiste, deux jumelles qui se téléportent, un télépathe et un bébé trisomique mais néanmoins un génie), qui ensemble sont comme les parties d’un même être, l’Homo Gestalt, sans doute l’étape suivante de l’évolution humaine.

Je ne sais pas si on peut vraiment parler d’un roman, celui-ci étant découpée en trois grosses nouvelles plutôt différentes, qui forment l’histoire (un peu comme l’Homo Gestalt, maintenant que j’y pense, il y a une certaine corrélation fond/forme).

Comme dans ses précédents romans, Theodore Sturgeon n’a pas son pareil pour parler des gens différents, des laissés-pour-compte, des solitaires, et avec sa manière bien particulière de se coller dans leur peau. Le début du roman, qui suit les traces de Tousseul, est tout à fait réussi dans le domaine (et m’a évoqué de suite Des fleurs pour Algernon).

Une recette prometteuse, et pourtant j’ai été un peu déçue par ce roman, sans doute parce que j’en attendais trop. Je l’ai trouvé plutôt confus, à cause des ellipses monstrueuses entre les trois parties (qui sont ensuite comblées, mais quand même), des points de vue très particuliers (Tousseul étant de loin le plus limpide de tous), et d’une impression de ne pas trop savoir où tout cela nous mène.

Paradoxalement, j’ai adoré la première partie plutôt émouvante, mais j’ai ensuite complètement bloqué sur la partie de Gerry qui est certes assez incroyable dans sa construction (une discussion avec un psychiatre racontée du point de vue du patient, où on ne sait jamais où s’arrêtent les souvenirs et où reprend la réalité, le tout sur un ton glacial), mais dont on ne ressort pas grand-chose. Et même impression sur la troisième.

En fait c’est comme si l’auteur en disait ou trop, ou pas assez sur son sujet. Je me demande si je ne devrais pas le relire pour m’en faire une meilleure idée… De toute façon je ne suis pas pour autant dégoûtée de Theodore Sturgeon, bien au contraire, je jetterais bien un œil à ses nouvelles un de ces quatre.

CITRIQ

jeudi 20 mai 2010

Un peu de ton sang - Theodore Sturgeon


Je suis en train de devenir doucement accro à Theodore Sturgeon. Après un Cristal qui songe qui m’avait déjà impressionné, je suis tombée sur Un peu de ton sang, un recueil composée de la novella éponyme de 150 pages, qui est un délice à consommer sans modération, et d’une nouvelle plus courte de 50 pages, Je répare tout, en guise de collation.

Un peu de ton sang emmène (littéralement) le lecteur visiter les dossiers d’un psychiatre, le Dr Philip Outerbridge, qui s’est vu confié un bien étrange cas : un certain George Smith, soldat de son état, interné comme fou dangereux pour avoir frappé son supérieur hiérarchique qui avait lu son courrier, sans que personne n’en connaisse la raison exacte.

L’histoire se construit au fil des documents qui nous sont présentés : d’abord avec un récit rédigé par le patient, puis avec de la correspondance, des transcriptions d’entretien. A l’exception de l’introduction et de la conclusion qui s’adressent au lecteur, il n’y a pas vraiment de narration.

La construction en elle-même n’est pas courante, mais le contenu également. Vu le titre, vu l’image en couverture (qui m’évoque terriblement Entretien avec un vampire pour ma part), on s’attend à du fantastique. A la rigueur à la de la SF, vu la collection. Mais que nenni mon ami, l’horreur ici est purement psychologique.

Je vends la mèche sans vergogne, mais c’est pour cette raison que je suis tombée amoureuse de cette novella. Tout est dans la suggestion et dans l’évocation d’une nature humaine qui n’a pas besoin de surnaturel pour susciter l’angoisse et le malaise. Pire (mieux) encore, c’est finalement au lecteur de décider du caractère horrifique de l’histoire.

Dans la facture, on est très proche de ce que peut écrire un Daniel Keyes. Le méli-mélo de lettres et de récits, ainsi que cette plongée dans cet étrange univers qu’est l’esprit humain quand il devient fou évoque les 1001 vies de Billy Milligan. Et il est difficile de ne pas penser à des Fleurs pour Algernon, quand on lit le récit de George Smith où l’écriture se plie vraiment à la pensée du personnage (avec une narration à la 3e/1ère personne fort étrange). Rien que pour ça, cette lecture est un moment de plaisir.

A cela, il faut ajouter la griffe de Sturgeon, qui parsème son texte de passages poignants sur la solitude, la différence, les relations entre les personnes, comme celui-ci qui ouvre le récit de George : « Il n’y eut qu’une seule raison à ce mariage : elle était la seule fille qui lui eût jamais parlé. Ils partagèrent une seule chose : la solitude. Ils furent seuls ensemble au lieu de l’être chacun de leur coté ».

A la suite de ce petit bijou, Je répare tout est une nouvelle plus convenue, toujours dans le registre de l’horreur psychologique, qui raconte l’histoire d’un homme, semble-t-il un peu l’idiot du village, qui trouve une femme agonisante devant la porte. Il la ramène chez lui et décide de la sauver…

Prenante, elle aussi, on y retrouve une écriture efficace qui ne s’embarrasse pas de chichis, et une belle interrogation sur la différence et la solitude, sans pour autant renier le coté divertissant d’une histoire à chute qui est autant angoissante que rigolote, selon comment on la regarde.

Résultat, je suis sous le charme de Sturgeon, et je ne saurais que trop vous recommander la lecture de ces deux nouvelles. Quant à moi, je m’en vais dénicher les Plus qu’Humains sous peu…

mardi 1 décembre 2009

Cristal qui songe – Theodore Sturgeon


Lecture du mois du Cercle d’Atuan, Cristal qui songe est un tout petit roman, à mi chemin entre la SF et le fantastique (la 4e de couv parle de « l’étrange », c’est tout à fait adapté), qui, du haut de ses 245 pages, se révèle plus riche qu’on ne l’aurait cru.

Il raconte l’histoire d’Horty, étrange enfant qui ne se sépare jamais de son Diable en boite dont les yeux sont des cristaux. Renvoyé de l’école parce qu’il mangeait les fourmis, il fuit ses affreux parents adoptifs et trouve refuge au sein d’un cirque dirigé par le Cannibale, un être étrange qui n’aime personne et qui est obsédé par des étranges cristaux.

Tout au long du livre, avec une écriture efficace qui va droit au but, on suit les traces d’Horty de son enfance à l’âge adulte, parfois directement, parfois par des faits rapportés, l’auteur changeant souvent de point de vue au cours de l’histoire, ce qui permet de semer le doute dans l’esprit du lecteur, et de se poser encore plus de questions.

Car des questions, ce roman en pose beaucoup. Il fourmille en effet de mystères (qui ou qu’est Horty ? Comment réussit-il ces prodiges ? Pourquoi Zena agit-elle comme elle le fait ? Que sont ou font ces cristaux ? Pourquoi le Cannibale serait-il intéressé par Horty ?), dont on ne découvre la solution (ou la vérité) dans les dernières pages. Auparavant, l’auteur prend plaisir à nous égarer parfois dans des impasses, et à glisser quelques allusions par ci par là.

Et surtout, Cristal qui songe interroge sans cesse sur la question de la différence, et de ce qui fait un être humain. Les humains « normaux » de la série semblent tous les plus horribles les uns que les autres (comme Armand Bluett, ou le Cannibale), tandis que les « monstres » (les nains comme Zena, Horty qui mange des fourmis) sont ceux qui font le plus preuve de qualités humaines (avec toutes les notions de compassion et de sympathie que peut sous-entendre l’adjectif).

Certains passages, tout particulièrement ceux concernant Zena (le plus beau personnage du roman) et sa recherche d’« humanité », sont tout simplement poignants, sur le sujet : « L’humanité est un concept familier aux anormaux : à leur grand désespoir, ils s’en sentent en effet tout proches ; ils expriment leur parenté avec elle dans un sanglot de regret et ne cessent jamais de tendre vers elle leurs bras difformes ».

Pour un roman qui date de 1950, Cristal qui songe conserve donc une portée assez universelle, et montre peu de signes de vieillissement à quelques détails près. On peut citer quelques anecdotes rigolotes comme l’emploi du terme geek pour désigner, je cite « quelqu’un qui avale des tas de saleté et qui coupe avec ses dents des têtes de lapins et de poulets vivants ». Le terme a sacrément évolué depuis !

Une lecture fort intéressante, et je ne manquerais point de jeter un œil à son autre chef d’œuvre, les Plus qu’humains, en passant à la bibliothèque.

Avis des autres atuaniens :  Acr0, Arutha, Chimère, El Jc, Kactusss, Olya, Ryuuchan, Spocky, Tigger Lilly, Tortoise