dimanche 16 octobre 2011

L’âge de diamant - Neal Stephenson


Comment ça on a passé le 15 octobre et je n’ai toujours pas rendu ma copie pour la lecture du mois de septembre du Cercle d’Atuan ? Que voulez-vous, L’âge de diamant est un texte qui demande du temps.

Du temps pour le faire sélectionner comme lecture du mois (ça fait pratiquement un an qu’on essaye de le faire passer avec Elysio), du temps pour le lire (le bougre pèse 636 p. bien remplies), du temps pour le digérer… ne parlons même pas du temps pour écrire cette chronique, comme on se doute qu’on va y passer trois heures, on repousse l’échéance le plus possible.

Mais il faut bien s’y mettre, surtout que L’âge de diamant (ou le manuel illustré d’éducation pour jeunes filles, rien que le sous-titre est alléchant) est un roman très riche et très intéressant, que je vous encourage vivement à découvrir.

L’histoire se déroule dans un futur où les nanotechnologies permettent à peu près tout et n’importe quoi (grâce à des compilateurs de matière qui permettent de tout fabriquer du riz aux vêtements que vous portez), en Chine, et plus précisément à Shanghai, ville où se côtoient de multiples phyles (des groupes sociaux/religieux/ethniques/culturels/etc.).

Entre les multiples territoires concédés, on trouve les restes de la Chine ancestrale qui perdurent dans l’Empire du Milieu, tandis que la Nouvelle Atlantis abrite dans les hauteurs les très riches néo-victoriens qui ont remis au goût du jour la culture de l’ère victorienne, nanotechnologies en plus.

C’est un univers véritablement foisonnant que nous dépeint Neal Stephenson, et c’est un véritable délice à lire. Certes, il lui arrive parfois de se laisser aller à un techno-babble parfois incompréhensible, mais certaines de ses idées sont tellement incroyables qu’on lui pardonnera son enthousiasme.

J’aime tout particulièrement cette façon qu’associer des choses complètement différentes ensemble. Ainsi, on se retrouve avec une société néo-victorienne qui a adopté les mœurs victoriennes tout en l’adaptant aux technologies du futur. On retrouve donc des haut de forme et des montres goussets (bourrées de technologies), on se déplace en chevaline (c'est-à-dire un cheval robot si j’ai bien compris).

Le Times parait sous forme de papier intelligent (sauf l’élite qui a le droit à une version en vrai papier), qui n’affiche que les articles pouvant vous intéresser. Quand je vois à quel point les sites internet sont aujourd’hui orientés en fonction des profils d’utilisateurs, je trouve que Neal Stephenson avait un petit côté visionnaire en écrivant ce roman (en 1995).

L’autre point fort de cet univers est qu’il est bourré d’humour. Il y a notamment un côté assez comique dans l’univers de l’Empire du Milieu, avec le juge Fang (grand adepte du confucianisme) et le Docteur X.

Mais le reste du livre déborde aussi de pointes d’humour, de références à la culture des années 1990 devenue complètement obsolète et ringarde (McDonald en prend pour son grade à plusieurs reprises). Il y a toujours un petit détail grinçant, un clin d’œil qui fait qu’on aborde la plupart du livre avec un petit sourire.

En témoigne un petit extrait de la description de l’atelier du Doctor X qui contient entre autres choses :

Un râtelier d’armes bouclé à double tour ainsi qu’un primitif système de PAO Machintosh vert de moisissure témoignaient des précédentes incursions de leur propriétaire dans des activités que la morale officielle réprouve.

Oui, c’est vrai que le Mac c’est le mal ! Et n’oublions pas de parler de la composition d’une sauce dans un pub qui contient entre autres ingrédients :

Eau, mélasse, piments cubains d’importation, sel, ail, gingembre, purée de tomate, graisse de pont, vraie fumée de noyer, tabac à priser, mégots de cigarette à la girofle, boues de fermentation de Guiness brune, déchets de retraitement d’uranium, recharges de filtre à silencieux d’échappement, monoglutamates de sodium, nitrates, nitrites, nitrotes et nitrutes, nutrites, natrotes, nitrures, [... et après encore cinq lignes d’énumération] empois d’amidon, détartrant sanitaire, amiante bleu, carraghénates, BHA, BHT, et arômes naturels.

Au milieu de cet univers complexe, il y a une histoire, il ne faudrait pas l’oublier ! On se demande si elle existe dans les premières pages (les 100 premières pages à vrai dire), tant le récit saute d’un personnage à un autre, mais très vite, on découvre le fil rouge.

Il s’agit d’une petite fille, Nell, qui entre en possession du Manuel (le fameux manuel illustré d’éducation pour jeunes filles du sous-titre), un bijou de technologie qui va lui raconter des histoires dans lesquels elle joue elle-même son rôle (des ractifs donc), qui vont l’éduquer de sa plus tendre enfance à son passage à l’âge adulte.

C’est un roman d’apprentissage, une recette qui fonctionne toujours, mais il est magnifié par la mise en abîme dans le Manuel, qui raconte l’histoire de la Princesse Nell (à qui on raconte parfois des histoires), incarnation de la fillette dans un univers de conte de fées :

Il était une fois une petite princesse appelée Nell qui était emprisonnée dans un grand Château noir sur une île au milieu d’un vaste océan, avec un petit garçon appelé Harv, qui était son ami et son protecteur. Elle avait aussi quatre amis intimes, dénommés Dinosaure, Canard, Peter Rabbit et Pourpre.

Cette histoire évolue, en intégrant des éléments de la vie de la fillette au fur et à mesure qu’elle grandit, et en inventant des histoires pour expliquer l’intégration de ces éléments. Du coup, suivre l’histoire de Nell, et en parallèle l’histoire de Nell dans le livre est absolument fascinant.

J’aime beaucoup la façon dont les deux s’influencent (ce qu’apprend Nell dans le Manuel lui sert dans la vie, autant que le Manuel se nourrit de ce qu’il lui arrive dans la vie), et soyons honnêtes, qui ne voudrait pas posséder un tel objet ?

C’est un peu l’aboutissement ultime du jeu vidéo, qui prend ici la forme d’un livre qui raconte des histoires, comme si au final, on ne pouvait revenir qu’à des supports classiques comme le conte (qui se réécrit au cours du temps) et du livre papier. C’est un bel hommage à la lecture, je trouve.

Bref, vous l’aurez compris, L’âge de diamant m’a beaucoup plu, dans sa forme foisonnante comme dans son contenu. Il y a tellement d’idées à chaque page qu’on pourrait en parler des heures durant, et l’histoire de Nell, bien que suivant une trame assez classique, est émouvante et prenante.

Bien sûr, le roman n’est pas exempt de défauts. Il y a des passages trop techno-babble comme je le disais plus haut, et la plupart des intrigues secondaires sont incompréhensibles.

C’est la contrepartie d’un univers aussi vaste, Neal Stephenson se focalise avant tout sur Nell (à mon grand plaisir), et du coup les autres personnages sont trop peu évoquées, avec de trop grandes ellipses ou trop peu d’explications pour comprendre leurs histoires à eux.

Du coup, et c’est assez rare pour être signalé, je crois que c’est un des rares romans qui aurait peut-être gagné à être encore plus long. Même si sa taille astronomique aurait sans doute fait fuir le lecteur !

En tout cas, ce roman mérite amplement son Hugo et son Nebula, et pour le coup, c’est un Hugo qui vieillit bien. Quinze ans après, on se demande même si Neal Stephenson n’était pas un peu voyant sur les bords !

Avis des autres Atuaniens : Elysio

CITRIQ

4 commentaires:

  1. Bien d'accord, je l'ai lu il y a quelque mois et c'est un des meilleurs livres de Stephenson, avec une vision claire du futur même si on la mode de l'époque pour les logiciel éducatifs a depuis fait "plop".

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  2. Foutre dieu, j'ai raté cette lecture. Cela m'a l'air très bien, un peu comme du Charles Stross mais en mieux!

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  3. Je te le recommande en effet, c'est une très bonne lecture ^^

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  4. Un authentique chef d'oeuvre à mon gôut. Un roman qui ne me quitte pas. Nell et son livre est une des plus belles créations de la SF.

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