dimanche 3 avril 2011

Les lions d'Al-Rassan - Guy Gavriel Kay


Il y a quelques années de ça, j’avais commencé à lire la tapisserie de Fionavar, de Guy Gavriel Kay, qui m’avait pas mal plu, et j’avais été très déçue que le tome 2 soit manquant à la bibliothèque où je m’approvisionnais. Lorsque l’occasion s’est présentée de poursuivre plus tard, je n’ai pas repris ma lecture, parce que mes goûts s’affinant avec le temps, ça me semblait une série trop classique et truffée de clichés.

Mais comme j’entendais toujours du bien de l’auteur (à part de cette série), j’avais très envie de retenter ma chance. Sauf que vu la taille des romans, il fallait bien le soutien d’une lecture commune au Cercle d’Atuan pour me lancer enfin dans un de ses titres : Les lions d’Al-Rassan, et ses quelques 700 pages au compteur.

On a affaire ici à de la fantasy historique, dans une Espagne qui cache son nom, en pleine période de reconquête catholique. Au nord, on trouve l’Espéragne, de religion jaddique, au sud, l’Al-Rassan gouverné par les Asharites, jadis venus du désert, et sans résidence vraiment fixe, les Kindaths, éternels voyageurs, dont la religion est toléré, même s’ils vivent dans leurs propres quartiers, et paient de lourds impôts, lorsqu'ils ne sont pas persécutés.

Je vous laisse associer à chacun de ces trois religions les trois religions du Livre que nous connaissons, c’est tout à fait facile.

Lorsque l’histoire commence, le dernier khalife a été assassiné il y a quinze, et l’Al-Rassan s’est divisé en multiples cités-états, tandis que le royaume d’Espéragne a été scindé entre les fils et frères du roi. Autant dire que l’unité ne règne pas, et que de tous les côtés, c'est magouille et compagnie pour prendre des terrains à droite à gauche, faire payer des tributs, éviter les assassinats, et qui sait, peut-être, reconquérir toute la péninsule.

Dans cette situation mouvante, les destins de différents personnages s’entrecroisent : Jehane, médecin kindath, Ammar, asharite poète et assassin du dernier khalife, Rodrigo, un jaddite, ancien connétable de Vallédo, et Alvar, un des soldats de sa compagnie.

C’est un résumé un peu obscur, mais vous en dire plus serait une trahison, car la découverte de l’histoire fait partie des grands plaisirs de ce livre. Car s’il y a quelque chose qui saute aux yeux dès les premières pages, c’est que Guy Gavriel Kay sait très bien raconter les histoires.

Il prend son temps pour mettre en place l’univers, flirtant presque avec la chronique historique au début, sans que l’on s’y ennuie. Et puis, dans le feu de l’action, il a le chic pour aborder les évènements d’une façon souvent inattendu et détournée, et sait à merveille faire monter le suspense en lançant une phrase et en remontant le temps pour mieux y revenir quelques pages plus loin, alors qu’on se retrouve à trépigner d’impatience ou se ronger les ongles d’inquiétude, selon le type de scène.

Il faut dire qu’on s’attache très vite aux personnages principaux (surtout le trio de tête), tous éminents sympathiques car ils sont brillants dans leur domaine, mais aussi humains, pétris de doutes, mais avec un sacré sens de la réplique. 

Le reste du casting se révèle tout à fait intéressant, et je suis forcée d’avouer qu’il n’y que peu de personnages que je n’ai pas aimé. Même le chef de tribu Yazir, qui n’est pas le genre de personnage qu’on pourrait considérer comme sympathique, est suffisamment nuancé pour qu’on ne se contente pas de le détester comme un « méchant ».

Y-a-t-il vraiment des méchants d’ailleurs dans ce livre ? On est très loin du manichéisme, ou des grandes quêtes de la fantasy. Ici on est plus dans une sorte d’évocation mélancolique d’une Espagne rêvée, où l’on voit des gens d’horizons très différents vivre ensemble, et même, tisser de réels liens, en dépit des circonstances (ou peut-être grâce à elles).

Cette atmosphère douce-amère fait toute la saveur de ce roman, qui ne passe pas très loin de la perfection. Je regrette cependant que l’auteur soit trop « gentil ». Ses personnages, bien qu’extrêmement attachants, sont un peu stéréotypés, et frisent parfois avec la Mary-Sue du fait de leur perfection.

Sans parler du fait qu’ils s’en sortent trop souvent avec facilité de toutes les situations, si bien que même si le final, plus que poignant, on se retrouve presque à regretter qu’il n’ait pas plus que ça maltraité ses personnages. Mais ça n’enlève pas grand-chose au plaisir de cette lecture, et je pense qu’à l’occasion, je poursuivrais mon exploration de l’œuvre de cet auteur.

Avis des autres atuaniens : Acr0, Guillaume44, Maëlig, Olya, Ptitetrolle

CITRIQ

7 commentaires:

  1. Bon, bah j'ai plus grand chose à dire hein, vu qu'on a déjà pas mal papoté sur le Cercle :D

    Par contre, pour la Tapisserie de Fionavar, tu ne réessaieras pas du tout de la relire ? Moi ça me tente bien.

    RépondreSupprimer
  2. Si j'ai le temps, ce dont je doute, je le lirai...

    RépondreSupprimer
  3. Fionavar... je sais pas trop. On m'a chaudement recommandé Tigane par contre...

    Julien, faut pas te laisser impressionner par la taille, ça se dévore ^^

    RépondreSupprimer
  4. Je suis déçue de ne pas avoir pu participer avec vous pour le relire :/ Je suis d'accord avec toi : il est quand même très gentil notre GGK ;) (dans la tapisserie de Fionavar, ce n'est pas le cas!)

    RépondreSupprimer
  5. Ah bon s'il n'est pas aussi gentil dans la tapisserie de Fionavar, je devrais ptêtre la (re)lire :D

    RépondreSupprimer
  6. J'aimerais bien pouvoir réhabiliter la Tapisserie de Fionavar. Il a été beaucoup dénigré, voire snobé. Certes, c'est très classique dans la forme. C'est le premier roman de Kay et il sortait d'une collaboration avec Christopher Tolkien (le fils) sur le Silmarillon et était donc très marqué par le maître. Nonobstant, il a su y apporter autre chose et notamment, sa grande érudition. Il y a pas mal de références (que je n'ai pas toutes comprises) notamment sur la mythologie scandinave (Odin par exemple). Et de fait, ça n'a rien d'une littérature de bisounours.
    Et Tigane c'est chouette aussi, même si, à ma seconde lecture, je lui ai trouvé un arrière goût de littérature pour ados. Ce n'est pas un défaut bien entendu, mais c'est moins ma came.

    RépondreSupprimer
  7. Vous voulez vraiment que je me remette à Fionavar c'est ça ? :D
    Bon on verra cet été, mais je promets rien...

    RépondreSupprimer