mardi 5 mars 2013

Narcogenèse - Anne Fakhouri


Je continue petit à petit à explorer l’œuvre d’Anne Fakhouri avec toujours autant de plaisir. Avec Narcogenèse, on quitte le terrain de la jeunesse et des fées pour des histoires plus adultes et un univers bien plus cauchemardesque, comme l’auteure m’avait d’ailleurs prévenu à Sèvres.

Il est assez difficile de résumer ce livre aux nombreux personnages qui mêle de noirs secrets de famille (et des familles atypiques), des lignées de filles dotées d’étranges dons, des ballades dans des rêves et cauchemars, des références au magicien d’Oz et des disparitions d’enfants inexpliquées (qu’on considérera à priori comme le point de départ de l’intrigue).

Dès les premières pages, j’ai été happée par cette atmosphère lourde, où toute la noirceur ne trouve pas forcément sa source dans un phénomène irrationnel, mais simplement dans de sinistres histoires de famille qui vont se dévoiler petit à petit (on a même quelques surprises en cours de route d’ailleurs).

C’est le genre de fantastique que j’aime bien, qui donne à voir la réalité sous un autre jour, tout en sonnant très juste dans le ton. Là-dessus, on trouve une intrigue prenante, car les mystères se dévoilent petit à petit, au fur et à mesure que l’atmosphère devient de plus en plus horrifique (d’ailleurs je suis bien contente de ne pas l’avoir lu avant de dormir !)

C’est le troisième roman d’Anne Fakhouri que je lis, et une fois encore, je peine à trouver mes mots pour exprimer mon ressenti de lecture, c’est presque exaspérant d’ailleurs, comme ces histoires étaient trop irrationnelles, trop fascinantes, trop dérangeantes pour arriver à mettre des mots dessus.

Mais pour faire simple, j’ai aimé dans Narcogenèse les histoires de famille sinistres, le fantastique dosé juste comme il faut, horrifique à souhait quand c’est nécessaire, et son intrigue éclaté où chacun a son petit rôle à jouer dans un final grandiose.

Voilà donc une belle histoire de fantastique contemporain que j’ai dévoré avec plaisir, et qui confirme tout le bien que je pense d’Anne Fakhouri, qui sait aussi bien émerveiller que faire frissonner dans ses récits.

CITRIQ

dimanche 3 mars 2013

Downton Abbey - Saisons 1 - 3


Dans le genre « série dont tout le monde vous parle », Downton Abbey est un modèle du genre. Et comme toujours, on se dit « il faut que je regarde » mais on repousse l’échéance des mois durant avant de se décider à s’y mettre. Et bien évidemment, on devient accro en moins de deux, et on s’enfile trois saisons en un temps record !

Cette série est un de ces period drama comme les anglais savent si bien en faire, mettant en scène la vie d’une famille d’aristocrates anglais à l’aube de la première guerre mondiale, aussi bien du côté des membres de la famille à proprement parler que du côté de la horde de domestiques qui les servent.

Le premier épisode n’est pas forcément facile, étant donné le nombre de personnages à présenter : le comte et la comtesse de Grantham, la comtesse douairière (Maggie Smith, absolument merveilleuse), les trois filles Mary, Edith et Sybil, le majordome, la gouvernante, les valets (avec tout un système de rang qui les différencient), les femmes de chambre, le chauffeur, la cuisinière, l’aide de cuisine… enfin bref, cela en fait du monde !


Mais une fois familiarisé avec tout ce petit monde, on plonge avec délice dans l’histoire. L’intrigue, débute avec le naufrage du Titanic, qui n’est pas sans conséquence pour la petite famille. En effet, un des cousins du comte et son fils, décèdent dans la catastrophe.

Or, c’est eux qui auraient dû hériter du titre et du domaine (les femmes n’ayant pas le droit d’en hériter à l’époque), du coup il faut trouver un nouvel héritier mâle pour reprendre l’affaire, et assurer la pérennité de Downton Abbey.

Après quelques recherches, on met donc la main sur un certain Matthew Crawley, avocat de métier qui n’a jamais connu le mode de fonctionnement des grandes maisons aristocrates, autant dire que les débuts sont difficiles (pour tous).


C’est toute la base de l’intrigue de la saison 1, et ce qui la rend aussi délicieuse. En effet, le tout début du XXe siècle est une période de transition, et Downton Abbey met brillamment en image cela, qu’il s’agisse de l’arrivée de l’électricité dans les maisons ou de la question du droit de vote des femmes.

Je suis tombée amoureuse de cette première saison, incroyablement riche, avec tous ses personnages tous très nuancés et donc terriblement attachants (même Thomas, c’est dire !). Chaque épisode contient son lot de fous rires (ah les fameuses confrontations entre Violet et Isobel) mais aussi ses petites histoires très émouvantes.

C’est donc tout naturel d’avoir continué sur la saison 2, qui démarre sur le début de la première guerre mondiale. Et là encore, je vous avoue que la série m’a bluffé, en racontant la guerre non pas vu du front (enfin on a bien quelques scènes des tranchées, mais quand on a connu Joyeux Noël ou Un long dimanche de fiançailles elles font un peu misérables), mais à l’intérieur, du côté des femmes et de tous ceux qui ont été écartés des combats.


Bref, je filerais la parfaite idylle avec cette série, si les derniers épisodes de la saison 2 ne m’avaient pas autant déçue, certaines intrigues sentimentales prenant carrément le pas sur tout le reste, avec des rebondissements assez désespérants digne du pire des soap-operas.

(Si vous n’avez pas peur des spoilers, je pense surtout à cette pauvre Lavinia, pour laquelle les scénaristes n’ont rien de trouver de mieux que d’utiliser la grippe espagnole pour la sortir de l’équation, en la faisant quasi-littéralement mourir de chagrin)

Et cette tendance continue malheureusement avec la saison 3. C’est fort dommage car à trop se concentrer sur certaines intrigues sentimentales (notamment celle de Bates et Anna qui m’a un peu épuisée dernièrement), la série perd une partie de son intérêt, et le côté « ambiance d’époque » commence à virer un peu trop « fête folklorique ».


Bien sûr je continue à suivre tout ça avec attention, maintenant que je suis attachée aux personnages, mais j’ai trouvé dommage qu’ils laissent de côté certains personnages (notamment Daisy qui a un arc narratif très intéressant, ou Edith qui semble juste être là pour s’en prendre plein la figure), ou qu’ils peinent tant à trouver de nouvelles intrigues sans en venir à des ressorts dramatiques parfois un peu désespérants.

Bon ceci dit, le casting semblant se renouveler un peu pour la saison 4, j’espère que la série retrouvera un peu de vigueur, et ne sombrera pas complètement dans le mélodramatique.

Du bel enthousiasme de la saison 1, je termine sur une note plutôt mitigée. Je vous recommande tout de même de regarder cette série, car c’est tout de même une série extrêmement bien faite, avec un beau casting, des dialogues délicieux et une ambiance, décors comme costumes, qui se savoure.

Mais inutile d’aller plus loin que les deux premières saisons. Le Christmas Special de la saison 2 offre une conclusion relativement acceptable, et vous vous épargnerez pas mal de rebondissements parfois un peu désespérants.

vendredi 1 mars 2013

Le maître du haut château - Philip K. Dick


C’est toujours très frustrant, lorsqu’un monument de la SF vous échappe. J’ai fait connaissance avec Philip K. Dick il y a bien longtemps, et si j’ai toujours adoré ses nouvelles, j’ai malheureusement bloqué sur ma seule expérience romanesque, Le maître du haut château, en dépit de sa réputation, ce qui m’a toujours un peu vexée.

Du coup lorsque par un concours de circonstance (impliquant le Winter Time Travel, le Cercle d’Atuan et le fait d’avoir les épreuves de la nouvelle traduction sous la main) j’ai eu l’opportunité de faire une nouvelle tentative, j’ai voulu donner une deuxième chance à ce classique d’entre les classiques, ce que je ne suis pas mécontente d’avoir fait.

Le maître du haut château est une uchronie se déroulant aux Etats-Unis, prenant comme point de divergence l’assassinat de Roosevelt avant la seconde guerre mondiale, ce qui conduisit à la défaite du pays. Celui-ci est désormais occupé à l’est par les Allemands, et à l’ouest par les Japonais, avec quelques états neutres dans les Rocheuses.

Dans ce contexte, on suit le parcours d’un certain nombre de personnages : M. Tagomi, un Japonais qui s’apprête à entamer de grandes négociations avec un industriel suédois : Frink, un ouvrier qui décide de se lancer dans la fabrication de bijoux ; Juliana, sa femme qui vit dans les Rocheuses et enseigne le judo ; Childan, un vendeur d’« antiquités » américaines, et quelques autres.

Leurs histoires se croisent à leur façon tandis que l’on découvre peu à peu ce monde différent où un roman, Le poids de la sauterelle, fait grand bruit en racontant le destin alternatif d’une Amérique ayant gagné la guerre.

A la première lecture, j’avais détesté ce roman, principalement à cause de la fin plus qu’étrange, mais aussi à cause de l’omniprésence du Yi King, dont je n’avais jamais entendu parler jusque-là. D’ailleurs ironiquement, je me souviens l’avoir recroisé peu de temps après en lisant Le miroir d’ambre, je me suis sentie légèrement harcelée à l’époque !

A la deuxième lecture, je savais à quoi m’attendre, si bien qu’il a été bien plus facile d’apprécier le texte. Le maître du haut château est un texte étrange, car si on parle toujours principalement de son caractère uchronique, l’uchronie elle-même semble parfois n’être qu’un prétexte, une vague toile de fond.

Finalement ce n’est pas ce qui compte vraiment (surtout à l’heure actuelle où les uchronies sont assez nombreuses pour que ce soit plus vraiment une grande innovation), mais plutôt le jeu des personnages qui se cherchent (Frink dans la fabrique de bijoux, Childan dans sa tentative de rentrer dans les hauts cercles japonais avec ses antiquités…), et toutes ces destinées qui s’entrecroisent sans pour autant se lier complètement (Frink et Tagomi ne se rencontrent jamais, et pourtant…)

C’est un roman extrêmement bavard, truffé de monologues intérieurs assez longs (et parfois un peu fatigants quand on n’est pas passionnés par les modes de pensés orientaux), mais finalement pas désagréable une fois qu’on s’est habitué au style truffé de phrases courtes (qui est bien mieux rendu dans la nouvelle traduction, il me semble).

Du coup, même si j’aurais toujours du mal à considérer ce texte comme un chef d’œuvre, je me suis suffisamment réconciliée avec lui pour en sortir avec une impression plutôt positive, même si toujours assez confuse.

A noter que la nouvelle édition dispose d’une postface rédigée par Laurent Queyssi qui replace très justement le roman dans son contexte d’écriture et offre quelques éléments d’analyse plus qu’appréciables. C’est intéressant notamment de découvrir que Philip K. Dick s’est servi du Yi-King pour écrire son roman (bonjour la mise en abîme !), ou que l’histoire des bijoux est liée à l’entreprise de sa femme.

Cette deuxième lecture n’aura donc pas été un mal, et même si j’aurais toujours du mal à recommander ce roman que je trouve assez difficile d’accès, je ne suis pas mécontente d’avoir réussi à renouer avec !

Avis des autres Atuaniens :  Euphemia, Rose

CITRIQ


mercredi 27 février 2013

Lincoln - Steven Spielberg


C’est de la folie ce mois-ci, c’est déjà la deuxième fois que je vais au cinéma, où vais-je m’arrêter ?! Dans le cas présent, je suis principalement allée le voir sur la recommandation de ma maman. Et comme c’était un Spielberg, je me suis dit que je ne prenais guère de risque, de toute façon.

Lincoln est comme vous vous en doutez un authentique film historique qui s’intéresse à Abraham Lincoln, un des présidents américains les plus connus (même si j’aurais été infichue de vous dire pourquoi avant de voir le film, je me souvenais tout juste qu’il avait été assassiné !).

Il ne s’agit cependant pas d’un biopic puisque Spielberg s’intéresse uniquement à une époque bien précise de la vie du président, celle de la bataille qu’il mena juste avant la fin de la guerre de Sécession pour faire passer le 13e amendement (qui conduit à l’abolition de l’esclavage).

(d’ailleurs c’est le deuxième film en deux mois que je vais voir avec Shaya, et qui traite de ce sujet, on commence à se demander si on ne le fait pas exprès !)

Je vous avoue avoir eu quelques petits inquiétudes à cause de la longueur du film, et en effet le début est un poil longuet, d’autant plus quand on ne connait pas grand-chose à l’histoire américaine et qu’on doit s’accrocher pour identifier tous les personnages.

Mais une fois l’intrigue bien mise en route, plus moyen de décrocher et toute cette histoire m’a tellement intriguée que j’en ai été quitte pour aller consulter Wikipedia sur la vie de Lincoln et sur la guerre de Sécession en rentrant du cinéma.


Lincoln est une superbe leçon de politique, qui rend compte de toute la difficulté à faire passer un changement aussi majeur que l’abolition de l’esclavage dans un contexte plus qu’agité où tous les coups sont permis (d’ailleurs Lincoln n’hésite pas à jouer de toutes les méthodes pour obtenir suffisamment de voix).

J’ai trouvé un côté assez universel à cette démonstration, et bien que d’habitude, la politique ne soit pas ma tasse de thé, je me suis passionnée pour cette histoire, qui nécessite beaucoup d’attention, mais qui en vaut la peine.

C’est une belle histoire, portée par une très belle réalisation. Très classique certes (je comprends mieux pourquoi tous les critiques le présentent comme le film oscarisable par excellence, bien qu’il n’ait pas obtenu tant de statuettes au final), mais c’est vraiment agréable de voir un film aussi bien léché jusqu’aux moindres détails, avec quelques très jolis plans.

Difficile de ne pas parler également de la performance de Daniel Day Lewis en Lincoln, qui est juste bluffante, et qui donne à voir une figure historique incroyablement complexe et riche de nuances.

Lincoln n’est pas un film très facile d'accès (surtout pour nous, français), on ne peut vraiment pas se caler dans son fauteuil pour juste profiter du spectacle, mais c’est un film qui mérite d’être vu, de par son sujet, et parce que c’est un film bien fait, tout simplement. D’ailleurs, il me hantait encore le lendemain, ce qui est plutôt bon signe en général !

lundi 25 février 2013

Utopiales 2012 (anthologie)


A défaut d’être allée aux Utopiales l'année dernière, j’ai au moins investi dans l’anthologie, principalement pour y lire la nouvelle de Neil Gaiman. Oui je sais, ça fait cher la nouvelle, à 14 euros, mais je comptais bien y trouver d’autres textes intéressants, tout de même.

Penchons-nous donc un peu sur le sommaire…

"Origines" de Roland Lehoucq et Ugo Bellagamba est une très chouette préface que j’ai trouvé très plaisante à lire, chantante et truffée de petites allusions ici ou là, c’est une excellente mise en bouche pour attaquer le recueil.

Origo est je crois le premier texte que je lis de Pierre Bordage (ou du moins le premier dont je me souviens). J’ai beaucoup aimé cette aventure spatiale originale (bien que je n’aie pas forcément compris grand-chose au pourquoi du comment), et le style très plaisant m’a donné envie de lire d’autres choses de cet auteur (il serait temps, me direz-vous !).

Fae-space de Sara Doke, comme son titre l’indique, mélange allègrement fées et science-fiction (un peu comme dans Artemis Fowl mais en beaucoup moins drôle), autour d’une rencontre avec des extraterrestres. J’aurais sans doute adoré à une époque, mais j’avoue n’être rentrée qu’à moitié dans le texte finalement.

L'Observatrice nous raconte l’histoire d’une petite fille qui reçoit d’étranges visiteurs la nuit. Je tourne autour de son auteur, Robert C. Wilson, depuis longtemps. C’est la deuxième nouvelle de lui que je lis, et si j’aime son style d’écriture, ses personnages, ses conclusions me plongent toujours dans la plus grande confusion, et celle-ci n’a pas fait exception. Mais j’y arriverais un jour, à tout comprendre, je ne désespère pas !

La Finale m’a permis d’avoir un aperçu de l’écriture de Nancy Kress, avant de m’attaquer à sa novella L’une rêve, l’autre pas. Le test a été plus que concluant, puisque j’ai beaucoup aimé toute l’interrogation sur la pensée humaine que met en place cet auteure.

La Chose du lac de Laurence Suhner s’éloigne de la SF (enfin…) pour une histoire se déroulant dans les années 20, au bord du lac Léman, avec une mystérieuse créature et un maître-cambrioleur. J’ai beaucoup aimé l’ambiance (et assez naturellement, les lieux de l’intrigue), mais l’histoire ne m’a pas plus transporté que cela.

"Et pleurer, comme Alexandre" est une rareté à mes yeux, car Neil Gaiman ne s’amuse pas souvent à écrire de la SF, c’est donc amusant de le voir s’y essayer (avec beaucoup d’humour) dans cette histoire qui nous fait découvrir un homme qui exerce une profession particulière. Forcément, j’ai aimé, en même temps il est rare que ses nouvelles me déplaisent (à part quelques expérimentations pas toujours faciles à apprécier).

La Fin de Léthé de Claude Ecken est je crois bien ma nouvelle préférée de tout le recueil. C’est un peu difficile de vous en parler sans spoiler toute l’histoire, en tout cas c’est un très chouette texte, qui même lorsqu’on a compris l’astuce, se révèle extrêmement agréable à lire, et très touchant. Pourquoi n’ai-je jamais rien de ce monsieur avant, voilà une question pertinente !

Petite Excursion à l'endroit des atomes est un texte d’un auteur italien, Tommaso Pincio (ce n’est pas souvent qu’on a l’occasion de lire de la SF italienne) qui brosse le portrait d’une Italie futuriste radioactive et dictatoriale, du point de vue (forcément décalé) d’un enfant. Glaçant, mais surtout délicieux à lire.

En attendant demain de Laurent Queyssi et Xavier Mauméjean est un joli texte qui fait la paire avec celui de Claude Ecken au niveau de la thématique, avec cette fois-ci l’histoire d’un garçon qui connait le futur. Le traitement très intimiste donne une histoire très touchante.

RCW d'Ayerdhal est un hommage à Roland C. Wagner dont j’ai beaucoup aimé le style, la verve, le délire sur la Fiction nationale, mais dont la fin m’a complètement noyée sous les références qui m’échappent (n’ayant jamais lu aucun texte de Roland C. Wagner). Mais y’a de beaux passages tout de même :
« Une œuvre littéraire n’est pas une suite aléatoire de mots destinée à occuper l’esprit de celui qui la reçoit, même s’il se contente de la consommer. Elle imprègne ses rêves et sa perception du réel, elle porte une connaissance et elle délivre la vision du monde de celui qui la transmet, parfois en filigranes, parfois de façon beaucoup plus directe. »
Globalement cette anthologie a été une lecture sympathique, même si je n’ai pas eu de gros coup de cœur pour l’un des textes (quoique, celui de Claude Ecken m'a beaucoup touché). Par contre, cela m’a donné l’opportunité de faire connaissance avec plein d’auteurs qui m’ont l’air d’écrire des choses très intéressantes (Pierre Bordage, Nancy Kress…).



CITRIQ

samedi 23 février 2013

Les amants de l'Apocalypse - Joss Ware


Normalement, j’aurais dû lire ce magnifique texte en novembre dernier dans le cadre d’une lecture commune (et pour pourrir le challenge Fins du Monde de Tigger Lilly), mais faute d’avoir une liseuse sous la main, j’avais un peu jeté l’éponge.

C’était donc tout naturel que j’étrenne pratiquement ma liseuse avec ce formidable roman sentimental post-apocalyptique, qui n’est pas un Harlequin mais un J’ai lu pour elle. Ca a l’air d’un détail, mais après lecture, j’en suis arrivée à la conclusion que le Harlequin constituait vraiment le haut du panier du roman sentimental. Si si, je vous jure.

Et je ne dis pas ça pour les clichés, la romance qui ne fait même pas rêver, le sexisme et tout le tintouin. Enfin si, aussi pour ça. Mais c’est surtout que je n’ai jamais lu un roman aussi bordélique qui mange à tous les râteliers pour finir par arriver à un truc complètement informe.

Bon commençons par les bases. L’apocalypse est arrivée sur Terre il y a cinquante ans, sans autre forme d’explications. Il y a eu des tremblements de terre (bien sûr), plein de morts (évidemment), et des zombies ont fait leur apparition. Et puis un continent a poussé en plein milieu du Pacifique aussi. Oui comme ça.

A noter que les zombies (les gangas comme on les appelle dans le roman) sont assez particuliers, voire carrément difficiles pour ce qui est de choisir leurs proies.
Ils m’ont confirmé ce que nous soupçonnions : que les gangas ne s’en prennent qu’aux blonds, hommes comme femmes.
[...]
Voilà qui ne présageait rien de bon : les gangas, d’ordinaire, n’attaquaient jamais les humains blonds.
Voilà, ça résume tout le livre, rien n’a de sens. On a des zombies qui sont supposés attaquer tous les blonds, ou tout le monde sauf les blonds, mais au final ils attaquent tout le monde quand même, et on ne comprend même pas ce que les blonds viennent faire là-dedans.

Bon en même temps, on s’en fiche, puisque notre héroïne n’est pas blonde. Elle est rousse, avec des yeux vert émeraude, d’où son prénom : Jade. Enfin ce n’est pas son vrai prénom, avant elle s’appelait Diana. Et puis elle a été retenue et abusé par un sinistre personnage pendant trois ans. Mais sinon elle a du caractère, une voix magnifique, et surtout, elle adore l’équitation, comme en témoigne sa première entrée en scène :
Couchée sur l’encolure de son mustang lancé au grand galop, les cheveux volant comme un glorieux étendard, l’héroïne sans visage avait disparu dans la nuit – après lui avoir laissé entrapercevoir un morceau de peau d’un blanc de nacre, entre son jean et sa ceinture.
Quand à celui qui admire ce « morceau de peau d’un blanc de nacre », il s’agit d’Elliott, son futur amoureux comme vous vous en doutez, et médecin de son état.

Avant d’écrire cette chronique, j’ai pris la peine de relire celle du dernier Harlequin que j’avais lu et j’ai redécouvert que dans La morsure de la passion, le mâle était un vampire neurochirurgien (à noter que c’est bien le seul point commun entre les deux, et à choisir je préférais encore le vampire au philtre d’amour !). Je me demande si c’est une constante des romans sentimentaux de genre, juste pour caser ce genre de dialogue :
- Non. Je me sens tout à fait bien. Etonnamment bien, en fait.
- Parfait, dit-il en s’approchant, le sourire aux lèvres. Cela signifie que je vous ai guérie… et que je ne suis plus votre médecin.
- Quel rapport avec ce dont nous parlions, s’enquit Jade, mal à l’aise.
- Et bien… les médecins ne font pas ça avec leurs patients…
Bref Elliott n’est pas juste un médecin, c’est aussi un type qui était dans une grotte lors de l’apocalypse, et qui pour une raison qui ne sera jamais clairement expliquée (autrement dit « ta gueule c’est magique »), en est ressorti cinquante ans plus tard avec sa bande de potes, et des super-pouvoirs en prime.

Désormais, il peut diagnostiquer des cancers rien qu’en touchant les gens, et surtout, il peut les guérir. Sauf que dans ce cas, le mal se transfert en lui, et il doit ensuite le transmettre à quelqu’un d’autre. Mais bon, ce n’est pas grave, il y a toujours la personne idéale à proximité, qu’il s’agisse d’un animal (Elliott envisage de se servir des chiens, le monstre !) ou d’un être humain (comme cette allumeuse de serveuse qui venait le draguer dans son lit en plein milieu de la nuit, bouh la vilaine).

A part ça, Elliott est surtout un type à qui on mettrait bien un bon coup de genou dans l’entrejambe pendant toute la lecture, et à plusieurs reprises même, pourvu que ça calme un peu ses ardeurs de gros macho possessif que le moindre bout de peau excite.

Bon ceci dit, vous noterez qu’entre deux, dès la première rencontre, c’est pratiquement le coup de foudre :
- Etes vous… un ange ? lui demanda la femme. Raphaël, peut-être ?
[…]
- Navré de vous décevoir, mais je ne suis qu’un médecin….
- Mmm… […] Vous n’êtes pas un ange ? Dommage ! […] Qui êtes-vous ? Enlevez votre chemise ! »
Cette pauvre Jade n'a jamais eu l'occasion de voir Star Wars : La menace fantôme, sans quoi elle saurait que le coup de l'ange, au mieux, le spectateur se frappe le front. Au pire il se jette par la fenêtre. En même temps, ce n'est pas sa seule tare, elle souffre également, en dépit de ses traumatismes passés, de la même affliction qu’Elliott, à savoir que le moindre bout de peau l’excite.
Et puis… Oh mon Dieu, un ganga venait de déchirer sa chemise. Quand elle fut réduite en lambeaux, Jade eut sous les yeux les pectoraux et les épaules luisant de transpiration, comme enduits d’une pellicule nacrée.
Et dès qu’Elliott la touche, alors là…
Jade était effarée : comment cet homme qu’elle connaissait à peine, qui l’avait en tout et pour tout embrassée trois fois, osait-il énoncer de telles exigences ? En un clin d’œil, il avait basculé du gentil et sexy Elliott à ce mâle alpha qui la clouait au mur.
Exactement le genre d’homme qu’elle vomissait.
Le problème, c’est qu’elle avait adoré l’embrasser, l’enlacer, et qu’elle aurait volontiers recommencé. Bon sang, quelque chose ne tournait pas rond dans sa tête !
C’est sans doute pour ça que leur histoire d’amour ne fait vraiment pas rêver, c’est juste malsain. Notez que Jade a quand même un éclair de lucidité sur le sujet, qui dure… deux lignes. Ce qui pour une fille qui a été séquestrée, violée, battue etc. pendant plusieurs années, ne tient absolument pas la route.

Bon j’avoue avoir eu un grand avantage dans ma lecture à ce sujet, j’étais prévenue de ce fait, du coup j’ai fait assez facilement abstraction, ce qui m’a permis de m’amuser avec le reste du roman (c'est-à-dire une fois qu’ils ont enfin couché ensemble, alors qu’il y a un cadavre dans la salle de bains à côté, quelle romance !).

Parce que oui, l’intrigue ne se limite pas à leur histoire d’amour. L’auteur a voulu développer tout un univers post-apo, et c’est là que ça part complètement en sucette avec les mystérieux étrangers qui ont des cristaux incrustés qui leur confère l’immortalité. Même qu’ils dealent de la drogue (ouh pas bien) et ont des esclaves (blonds ? pas blonds ? toujours pas compris). Et puis y’a cette histoire d’Atlandide. Quand je vous disais que c’était le boxon, je ne mentais pas !

Il existe une résistance qui cherche à découvrir leurs plans maléfiques, dont fait bien évidemment partie Jade. Pour cela, ils s’efforcent de reconstituer le réseau internet (à partir des fichiers cachés dans les ordinateurs trouvés ici et là, j’aimerais bien savoir comment ils comptent sauver le monde en retrouvant toutes les vidéos de chats que les gens regardent sur Youtube…).

Oui c’est très geek en fait comme roman, enfin voulu comme tel même si ça ne fonctionne absolument pas, en dépit de quelques tentatives de glisser des références ici et là
Ils sont leur armée de mercenaires. Forts, faciles à manipuler, et de peu de valeur. En sus, ils sont très bêtes. Comme les Orcs du Seigneur des Anneaux.
[...]
Seigneur… c’était un vrai roman de science-fiction, ou un épisode de Star Trek. Mais un épisode sinistre et inquiétant.
D’ailleurs, il y a même un héros geek, qui à mon avis ferait un bien meilleur parti que Elliott. Il s’agit de Théo, qu’on rencontre très tardivement dans un centre commercial (de loin le meilleur passage du bouquin, c’est bien le seul moment où on se croirait vraiment dans une histoire de zombies).

Donc ce cher Théo, spécialiste informatique, s’est retrouvé lors de la catastrophe avec un circuit imprimé dans le corps, si bien qu’il vieillit plus lentement, et surtout qu’il peut recharger les appareils avec sa propre énergie. C’est le compagnon idéal, avec lui vous n’aurez plus à vous soucier de recharger la batterie de votre smartphone !

C’est tout de même plus utile qu’un macho de première qui certes peut vous guérir votre cancer, mais doit le refiler à votre chat sous peine de passer l’arme à gauche !

Je pourrais sans doute continuer sans peine sur ce roman, notamment sur le sujet de la lingerie fine en soie et en dentelle qui semble mieux survivre à l’apocalypse que des choses nettement plus utilitaires, mais ce serait faire trop d’honneur à ce texte, qui certes m’a parfois amusé, mais qui est surtout un très mauvais mauvais roman (et pas un bon mauvais roman comme certaines mièvreries).

Lecture commune avec Lelf, Lhisbei et Lune (les seules autres survivantes !)

CITRIQ

jeudi 21 février 2013

Tout, vous saurez tout… (tag)


… sur mes habitudes d’achat en matière de livre, la faute à Endea.

Es-tu une acheteuse compulsive de livres ?
Je ne saurais trop dire, j’ai des crises de boulimie occasionnelles (*tousse* Imaginales *tousse*) mais le reste du temps je suis plutôt raisonnable. A cause du manque de place et de moyens financiers, j’essaye d’optimiser mes achats. Ceci dit je me fais souvent plaisir dans les occasions pas chères, ou à la bibliothèque pour les titres que j'aimerais découvrir sans pour autant vouloir investir.

Par curiosité, j’ai fait quelques statistiques (merci au topic des dernières acquisitions sur le Cercle d’Atuan qui me sert d'aide-mémoire), j’ai acheté une quarantaine de livres l’an dernier, dont la moitié en occasions, pour une centaine de livres lus au total. Je me trouve plutôt raisonnable !

A quelle fréquence achètes-tu tes livres ?
De façon assez aléatoire, il m’arrive de ne rien acheter pendant un mois ou deux parfois puis de faire une orgie d'achat. Ca dépend beaucoup de ce que je trouve comme occasions, et pour les neufs je les achète de plus en plus dans les salons et les festivals de préférence.

As-tu une librairie favorite ?
Gibert Joseph sur le Boulevard Saint Michel à Paris, c’est là que je passe le plus de temps car ils ont un rayon SF vaste et bien approvisionné avec de belles tables de nouveautés et des occasions très intéressantes. Bon là ils ont tout réorganisé du coup je n’ai toujours pas retrouvé où ils avaient rangé les bouquins de l’Atalante, mais sinon tout va bien…

Fais-tu tes achats livresques seule ou accompagnée ?
Seule le plus souvent, c’est mon petit plaisir de fin de semaine. Ceci dit, lorsque j’ai l’occasion de courir les librairies avec les copains-copines, c’est aussi très agréable, on papote, on échange des idées, on déniche des trucs improbables…

Librairie ou achats sur le Net ?
A une époque je commandais beaucoup sur Internet, faute d’une bonne librairie à proximité, mais je n’ai plus trop cette excuse, donc à part pour les livres anglais et quelques occasions difficiles à dénicher, je prends tout en librairie (ou dans les salons).

Vers quels livres te tournes-tu en premier ?
SF et fantasy d’abord, après je fais généralement un tour en jeunesse, dans les comics, et dans les livres en VO (de SF et de fantasy, forcément). Et puis des fois je vais voir les beaux livres d’exposition, pour le plaisir des yeux.

Préfères-tu les livres neufs, d'occasion ou les deux ?
Je n’ai pas de préférence particulière. J’adore l’odeur des livres neufs, et le fait qu’ils ne soient pas abîmés, et puis ça rend bien dans la bibliothèque, les belles séries unies. Mais si je dois accepter un ouvrage un peu abîmé pour moins cher, je ne fais pas la difficile en général. J’avoue même avoir un petit faible pour les vieilles éditions kitsch, et ces vieux bouquins qui ont vécu (j'en ai un avec ce qui doit être la dédicace d'une grand-mère qui offre le livre à son petit fils).

Qu'aimes-tu dans le shopping livresque ?
Euh… les livres ?

Te fixes-tu une limite d'achat par mois ?
Non, par contre si j’achète beaucoup un mois, je me calme un peu celui d’après.

A combien de livres s'élève ta wishlist ?
Pour cette question, j’ai repris mes listes d’envie amazon (je commande quasiment jamais chez eux, mais leurs listes d’envie sont bien pratiques !), j’ai 24 livres dans ma liste « à acheter » (principalement des livres lus à la bibliothèque que j’aimerais avoir chez moi), 31 dans « Livres » (dont les cycles en cours) et 14 « Livres VO » (essentiellement Tolkien et Gaiman). Plus 8 occasions que j’ai mises de côté sur Price Minister, ça nous fait… 77 livres.
Bon ceci dit si y’a bien une liste qui n’est pas à jour, c’est bien ma wishlist qui me sert ponctuellement pour mon anniversaire et Noël. Je trouve que je prends bien assez la tête avec ma PàL sans y ajouter toutes les potentialités de la wishlist !

Cite trois livres que tu veux tout de suite ?
Le tome 1 de Sandman réédité chez Urban Comics, Le chant du barde de Poul Anderson, et les tomes 3&4 d’Une histoire de la science fiction de Jacques Sadoul (c’est des Librio, ils comptent pour un seul bouquin vu leur taille !).

Précommandes-tu tes livres ?
Jamais.

Pourquoi un tel pseudo/nom de blog ?
Vert est un vieux pseudo datant du lycée, à l’époque où on écrivait nos « chroniques d’internat » avec une copine (ça racontait les fabuleuses aventures de Yann Tiersen, sous forme d’un méga-crossover de toutes nos passions de l’époque, de Star Wars au Seigneur des Anneaux en passant par les musiques de film et les formidables aventures de Lapinot). Je l’ai gardé lorsque j’ai commencé à écrire mes fanfictions toute seule, puis sur les forums, et j’ai fini par l’adopter sur mon blog (au lieu de Calenwen, qui est grosso-modo la même chose en elfique) pour harmoniser tout ça.

Pour le blog, Nevertwhere a été trouvé par un ami lorsque j’ai migré L'étrange bibliothèque de Calenwen sur blogspot (parce que Calenwen était déjà pris), et j’ai adoré le jeu de mots sur le roman de Neil Gaiman, Neverwhere, donc j’ai fini par en faire le vrai nom du blog quand j’ai voulu simplifier tout ça.

Voilà, félicitations si vous avez tout lu  !
Je crois que pas mal de gens y ont eu droit, mais dans le doute je refile le monstre à JainaXF, Lune, et Shaya (si ça vous dit bien sûr !).