samedi 10 juin 2017

Water Knife – Paolo Bacigalupi


Je vous parle des fois de livres rencontrés au mauvais moment. Avec Water Knife, roman qui nous projette dans un futur où l’eau est devenue plus précieuse que le pétrole, c’est tout le contraire. Je l’ai commencé bien dans l’ambiance, au retour de mes vacances dans les îles grecques (où l’eau douce est rare et souvent importée du continent, ce qui n’empêche pas une débauche de piscines pour les touristes). Je l’ai terminé alors que Donald Trump annonçait le retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris, et tout à coup c’est comme si cette anticipation devenait réalité.

Dans un futur très proche où la sécheresse frappe le sud-ouest des Etats-Unis (et sans doute le reste du monde), l’eau se fait rare. Le fleuve Colorado, qui traverse différents états avant d’atteindre la Californie, attire toutes les convoitises. Sans se faire franchement la guerre, états et organisations diverses multiplient les recours administratifs et les actions violentes pour s’assurer un accès au précieux or bleu.

Dans ce contexte, nous suivons trois personnages. Le premier, Angel, est un second couteau qui officie comme espion et assassin pour la crapuleuse Direction de l’eau du Nevada Sud. La deuxième, Lucie, est une journaliste qui couvre la situation à Phoenix, ville rongée par la misère et par les gangs. Maria, la petite dernière est une jeune fille qui cherche à s’en sortir sans avoir à vendre son corps, malgré la pression des mafieux locaux.

Coïncidence romanesque oblige, ce trio va se retrouver mêlé à une histoire de droits d’accès à l’eau, des droits d’une telle valeur que tous ceux ont mis la main dessus sont retrouvés morts. Inutile de dire que leur parcours sera tout sauf un long fleuve tranquille.

Jusque-là j’avais toujours eu un peu peur de me frotter à l’œuvre de Paolo Bacigalupi, mais Water Knife n’a rien de difficile : on rentre dans ce texte très facilement, happé que l’on est par l’univers trop vrai pour ne pas être inquiétant.

Ce thriller d’anticipation ne cherche en effet pas à nous en mettre plein les yeux avec plein de high-tech. A part quelques technologies avancées évoquées en arrière-plan, il n’y a que peu de jargon ou d’innovations, ce qui renforce l’impression que ce roman très réaliste pourrait se dérouler demain. Peut-être qu’on le jugera désuet dans dix ans (avec un grand soupir de soulagement), mais j’ai bien peur qu’on le voit au contraire devenir réalité.

Water Knife est un roman très prenant grâce son intrigue très rythmée et pleine d’action qui pousse à enchaîner les pages, surtout sur la fin (le qualificatif de thriller n’est vraiment pas volé). Difficile de ne pas se ronger les ongles d’angoisse, surtout que l’on a vite fait de s’attacher aux personnages, qui sans surprise s’en prennent plein la poire.

(d’ailleurs je signale en passant qu’il y a une ou deux scènes bien violentes, du genre qui n’ont pas besoin de faire dans la surenchère pour marquer l’esprit, et qui m’ont parfois pousser à accélérer le rythme parce que ça me prenait aux tripes – mais je suis une âme sensible il parait)

A tout point de vue, Water Knife est donc une belle réussite : très intéressant pour ses idées, excellent dans sa mise en scène, avec un rythme haletant qui pousse à le dévorer et un joli trio de personnages qui se révèlent plein de surprises. Inutile de s’étaler plus, ce roman est excellent. Certes il ne vous remontera probablement pas le moral, mais il est trop bouillant de vérité pour qu’on puisse l’ignorer. Voilà qui me donne bien envie de continuer à explorer les univers de Paolo Bacigalupi !

9 commentaires:

  1. Tiens tu n'as pas lu La fille automate toi ?
    Encore un livre qu'il faut que je lise absolument.

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    1. @Tigger Lilly
      Non mais Monsieur vient de se l'acheter, il va donc forcément atterrir dans ma PàL ^^

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  2. C'est ce que je crains avec cette lecture : un gros coup au moral. DU coup mon dilemme se résume à : lire pendant les vacances ou pas.

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    1. @lutin82
      A la fin des vacances peut-être ?
      Après aussi bizarre que cela puisse paraître, il est en quelque sorte trop crédible pour être vraiment déprimant.

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  3. Sacré contexte dans lequel tu l'as lu ! C'est intéressant pour moi de lire qu'il n'y a pas de jargon trop poussé notamment sur la thématique car m'y connaissant mal sur les lois en vigueur sur cette thématique, cela peut être un frein.

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  4. @Acr0
    Au pire si tu veux en savoir plus tu peux aller lire la chronique de Gromovar qui fournit une excellente synthèse sur le sujet ^^

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  5. Voilà le livre de Paolo Bacigalupi qui m'a le moins plu. J'ai trouvé qu'il n'avait pas assez développé.

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