mardi 30 mai 2017

Doctor Who 10x06 – Extremis


Après un début de saison qui revisitait les classiques de la série, il est grand temps de passer aux choses sérieuses. Avec Extremis, premier volet d’un triptyque, on quitte en effet le territoire confortable des histoires simples pour s’aventurer dans une intrigue typique de Steven Moffat qui déborde de petits détails intrigants où les apparences peuvent être trompeuses. Résultat : un compte rendu interminable, avec des spoilers, cela va de soi.


« On this planet, we are proud to serve as executioners to every living thing. »
On commence donc avec un petit flashback qui nous fait visiter un monde étrange dont les habitants sont spécialisés dans la mort. J’ignore si cela est volontaire, mais tout cela me fait grandement penser (le cadre montagneux compris) à la nécropole de Litharge que l’on visite dans le Sandman de Neil Gaiman, et dont les habitants connaissent les rituels funéraires de toutes les sociétés.

« Please, I'll do anything. Just let me live. »
Et voilà donc Missy qui revient sur le devant de la scène (enfin plutôt sur la chaise électrique !). C’est assez étonnant de voir ce personnage habitué à la surenchère supplier le Doctor dans la plus grande simplicité.

Je me doutais bien que c’était elle qui était enfermée dans le Vault (pour ceux qui ont visionné la dernière saison de Sherlock le parallèle est tellement énorme), c’est tout aussi bien que l’annonce se fasse sans chichi au travers d’un flashback avant de passer à la suite.


La suite en l’occurrence a un petit côté Nom de la rose ou Neuvième porte : voilà que le Pape débarque pour demander de l’aide au Doctor. Il voudrait qu’il résolve le mystère d’un manuscrit qui provoque la mort de toutes les personnes qui réussissent à le décrypter. Voilà qui va être simple alors que notre héros est aveugle (j’aime beaucoup comment il donne –maladroitement- le change avec Nardole).

- Are you OK ?
- Yeah. Sorry. I'm just not quite used to... all of this.
- Well, whatever this is... and, actually, it's not anything yet... it is absolutely nothing to feel guilty about.
J’aime beaucoup la séquence entre Bill et Penny, très simple, très touchante et qui beaucoup de choses à travers peu de mots. J’aime aussi beaucoup la façon dont le Doctor sabote littéralement le rendez-vous de Bill en débarquant :
« Doctor ! Here's a tip. When I am on a date, when that rare and special thing happens in my real life, do not... do not under any circumstances, put the Pope in my bedroom ! »
« Goodness is not goodness that seeks advantage. Good is good in the final hour, in the deepest pit without hope, without witness, without reward. Virtue is only virtue in extremis. »
Avant de partir pour le Vatican, on reprend le fil du flashback avec Missy, dans lequel intervient Nardole, grand prophète de River Song à ses heures perdues. C’est là l’occasion de comprendre pourquoi il accompagne le Doctor : il est là pour veiller sur lui et lui botter les fesses si nécessaire.

Et nous avons là la phrase clé (si quelqu’un a une meilleur traduction pour « arc words »...) de l’épisode et peut-être bien des suivants, voire de la saison. Son introduction n’est pas particulièrement subtile mais je dois reconnaître que c’est plutôt joliment formulé.

Indirectement c’est une façon de revisiter les classiques de Steven Moffat : les expressions qui résument à elles seules une ligne narrative, River Song et l’éternelle interrogation sur la responsabilité du Doctor, toute l’œuvre du showrunner y est !

- I'll be good. I promise, I'll turn... I'll turn good. Please. Teach me, teach me how to be... good.
- Without hope. Without witness. Without reward.
Bon, même si je ne doute pas un instant que Missy a déjà quinze idées en tête pour pourrir la vie du Doctor et conquérir l’univers, il faut reconnaître que sa plaidoirie est touchante. Et cela nous renvoie à la saison 8 où le Doctor fraichement régénéré se demander s’il était une bonne personne.

Et un peu plus loin dans l’épisode, ça continue :
- I am your friend.
- Makes no difference.
- I know it doesn't. I know I'm going to die. I have to say it... the truth. Without hope. Without witness. Without reward. I am your friend.
C’est assez amusant, à l’époque des saisons 3-4, alors que le personnage du Master était encore un homme, il était assez facile de lire une sorte de tension sexuelle latente entre le Doctor et son meilleur ennemi (je vous laisse imaginer les hordes de fanfiction qui allaient avec). Cet aspect est complètement absent de cet épisode je trouve (alors que ça serait tellement facile de l’imaginer).


Et nous voilà donc arrivés au Vatican pour visiter l’Haereticum, l’Enfer de la bibliothèque du Vatican où sont stockés tous les textes hérétiques (et je n’en doute pas, une belle collection de manuscrits pornographiques, en général ça atterrit dans ce genre d’endroit).

Un joli endroit qui fait un peu écho à la grande bibliothèque de la saison 4, à ceci près qu’il y a moins de monstres… quoique ! On y trouve cependant des prêtres fous, une cage dans laquelle est enfermée le manuscrit et quelques étranges portails. La routine quoi !

Et que fait-on traditionnellement dans un environnement flippant ? On se sépare pour couvrir plus de terrain !

- OK, Bill, Miss Potts, I am the only person you have ever met, or ever will meet, who is officially licensed to kick the Doctor's arse. I will happily do the same to you, in the event that you do not align yourself with any instructions I have issued which I personally judge to be in the best interests of your safety and survival. OK, Bill ?
- OK.
- Good-oh !
- Nardole, are you secretly a badass ?
- Nothing secret about it, babydoll.
Et pendant que le Doctor s’attache à résoudre son problème de vue, Bill et Nardole font équipe. Ils forment un excellent brio, et j’adore la capacité de Nardole à passer du type sûr de lui qui maîtrise la situation au peureux qui crie d’une voix aigüe parce qu’il a vu un cadavre !


Et après avoir visité quelques lieux fameux (le Pentagone et le CERN, rien que cela) avec une petite dose de comédie et une bonne dose de peur (comme le résume si bien le Doctor, « Particle physicists and priests. What could scare them both ? »), c’est finalement Nardole qui élucide en premier le mystère : tout cela n’est qu’une vaste simulation.


Le Doctor apporte ensuite des éclaircissements après avoir lu le fameux manuscrit. Même si l’ensemble est moins effrayant que d’autres concepts qu’a pu exploité Moffat (en même temps peut-on vraiment faire plus flippant que les Weeping Angels ?), la perspective est intéressante. Tout à coup, on ne regarde plus pareil ses personnages de jeux vidéo !
« It's like, um... Super Mario figuring out what's going on. Deleting himself from the game, because he's sick of dying. »

Pourquoi donc cette simulation ? C’est la création des mystérieux moines-zombies qu’on croise depuis le début de l’épisode (ils ont un petit côté Silence soit dit en passant), qui cherchent ainsi le meilleur moyen de conquérir la Terre. Voilà qui promet pour le prochain épisode (ou le reste de la saison).

Bien qu’il soit une simulation, le Doctor ne se laisse pas faire, et le mantra « Without hope. Without witness. Without reward » se réinvite à la fête tandis que notre héros fait la chose la plus simple au monde pour sauver la situation :
« I'm doing what everybody does, when the world's in danger. I'm calling the Doctor. »

Et voilà la boucle est bouclée avec le début de l’épisode. J’aime bien la première chose que le Doctor fait à suite de la réception du message : il se mêle de la vie sentimentale de Bill ! (et tout le monde sait à quel point il est doué dans le domaine…)

Un détail reste à régler :

- She's... She's alive.
[…]
- Of course she's not dead. She's a friend of mine. I may have fiddled with your wiring a little bit.
- You swore an oath.
- I swore an oath I'd look after her body for a thousand years. Nobody mentioned "dead".
- You cannot do this. You will not leave this planet alive.
- Do me a favour. The Fatality Index, look up "The Doctor".
Rien de particulièrement spectaculaire dans ce dernier retournement, mais une autre boucle est bouclée, celle du Vault (quoique d’ici là qu’il l’ouvre et qu’il découvre que Missy n’est pas à l’intérieur…). Le Doctor n’a pas pu tuer sa meilleure amie/ennemie, et c’est donc elle qu’il a juré de garder, exactement comme il avait déjà envisagé de le faire dans la saison 3 (rien ne se perd dans Doctor Who !).

Et alors qu’une invasion se prépare et qu’il est toujours aveugle, c’est donc vers elle qu’il se tourne…

« How can I save them when I'm lost to the dark ? »
Excellente question, on verra bien comment il s’en sort dans l’épisode suivant !

Je craignais au début que cet épisode ne soit qu’une simple introduction qui nous laisse sur un gros cliffanger avec plein de questions en tête. C’est le cas, certes, mais il réussit néanmoins à développer sa propre intrigue. Extremis exploite des thématiques intéressantes et se révèle extrêmement bien agencé.

J’aime beaucoup la façon dont s’alternent les flashbacks autour de Missy et le présent avec l’histoire du manuscrit du Vatican, avec tout plein de parallèles entre les deux. Du coup même si tout n’est pas parfait (y’a deux trois trucs qui ne collent pas forcément très bien), l’ensemble est tellement bien mené qu’on passe outre.

Vivement le prochaine épisode qu’on se confronte à la « vraie » invasion, avec une bonne dose de Missy j’espère !

D’autres avis : Elisi (en anglais, mais son analyse des parallèles dressés entre les épisodes sont étonnants), Yodabor, Zakath Nath

4 commentaires:

  1. Un magnifique épisode qui ne nous laisse pas trop sur notre faim. Les moines zombies sont bien flippants. J'ai bien aimé le comportement de Nardole dans cet épisode.
    Je viens de regarder l'épisode 7 : vivement samedi prochain pour le 8.
    Pourquoi as tu parlé des anges pleureurs, je recommençais juste à cligner des yeux !

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    1. @Le chien critique
      Oups pardon :D
      J'aime de plus en plus en Nardole, il est parachuté mais c'est un parachuté de qualité !

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  2. J'ai bien aimé l'épisode aussi, le rythme est bon et les interactions entre nos héros fonctionnent bien (pour ma part, je trouve Nardole parfois un peu lourd, mais là il passait bien) !

    Bill ne fait pas grand chose, mais étant donné les circonstances, on peut lui pardonner cette fois-ci...

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    1. @JainaXF
      En même temps ça vaut mieux qu'elle ne fasse rien, comme ça tu ne peux pas désapprouver ses actions ^^.

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