dimanche 30 novembre 2014

Les voltigeurs de Gy - Ursula K. Le Guin


Récemment je me suis lancée dans une grande aventure pour me procurer les derniers textes d’Ursula Le Guin qui manquaient à ma collection. Ca m'a demandé quelques quêtes chez les bouquinistes, mais j'ai fini par obtenir tout ce qui m'intéressait. Ne reste plus qu'à lire tout ça, et tant qu'à faire j'ai commencé par le plus petit.

Les voltigeurs de Gy est une nouvelle parue dans Bifrost avant d'être rééditée toute seule aux éditions du Souffle du rêve. On a l'habitude des nouvelles à la pièce en numérique, mais il faut reconnaître qu'un livre de 30 pages, ça a de quoi surprendre. D'ailleurs selon les standards ce n'est même pas un livre, c'est une brochure !

Cette nouvelle nous emmène à la découverte du peuple de Gy, dont la particularité est d'avoir des plumes à la place des poils. Elles jouent un rôle esthétique, social (un enfant apprend à écrire avec une plume qui vient de son père) et pour certains qui subissent une transformation à l'adolescence, elles permettent de voler. Ce sont les voltigeurs (les fameux du titre).

Les voltigeurs de Gy est une de ces visites anthropologiques dont Ursula Le Guin adore nous faire le récit. Ce format d'histoire est tellement typique dans son œuvre que je l'aurais sans doute reconnue sans voir son nom sur la couverture.

On se retrouve donc à la découverte d'une société qui peut sembler à la fois proche et différente, de ses particularités biologiques, ethnologiques, culturelles, et de comment sont perçus les êtres à part que sont les voltigeurs et leur don dangereux, historiquement et à l'heure actuelle. Le tout construit comme une étude, avec même des retranscriptions d’entretiens !

En toute honnêteté c'est loin d'être le texte le plus mémorable d'Ursula Le Guin, mais c'est un texte qui lui ressemble, ce qui en fait déjà une excellente lecture rien que pour le talent qu'elle déploie pour inventer des sociétés extraordinaires dans leur simplicité.

Et puis il évoque le vol, ce vieux rêve de l'humanité avec beaucoup de justesse. La magie du déplacement aérien, ses dangers... Arrivé à la fin de l'histoire, on ne sait pas trop si on doit se ranger du côté de ceux qui volent, ou de ceux qui ne volent pas !

Si l'envie vous prend de découvrir cette nouvelle, vous avez deux solutions : la retrouver dans le Bifrost n°25, ou la commander à l'unité. La maison d'édition du Souffle du rêve a disparu de la circulation, mais on retrouve les livres sur Price Minister (vendus par l'éditeur si je ne m'abuse).

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vendredi 28 novembre 2014

A dance with dragons (A song of ice and fire 5) - George R. R. Martin


C’était au mois d’avril de cette année que j’ai décidé d’enfin rattraper mon retard en me lançant dans la lecture de la saga la plus connue de G.R.R. Martin, Le Trône de fer. Sept mois et quelques 4500 pages (format liseuse) plus tard, je suis enfin à jour.

(comme d’habitude les spoilers sont dans les notes de bas de page)

Ce cinquième tome est assez particulier, puisque c’est en fait le complément du tome 4. Alors que A feast for crows se concentrait principalement sur Westeros (du moins sa région tempérée), A dance with dragons oublie complètement ce secteur géographique pour s’intéresser au Nord et à l’Est de l’autre côté de la mer.

Question chronologie on donc revient au début du tome 4, et on suit les évènements en parallèle avant de les dépasser très légèrement [1], histoire ne de pas laisser trop les lecteurs sur la faim… bien que cette notion soit toute relative avec cet auteur, comprenez bien que vous n’aurez qu’une envie en tête une fois la dernière page tournée : lire la suite !

A dance with dragons m’a donné l’impression de prendre l’air. On sort de l’atmosphère carrément viciée de King’s Landing pour aller retrouver Jon et Daenerys. Bien sûr que ces ceux-là aussi sont enfoncés jusqu’au cou dans les ennuis [2], mais ils ont tous les deux un profil assez classique de héros de fantasy pas forcément prompt aux manigances en tout genre, ce qui fait du bien entre toutes ces araignées venimeuses (mais rassurez-vous y’a aussi ce qu’il faut comme araignées aussi).

J’ai aussi apprécié le côté convergence de ce volume. Même si comme d’habitude on a une dizaine d’intrigues parallèles, elles se croisent et se lient plus qu’on n’en avait l’habitude jusque-là. Si les cas de rendez-vous manqués ou de « prenons le chemin le plus court pour ne jamais arriver à destination » [3] sont comme toujours présents, j’ai noté quelques cas de retrouvailles réussies !

De manière générale l’intrigue se divise d’ailleurs en deux zones géographiques, et à quelques exceptions près [4], tout ce qui se déroule à l’intérieur de chaque zone fait partie d’une intrigue générale [5]. Du coup même si ce tome est à l’image du 4, un tome de mise en place (avant le 6 qui devrait envoyer du lourd), l’intrigue semble avancer bien plus par ce procédé.

Cependant n'allez pas imaginer une balade tranquille, l'auteur sait ménager quelques surprises. Quelques nouveaux points de vue font leur apparition déjà (avec des titres mystérieux qui induisent parfois en erreur). Et niveau histoire, on en apprend quelques belles. On pourrait penser qu'à ce stade, on a déjà tous les principaux éléments en main, et bah non, G.R.R Martin a quelques pièces surprises en réserve [6] qui ont ou vont bouleverser le champ de bataille.

Bref à tout point de vue, A dance with dragons est une lecture très plaisante. Même si les grandes sagas de fantasy ne sont plus du tout ma came, je suis obligée de tirer mon chapeau à l'auteur : A song of ice and fire est un sacré morceau de fantasy, taillé au millimètre près, orchestré avec un tel talent qu'on ne peut que s'incliner tellement c'est bien fichu.

Me voilà donc dorénavant à jour dans la saga, du moins pour son support papier. Je vais donc enfin pouvoir discuter et lire des articles sur le sujet sans mes œillères à spoiler. Ceci dit elles n'ont pas été d'une grande efficacité, vu qu'à part quelques exceptions [7], j'avais eu vent de pas mal d'évènements majeurs. Mais ça n'arrivera plus, pour The Winds of Winter, je serais dans les starting blocks !

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SPOILERS


[1] L’occasion donc de retrouver brièvement Cersei (et pour la première fois j'ai même eu de l'empathie pour le personnage), Jaime (qui va droit dans les ennuis) et Arya (je me demande bien ce qu'elle va devenir elle, et surtout comment son histoire va se rattacher à l'intrigue générale), par contre Sansa brille par son absence, j’imagine que G.R.R Martin nous en prépare des belles pour la suite de son histoire…

[2] Forcément, ils ont tous les deux de trop bonnes intentions, comment voulez-vous qu’on ne finisse pas par les poignarder dans le dos (métaphoriquement ou réellement selon la personne d’ailleurs…) ?

[3] Mention spéciale à Tyrion dont le chemin semblait pourtant clairement et simplement tracé, et qui passe à un cheveu de son but...

[4] Bran fait un peu bande à part, quoique qu'on puisse soupçonner sa présence ici et là... je suis vraiment curieuse de voir ce que ce personnage va devenir, il a (avec Arya dans une moindre mesure) le parcours le plus étrange et le plus magique parmi tous les protagonistes.

[5] Théon, Asha, Stannis et Jon Snow voient leurs destins se croiser, tandis que de l’autre côté de la mer, tout le monde semble chercher à rejoindre Daenerys d’une façon ou d’une autre.

[6] Le plus évident est bien évidemment le jeune Aegon Targaryen, mais de manière générale ce tome-ci semble adorer semer de partout des morts qui ne sont pas morts comme Mance Rayder (enfin à la fin du livre son destin est un peu flou) ou le mystérieux nouveau chevalier de la Garde Royale (The Mountain serait-il de retour ?). Ca semble plutôt prometteur pour ce pauvre Jon Snow, non ?

[7] La mort de Joffrey est de loin l'évènement qui m'a le plus surpris sur l'ensemble de la série !

mercredi 26 novembre 2014

Hunger Games - La Révolte : Partie 1 – Francis Lawrence

 
Lors de la sortie du précédent opus au cinéma, je râlais déjà par avance de ce final coupé en deux où on allait s’ennuyer ferme pendant deux heures… je suis forcément d’avouer que je me suis complètement trompée !

Dans ce troisième volet, on retrouve donc Katniss, rescapée de la dernière édition des Jeux de la Faim, qui a été sauvée, ainsi que quelques uns de ses compagnons, par le mystérieux District 13 où sa mère, sa sœur et Gale ont pu trouver refuge. Tout irait pour le mieux si Peeta n’était pas prisonnier du Capitole. Katniss accepte donc de devenir le visage de la révolte, à condition que Peeta soit libéré…


C’est assez marrant parce que je garde souvenir d’un livre qui m’avait profondément ennuyée à part pour son dernier tiers, mais le film au contraire m’a passionnée. Comme toujours, je pense que cela tient au fait qu’on sort de la tête de Katniss (ce qui permet d’avoir une meilleure vue d’ensemble), mais j’ai aussi trouvé que l’intrigue se déployait beaucoup mieux, à tel point que je trouve la division en deux volets tout à fait justifiée.

Cela tient au sujet en lui-même : cette première partie est en fait le récit d’une guerre médiatique, avec le Capitole et le District 13 qui s’affrontent plus souvent par vidéo interposée que sur le terrain (le film comprend environ deux explosions et demi, elles sont dans la bande annonce !).

C’est un sujet ô combien d’actualité, et quel meilleur médium que le cinéma pour en rendre compte ? On assiste au tournage des films de propagande, on suit les discussions des spécialistes de la communication, on observe comment Katniss est envoyée à droite à gauche (et souvent manipulée) pour produire LE clip qui va embraser les foules. Mine de rien même si on reste dans un film de divertissement, toutes ces séquences font réfléchir.


Du coup c’est un film qui peut surprendre, parce que contre toute attente, on est plus dans la psychologie que dans l’action. On découvre une Katniss qui commence franchement à perdre pied (c’est moins flagrant que dans le livre mais c’est perceptible tout de même), entourée de personnes dont les intentions peuvent parfois être discutables.

D’ailleurs les dialogues sont assez savoureux, et quand on connaît la fin de l’histoire, y’a plein d’allusions sympathiques de temps en temps sur ce qui va suivre, ça donne une petite valeur ajoutée à cette adaptation.

Vous l’aurez donc compris, j’ai beaucoup aimé ce Hunger Games vol. 3 épisode 1, c’est vraiment une chouette adaptation. Et puis c’est un peu l’exception qui confirme la règle : Hunger Games est une des rares adaptation qui non seulement rend compte assez fidèlement du livre, mais réussit même à l’améliorer !

Bon maintenant il n’y a plus qu’à attendre un an pour la suite (sans aucun doute riche en explosions cette fois-ci), en espérant qu’ils ne sabotent pas la fin (oui je me méfierais jusqu'au bout...).

lundi 24 novembre 2014

Peut-on voyager dans le temps ? - Gabriel Chardin


Histoire de bien commencer son challenge, Lune a organisé un concours, et coup de chance, j'ai remporté ce livre, un essai sur la possibilité du voyage dans le temps. Comme ça me semblait le point d'entrée idéal à ce challenge, je l'ai lu immédiatement. Bon au final, ce ne sera que ma cinquième participation, mais sur un tel sujet, la présence de perturbations et de décalages spatio-temporels n'a rien de très surprenant !

Peut-on voyager dans le temps ?, comme son titre l'indique si bien, cherche à déterminer s'il est possible, avec nos connaissance actuelles, de voyager dans la quatrième dimension. L'auteur commence donc par définir clairement ce qu'est le temps (Et vous savez quoi ? C'est très compliqué !), explore quelques pistes possibles de méthode de voyage temporel, avant de parler de ce que la recherche a déjà démontré dans le domaine.

On est plutôt dans le texte de vulgarisation scientifique, mais plutôt sur le haut de l'échelle parce qu'on touche au domaine de la physique. Sans vouloir m'avancer, une certaine passion pour le sujet et/ou un cursus scientifique me semble le minimum pour ne pas se noyer dans les informations (et encore...).

Comme beaucoup de choses en physique, il n'est pas toujours facile de vraiment comprendre de quoi nous parle l'auteur (on est quand même plus sur du modèle théorique et des hypothèses que sur du cas pratique), même s'il fait tout pour le rendre limpide avec des explications claires.

Du coup ce petit livre se lit très bien et plutôt vite, je suis sortie de ma lecture avec l'impression de ne pas avoir retenu grand chose, si ce n'est que ce n'est pas demain la veille qu'on construira une machine à voyager dans le temps (et que pratiquer la téléportation à la Star Trek risque d'être très compliqué également au niveau éthique).

S'il y a une morale à cette histoire, je crois bien que c'est la suivante : si certains sujets sont aussi passionnants à suivre dans le monde des sciences que dans l'imaginaire science-fictif, le voyage dans le temps est beaucoup plus fun lorsqu'on n'essaye surtout pas de comprendre comment ça marche (ou si ça peut marcher) !

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samedi 22 novembre 2014

Les voleurs de rêve - Steve Lyons



Dans le monde des romans dérivés, vous avez trois solutions : les ignorer, tous les acheter par esprit de collectionneur, ou approche intermédiaire légèrement plus satisfaisant, les sélectionner. On peut pratiquer la sélection à l’auteur, au pitch, ou bien plus efficace, à la recommandation des amis. C’est ce qui est arrivé pour ce roman-ci, et je ne le regrette absolument pas.

Les voleurs de rêves met en scène le neuvième Doctor (dont c’est le seul roman arrivé en France, remarquez c’est mieux que le dixième si je ne m’abuse) qui voyage en compagnie de Rose et de Jack (autre fait remarquable, je doute qu’on le croise souvent à part dans les romans Torchwood). Et alors qu’il a promis des frites à Rose (un classique, et sinon je suis pas du tout d’humeur parenthèses), il emmène ses compagnons dans le futur, sur une planète colonisée par des terriens, où les frites sont bleues et molles.

Et ce n’est pas le seul problème, sans quoi on aurait bien du mal à en faire un roman ! Très vite, nos trois héros (forcément séparés par les événements) découvrent une sorte de dictature de l’esprit qui frappe les habitants : sur cette planète, utiliser la fiction et le mensonge sont prescrits, sous peine d’être envoyé dans la grande maison blanche (l'asile quoi).

Interdire la fiction, en voilà une idée intéressante : la télévision qui tourne en permanence ne diffuse que des documentaires et des émissions d’information, et les publicités sont obligées d’être exactes, ce qui donne un résultat hilarant :
On y voyait une boite de pâte dentifrice à côté du slogan suivant : « Pas aussi efficace que le leader du marché, mais un peu moins cher ».
Ce concept de chasse à la fiction est vraiment bien exploité, et cela fait définitivement la saveur de ce roman. En plus l’intrigue est prenante et réserve quelques surprises, et les personnages sont bien dans leur rôle (un Doctor fou, une Rose qui fait ami-ami avec les locaux et finit par se retrouver dans les ennuis, un Jack flamboyant qui fonce dans le tas de façon grandiose -enfin c’est Jack quoi-).

J’ai vraiment beaucoup apprécié la thématique principale et du coup sans être un chef d’œuvre de la littérature, ce roman pas prise de tête mais pas idiot non plus se classe plutôt dans le haut du panier des romans Doctor Who. Si vous vous sentez dans une veine nostalgique de Nine ou de Rose, n’hésitez pas à y jeter un oeil !

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Depuis le début du challenge de Lune, c’est juste mon 5e article sur Doctor, et enfin il se qualifie pour le challenge en indiquant explicitement que nos personnages ont voyagé dans le futur. Il était temps !

jeudi 20 novembre 2014

Hôtel Olympia - Elisabeth Vonarburg


Lorsque j'ai vu que Elisabeth Vonarburg serait présente aux Utopiales, j'ai décidé d'acheter un de ses recueils de nouvelles pour lui faire dédicacer, histoire de surmonter mon échec la dernière fois que j'ai essayé d'en lire. Mais quand j'ai vu son dernier roman tout frais à la librairie, je n'ai pas pu résister, je me suis jetée dessus et je l'ai pour ainsi dire dévoré. Par contre pour le chroniquer, ça a été une autre paire de manche...
« L'Hôtel rêve. »
Dans Hôtel Olympia, l'héroïne semble changer de nom selon qui lui parle : elle est Danika sur ses papiers, Nikai pour ceux qui l'ont connue toute petite, Nika pour son mari. Elle a cinquante ans, elle gagne sa vie comme photographe (des chantiers de fouilles de son archéologue de mari en général), fait de la peinture, vit au Québec mais semble beaucoup voyager. Elle entretient des liens plus que conflictuels avec sa famille.

Mais un beau jour, son père qu'elle n'a pas vu depuis quarante ans débarque chez elle, et lui demande de revenir à l'Hôtel Olympia, en région parisienne, où elle a grandi. L'hôtel est tenu par sa mère, Olympia, mais celle-ci ayant disparu, elle se retrouve bombardée directrice de l'établissement. Elle décide donc de retourner là bas pour résoudre cette absurdité administrative. Sauf qu'une fois arrivée à l'Hôtel Olympia, étrange bâtiment qui « rêve », et dont les habitants semblent ne pas vieillir, la situation se complique, alors que resurgissent ses souvenirs oubliés.

Deux paragraphes de résumé, et pourtant j'ai l'impression d'avoir à peine effleuré le sujet du livre ! Il faut dire qu'Hôtel Olympia n'est pas vraiment un livre qui se prête à l'exercice. A trop le simplifier, on risquerait de lui faire perdre de sa saveur, il faut donc le lire... et le vivre !
« Vous avez déjà vu quelqu'un lire dans le métro, dans un autobus ou dans un lieu public quelconque, n'est-ce pas Nikai ? Comme ils sont dans leur bulle. Ils ne sont pas là. Ils sont dans l'histoire. Ils s'y donnent. Leurs rêves, leurs désirs s'y mirent et, en s'en nourrissant, ils la nourrissent. »
Lorsqu'on a déjà croisé à plusieurs reprises la plume d'Elisabeth Vonarburg, Hôtel Olympia semble un territoire déjà cartographié : l'aura de mystère qui plane sur l'ensemble de la lecture, le goût prononcé pour les lourds secrets de famille, j'y ai retrouvé la même atmosphère que dans Reine de mémoire (d'ailleurs il faudra que je pense à finir ce cycle un jour) et ses autres romans, dans une moindre mesure.

Cependant à tout point de vue, c'est un roman surprenant. Sur plein d'aspects, il vous fera penser à d'autres lectures, mais à chaque fois le parti-pris est très différent. Rien que l'héroïne est assez originale, puisqu'elle a la cinquantaine, ce qui n'est pas la classe d'âge qu'on croise le plus souvent dans les romans à ma connaissance (ou alors je ne lis pas les bons textes !). Et si comme tout héros qui se respecte, elle doit faire la paix avec son passé, elle le fait d'une façon finalement assez simple, et très émouvante.

L'ambiance de l'Hôtel Olympia, avec ses oncles et tantes immuables m'a fait penser à L'Opéra de Sang de Tanith Lee, et pourtant ce n'est pas vraiment ça. L'univers qui s'élabore autour, aussi mythologique qu'onirique, m'a un peu évoqué American Gods de Neil Gaiman, mais là encore dans une forme complètement différente.
« Vous les humains, vous ne savez pas tout, mais on dirait que vous comprenez davantage, parfois. Quand je me serai retrouvée, je saurais beaucoup de choses. Est-ce que ça m'empêchera d'être humaine ? »
Cette différence vient de l'écriture d'Elisabeth Vonarburg, toute en circonvolutions, extrêmement riche. Elle donne à voir beaucoup de choses, mais ne dit jamais clairement les faits, laissant le soin au lecteur de reconstituer le schéma, ou d'attendre que les choses s'éclaircissent (ce qui finit par arriver, je vous rassure, bien que quelques mystères demeurent, et c'est tout aussi bien).

Tout le roman baigne dans une sorte d'atmosphère onirique, sans doute dû au fait qu'il s'agit d'un huis clos qui se déroule dans un bâtiment mouvant (je vous recommande la visite des jardins les nuits où l'hôtel rêve), et peuplé d'êtres sans âge dont on a du mal à déterminer le rôle ou le statut. On s'y perd un peu d'ailleurs, surtout qu'ils sont très nombreux (même si la plupart s'en tiennent à la figuration). L'alternance entre passé et présent joue aussi beaucoup, on change parfois d'époque d'un paragraphe à l'autre (pour accompagner au plus près les flash-backs de Danika qui se souvient).

Etrange, c'est sans doute le qualificatif le plus adapté à Hôtel Olympia, qui est définitivement plus facile à lire qu'à chroniquer. C'est un roman qui ne rentre pas vraiment dans les cases, porté par une très belle écriture qui demande à prendre son temps. Il ravira à coup sûr les amateurs d'histoires de famille, et ceux qui sont fascinés par le pouvoir des mythes et des histoires. Ah oui et quand vous le lirez, attendez-vous à qu'il vous hante encore quelques temps, car c'est le genre de roman qu'on garde en tête, sans pouvoir exactement dire pourquoi.
« Mais elle n'a pas envie, non, elle n'a pas envie de leur raconter. La première fois de Toomas, cette histoire-là, elle l'a tellement caressée que c'est désormais un objet familier, joliment patiné, elle peut le manier avec sérénité. Mais la deuxième fois... La deuxième fois fait encore un peu mal -pas sa conclusion bien sûr, mais tout ce qui l'a précédé. »

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mardi 18 novembre 2014

Interstellar - Christopher Nolan


En ce moment, l'espace est à la mode. La mission Rosetta occupe maintes pages dans les journaux, et cela semble presque logique qu'un an après Gravity, un autre grand réalisateur nous propose son aventure spatiale. Et vu que c'est signé Christopher Nolan, cela ne peut être que prometteur. En route donc pour Interstellar, parce qu'un voyage vers les étoiles, ça ne se refuse pas ! Inutile de baisser vos visières polarisées par contre, cet article est sans spoiler (sauf pour l'ultime paragraphe que vous pouvez choisir de lire ou non).


Dans un futur proche, la Terre est à l'agonie : des tempêtes de poussière dévastent sans cesse la planète, et il devient de plus en plus difficile de nourrir toute la population. Le seul espoir pour les humains, c'est l'exil vers une autre planète. C'est pourquoi Cooper, un ancien pilote de la NASA, va partir vers une destination lointaine dans l'espoir de trouver une nouvelle terre d'accueil.

Je reste volontairement vague dans ma présentation. C'est à peu près ce que je savais en entrant dans la salle de cinéma, et j'ai trouvé très agréable de découvrir l'intrigue en salle, et non en regardant les bandes-annonces !


L’histoire est loin d'être aussi tordue que ce à quoi Nolan a pu nous habituer, mais rassurez-vous elle est loin d'être simplement linéaire, notamment parce qu'elle se déroule simultanément dans l'espace et sur Terre (alors que les années ne défilent pas à la même vitesse pour tous).

En toute honnêteté ce n'est pas l'intrigue du siècle : la première partie met un peu longtemps à se mettre en place (malgré quelques gros raccourcis) et les retournements scénaristiques sont assez prévisibles (surtout quand on a tendance à lire beaucoup de SF). D'ailleurs on sent clairement l'hommage à 2001, Odyssée de l'espace et autres films dans le même genre, ce qui expliquerait son côté un peu « réchauffé ».


Néanmoins on se laisse naturellement emporter par l'ambiance du film : d'un côté la vision de cette Terre à l'agonie (encore très verte à cause de son retour à l'agriculture mais on se doute bien que c'est le dernier sursaut avant la mort), de l'autre l'espace, immense et dangereux. Et la deuxième partie, qui monte en tension, se révèle extrêmement prenante.

J'ai été surpris de trouver assez peu des « tics » de Christopher Nolan dans ce film. Sur ces derniers films, aussi magistraux soit-ils, j'avais un peu l'impression de voir toujours les mêmes ambiances, les mêmes têtes, les mêmes façons de raconter... ce qui est un peu ennuyeux à force (sauf chez Wes Anderson, où là ça contribue au délire personnel).

Là pour le coup on a vraiment du changement, rien que dans le casting (sauf pour Michael Caine) ou même dans l'atmosphère générale. C'est rafraîchissant et ça fait du bien.


Du coup on pardonnera sans peine le démarrage un peu longuet, les incohérences technologiques ou certains personnages un peu clichés, surtout qu'au final on ne voit pas vraiment passer les presque trois heures que durent le film. Car il n'y a pas tant de films qui traitent (correctement) de l'exploration spatiale, et celui-ci parle tout à fait au désir fondamental d'aller vers les étoiles qui nous habite tous un peu.

Même s'il est loin de m'avoir autant marqué que Gravity (ça aurait pu être un excellent titre alternatif pour Interstellar d'ailleurs !), j'ai bien apprécié ma séance de cinéma : sans être mémorable, c'est un film qui fait voyager et qui nous tire vers le haut, idéal pour combattre la morosité de l'automne !

Parce que (surlignez surlignez pour en savoir plus) le héros voyage à travers la quatrième dimension pour boucler la boucle, d'ailleurs je me demande si c'est pas de voir ce logo sur le blog d'un collègue qui m'a fait deviné assez vite la fin... en même temps quand on commence à parler de trous de vers et de relativité, le voyage dans le temps n'est jamais loin !