jeudi 20 novembre 2014

Hôtel Olympia - Elisabeth Vonarburg


Lorsque j'ai vu que Elisabeth Vonarburg serait présente aux Utopiales, j'ai décidé d'acheter un de ses recueils de nouvelles pour lui faire dédicacer, histoire de surmonter mon échec la dernière fois que j'ai essayé d'en lire. Mais quand j'ai vu son dernier roman tout frais à la librairie, je n'ai pas pu résister, je me suis jetée dessus et je l'ai pour ainsi dire dévoré. Par contre pour le chroniquer, ça a été une autre paire de manche...
« L'Hôtel rêve. »
Dans Hôtel Olympia, l'héroïne semble changer de nom selon qui lui parle : elle est Danika sur ses papiers, Nikai pour ceux qui l'ont connue toute petite, Nika pour son mari. Elle a cinquante ans, elle gagne sa vie comme photographe (des chantiers de fouilles de son archéologue de mari en général), fait de la peinture, vit au Québec mais semble beaucoup voyager. Elle entretient des liens plus que conflictuels avec sa famille.

Mais un beau jour, son père qu'elle n'a pas vu depuis quarante ans débarque chez elle, et lui demande de revenir à l'Hôtel Olympia, en région parisienne, où elle a grandi. L'hôtel est tenu par sa mère, Olympia, mais celle-ci ayant disparu, elle se retrouve bombardée directrice de l'établissement. Elle décide donc de retourner là bas pour résoudre cette absurdité administrative. Sauf qu'une fois arrivée à l'Hôtel Olympia, étrange bâtiment qui « rêve », et dont les habitants semblent ne pas vieillir, la situation se complique, alors que resurgissent ses souvenirs oubliés.

Deux paragraphes de résumé, et pourtant j'ai l'impression d'avoir à peine effleuré le sujet du livre ! Il faut dire qu'Hôtel Olympia n'est pas vraiment un livre qui se prête à l'exercice. A trop le simplifier, on risquerait de lui faire perdre de sa saveur, il faut donc le lire... et le vivre !
« Vous avez déjà vu quelqu'un lire dans le métro, dans un autobus ou dans un lieu public quelconque, n'est-ce pas Nikai ? Comme ils sont dans leur bulle. Ils ne sont pas là. Ils sont dans l'histoire. Ils s'y donnent. Leurs rêves, leurs désirs s'y mirent et, en s'en nourrissant, ils la nourrissent. »
Lorsqu'on a déjà croisé à plusieurs reprises la plume d'Elisabeth Vonarburg, Hôtel Olympia semble un territoire déjà cartographié : l'aura de mystère qui plane sur l'ensemble de la lecture, le goût prononcé pour les lourds secrets de famille, j'y ai retrouvé la même atmosphère que dans Reine de mémoire (d'ailleurs il faudra que je pense à finir ce cycle un jour) et ses autres romans, dans une moindre mesure.

Cependant à tout point de vue, c'est un roman surprenant. Sur plein d'aspects, il vous fera penser à d'autres lectures, mais à chaque fois le parti-pris est très différent. Rien que l'héroïne est assez originale, puisqu'elle a la cinquantaine, ce qui n'est pas la classe d'âge qu'on croise le plus souvent dans les romans à ma connaissance (ou alors je ne lis pas les bons textes !). Et si comme tout héros qui se respecte, elle doit faire la paix avec son passé, elle le fait d'une façon finalement assez simple, et très émouvante.

L'ambiance de l'Hôtel Olympia, avec ses oncles et tantes immuables m'a fait penser à L'Opéra de Sang de Tanith Lee, et pourtant ce n'est pas vraiment ça. L'univers qui s'élabore autour, aussi mythologique qu'onirique, m'a un peu évoqué American Gods de Neil Gaiman, mais là encore dans une forme complètement différente.
« Vous les humains, vous ne savez pas tout, mais on dirait que vous comprenez davantage, parfois. Quand je me serai retrouvée, je saurais beaucoup de choses. Est-ce que ça m'empêchera d'être humaine ? »
Cette différence vient de l'écriture d'Elisabeth Vonarburg, toute en circonvolutions, extrêmement riche. Elle donne à voir beaucoup de choses, mais ne dit jamais clairement les faits, laissant le soin au lecteur de reconstituer le schéma, ou d'attendre que les choses s'éclaircissent (ce qui finit par arriver, je vous rassure, bien que quelques mystères demeurent, et c'est tout aussi bien).

Tout le roman baigne dans une sorte d'atmosphère onirique, sans doute dû au fait qu'il s'agit d'un huis clos qui se déroule dans un bâtiment mouvant (je vous recommande la visite des jardins les nuits où l'hôtel rêve), et peuplé d'êtres sans âge dont on a du mal à déterminer le rôle ou le statut. On s'y perd un peu d'ailleurs, surtout qu'ils sont très nombreux (même si la plupart s'en tiennent à la figuration). L'alternance entre passé et présent joue aussi beaucoup, on change parfois d'époque d'un paragraphe à l'autre (pour accompagner au plus près les flash-backs de Danika qui se souvient).

Etrange, c'est sans doute le qualificatif le plus adapté à Hôtel Olympia, qui est définitivement plus facile à lire qu'à chroniquer. C'est un roman qui ne rentre pas vraiment dans les cases, porté par une très belle écriture qui demande à prendre son temps. Il ravira à coup sûr les amateurs d'histoires de famille, et ceux qui sont fascinés par le pouvoir des mythes et des histoires. Ah oui et quand vous le lirez, attendez-vous à qu'il vous hante encore quelques temps, car c'est le genre de roman qu'on garde en tête, sans pouvoir exactement dire pourquoi.
« Mais elle n'a pas envie, non, elle n'a pas envie de leur raconter. La première fois de Toomas, cette histoire-là, elle l'a tellement caressée que c'est désormais un objet familier, joliment patiné, elle peut le manier avec sérénité. Mais la deuxième fois... La deuxième fois fait encore un peu mal -pas sa conclusion bien sûr, mais tout ce qui l'a précédé. »

CITRIQ

6 commentaires:

  1. Je note, j'aime beaucoup l'auteure et son écriture !

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  2. Intrigant tout ça ! Tu t'en es bien sortie avec ton article, puisque ça fait envie. ;)
    Dommage que l'auteur ne soit pas mieux publiée en France...

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  3. @JainaXF
    Ca devrait te plaire sans problème alors ^^

    @Lorhkan
    C'est dur à trouver en librairie en effet, même si ils ont un distributeur en France (faut les commander au libraire quoi). Sinon la plupart de ses romans existent en numérique et sans DRM (pour 7-8 euros, donc moins cher que le papier)

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  4. @Tigger Lilly
    J'aurais dû le glisser dans le sac de ton disque dur hier ;p

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  5. Haaa, nan surtout pas ! Tu as vu la brique ?? Ma PàL ne s'en serait pas remise.

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