samedi 19 août 2017

Planescape : Torment (Enhanced Edition)


A moins d’avoir commencé à tenir un blog dès le berceau, nous avons tous des petits trésors de notre panthéon personnel qu’on aimerait partager avec le reste du monde, mais dont les souvenirs commencent à être lointains. Le jeu vidéo Planescape : Torment est l’une de ces pépites, et je profite de la sortie cette année d’une édition rénovée pour vous le présenter.

J’ai découvert Planescape : Torment dans les années 2000, après avoir épuisé le premier Baldur’s Gate et Icewind Dale. J’étais un peu incertaine en l’achetant (le type bleu avec des dreadlocks sur la boîte n’est pas particulièrement vendeur), mais comme il avait l’air de s’inscrire dans la lignée des deux autres jeux… sauf que je me suis rendue compte qu’il était à la fois dans la lignée des autres jeux et totalement différent. Et c’est cette ambiguïté qui fait toute la saveur de ce jeu.

Bien qu’il soit doté du même moteur de jeu que Baldur’s Gate (à quelques détails près) et qu’il soit basé sur les mêmes règles (celles de Donjons & Dragons), Planescape : Torment se démarque déjà par son univers, celui de Planescape (d’où le titre du jeu, oui).


On oublie donc les elfes et les gobelins et autres éléments typiques de la fantasy médiévale pour atterrir dans un univers complètement barré composé de plans (qui peuvent se déplacer sur leurs habitants deviennent soudainement plus mauvais ou plus loyaux), reliés entre eux par des portails (qui ne s’ouvrent parfois qu’en présence d’un objet précis ou en faisant une action particulière), et où l’on croise une faune très hétéroclite d’humanoïdes, de monstres plus ou moins civilisés, d’anges et de démons.

L’univers est donc très original, décalé à souhait dans ses logiques absurdes, avec une atmosphère parfois franchement baroque, qui s’enrichit parfois d’une touche de steampunk. Rien que pour cela, le jeu vaut le détour, d’autant plus que l’aventure que nous offre Planescape : Torment dans ce décor étrange est tout sauf banale.

Et une fiche de personnage à agrandir, une !
Rien que dans son fonctionnement, Planescape : Torment est un jeu qui joue la carte du décalage, ce qui peut être perturbant si comme moi vous le commencez en pensant trouver une nouvelle itération de Baldur’s Gate.

Vous aimez peaufiner votre fiche de personnage deux heures avant de lancer une partie ? Dans Planescape : Torment vous ne pouvez choisir ni son sexe, ni sa classe, ni son alignement. Tout au plus aurez-vous le droit de répartir quelques points de caractéristique.

Vous aimez les armures, les grosses épées et les arcs ? Vous n’en trouverez jamais dans le jeu (ou du moins pas pour votre personnage). Si le jeu contient quelques beaux objets magiques, il se débarque surtout par un usage d’armes et protections non conventionnelles (du tatouage magique au bras reconverti en gourdin).

Vous aimez la chasse au monstre, les défis ultra-tactiques et les combats millimétrés ? Si certaines zones (pour la plupart optionnelles) peuvent donner du fil à retordre au joueur, le jeu n’est pas du tout axé sur le combat mais sur le dialogues. Je crois qu’il n’y a en tout et pour tout deux personnages dont la mort est obligatoire pour progresser dans le jeu (après je vous rassure, je pense que traverser le jeu sans tuer personne reste très délicat).

Mais alors, ça doit être mortellement barbant ? Mais pas du tout, parce que Planescape : Torment, c’est avant tout une grande histoire.


Une grande histoire qui commence, décalage oblige… à la morgue. Sans-Nom (The Nameless One en VO, c’est encore plus classe), notre héros est un type à la peau couturée de cicatrices, qui se réveille sur une table d’embaument. Manque de chance, il est amnésique, pas moyen de se souvenir comment il est arrivé là. Heureusement, il porte tatouées sur son dos des instructions qui devraient l’aider dans sa recherche.

L’amnésie est une procédure bien utile dans les jeux vidéo pour introduire un univers, mais son usage ici n’a rien d’un cliché : l’amnésie de Sans-Nom est le moteur de jeu, puisque le but de notre personnage va être de retrouver ses souvenirs… et de comprendre comment il est devenu immortel.

Oui parce qu’en plus d’être amnésique, on découvre assez vite que notre protagoniste a quelques difficultés à mourir. Il peut se prendre une boule de feu dans la figure, trébucher dans une fosse à piques ou se prendre un gros coup de masse sur le crâne, il finira forcément par se relever de ses blessures (sauf si vous allez vraiment embêter la mauvaise personne mais le jeu vous donne quelques avertissements à ce sujet).

C’est beaucoup plus reposant qu’un Baldur’s Gate où la mort du personnage principal obligeait à recharger la partie, et le concept est très bien exploité au point qu’il faut parfois savoir mourir pour progresser dans une quête. Il ne faut quand même pas trop en abuser, ça peut corser inutilement la fin du jeu, car toute action dans cette histoire a des conséquences…


Aux commandes d’un personnage immortel, on serait tenté d’aller retrouver sa mémoire et de partir sauver le multi-univers (ou le conquérir, selon votre alignement), mais c’est là où Planescape : Torment est un jeu différent : il joue la carte de l’histoire personnelle.

Si le jeu vous offre l’occasion d’être un sauveur ou un monstre c’est avant tout une quête très intime où l’on cherche à retrouver qui on est et comment on en est arrivé là. Inutile de dire que l’enquête est longue, et passe par des dialogues également longs. Des dialogues qui sont parfois une forme de combat lorsqu’on se retrouve à argumenter longuement ou à manipuler son interlocuteur pour obtenir une information.

Et quand on est mort des milliers de fois, inutile de vous dire qu’il y en a des choses à découvrir, et que ce n’est pas toujours joli joli. Planescape : Torment est donc un jeu qui prendre aux tripes, parce qu’il devient parfois très personnel, lorsqu’on se retrouve à se demander ce que l’on ferait dans certaines situations. C’est une histoire tout ce qu’il y a de plus tragique (à la base c’est quand même l’histoire d’un type qui cherche à mourir) qui donne lieu à des séquences de toute beauté. Il m’est d’ailleurs arrivé de recharger plusieurs fois une même scène pour en tester toutes les possibilités.

Cliquez pour découvrir une des armes les plus absurdes du jeu

Planescape : Torment fait un excellent boulot en intégrant cette quête dans la moindre mécanique de jeu : si on a aussi peu de possibilités lors de la création du personnage, c’est parce qu’elles nous sont offertes au cours du jeu.

Au gré de ses aventures, Sans-Nom collecte de l’expérience à chaque souvenir qu’il réveille (il est donc vivement conseillé d’utiliser toutes les opportunités possibles pour se souvenir). En progressant, il va pouvoir changer de classe (on peut alterner allègrement entre voleur, guerrier et mage), et son alignement va se modifier en fonction de ses actions.

Toutes ces mécaniques peuvent sembler banales dans les jeux d’aujourd’hui, mais à l’époque j’avais trouvé ça très original, d’autant plus que les différentes possibilités permettent de jouer des personnages très différents, du Loyal con au psychopathe (et pas celui qui dépouille les grands-mères, mais bien pire encore).


Univers décalé à souhait, mécaniques de jeux bien trouvé, histoire extraordinaire… Inutile de vous dire que tout cela contribue à faire de Planescape : Torment un petit bijou dont l’expérience de jeu ne laisse pas indifférent.

Et encore, je ne vous ai même pas parlé des compagnons très développés (entre le crâne flottant, la succube d’alignement bon et l’armure vivante, une belle galerie de personnages !) aux dialogues fort riches, des factions absurdes que l’on peut rejoindre ou de certaines séquences hilarantes (parce qu’au milieu de tout ce drame, le jeu se ménage quelques moments de comédie et quelques belles touches d’humour noir).

Planescape : Torment n’est pas un jeu qui plaira à tout le monde du fait de son caractère très bavard (il faut aimer lire, avec des termes d’argot pas piqués des hannetons parfois) et parce que ses graphismes piquent un peu des yeux, même dans la version améliorée qui vient de sortir.

Mais pour moi c’est un jeu qui a une âme, et qui est d’autant plus étonnant que son histoire unique est parfaitement adaptée à son médium : en film, en livre, ça ne fonctionnerait tout simplement pas parce qu’on ne se sentirait pas autant impliqué. Si vous aimez les belles histoires, c’est vraiment un jeu qui vaut le détour, et dont la question centrale, « Qu’est-ce qui peut changer la nature d’un homme ? », pourrait vous hanter un moment.


Un petit mot concernant les différentes éditions. Le jeu tel qu’il est sorti en 1999 tourne encore sur les ordinateurs modernes, mais il faut composer avec la résolution d’écran ridicule et quelques bugs graphiques (les cinématiques ne s’affichaient pas chez moi). Je ne suis pas sûre qu’il soit encore vendu sur les plates-formes numériques cependant.

Beamdog qui avait déjà sorti des versions améliorées de Baldur’s Gate et Icewind Dale a sorti en ce début d’année une Enhanced Edition bien plus agréable à utiliser. Le jeu en lui-même n’a que peu changé mais les nombreux patchs et correctifs ont été intégrés, l’interface a été améliorée et on peut jouer sur un grand écran sans s’arracher les yeux (même si les graphismes peuvent sembler grossiers).

J’ai testé cette nouvelle version pour faire cet article, et franchement c’est une belle initiative. Elle est sans doute un peu chère si on l’achète en dehors des soldes (20 euros) mais le jeu est très agréable à prendre en main, alors si vous le croisez en promo sur Steam ou sur GOG, n’hésitez pas !

Pour le moment les excellents mods de Qwinn (notamment son Unfinished Business qui réintégrait des éléments coupés du jeu) ne sont pas utilisables sur cette nouvelle version, mais peut-être qu’une bonne âme finira par sortir une version compatible…

Je termine cet article en musique avec le thème de Deionarra, un des plus beaux morceaux de la BO du jeu, composée par Mark Morgan :



Quelques liens complémentaires :

10 commentaires:

  1. C'est un des jeux, que je n'ai jamais pu finir : trop long, mauvais période ( en plein dans ma fin d'érudes d'ingé) ...
    C'est dommage, pare qu'il commençait très bien. c'est peut-être l'ocasion d'y revenir, dès que j'en aurai fini avec mon retour sur Pillars en prévision du deuxième opus DeadFire.

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    1. @Fánaríë
      Ca peut être pas mal après un petit Pillars of Eternity en effet (moi j'ai enchainé sur une nouvelle partie de Pillars après Planescape justement pour rester dans le ton !)

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    2. Et sinon Mass Effect, tu as avancé ? Tu aschangé de Galaxie ?

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    3. @Fánaríë
      De ce côté là je suis au point mort, je vais attendre que le jeu soit bien soldé pour partir à l'aventure je pense...

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  2. Je ne connaissais pas du tout !!

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  3. C'est trop bien qu'ils ressortent tous ces jeux ces dernières années, je vais enfin pouvoir le finir. Un jeu vraiment étonnant. Mes souvenirs à son sujet sont confus et très parcellaire mais il m'avait fait son petit effet.

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    1. @Tigger Lilly
      Plus qu'à attendre qu'il soit soldé ^^

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  4. Sincèrement si je m'étais simplement arrêté à la fiche sur GOG, je ne pense pas que j'aurai été intéressé. Mais ton avis m'a sacrément donné envie d'y jouer ! Et il est pas si chère que cela sur GOG (en tout cas en ce moment et depuis mon coin du monde, 11.39 USD). Je vais peut-être bien me laisser tenter, ça a l'air vraiment excellent ! Merci !

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    1. @f6k
      A ce prix-là faut pas se priver !
      (je dirais bien qu'il vaut tout l'or du monde mais comme c'est un vieux jeu assez particulier je comprends aussi que tout le monde n'approche pas ^^)

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