dimanche 18 octobre 2015

La rançon du temps – Poul Anderson


Je continue à m’aventurer à travers le temps grâce à La rançon du temps, troisième volume de La Patrouille du temps de Poul Anderson, où l’on retrouve une fois encore Manse Everard fort occupé à assurer la préservation du continuum spatio-temporel à travers deux longues novellas (ou deux courts romans, à vous de voir comment les classer).

Le premier, Stella Maris, s’intéresse à la révolte de Civilis, un barbare « romanisé » du 1er siècle de notre ère. Ce récit est en partie connu par les Histoires de Tacite (je fais comme si j’étais au courant mais en fait je me suis instruite durant la lecture), sauf qu’une divergence dans l’un des chapitres pousse Manse Everard à aller enquêter sur la situation en compagnie d’une spécialiste de l’époque.

Très vite, ils se rendent compte que tout tourne autour de la figure de Veleda, qui n’est pas une marque de feutres mais une prophétesse de talent qui parle pour la déesse Niaerdh, et ils mènent l’enquête à travers le temps pour comprendre à qui ils ont affaire.

Stella Maris n’est pas forcément le roman dans lequel il est facile de rentrer, car il parle d’un sujet et d’une époque pas forcément très mise en avant (Manse Everard lui-même reconnaît que les problèmes en Palestine à l’époque éclipsent le conflit en Gaule), et qu’il faut du temps pour trouver ses marques.

Cependant comme tout le reste du cycle, ce récit offre une belle reconstitution de l’époque (qui donne envie d’y revenir), tout en jouant joyeusement avec les paradoxes temporels dans sa résolution, on est donc bien servi de ce côté-là. Et dans le ton et dans l’ambiance, il y a parfois un petit quelque chose du Chagrin d’Odin le Goth.

Chose marrante, j’ai pesté plusieurs fois pendant le récit contre le personnage féminin un peu cliché et laissé en retrait, comme souvent chez Poul Anderson… sauf que la fin change complètement la perspective à ce sujet, mais je ne peux pas vous en dire plus (si ce n’est que la conclusion est peut-être la plus féministe que je n’ai jamais pu lire chez Poul Anderson).

Le deuxième texte, L’année de la rançon, est très différent dans son ton et dans son sujet. Il met en scène le sauvetage d’un agent de la Patrouille du temps qui a disparu en pleine conquête espagnole de l’Amérique du Sud.

On quitte donc les cultures nordiques et germaniques pour quelque chose de très différent… quoique très européen car on finalement assez peu le point de vue des Incas. Le rythme n’est pas non plus le même, puisqu’on n’est pas vraiment dans l’enquête ou le lent déroulement des âges, mais dans un concentré d’action où l’on passe sans cesse d’une époque à l’autre (avec un excellent usage du voyage dans le temps et de la narration un peu décousue qui va avec).

Ce récit a été publié à l’origine dans une collection plutôt orientée jeunesse, ce qui explique qu’il ne soit pas aussi riche historiquement parlant, même s’il y a déjà de quoi faire. J’ai un peu tiqué sur certaines interprétations au sujet de la conquête espagnole (qui auraient fait bondir mon prof d'Art des Amériques), mais comme l’auteur sait aussi jouer des mystères archéologiques du continent sud-américain avec son habituelle érudition, y’a pas de quoi en faire un fromage !

Ce troisième tome de La Patrouille du temps est donc une fois de plus un excellent moment de lecture quand on aime l’Histoire et les voyages dans le temps. Le seul problème, c’est que c'est l'avant dernier volume...

CITRIQ

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