samedi 9 juin 2012

Flashback - Dan Simmons


Avant de continuer mon exploration des Cantos d’Hypérion de Dan Simmons avec Endymion (mais j’attends l’été pour ça, désormais lire du space-opera en dehors de l’été me semble étrange, merci une certain challenge annuel sur le sujet…), je me suis intéressée à son dernier roman paru en français, Flashback (gentiment proposé par les éditions Ailleurs & Demain)

Ce roman se déroule dans un futur proche (2035) et pas des plus joyeux : les Etats-Unis sont en voie de désintégration (les mexicains ont même commencé à reconquérir certains états), et en est réduit à louer son armée pour mener des guerres en Inde et en Chine. L’Europe est devenue un grand Califat où la loi de la Charia est appliquée, Israël a été rayé de la carte, et c’est le Japon (revenu à un système féodal) qui exerce le plus d’influence dans le monde.

La misère règne bien évidemment, ainsi que l’insécurité (les attentats sont tellement fréquents que les téléphones possèdent des modules annonçant les dernières explosions, à la manière d’un GPS annonçant un radar automatique), et une bonne partie de la population passe ses journées à flasher, c'est-à-dire à consommer du flashback, une drogue qui permet de revivre ses souvenirs.

C’est également le cas de Nick Bottom, un ancien inspecteur (qui a perdu son travail à cause de cette drogue justement) qui se retrouve embauché par un très riche et très puissant japonais, Hiroshi Nakamura, pour trouver le meurtrier qui a tué son fils six ans plus tôt.

La première chose qui frappe à la lecture de Flashback, c’est l’univers. Je lis régulièrement de la SF, mais une SF qui se déroule souvent dans un futur lointain n’ayant que peu de liens avec la réalité. Ici, il y a un véritable travail d’anticipation avec un 2035 qui puise ses racines dans l’actualité.

Il y a un travail de construction (en matière d’évolutions technologiques, politiques, sociales…) absolument dément, et c’est très appréciable. Il faut certes prendre son temps pour avancer dans l’histoire à cause de la masse d’informations à assimiler, mais c’est définitivement un des points forts de ce roman.

L’intrigue posée dessus est plutôt classique (une enquête policière somme toute, et la fin n’est pas une grande surprise), mais bien construite, et portée par une belle galerie de personnages.

J’ai eu un peu de mal avec Nick Bottom sur les premières pages (il faut dire qu’après Avance Rapide, et dans une moindre mesure l’Affaire Jane Eyre, je frise un peu l’overdose dans le domaine du détective privé), mais c’est un personnage complexe dont j’ai apprécié les mouvements d’humeur (surtout au début quand il rechigne à se mettre au boulot).

Nick n’est pas le seul narrateur, il partage ce rôle avec un professeur à la retraite, Léonard, et Val, un jeune garçon faisant partie d’un flashgang, qui apportent d’autres points de vue sur l’univers, celui d’un vieillard dépassé par tous les changements, et celui d’un jeune qui peine à entrevoir un avenir.

Leurs trois histoires sont bien évidemment liées, ce qui m’a un peu rappelé Hypérion. J’ai d’ailleurs retrouvé quelques autres « trucs » de l’auteur, comme toutes les références et les jeux à propos de Nick Bottom (un personnage du Songe d’une Nuit d’Eté de Shakespeare), qui valent bien toutes les évocations de l’œuvre de Keats dans Hypérion.

En fait j’aurais eu grand plaisir à lire ce titre, si au bout d’un certain nombre de passages, les opinions des personnages ne semblaient plus être les leurs, mais purement celles de l’auteur, si bien qu’on se demande si on a affaire à une fiction ou à un manifeste politique.

Je ne me soucie pas trop des opinions politiques de l’auteur, tant qu’on n’essaye pas de me les rentrer dans le crâne à coup de masse (*tousse* Terry Goodkind * tousse*)… et c’est un peu ce qui se passe sur la fin du roman.

N’étant pas très en phase avec les idées en question (qui mettent tout ou presque sur le dos de la réforme du système de santé américain, et prônent une islamophobie pas forcément des plus fines, entre autres), j’ai terminé le roman avec une impression assez mitigée, d’autant plus que si l’univers se construit sur un arrière-plan crédible, la résolution finale m’a semblé presque improbable en comparaison.

Bref, même si Flashback est un roman intéressant (notamment par tout le jeu d’extrapolation auquel il se prête), qui est je pense accessible même à des non-lecteurs de SF (j’imagine que c’est pour cela qu’Ailleurs & Demain a abandonné la couverture métallisée), la rencontre ne s’est pas vraiment faite pour ma part.

Ceci dit ça ne m’empêchera pas de lire Endymion cet été (et peut-être qu’un jour je me remettrais à l’Échiquier du mal tiens !).

Lecture commune improvisée sur le Cercle avec Elysio et Snow

CITRIQ

6 commentaires:

  1. Je te comprends, j'ai horreur qu'on essaye de m'imposer ce que je dois penser, d'autant plus quand les idées en question sont aussi nauséabondes...c'est dommage,j'avais adoré Hyperion/Endymion qui était pourtant un space-opera assez humaniste, il me semble !

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    1. Bah Hypérion a été écrit y'a bien 20 ans, j'imagine que ses pensées ont eu le temps d'évoluer depuis ^^

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  2. Après coup, je peux dire que j'ai trouvé ce livre... je ne trouve pas l'adjectif, peut-être quelconque. J'ai lu coup sur coup trois enquêtes se déroulant dans un futur proche dystopique, et celle-ci était de loin la moins prenante. Alors que c'était le seul "bestsellerisable" des trois. C'est dommage, comme quoi, souvent, ça tient au nom de l'auteur, pas à la qualité du livre. Parce qu'on parie combien que celui-ci va se vendre, 10, 100 fois plus que les deux autres?

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    1. Ca c'est une évidence ^^
      J'avoue personnellement que sans le matraquage d'idées politiques, je l'aurais sincèrement apprécié, mais c'était trop lourd pour que j'en fasse abstraction, et du coup ça a carrément influencé mon avis final.

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  3. C'est drôle comme, avec les mêmes idées d'origine, on se retrouve avec un avis différent. Moi aussi, les positions politiques du narrateur m'ont dérangée, mais j'ai décidé d'en prendre mon parti pour savourer toute l'étendue du talent de Dan Simmons dans ce thriller d'anticipation.

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    1. J'ai fait le tour des avis des collègues, j'ai remarqué que les positions politiques ne rebutaient pas tout le monde. J'avoue être en général bon public, mais là c'était un peu too much à mon goût hélas ^^.

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