dimanche 13 février 2011

L'ange blond - Laurent Poujois


Une certaine personne de ma connaissance sera heureuse de voir que son harcèlement paye, j’ai fini par y jeter un œil, à son chouchou ! Et si ce n’est pas le roman du siècle, L’Ange blond est un très bon moment de lecture, avec son rythme haletant et son univers uchronique très riche.

Mais je brûle les étapes, parlons d'abord de l’histoire. Nous sommes dans un monde uchronique où après avoir écrasé les anglais, l’empire de Bonaparte perdure depuis deux siècles, même que l’impératrice actuelle s’apprête à célébrer cet évènement lors d’une grande cérémonie. Evidemment, deux cents ans de dictature, ça ne fait pas que des heureux, et un complot se trame pour mettre fin à l’Empire

C’est dans ce contexte qu’Aurore Lefèvre est recrutée (enfin…) par les services secrets impériaux pour déjouer cette menace. Ancien soldat de la Légion impériale, intelligente, dotée d’une bonne connaissance des milieux underground, et accessoirement volatile, obstinée, tendant à n’en faire qu’à sa tête et à asséner des répliques cinglantes à la louche… la recrue idéale quoi !

J’ai eu un peu peur en commençant par le premier chapitre qui jette littéralement le lecteur dans le vide (enfin techniquement il jette l’héroïne mais on est bien forcé de la suite) au-dessus de Londres, avec une foultitude d’informations à assimiler en peu de temps tout en essayant de suivre une scène presque trop cinématographique pour un livre.

Et puis finalement, on se laisse emporter par l’univers très riche. Difficile de parler de tout, mais le Londres sous domination impériale (je crois qu’on parle de la préfecture de Londres à un moment), le Paris napoléonien futurisme, les transports à coup de dirigeable ou de fusée, l’usage des biotechnologies avec les biônes… ce n’est pas juste un steampunk très futuriste, on sent que l’auteur a bossé son univers.

Même au niveau historique, il y a plein de petits détails sympas. Certes le propos du livre n’est clairement pas l’uchronie qui n’est qu’ici une toile de fond, mais la réécriture historique est tout de même bien fun (j’adore les uchronies napoléoniennes, c’est tellement un bon point de divergence !).

Tout cela est amené par petites touches dans la narration bien sûr, mais aussi par les textes en tête de chapitres (extraits d’encyclopédie et autres « documents »), petit procédé que j’aime beaucoup parce qu’il permet d’enrichir l’univers sans passer par des expositions de trois pieds de long…

Quant à l’intrigue, on ne voit pas le temps passer : l’héroïne enchaine les péripéties, les retournements de situation, et l’intrigue est plutôt dense. Je ne suis pas sûre d’avoir saisi toutes ses subtilités d’ailleurs, mais ça ne m’a pas perturbé outre mesure d’être à la masse la moitié du temps. En tout cas j’ai beaucoup apprécié le fait qu’on voit du pays, et qu’on visite en long et en large ce Paris uchronique et futuriste.

La narration se fait à la première personne par Aurore, sauf quelques passages côté comploteurs. Evidemment, le texte est sarcastique et mordant à souhait, tout comme les dialogues. C’est donc un vrai plaisir à lire, autant pour le fond que pour la forme.

Le seul bémol que je mettrais est finalement sur le personnage principal, un peu trop parfait à mon goût. Elle flirte avec les Mary Sue, à être belle, intelligente, capable de tuer un homme à mains nues et de « cracker » n’importe quel biône, en plus d’être une très bonne musicienne… Ceci dit, elle a suffisamment de mordant pour qu’on suive ses aventures avec plaisir.

Bref c’est une très chouette lecture, ça faisait longtemps que je n’avais pas fait exprès de me coucher tôt (enfin pas comme les poules non plus, faudrait pas pousser non plus !) pour avancer dans un livre, c’est dire. C’est un très bon texte débordant d’idées, et je serais curieuse de savoir ce que Laurent Poujois va écrire d’autre.


Je n’ai même pas fait exprès, mais une uchronie de plus pour mon challenge ! Par contre ne rêvez pas, je ne lirais pas le Napoléon apocryphe pour le plaisir de comparer deux uchronies napoléoniennes, même si c’est diablement tentant !

CITRIQ

vendredi 11 février 2011

The Social Network - David Fincher


Waouh je viens de me rendre compte que ce film est sorti en salle en octobre, et que son dvd sort à la mi-février… il était temps que j’aille le voir, tout de même ! Ca ne m’aura demandé que trois tentatives, avec pour la 3e le bénéfice d’entendre le métro ronfler sous mes pieds. Sauras-tu identifier la salle, ô lecteur ?

Bref je vous fais le topo au cas où, mais vous ne devriez pas avoir de mal à situer The Social Network, biopic du créateur de Facebook, Mark Zuckerberg. Vous allez sans doute me demander ce qui m’a amené à aller voir un film sur Facebook alors que je refuse toujours obstinément de m'inscrire sur ce site ? Bah les critiques étaient très alléchantes, tout simplement.

Et c’est vrai que c’est un sacré morceau de film, et qu’on soit ou non intéressé par le personnage, le sujet est drôlement bien traité. L’histoire n’est pas racontée de façon très linéaire, puisqu’on découvre peu à peu les circonstances de la création de FB via les deux procès dans lesquels s’est retrouvé impliqué Zuckerberg.

On alterne entre les scènes de « procès » (enfin je sais pas si c’est le terme le plus approprié, ça se résume aux échanges parfois assez corsés entre les deux partis installés autour d’une table) et des flash-backs sur les différents évènements, ce qui évite une narration trop linéaire (d’autant plus que les minutes de procès sont toutes aussi intéressantes que le passé).

Le personnage de Zuckerberg se révèle plutôt intéressant. Il n’est pas vraiment attachant (voir vraiment pas attachant) dans son arrogance, il n’est pas détestable non plus, on voit bien qu’accessoirement, ce génie est complètement inapte socialement parlant.

On passe donc un très bon moment de cinéma, et je comprends largement qu’on ait chanté les louanges de ce film, drôlement bien fichu.

mercredi 9 février 2011

The Sarah Jane Adventures - Saisons 1 à 4


En bonne fan irrécupérablement accro à Doctor Who, j’ai fini par mettre à The Sarah Jane Adventures. L’idée d’un spin-off de Doctor Who pour enfant me faisait un peu peur (Doctor Who est déjà un divertissement familial), mais les épisodes avec des apparitions du Docteur me faisaient baver d’envie, et comme je n’aime guère commencer l’histoire par le milieu...

Le postulat de base peut faire fuir ceci-dit : Sarah Jane Smith, ancienne compagne du Docteur, protège la Terre contre les aliens depuis sa petite maison cosy en banlieue londonienne, avec l’aide de trois gamins, d’un rouge à lèvres sonique, d’un chien-robot et d’un super-ordinateur dans un grenier.

Les Slitheen, vous n'avez pas fini d'en voir...

Je craignais le pire, j’ai été comblée dans le domaine : on a bien affaire à des gamins qui combattent des aliens qui atterrissent systématiquement dans les parages (à croire qu’il y a un gros panneau indicateur qui leur indique le chemin), et le super-ordinateur ferait rougir de honte celui de Batman, surtout avec sa petite fanfare de lancement…

Mais une fois passé ces éléments (et soyons honnêtes, on a tous vu/lu des séries dans ce genre dans notre jeunesse, moi ça me fait penser aux Animorphs par exemple ou là aussi quatre ados sauvaient le monde des méchants aliens), figurez-vous que The Sarah Jane Adventures est une série qui se regarde vraiment avec plaisir.

En fait cette image se passe de commentaire

La première chose qui m’a surprise, c’est la qualité des scénarios. Certes il y a de grosses ficelles et quelques bourdes (le grand prix revient à The Mad Woman in the Attic, saison 3, au début très prometteur mais qui se vautre dans le n’importe quoi en guise de conclusion), mais globalement les histoires sont cohérentes, intéressantes, pas idiotes et pas si répétitives qu’on pourrait s’y attendre.

Les péripéties sont souvent très drôles (l’épisode avec les Judoon propose des passages particulièrement hilarants, de même que The Vault of Secrets avec ses références à Men in Black), mais certains sont également très émouvants (The Temptation of Sarah Jane Smith, qui m’a laissé avec les yeux humides), et d’autres en seraient presque flippants (The Nightmare Child regardé dans le noir à minuit m’a presque fichu des frissons dans le dos).

Et puis la série est vraiment une forme de Doctor Who junior, où Sarah Jane tient le rôle du Doctor. On retrouve le même genre d’intrigues, et une quantité d’allusions assez impressionnantes à la série mère (contrairement à Torchwood), que ce soit les nouveaux épisodes ou les anciens. The Temptation of Sarah Jane Smith est pratiquement une réécriture de Father’s Day, et certains épisodes découlent d’évènements de Doctor Who (notamment ceux avec les Sontarans et les Slitheens).

Un bon alien est un alien qui explose (proverbe Clydien)

Quant au casting, sans être phénoménal, il est plutôt attachant. Je commence à beaucoup apprécier Sarah Jane (j’ai bien envie de découvrir les saisons de Doctor Who où elle apparait), Luke est plutôt original dans sa bizarrerie (et c’est bien dommage qu’il soit quasi absent de la dernière saison), Clyde est très drôle (tout en sachant cultiver un côté plus sérieux dans l’épisode où apparait son père).

Maria, qui disparait au début de la saison 2 sert plutôt d’identifiant au (jeune) spectateur, et sa remplaçante, malgré des débuts assez peu convaincants (la fille qui emménage comme de par hasard dans l’ancienne maison de Maria), sait trouver sa place et se révèle avoir un peu plus de caractère.

Bref The Sarah Jane Adventures est une série qui se laisse regarder avec plaisir, parce que c’est une très bonne série pour enfants pas niaise du tout (ou en tout cas, pas si souvent que ça). Et on avance très vite dedans car chaque saison de compose de cinq à six histoires d’une heure divisées en deux épisodes chacune.

C'est un spin-off de DW, évidemment qu'on voyage aussi dans le temps !

Le seul point en retrait sont les effets spéciaux, qui font vraiment très cheap dans leur genre, voire carrément ridicule parfois, mais ça rend la série bien drôle. De même que les échanges entre K9 et Mr. Smith dans la saison 3, qui m’ont fait hurler de rire (on croirait entendre C3PO et R2D2).

Et puis, cerise sur le gâteau, entre deux caméos d’anciens compagnons (le Brigadier dans la saison 2), le Docteur lui-même s’offre une apparition dans la saison 3 (David Tennant y fait son ultime apparition en tant que Docteur, rien que ça), et dans la saison 4 (cette fois-ci c’est Matth Smith), et ce sont des épisodes aussi drôles (le Docteur a une très bonne alchimie avec Sarah Jane et sa joyeuse bande) qu’émouvants.

Docteeeeuuuuuur !*sors les mouchoirs*

Sincèrement, entre le « Don’t forget me, Sarah Jane » de Ten, et le « But the last time I was dying I looked back on all of you. Every single one. And I was so proud. » de Eleven, y’a de quoi sortir les mouchoirs.

Bref, pour un spin-off jeunesse, c’est un très bon spin-off, alors pour les fans de Doctor Who qui supportent encore mes déblatérations sur le sujet, n’hésitez pas, c’est très bien pour patienter en attendant la saison 6 !

Docteeeeuuuur ! (bis)
(oui c'est un appel à la saison 6, je suis en manque des fois que ça vous ai échappé)

dimanche 6 février 2011

L'o10sée : L'odyssée Folio SF en 10 nouvelles


Comme je n’ai pas trouvé deux Folio à acheter pendant l’opération, Elysio a été assez gentil pour me prêter son exemplaire du recueil anniversaire de Folio SF, j’ai même pas eu besoin de demander, il me l’a mis direct dans les mains, comme pas mal de bouquins d’ailleurs… faudrait que tu arrêtes d'ailleurs, je commence à cultiver une PàL&àRàE, c'est-à-dire une Pile à Lire et à Rendre à Elysio, pour ceux qui ne suivraient pas !

Le recueil se compose donc de dix nouvelles écrites pour la plupart par des grands noms de la SFFF (Bradbury, Dick, Silverberg…), entre lesquelles s’intercalent des textes divers et variés sur la science-fiction et sur quelques ouvrages phares publiés par la collection. Certains rappellent de bons souvenirs de lecture, et celui de Jean-Pierre Luminet sur les univers divergents m’a bien fait rire, ça m’est arrivé aussi, ce genre de mésaventure…

Question nouvelles, toutes sont plutôt à chouettes à lire, même si selon ses affinités on appréciera plus ou moins l’une ou l’autre. La seule qui m’a complètement perdue est celle de Robert Wilson, je crois que je ne suis pas prête pour lire un de ses romans, ou en tout cas, pas le soir avant de dormir !

Mais dans mes favoris, j’ai savouré la nouvelle de Mary Gentle (mais j’adore cette auteure, ses univers et son style, je ne suis donc pas vraiment objective sur le sujet), et si elle désire développer cet univers dans un roman, grand bien lui en fasse.

Celle de Jaworsky est bien sympathique également, de même que celle de Maia Mazaurette, qui m’a bien donné envie de lire son roman Dehors les chiens, les infidèles. Et j’ai retrouvé avec plaisir le style de Philip K. Dick et Ray Bradbury (qui sont vraiment de bons nouvellistes). Pareil pour Silverberg, et la nouvelle de Beauverger était plutôt sympathique.

Je crois qu’il n’y a guère que les nouvelles de Priest et de Thomas Day qui m’ont laissé relativement de marbre, mais j’ai toujours eu du mal avec ces deux auteurs, ça ne me surprend donc pas tant que ça. D'autres sauront sûrement mieux les apprécier que moi.

C’est un bon petit recueil sympa en tout cas, qui m’a donné envie de relire des nouvelles, et dont l’éclectisme est tout à fait à l’image de la diversité de la collection Folio SF. Un très bon cadeau d’anniversaire !

jeudi 3 février 2011

Bohème - Mathieu Gaborit


Elle n’a rien à voir avec la chanson de Charles Aznavour, cette lecture du mois du Cercle d’Atuan (oui je sais question introduction on a vu mieux, mais c’est la première chose qui me vient à l’esprit quand on me dit « Bohème »).

D’abord publié sous forme de deux romans, Les rives d’Antipolie et Revolutsya, Bohème est un roman à l’atmosphère purement steampunk. Il se déroule en effet dans une Europe du XIXe siècle, mais pas tout à fait celle qu’on connait, puisqu’une étrange substance corrosive, l’écryme, recouvre toutes les terres à l’exception des villes, si bien que tout le monde vie cloisonné dans sa cité, ou sur les traverses, grands ponts de fer qui relient entre elles les villes.

On y trouve des dirigeables, l’ingénieur Eiffel y est cité à plusieurs reprises, et les peuples contrôlés par des régimes très totalitaires rêvent à la révolution… on est bien en plein XIXe siècle, à ceci près que la disparition des terres a nécessité de s’adapter. On ne trouve plus de livres (faute de terre pour faire pousser les arbres), mais des disques à écouter, notamment.

Là-dessus se greffe l’histoire de Louise, fille de révolutionnaire (mais pas franchement passionnée par la chose de son côté), qui doit partir sur les traverses pour récupérer la cargaison (illicite) d’un dirigeable qui s’est mystérieusement écrasé dans l’écryme.

Bohème est un roman plein de promesses, surtout dans la première partie. L’univers est foisonnant et décalé à souhait (avec le concept d’avocat-duelliste pour commencer), la galerie de personnages est délicieuse (Louise en aventurière, le détestable Koropouskine, Léon, Igcho…), et l’intrigue plutôt attirante, avec ses séances d’acrobatie au-dessus de la mystérieuse écryme.

La conclusion des Rives d’Antipolie vient un peu refroidir tout ça, en jetant en quelques lignes les contours de quelque chose de complètement différent, beaucoup plus axé fantastique. Et la deuxième partie, loin d’apporter un réel éclairage, éclate sa narration avec encore plus de points de vue, plus de personnages, jusqu’à une fin qui m’a laissée sceptique.

D’habitude j’apprécie beaucoup les digressions par rapport à l’histoire principale, mais elles sont ici tellement nombreuses qu’on ne suit plus Louise qu’en pointillés (un peu dommage pour celle qui est à priori l’héroïne du roman), et que même son histoire à elle perd de sa saveur, parce qu’on passe du coq à l’âne sans transition.

Ceci explique sans doute cela, ce roman se déroule en fait dans un univers de jeu de rôle, Ecryme, créé par l’auteur himself. Nul doute qu’il a cherché à caser le plus d’éléments possibles dans ces presque 400 pages, ce qui donne un roman paradoxalement trop riche et trop court, qui aurait gagné à développer une intrigue principale plus claire, ou à laisser de côté une partie de l’univers histoire de ne pas noyer le lecteur.

Avis des autres atuaniens :  Elysio, Julien, Olya, Sherryn, Spocky, Tortoise

CITRIQ

mardi 1 février 2011

Uchronie : l'utopie dans l'histoire - Charles Renouvier


Lorsque j’étais allée voir l’exposition Science et fiction à la Villette, il y avait quelques très vieux bouquins d’uchronie datant du XIXe siècle dans les vitrines. J’ai donc eu l’idée saugrenue de lire l’un d’eux pour le Winter Time Travel de Lhisbei, parce que comme les disent si bien les grands sages de la vérité universelle que sont les Shadocks : Pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer ?

C’est donc la raison pour laquelle je me suis retrouvée avec entre les mains Uchronie : l’utopie dans l’histoire, de Charles Renouvier, paru en 1857. Je ne l’ai pas choisi au hasard, il y avait aussi un Napoléon apocryphe de 1851 qui me tentait bien, mais le Renouvier présente l’intérêt d’avoir forgé le terme uchronie. Et d’être un roman dont on peut joyeusement sauter la moitié des pages également, mais ceci est une autre histoire.

Je ne lis pas beaucoup de romans du XIXe siècle, mais j’espère qu’ils ne se prenaient pas tous aussi joyeusement la tête que Charles Renouvier pour construire leurs intrigues et leur narration. Imaginez un peu que l’uchronie, si on se fie à la préface, est en fait un manuscrit du XVIe siècle écrit par un moine (qui finit au bûcher pour ses idées bien sûr), récupéré par un catholique convaincu qui se met à douter et file vivre une vie discrète aux Pays-Bas.

Le manuscrit passera de génération en génération, et chacun y ajoutera son petit appendice, au point que sur 400 pages de texte, 200 sont consacrées aux commentaires du petit-fils et de l’arrière-petit-fils. Commentaires assez barbants au demeurant, j’avoue qu’après avoir lu le premier, j’ai survolé le reste et décidé que ma passion pour les grandes réflexions philosophico-religio-politiques ne m’intéresserait pas à ce point.

Concentrons-nous plutôt sur l’uchronie à proprement parler, c’est un peu la raison de tout ce blabla, après tout. Le récit du « moine » du XVIe siècle commence par un cours d’histoire romaine, revenant sur l’enchainement des différents empereurs et l’apparition des religions dites orientales (ce qui recouvre aussi bien le christianisme que le mithraïsme, et tous les cultes à mystères).

L’uchronie en elle-même démarre sous le règne de Marc Aurèle, alors que celui-ci reçoit une lettre d’un de ses généraux, Avidius Cassius, qui lui conseille tout simplement d’abdiquer et de rétablir la République, pour faire simple. Et Marc Aurèle, esprit éclairé etc., va bien sûr accepter, même si ça ne va pas se faire d’un claquement de doigt.

(oui, vous pouvez penser à Gladiator… je vous avoue qu’imaginer pendant quelques temps un des protagonistes de ce roman avec la tête de Russel Crowe aide grandement à avancer dans l’histoire…)

Marc Aurèle, entouré de grands hommes comme Avidius Cassius, va donc petit à petit opérer une transition vers la démocratie. Une démocratie laïque (le seul culte conservé est celui des valeurs républicaines, en gros), qui tend à repeupler l’Italie par une réforme agraire qui travaille doucement à l’abolition, et qui accessoirement bannit tous les chrétiens trouble-fêtes dans la partie orientale de l’Empire pour avoir la paix.

Je ne vais pas vous raconter toute l’histoire, mais le postulat de base est que se débarrasser des chrétiens permet d’éviter l’obscurantisme du moyen-âge, si bien que la « Renaissance », l’humanisme et la Réforme arriveront finalement bien plus tôt, et si l’Empire romain finit par tomber, il laisse derrière lui de solides états en Italie, en Espagne et en Gaule.

L’idée est plutôt intéressante, et donne lieu à la fois à des idées très pertinentes (notamment le fait que les chrétiens ne trouvent jamais d’unité faute d’un pouvoir temporel pour unifier une fois pour toutes les écoles), d’autres très utopistes (la République romaine réinstaurée est un peu trop belle pour être vraie, c’est le propre d’une utopie ceci-dit).

La balade dans l’histoire réécrite est donc plutôt sympathique, avec tous les évènements qui s’y passent, mais différemment (les invasions barbares, l’émergence de l’Islam, etc.). Ceci dit le texte n’est pas forcément facile d’accès, car entre deux évènements historiques, se glissent parfois des pages entières de réflexions sur la politique ou la religion.

Ce n’est pas qu’elles ne sont pas intéressantes, mais à la longue, on se retrouve complètement noyé sous le propos, surtout qu’il me manque une bonne partie des références culturelles pour tout suivre (en philo grecque, en politique du XIXe, et j’en passe).

Bref ce n’est pas un livre facile à lire, même si c’est plutôt rigolo de voir que l’uchronie est quelque chose d’assez vieux, finalement. Assez vieux pour qu'on puisse le trouver dans Gallica. Et on peut toujours sauter des pages pour échapper aux passages trop ennuyeux.


CITRIQ

jeudi 27 janvier 2011

Le concert du Seigneur des Anneaux


Hier soir c’était jour de fête, pensez-vous, un concert du Seigneur des Anneaux au Grand Rex ! Il n’y avait pas à hésiter, et nous étions présents en nombre (il y avait Shaya, Tigger Lilly, Spocky, Isil, et sûrement plein d’autres connaissances noyées dans la foule) pour assister à cet évènement, il y avait même quelques elfes quelques rangs devant.

J’avoue avoir été assez surprise de ce concert parce que je m’attendais à revoir/réentendre la symphonie du Seigneur des Anneaux (plus de deux heures de Howard Shore d’affilé ou presque) que j’avais vu il y a quelques années et qui était juste superbe. Et en fait non, ça n’était pas vraiment ça. Des fois il faudrait que je pense à lire les descriptifs en petits caractères, comme en bas des cartes des restaurants qui indiquent une majoration de 50 cts après 21h (par exemple).

Ceci dit le début promettait, puisqu’on a eu le droit à un narrateur plus que prestigieux : Christopher Lee a fait son entrée sous des tonnerres d’applaudissements, et bien qu’il soit, je cite « trop vieux pour les cascades » (ce qui ne l’a pas empêché d’essayer ceci dit), il a encore la pêche pour ses 88 ans !

J’ai commencé à avoir un doute lorsqu’après une petite introduction musicale, les musiciens ont enchainé sur un très beau morceau, inconnu au bataillon (et on me la fait pas à moi, je connais la musique des films sur le bout des doigts).

En fait, c’est tout simplement parce qu’on a affaire à un concert de l'Orchestre Philharmonique d'Hollywood et de l’Ensemble Tolkien. Et s’ils interprètent certes les musiques des films, l’ensemble Tolkien est également (et même d’abord) un groupe de musique danois qui met en musique les poèmes et chansons de l’univers de Tolkien (site web).

C’est donc leurs propres compositions qu’on a entendu, enfin je le suppose, ça n’a pas vraiment été explicité (ou bien ça l’a été lorsque tout le monde applaudissait Christopher Lee, c’est une possibilité). Bref ça m’a un peu égaré, même si l’alternance de la BO et des compositions du groupe n’est pas désagréable en soit. J’ai bien aimé la petite gigue irlandaise qui a suivi le thème des Hobbits par exemple.


J’ai moins aimé quand ils l’ont joué une deuxième fois quand « Frodo et Sam marchant vers le Mordor se rappelaient la Comté », puis une troisième fois lorsque « Merry et Pippin se rappelaient l’anniversaire de Bilbo ». Et ainsi de suite, je pense qu’on l’a entendu cinq ou six fois en comptant les rappels à la fin !

Ca m’a un peu perturbé, ça et la narration de Christopher Lee… L’acteur maitrise plutôt bien le français, mais son texte avait un parfum douteux de traduction à la va-vite, et il y avait des phrases vraiment bizarres (les « sept anneaux pour les seigneurs nains dans leurs temples de pierre » n’était pas le pire passage). Et ça avait tendance à manger la musique parfois.

Mais bon, quand même, c’était de la belle musique, et si à mon goût ils ont laissé trop de mes thèmes favoris de côté (la plupart des morceaux venaient du premier film, avec surtout les chansons), je les ai pardonnés lorsqu’ils ont repris quelques-uns des beaux thèmes du Retour du Roi. C’était pas LE concert ultime du Seigneur des Anneaux, mais c’était tout de même deux bonnes heures de musique.

Le coup de « l’hymne du Mordor », et les petites improvisations de Christopher Lee étaient également bien drôles. En fait, j’en redemanderais bien, mais sans ces fichues chansons irlandaises. Parce que là je suis en train d’écouter les chansons de l’ensemble Tolkien (celle-ci, ou celle-là), et ça passe très bien. Mais pitié, pas la danse irlandaise !


Comme vous pouvez le constaster, mes photos sont minables, alors allez donc voir celles de Tigger Lilly, et lire son compte rendu bien moins exigeant que le mien !