mercredi 24 avril 2013

Cartographie des nuages - David Mitchell


Vous vous en doutez, après le gros coup de cœur qu’a été le film Cloud Atlas, je ne pouvais que me précipiter sur le livre dont il était tiré, Cartographie des nuages, afin de poursuivre l’expérience. Et si on omet cette hideuse couverture reprenant l’affiche du film (je lui préfère mille mois l’ancienne édition), ce roman a été un réel plaisir de lecture, tout autant que le film.

A la limite du roman chorale, Cartographie des nuages est un livre racontant six histoires différentes, qui sans jamais se croiser réellement, s’emboitent toutes parfaitement à la façon de poupées gigognes.

Il y a le voyage en mer d’Adam Ewing, notaire au XIXe siècle ; les aventures de Frobisher, jeune compositeur dans les années 1930 ; l’enquête d’une journaliste, Luisa Rey, dans les années 70 ; l’histoire de Somni~451, serveuse clonée d’un monde futuriste ; et enfin le récit de Zachry dans un futur très lointain post-apocalyptique.

Ces six histoires qui s’enchainent ont chacune un style propre : récit de voyage, correspondance, thriller divisé en courts chapitres, mémoires façon roman burlesque croisé avec du Stephen King (si si je vous jure, j’ai pensé autant à Douglas Adams qu’à Misery à la lecture), entretien dans un monde qui évoque Orwell et Huxley, et enfin récit oral dans une langue dégénérée.

On pourrait lire (et faire un livre) de chacune d'entre elle, et pourtant elles s’imbriquent toutes les unes dans les autres, chacun des récits étant souvent lu/vu/connu d’un protagoniste d’un autre des récits, sans parler de petites allusions ici et là (pour le coup il est bien agréable d’avoir vu le film avant, on les saisit beaucoup mieux).

Si le film adopte un mode de récit éclaté, sautant sans cesse d’une histoire à l’autre, le roman adopte une structure plus simple en ABCDEFEDCBA. Cela rend le début assez laborieux lorsqu’on a vu le film (le rythme en étant fatalement plus lent) mais cette construction se révèle finalement redoutablement habile et adaptée à la trame narrative.

Je trouve que c’est un véritable tour de force d’avoir réussi à obtenir un ensemble aussi cohérent en rassemblant des modes de récits et des univers aussi différents. Je me suis même dit, à un moment que si Cartographie des nuages n’était pas une telle brique (700 pages, il faut bien ça !), ça ferait un bon sujet d’étude en cours de français.

Très dense, très épais, ce roman est également extraordinairement riche, et il m’est difficile d’en rendre correctement compte. Les questions de la liberté et de l’esclavage, bien sûr, reviennent plus que régulièrement dans toutes les histoires.

Mais personnellement, j’ai surtout été frappée à quel point la notion de vérité s’invitait régulièrement dans le texte, ce qui est assez ironique pour un texte qui multiplie les points de vue internes (et donc les opinions forcément biaisées).
« Il est autant de vérités que d’hommes. Parfois, j’entrevois une vérité plus juste, dissimulée derrière d’imparfaits simulacres d’elle-même, mais dès que je m’approche, alerte, elle s’enfonce dans les marécages épineux de la dissidence. »

« Les gens des Vallées voudront pas entendre qu’la faim des hommes a donné vie à la Civilis’rie, pis qu’c’est la même faim qui l’a tuée. C’est c’que j’ai appris chez d’autres tribus où que j’suis restée. Des fois, quand qu’tu dis à quelqu’un qu’ses croyances sont pas vraies, il croit qu’tu dis qu’sa vie et leurs vérités sont pas vraies. »
Ceci dit, si ce point-là m’est resté en tête à la lecture, j’aurais assez tendance à penser que chaque personne qui lira ce livre en retiendra une chose différente. Après tout, Cartographie des nuages donne matière à réfléchir, à rêver et à s’émouvoir sous de multiples angles, et même si on n’est pas forcément obligé de tout aimer, il y a forcément un récit qui nous touchera.

(en bonne fan de SF, j’ai particulièrement apprécié les histoires de Somni~451 et Zachry, mais étrangement le récit de Frobisher m’a également touchée)

Si cette Cartographie des nuages n’est pas à mon sens un chef d’œuvre qui révolutionne la littérature, c’est un ouvrage qui mérite le détour, car c’est finalement une véritable ode à la littérature. Plus précisément, ce n’est pas tant une ode à la littérature avec un grand L qu’à toutes ses formes parfois un peu bâtardes et autres mauvais genres. Bref, c’est un hommage à toutes les histoires, tout simplement.

C’est donc un texte unique, qui se lit avec beaucoup de plaisir, et qu’on garde encore bien à l’esprit une fois la dernière page tournée. Que vous ayez ou non vu le film, c’est une lecture que je vous conseille, car c’est un objet littéraire fort intéressant, mais également très prenant.

Je terminerais par un petit mot sur la qualité de l’adaptation, maintenant que je peux comparer. Vous vous en doutez, le film prend des libertés avec l’intrigue, effectuant des coupes (certaines choses m’ont semblé bien plus claires à la lecture), voire de sacrés changements (j’ai eu quelques surprises à la lecture, mais je n’en dis pas plus).

Mais il réussit néanmoins extrêmement bien à mettre en images les six histoires, avec une certaine virtuosité au niveau de la réalisation. On y perd en nuances, bien sûr, et le propos semble parfois un peu naïf par rapport au livre, mais rien de particulièrement anormale pour une adaptation, d’autant plus que le film reste un tour de force en lui-même. A lire, et à voir, donc !

CITRIQ

9 commentaires:

  1. Je veux le lire, je vais le lire, mais j'appréhende de plus en plus...

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  2. Moi aussi je veux, je vais le lire, mais je ne sais pas encore quand, j'ai beaucoup de choses sur le feu en ce moment...
    Jolie chronique au passage ! En tout cas c'est cool de voir que le roman est une ode à la littérature alors que j'ai justement trouvé que le film reflétait vraiment l'amour des réalisateurs pour le cinéma ! Une belle transposition, sans aucun doute !

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  3. @Cachou
    Peur d'être déçue ? Faut pas voyons ^^

    @Lorkhan
    C'est pas faux ce que tu dis ^^
    (moi c'est le livre qui m'a sorti d'une période de crise où je ne lisais rien, autant dire que c'est passé comme une lettre à la poste !)

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  4. Me voilà convaincue de le choper !
    J'ai vu deux fois le film, je laisserais donc passer un peu de temps pour me faire le bouquin, mais j'ai déjà hâte.
    C'est tellement agréable quand bouquin et adaptation ciné sont réussis!

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  5. @Raven
    C'est très agréable, d'autant plus quand on peut lire le livre en écoutant la BO en prime :D

    @Tigger Lilly
    Et bah jette-toi dessus, j'ai pas été assez convaincainte ? xD

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  6. Si mais j'ai TROP de trucs à lire :'(

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  7. Comme tu dis c'est un roman qui claque. Ca se lit bien même si la 6ème histoire n'est pas des plus faciles à appréhender. Je le conseille à tous et il est vrai que les fans de SF seront particulièrement attentifs à l'histoire de Somni-451.
    Pas vu le film mais peut être qu'à l'occasion.

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    1. @yogo
      Ca marche bien aussi sur les fans de non-SF, ma maman n'est pas une grosse lectrice de SF mais elle me parle encore de Somni-451 (mais je crois que le bouquin lui a fait beaucoup d'effet ^^).

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