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lundi 8 décembre 2014

La longue Terre - Terry Pratchett et Stephen Baxter


Entre deux voyages dans le temps et une aventure spatiale, il faut parfois changer de mode de transport et partir à l’aventure à travers les mondes parallèles. Il m’aurait fallu le temps (de le trouver et de l’emprunter à la bibliothèque) mais ça y’est, me voilà partie dans La longue Terre !

Ce roman à quatre mains a de quoi attirer l'attention, puisqu’il est signé par avec Terry Pratchett (qu’on ne présente pas) et Stephen Baxter (dont je n’ai jamais rien lu, mais qui officie plutôt en hard SF si je ne m’abuse). Rien qu’à l’idée de mélanger deux styles qui n’avaient à priori rien de commun, ça faisait envie.

Au menu nous avons donc un chercher qui dévoile un jour au public les plans d’un appareil simplissime (il utilise une pomme de terre comme source d’énergie !) qui permet de voyager à travers une multitude de Terres parallèles : la fameuse longue Terre. Particularité de ces autres Terres : si les climats et les espèces qui les habitent différent, on ne trouve d’humains sur aucune d’entre elle. C’est donc une nouvelle ère de colonisation qui s’ouvre, ce qui n’est pas sans conséquences.

Si le concept des mondes parallèles n’a en lui-même rien de particulièrement novateur, il est tellement bien mis en scène par ces deux auteurs qu’on a l’impression de le redécouvrir. En effet, cet univers immense qui s’ouvre soudainement a ses propres règles (le fer ne voyage pas par exemple, et ne comptez pas non plus emmener votre vélo, fer ou pas), et on se régale des maintes récits de construction de société nouvelle ici et là.

Le cœur de l’intrigue est l’histoire de Josué Valienté, un passeur-né (il n’a pas besoin d’appareil pour traverser) qui est embauché par un tibétain réincarné dans un ordinateur (c’est le genre de moment où on sent la touche Pratchett, qui d’autre inventerait un truc pareil ?) pour aller le plus loin possible dans l’exploration de cette Longue Terre.

La longue Terre est un roman que j'ai lu en un week-end, et avec grand plaisir : il faut dire que l'écriture est d'une fluidité incroyable, les dialogues très vifs, l'univers déployé très prenant, bref on se régale ! Pourtant je suis sortie un peu mitigée de ma lecture, car si la ballade est plaisante, l'histoire en elle-même souffre de quelques défauts.

Déjà j'ai trouvé que le roman semblait ne pas savoir sur quel pied danser. Il démarre sous forme d'un roman chorale qui multiplie les points de vue (format très adapté au multi-univers du livre), puis l'intrigue se resserre, avec plus que deux intrigues. Et encore dans ces deux intrigues, la deuxième passe carrément à l'arrière-plan (ça tient limite de l'interlude) avant de ressortir à la fin histoire de conclure ce premier tome.

Il faut également reconnaître qu'on est plus dans l'introduction d'univers qu'autre chose. Même dans le cadre de l'intrigue principale, portée par un excellent personnage central (même que je suis trop fan du foyer où il a grandi) il ne se passe pas grand chose. Et bizarrement je l'aurais beaucoup mieux accepter si justement l'intrigue parallèle ne venait pas parasiter l'histoire de temps à autre, nous détournant de l'aspect exploration (qui est plutôt fascinant, il faut le reconnaître).

Et pour couronner le tout, j'ai personnellement été un peu perturbée qu'on en apprenne finalement si peu sur Lobsang, un personnage essentiel de l'intrigue qui reste finalement assez froid et mystérieux tout du long.

Cependant n'allez pas croire que je suis déçue, comme je le disais la lecture est fort plaisante, c'est juste dommage que l'intrigue soit un peu faible. Du coup je lirais sûrement les tomes suivants (deux déjà ont été publiés), car l'univers est fort prenant, et je suis curieuse de voir comment il va évoluer. Par contre je vais continuer à les emprunter à la bibliothèque !

CITRIQ

vendredi 19 octobre 2012

Timbré - Terry Pratchett


C’est en train de devenir une règle cardinale chez moi, un Pratchett par an, ni plus, ni moins. Quoique je triche, cette année j’ai aussi relu De bons présages… Autre règle qui est en passe de s’installer (et si j’avais un psy il s’en régalerait), il y a toujours un rapport avec ma maman.

Enfin à l’origine ce livre m’a été prêté par Popoyo (qui m’en demandait presque désespérément des nouvelles toutes les semaines depuis bientôt un an), mais je faisais traîner ma lecture. Sauf que cet été, comme ça, ma maman s’est mise à lire un Terry Pratchett, La huitième fille, précisément. Qu’elle a aimé, si bien qu’elle en a acheté un deuxième.

Du coup j’ai eu un peu honte d’en avoir un qui prenait la poussière chez moi alors qu’elle les enchaînait presque (d’autant plus que jusqu’à maintenant c’était moi qui lui fournissait les livres pour la SF et la fantasy, où va le monde si elle les achète elle-même maintenant ? Et surtout, que vais-je lui offrir à Noël du coup ?), et je l’ai sorti de ma PàL.

Timbré, trente-troisième volume des Annales du Disque-Monde, est une histoire relativement facile à lire même avec une connaissance très limitée de l’univers, car à l’exception de quelques références à des têtes connues ici et là, j’ai eu l’impression que tous les protagonistes principaux (à l’exception du Patricien) étaient des nouveaux venus.

En l’occurrence, notre héros s’appelle Moite von Lipwig, escroc de haut vol, qui échappe à sa condamnation à mort pour se voir confier la direction de la poste d’Ankh-Morpork, tombée en désuétude depuis des années suite à l’installation des clic-clac (le télégramme quoi).

Evidemment, cette tâche ne sera pas de tout repos, mais il fallait bien un pareil larron pour arriver à remettre les affaires en marche, grâce à un personnel hors du commun, une communication maitrisée, et des innovations sans pareil.

Ca n’est pas une grande surprise, en lisant Timbré, on s’amuse beaucoup. Comme toujours, Terry Pratchett s’y entend pour monter une intrigue qui part dans tous les sens, avec des personnages ubuesques, sans oublier une bonne dose de parodie subtile qui fait mouche à tous les coups, et une écriture toujours aussi fine.

C’est donc une lecture plaisante, et j’ai tout particulièrement apprécié le parcours de Moite, escroc accompli qui se retrouve à faire « le bien » un peu malgré lui. Et toute l’histoire des timbres, qui m’a rappelé l’époque où je tenais vaguement une collection.

Mais il est vrai que je bloque toujours un peu sur le Disque-Monde. Je soupçonne toutes ces années passées à écrire des fanfictions humoristiques de m’avoir un peu dégoûté du burlesque. Et dans le cas de Pratchett, son écriture est tellement riche que la moitié des jeux de mots et des traits d’humour m’échappent (surtout vu la vitesse à laquelle je lis). Et ça me frustre toujours un peu.

Ceci dit, j’aimerais bien, un jour, explorer un peu plus le Disque-Monde, mais comme je ne pourrais pas m’empêcher de repartir du premier roman et de tout lire, j’ai intérêt à avoir un sacré créneau pour caser cette lecture. Un jour, peut-être… Le temps que ma maman achète toute la série pour que je puisse lui emprunter par exemple !

CITRIQ

mercredi 11 avril 2012

De bons présages – Neil Gaiman & Terry Pratchett


Je suis toujours la première à critiquer les quatrièmes de couverture, mais il faut reconnaitre que certaines font tellement bien leur travail, qu’on n’a aucune envie d’essayer de les égaler.
L'Apocalypse aura lieu samedi prochain, après le thé ! Ainsi en ont décidé, d'un commun accord, les forces du Bien et du Mal.
L'Antéchrist va fêter ses onze ans. Son éducation a été supervisée par un ange, Aziraphale, et un démon, Rampa, résidents sur Terre depuis l'époque de la première pomme.
Mais voilà, suite à un coup du sort, l'enfant a été échangé à la maternité. Le vrai Antéchrist se nomme Adam et vit dans la banlieue londonienne. Et ça, ça change tout ! Une course contre la montre commence alors pour l'ange et le démon qui, finalement, se disent que la race humaine ne mérite pas son sort...
J’ai découvert De bons présages par le biais de ce résumé complètement tordu, à une époque où j’ignorais complètement l’existence de Neil Gaiman, et où le nom de Terry Pratchett ne me parlait pas plus que ça. Je n’irais pas jusqu’à parler de révélation, mais vu que je relis une fois l’an ou presque, il serait temps que je m’occupe de le chroniquer. Même si je ne saurais par où commencer, comme pour tous ces romans qu’on connait trop bien à force de les relire.

De bons présages met en scène l’Apocalypse (selon St Jean, avec toutes les catastrophes, les quatre cavaliers et tout le tintouin), mais quelle Apocalypse ! Pratchett et Gaiman sont capables du meilleur chacun de leur côté, alors ensemble, forcément ça donne.

L’histoire en apparence complètement barrée est finement orchestrée, avec des idées délirantes des personnages hauts en couleur, et des péripéties qui sont de vrais morceaux de bravoure (comme la chevauchée de Mme Tracy et de Shadwell sur la fin qu’on rêverait de voir en film !). Du coup, il est difficile de faire la liste de tout ce que j’aime dans ce roman.

Il y a toutes ces explications complètement tordues (où on se dit que ça ressemble à du Pratchett, mais aussi à du Gaiman, et au bout d’un moment on jette l’éponge quant à savoir qui a inventé quoi dans cette histoire).
Ces histoires de fossiles de dinosaures sont un canular, mais les paléontologues ne l’ont pas encore compris.
Ce qui prouve deux choses :
D’abord, que les voies du Seigneur sont impénétrables : elles fonctionnent peut-être même en circuit fermé. Dieu ne joue pas aux dés avec l’univers, mais à un jeu ineffable de Son invention, qu’on pourrait comparer, du point de vue des autres joueurs, à une version obscure et complexe du poker, en chambre noire, avec des cartes blanches, pour des enjeux infinis face à une Banque qui refuse d’expliquer les règles et qui n’arrête pas de sourire.
Il y a les personnages de Rampa et d’Aziraphale, leur étrange vie d’ange et de démon (j’adore le boulot de Rampa, qui fait dans la Tentation à échelle industrielle quand ses collègues sont dans l’artisanat !), et l’étrange amitié qu’ils entretiennent (pardon, c’est un Pacte), ce qui donne lieu à des échanges absolument délicieux.
« C’est nous qui allons gagner, bien entendu, annonça-t-il.
- Ce n’est pas dans ton intérêt, répliqua le démon.
- Et pourquoi donc, je te prie ?
- Enfin écoute ! Combien de musiciens crois-tu qu’il y a de votre côté ? Des musiciens de premier ordre, entendons-nous bien. »
La question sembla prendre Aziraphale au dépourvu.
«  Et bien, je dirais…
- Deux, annonça Rampa. Elgar et Litz. Point final. Tous les autres sont chez nous. Beethoven, Brahms, la famille Bach au grand complet, Mozart, toute l’équipe… Tu te vois passer une éternité en compagnie d’Elgar ? »
Le reste du casting est tout aussi brillant, entre Adam et les Eux (aussi touchants qu’ils sont drôles, ils incarnent l’enfance dans toute sa splendeur), les quatre cavaliers de l’Apocalypse (dont on appréciera la réinterprétation du rôle de certains dans le monde moderne, comme Famine), ou encore Shadwell (difficile d’oublier un tel phénomène).
Mais il s’aperçut qu’il aimait bien Shadwell. C’était l’opinion générale, ce qui ulcérait Shadwell. Les Rajit l’aimaient bien : il finissait toujours par payer son loyer, c’était un locataire calme, et son racisme était si gauchement ostentatoire, si brouillon, qu’il en devenait inoffensif ; simplement, Shadwell haïssait tout le monde, sans distinction de milieu social, de couleur ou de croyance, et il n’allait pas commencer à faire des exceptions.
C’est assez marrant parce que sous la couche de comédie (et il y en a une belle épaisseur, croyez-moi), De bons présages réserve aussi quelques réflexions sur la religion, le libre-arbitre et d’autres choses.
- J’vois pas ce qu’il y a de super à créer des gens comme ils sont, et puis à s’énerver qu’ils se conduisent comme des gens, intervient Adam avec sévérité. Et puis, de toute façon, si vous arrêtiez de dire aux gens tout s’arrange après leur mort, ils commenceraient peut-être à mettre leurs affaires en ordre pendant qu’ils sont encore vivants. Si c’était moi le chef, j’essaierai de faire vivre les gens plus longtemps, autant que Mathusalem. Ca serait drôlement plus intéressant. Et puis ils commenceraient peut-être à réfléchir à ce qu’ils font à l’environnement et à l’écologie, parce qu’ils seraient toujours là dans un siècle.
Et puis ce qui est chouette, c’est les petits clins d’œil, les symboles qui séparent les paragraphes qu’on ne sait jamais trop s’ils ont un sens ou non, tous les petits à côté de la trame principale (les lettres de M. Tyler, le dur métier de démarcheur par téléphone, la télé évangéliste dans toute sa splendeur…), les références en tout genre, et les idées débiles qu’on garde pour le restant de sa vie.
Rampa faisait actuellement du deux cents à l’heure, un peu à l’est de Slough. En apparence, il n’avait rien d’un démon classique. Pas de cornes ni d’ailes. Certes, il écoutait une cassette de Best of Queen, mais il ne faut rien en conclure : toutes les cassettes qu’on laissait trainer plus de quinze jours dans une voiture se métamorphosaient en Best of Queen.
Certes, ce n’est ni le meilleur roman de Gaiman, ni le meilleur roman de Pratchett, mais c’est un très bon divertissement, bien écrit, drôle, intelligent qui mêle habilement le talent des deux auteurs. Quand on pense en plus qu’on parlait à une époque d’une adaptation en film par Terry Gilliam, avec Johnny Depp dans le rôle de Rampa… voilà quelque chose qui fait rêver !

Ouvrage lu pour le challenge Fins du monde, histoire de changer des zombies. On y trouve quand même une Apocalypse avec quatre cavaliers, un Léviathan et des prophéties (mais aussi des Atlantes, des aliens et des Tibétains, mais ceci est une autre histoire).

CITRIQ

lundi 24 octobre 2011

Nation – Terry Pratchett


On a toujours des raisons absurdes de lire des bouquins. Dans le cas présent, j’ai testé le livre pour ma maman. Si si, je vous jure. Un de ses amis lui a donné une liste de suggestions d’auteurs à lire si elle voulait se mettre aux littératures de l’imaginaire, et Pratchett était bien évidemment du nombre.

(c’est un grand fan, on a monopolisé un jour la conversation du fromage au dessert à parler de lui sous les yeux ahuris du reste de la tablée)

C’est tout à fait normal, mais je ne voyais pas trop ma maman lire les Annales du Disque-Monde (à moins qu’il y en ait un qui parodie les conseillers d’orientation, dans ce cas je suis preneuse du titre !), du coup je me suis intéressée à son dernier roman non Disque-Monde, Nation.

Pour le coup, ça n’a rien à voir avec tout ce que j’avais lu de lui. Bien sûr on reconnaît sa plume, extrêmement riche et pleine d’humour, mais l’univers est tout autre.

Dans une sorte de XIXe siècle alternatif, un raz-de-marée dévaste les îles du grand océan Pélagique austral (le Pacifique quoi), et notamment la Nation, où vit le jeune Mau (qui s’apprêtait à devenir homme). Désormais seul sur l’île dévasté, avec pour seule compagnie les voix des Grands-Pères (les ancêtres morts), il va rencontrer une fille homme-culotte (une européenne quoi), seule survivante du naufrage de son navire.

Le roman nous raconte leur rencontre (pleine de quiproquos à ses débuts), leurs efforts pour reconstruire l’île (tandis que d’autres survivants arrivent), et leur quête d’identité, Mau souffrant et pas qu’un peu d’une crise de foi et de valeurs suite au cataclysme, et Daphnée/Ermintrude cherchant à concilier sa nouvelle vie, avec son éducation de jeune fille de bonne famille anglaise.

Nation est un roman enchanteur, et le mot est faible. Au début, on ne sait pas trop si on est tombé sur une robinsonnade, ou un roman initiatique océanien, mais plus on avance dans l’histoire, et plus on se rend compte qu’il ne ressemble à rien de connu (du moins par moi).

Il y a une richesse d’idées et de réflexions assez impressionnantes, qu’une seule lecture ne suffit pas à en faire le tour. Nation parle de deuil, de croyance, d’identité, de reconstruction, de la vie en société (le procès m’a beaucoup marqué), du choc des cultures (ah la première invitation au thé…), et de tant d’autres choses, avec justesse et non sans humour.

Difficile de faire une liste complète, je me suis rendue compte en fermant ce livre qu’il me faudrait le relire (et sans doute le re-relire) pour mieux l’apprécier. Mieux appréhender Mau (magnifique personnage central mais pas toujours facile à suivre), mieux noter les détails ici et là.

L’univers est riche et basé sur des cultures océaniennes, ce qui n’est pas si courant que ça et qui apporte une fraicheur agréable. Les personnages sont (presque) tous émouvants et attachants à leur façon (dans le genre inattendu, la femme sans nom m’a beaucoup marqué). Quant à l’histoire, pleine de tolérance et se terminant sur une pointe de mélancolie, c’est un petit bijou.

Bref, c’est un très beau roman de Terry Pratchett que je vais m’empresser de recommander partout autour de moi. Riche, intelligent, et divinement écrit avec ça (je l’ai lu trop vite pour vraiment les relever, mais certains passages sont juste merveilleux). Que demander de plus ?

« Le monde est un globe – plus vous allez loin, plus vous vous rapprochez de chez vous. »

CITRIQ

mercredi 7 avril 2010

Au guet ! – Terry Pratchett


Cela fait bien quelques années que je n’ai pas lu de roman de Terry Pratchett. Les Annales du Disque-Monde ont beau être une série très connue dans le domaine de la fantasy, mes lectures remontent au lycée, et je finis toujours par repousser la reprise de cette série aux calendes grecques. Heureusement, le Cercle d’Atuan m’a donné un bon prétexte pour me plonger dedans.

C’est Tortoise, notre éminente spécialiste de Pratchett (on ne peut pas tous être spécialiste ès-Gaiman ;) qui a proposé Au Guet ! parmi les nombreux volumes, vu qu’apparemment il n’est pas utile de commencer par le numéro 1. J’avais déjà lu quelques romans sur Rincevent et sur la Mort, mais je n’avais pas encore mis le nez ceux portant sur le Guet, dont ce titre est le premier.

Dans la grande et folle ville d’Ankh-Morpork, le Guet est là pour assurer la sécurité… enfin, vu son faible effectif (quatre personnes en comptant Carotte, le nouveau venu), et la dangerosité de la ville qui fait qu’ils ont tout intérêt à « courir lentement », ils sont plutôt là pour faire joli dans le décor. Mais ils vont avoir l’occasion de faire preuve de leurs capacités et de leur valeur alors qu’une bande d’illuminés invoque un dragon en ville pour pouvoir y prendre le pouvoir.

Ca ne surprendra personne si je dis que Au guet ! est autant une lecture drôle qu’une drôle de lecture. On rit beaucoup, mais pas que, et ça je ne m’y attendais pas forcément.

Parlons d’abord de l’humour. Pratchett le manie sous toutes ses formes : jeux de mots, ironie, parodie, références diverses et variés, dialogues de fondus, il y en a pour tous les goûts. J’ai personnellement beaucoup apprécié la naïveté de Carotte qui donne lieu à de sacrés quiproquo, ainsi que la vision de la vie par le Patricien, complètement à l’opposé du spectre.

Et puis le bibliothécaire de l’Université invisible, bien sûr. Je pense qu’aucune personne travaillant en bibliothèque ou centre de documentation ne peut rester de marbre face à cet anthropoïde.

Mais comme je le disais, Au Guet ! ne se résume pas à des bonnes blagues (par ailleurs superbement rendues par le traducteur qui doit à mon avis suer sans et eau pour retranscrire les jeux de mots avec autant de talent…). Les personnages sont drôles, mais aussi attachants, comme Vimaire. Il y a une réelle intrigue avec du suspens, des rebondissements et des surprises imprévues.

Et puis, il y a une très bonne écriture. C’est l’élément marquant de ce roman. Il arrive que l’humour cache la pauvreté de l’écriture, mais ce n’est pas du tout le cas ici, bien au contraire. L’écriture de Pratchett est riche et intelligente. Les descriptions sont bourrées d’ironie, mais aussi incroyablement visuelles. Les dialogues sont peaufinés, le vocabulaire riche...

Ce gars pourrait écrire des choses ultra sérieuses sur la famine en Irlande (toute référence avec une nouvelle de Fabrice Colin étant purement fortuite) et le faire avec autant de brio. Je n’y avais jamais prêté plus attention que cela dans mes précédents Pratchett, mais il a une vraie plume.

Ca a été un plaisir donc de redécouvrir ainsi Pratchett. Même si fondamentalement ce n’est pas mon genre de livre (c’est contradictoire mais j’aime assez peu les choses humoristiques bien que j’en écrive beaucoup), il faut reconnaitre que c’est prenant, bien écrit, et qu’on avance dans l’histoire le sourire aux lèvres.

Ptêtre bien que je m’y remettrais, un de ces quatre, ne serait-ce que pour avoir la suite des aventures de Carotte. « La prochaine fois il va nous ramener le patron de la guilde des Assassins sous prétexte qu'ils tuent des gens. »

Avis des autres Atuaniens : Acr0, Arutha, Olya, Sherryn, Spocky, Tortoise, Zahlya