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samedi 25 juin 2022

Spirou : l’espoir malgré tout (série complète)

Spirou l'espoir malgré tout : pile des 4 tomes

Émile Bravo est un auteur que je suis depuis longtemps. J’avais adoré sa série Une épatante aventure de Jules et je suis complètement tombée amoureuse de son interprétation personnelle de Spirou, le Journal d’un ingénu. Forcément, lorsqu’il a donné une suite à cette histoire qui se suffisait à elle-même, je n’ai donc pu que me jeter dessus, et maintenant que les quatre tomes sont sortis, il est temps de lui consacrer un petit article.

vendredi 4 novembre 2011

Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill - Jean Regnaud et Emile Bravo


Cette BD-là, je l’ai découverte chez ma tante cet été, mais je l’ai lu juste avant de partir, sans vraiment avoir le temps de l’apprécier. Ca m’a donc bien arrangé de la retrouver à la bibliothèque, pour pouvoir la relire au calme et la savourer.

On y suit Jean, un petit garçon qui vient d’entrer au CP. Il a un petit frère, Paul, avec qui il se bat souvent. Son père est patron d’une usine, et rentre tard, c’est donc Yvette qui s’occupe d’eux la plupart du temps. Sa maman, quant à elle, est en voyage.

Jean le sait grâce aux cartes postales qu’elle envoie à sa voisine, Michèle, qui les lit ensuite à Paul :
Cher Jean.

Tout va bien ! Aujourd’hui, je suis en Espagne. Il fait très chaud ! Les femmes jouent des castagnettes et les hommes font de la corrida. Hier, j’ai mangé un très bonne paella avec des écrevisses. Après, je me suis baignée dans la mer. Elle était chaude et très douce. Je t’embrasse.

Maman
Entre les cartes postales stéréotypées et les mystérieuses allusions de l’entourage, on se rend vite compte où la maman est partie en voyage, mais Jean ne le sait pas pour le moment.

De toute façon il n’a pas que ça en tête, avec son entrée au CP, l’apprentissage de la lecture, les moqueries des enfants parce qu’il n’a pas le droit de regarder la télé, le psychologue scolaire.

De septembre à Noël, Jean nous raconte son histoire sous forme de tranches de vie sur un ton juste et émouvant, à la fois drôle et triste. C’est un beau travail de Jean Regnaud, que d’avoir réussi à donner à cet album la voix d’un enfant de six ans, qui en peu de mots arrive à faire passer énormément de choses.

Là-dessus, on retrouve le dessin d’Emile Bravo, qui avec son côté un peu old school (moi il me rappelle toute mon enfance entre Tintin et Astrapi) contribue tout à fait à créer l’ambiance un peu ancienne de l’histoire (qui se déroule dans les années 70).

On referme Ma maman est en Amérique... avec un sourire triste, une espèce de nostalgie amère, et une envie de relire certains passages drôles et touchants. C’est un album que je vous le recommande chaudement.
Le soir, dans mon lit, je me dis que maman, c’est comme le Père Noël. Maintenant, je suis trop grand pour y croire.

mercredi 12 octobre 2011

Un plan sur la comète - Emile Bravo


Après un mois de non-achat compulsif de livre, je me suis offerte un petit plaisir début octobre avec le dernier tome de la série Une épatante aventure de Jules (dont je parlais ici), tout juste sorti en librairie. Même si les BDs ne font jamais long feu chez moi, ça a été un réel plaisir de prendre mon temps pour découvrir ce nouvel album.

Un plan sur la comète nous fait suivre une fois de plus les aventures de Jules, de Janet et de leurs bons vieux amis aliens. Dans le cas présent, ceux-ci viennent les chercher un soir en urgence pour assister à un sommet extraterrestre qui réfléchit à la nécessité de la survie de l’espèce humaine.

En effet, une comète se dirige tout droit vers la Terre, et si toute cette joyeuse bande d’aliens pourrait la déplacer, ils ne sont pas tous convaincus de la nécessité. Après tout, les humains sont destructeurs et irrespectueux de leur planète, et comme les dinosaures, leur disparition pourrait peut-être permettre l’avènement d’une autre espèce plus pacifique.

Voilà donc Jules et Janet chargés de les convaincre, et pour cela, ils doivent empêcher que le pétrole de l’Antarctique soit exploité par un industriel crapuleux. Vaste programme, pour de si jeunes épaules…

Je ne vais pas me renouveler beaucoup, mais difficile de ne pas chanter une fois de plus les louanges d’Emile Bravo. Un plan sur la comète est un délice à lire, un périple drôle et intelligent, un titre pour la jeunesse (et pas que, on l’apprécie à tout âge) qui ne prend pas les jeunes pour des idiots, loin de là.

En fait, on rit beaucoup à la première lecture : la BD est truffée de dialogues rigolos, de situations cocasses et de références en tout genre (dont une qui fait la part belle à l’album de Tintin Coke en Stock). Et puis, avec le recul, on se rend compte de la pertinence du propos sur une belle flopée de thématiques.

Protection de l’environnement, avenir de l’espère humaine, industriels crapuleux prêts à tout pour l’argent, leurs relations avec le pouvoir (incarné ici par un certain président Salami...). Emile Bravo donne à voir, et à réfléchir sur le sujet, sans pour autant matraquer le lecteur, ce que j’apprécie beaucoup personnellement.

(C’est purement personnel mais si j’aime qu’on me fasse réfléchir, j’aime que cela se fasse avec subtilité, pas en assénant la vérité à la grosse caisse et à la trompette)

Je le trouve aussi pertinent sur ces grandes questions de société que quand il met en scène la famille détraquée de Jules, où ses parents regardent chacun une télé de leur côté, en se tournant le dos, casque vissé sur les oreilles, tellement ils ne s’entendent plus. Même quand ils regardent le même programme !

Bref, une fois n’est pas coutume, je suis sous le charme, et j’espère bien retrouver Jules et Janet prochainement pour de nouvelles aventures. Je compte bien d’ici là investir dans les cinq premiers tomes, histoire de ne pas avoir à les emprunter à droite à gauche à chaque fois que prend l’envie d’en relire un…

Bah quoi, une comète qui fonce sur la Terre et ça n’aurait  rien d’une fin de monde ?

CITRIQ

vendredi 19 août 2011

Une épatante aventure de Jules (tomes 1 - 5) - Emile Bravo


Toujours dans la série « je dévalise la bibliothèque de ma tante » (ça sera sûrement la dernière itération, sinon j’y suis jusqu’à Noël), je vous présente la série Une épatante aventure de Jules par Emile Bravo, une BD de SF pour ado drôlement bien fichue, actuellement en 5 tomes :
1. L'Imparfait du futur
2. La Réplique inattendue
3. Presque enterrés
4. Un départ précipité
5. La Question du père
J’ai découvert le premier tome dans Okapi (oui, ça date), et à l’époque j’avais beaucoup aimé les aventures dans l’espace de Jules (c’était bien la seule BD dans cette veine qu’on trouvait dans ce magazine, si on laisse de côté un ou deux Jeannette Pointu…).

Dans l’imparfait du futur, Jules est un collégien tout ce qu’il y a de plus normal, grand fan de jeux vidéo, doté d’un petit frère insupportable, qui est sélectionné pour participer à un programme spatial exceptionnel à destination de Proxima du Centaure, rien que ça !

Je ne vous raconterais pas le déroulement du voyage, ni ce qu’ils trouvent là-bas, mais les bases de la série sont posées : raconter des aventures science-fictionnesques bourrées de références et d’humour (qui flirte avec l’esprit Guide Galactique par moment), tout en faisant œuvre de vulgarisation à ses heures perdues.

Typiquement, l’Imparfait du futur aborde la théorie de la relativité, puisque les membres de l’expédition voyagent à la vitesse de la lumière (ils mettent donc huit semaines aller-retour quand huit années passent sur Terre). Expliqué par les deux scientifiques fous de l’expédition, ça passe comme une lettre à la poste.

Après avoir présenté son univers et ses personnages, Emile Bravo le revisite dans les tomes suivants, toujours sous forme d’aventures rocambolesques (qui se déroulent sur Terre la plupart du temps, même si les copains aliens refont des apparitions). A chaque fois, il s’attaque à une question scientifique (ou philosophique parfois !), mais sans laisser de côté l’éthique, l’impact psychologique, sociologique ou je ne sais quoi…


Par exemple le tome 2, la Réplique inattendue, traite de la question du clonage humain, et creuse en passant les relations familiales (notamment le pauvre père un peu dépassé par sa femme qui s’amuse à cloner sa propre fille !), tout en se permettant quelques jolies références (dont un journaliste belge en pull bleu dont le chien s'appelle Milou XIII !).


Et ça continue dans le tome suivant : Presque enterrés, sous couvert d’une expédition de spéléologie, offre tout un laïus sur l’évolution (notamment le passage du paléolithique au néolithique chez l’homme) à la fois très intelligent et tout à fait compréhensible par le commun des mortels.


Les deux derniers tomes s’orientent plus vers le domaine de la philosophie et de la religion, sans laisser pour autant la science de côté. Un départ précipité s’interroge sur la mort, et La question du père discute religion, liens parentaux, génétique… bref un peu de tout, il faudra d’ailleurs sûrement que je le relise pour bien tout saisir.


En tout cas, la série est drôle, attachante (on sent Jules qui grandit au cours des tomes), et intelligente sans pour être rasoir, ce qui fait un sacré paquet de qualités pour cette série jeunesse. En même temps, c’est signé Emile Bravo, c’est (presque) normal !

A noter qu’en écrivant cette chronique, j’ai découvert qu’un sixième tome, Un plan sur la comète, sortirait en septembre, avec un résumé plutôt alléchant :

  
Et si la fin du monde, c'était pour demain ? Et si l'avenir de l'espèce humaine ne reposait que sur deux enfants ? Une nuit, Tim et Salsifi viennent chercher Jules et Janet, convoqués par une commission extraterrestre. La Terre va disparaître, percutée par une comète, et la commission hésite à intervenir. 

Après tout, un nouveau cycle pourrait donner naissance à une nouvelle espèce, moins destructrice. Les deux enfants doivent prouver leur bonne volonté au nom de l'espèce humaine et accomplir un acte symbolique : empêcher l'entrepreneur et homme politique Pipard d'exploiter le pétrole du pôle Sud. Voici Jules et Janet partis pour la mission de leur vie avec, dans leurs bagages, un Romeo au top de sa forme (enquiquinant) ! Dans cette bande dessinée qui s'amuse à réfléchir, des thèmes essentiels sont abordés : l'environnement, le sort de notre planète, les dérives financières...

J’en salive d’avance…

CITRIQ

dimanche 17 octobre 2010

Boucle d'or et les sept ours nains - Emile Bravo


Non, ne vous inquiétez pas, je ne retombe pas en enfance (enfin pas plus que d’habitude). Je cherchais désespérément un album pour offrir à mon filleul, vu que c’est son anniversaire aujourd’hui (enfin techniquement c’était hier mais c’est aujourd’hui qu’on fête ça en famille, la veille c’était avec les copains, faut pas plaisanter). Et après avoir errer dans les rayons telle une âme en peine, j’ai trouvé ce petit bijou coincé entre deux remix de contes classiques.

Le titre me plaisait déjà beaucoup, et en plus, l’auteur n’était autre que Emile Bravo (le Journal d’un ingénu, Jules ou l’imparfait du futur). Là je me suis dit « tu tiens quelque chose ». Je l’ai donc lu, pour vérifier. Et au bout de deux pages j’étais déjà amoureuse.

Boucle d’or et les sept ours nains raconte l’histoire de sept ours nains qui trouvent endormie sur leurs lits une géante, et s’en vont chercher un prince tueur de géants pour les en débarrasser. Emile Bravo s’est ainsi amusé à raconter un conte de fées à sa façon, c'est-à-dire en mélangeant tous les classiques.

De Blanche Neige aux Trois petits cochons en passant par Le joueur de flûte de Hamelin, le Petit Chaperon rouge et j'en passe des meilleurs, le récit est plus que truffé de références (dont certaines me sont apparues uniquement en deuxième lecture), du coup on a la fois une histoire bien rigolote pour les petits, et plein de petites allusions pour les plus grands. Sans parler des dialogues.

« Bonjour, je suis le dératiseur.
- On a besoin de rien, merci !
- Vous avez tort ! Ma flûte est très efficace ! Le résultat est garanti !
- Tût ! Tût ! C’est pipeau et compagnie votre truc ! »

Coté graphisme, c’est de la BD (tout à fait ce que je cherchais pour mon filleul en plus), et les dessins sont plutôt trognons, vifs et colorés, bref, je ne suis pas peu fière de ma trouvaille.. D'ailleurs, si ça ne lui plait pas, je le garderais pour moi, non mais oh ! En plus, j’ai vu qu'Emile Bravo avait réalisé deux autres albums dans le même genre, La belle aux ours nains et La faim des ours nains. Il faut que je mette la main dessus.

CITRIQ

lundi 28 juillet 2008

Spirou : le journal d’un ingénu - Emile Bravo



Dans la section souvenirs d’enfance, Spirou, comme Tintin, occupe une bonne place, ne serait-ce qu’au rayon BD, et dans une taille moindre, en dessin animé. D’ailleurs, je me suis rendue compte qu’un album de Spirou qu’on a lu pendant l’enfance garde éternellement un charme fou, un autre découvert récemment est loin de l’égaler. Rien à voir avec les auteurs, la qualité de l’histoire ou la date de publication, juste une question d’émotion…

Bref récemment, la série a retrouvé un souffle nouveau fort appréciable, notamment avec Spirou à Tokyo ou L’homme qui ne voulait pas mourir, mais pas de quoi sauter au plafond. Et puis il a cet album, qui ne fait pas partie de la série « classique », mais de « Une aventure de Spirou et Fantasio », série où un auteur a carte blanche pour faire ce qu’il veut de la série.

Ce qu’en fait Emile Bravo, est assez surprenant. Plutôt que d’écrire une énième aventure de Spirou et Fantasio, il écrit la toute première. Bon, ok, on avait la Jeunesse de Spirou, qui en donnait un pseudo aperçu sympatoche. Et l’inénarrable Petit Spirou aussi. Mais rien qui ne ressemble à ça.

Ca, c’est tout d’abord un dessin et un style, très ancienne mode, bien cadré, bien net, et qui rappelle presque plus Tintin que les anciens Spirou. Ca, c’est aussi l’histoire qui se pose sur l’aube de la 2de guerre mondiale, où l’on découvre notre héros, groom, un peu miséreux, un poil amoureux aussi, avec un Fantasio déjà frappé et un Spip au caractère bien trempé.

C’est une sorte de Spirou Begins, qui met en place tous les éléments clés du personne, qui évolue de page en page d’un héros naïf à un héros… peut-être moins naïf, quoique. L’album est une mine de références, dont un certain nombre à Tintin, qui font bien sourire, vu que ces deux héros sont un peu aux antipodes l’un de l’autre.

Ce qui fait toute la saveur de cette BD, c’est son coté doux-amer. On y rit, bien sûr, et même souvent, mais le ton est souvent sérieux, voir sombre. Le contexte de pré-guerre, les tractations entre pays, les idéologies nationalistes, les manipulations à tout va. Du coup parfois on rit jaune, et on en verse presque une larme.

C’est une sacrée force d’avoir su faire cette BD drôle et émouvante, qui fleure bon les anciens albums, et d’avoir su lui donner un ton sérieux en adéquation avec (ce qui n’est pas toujours évident chez Spirou, où sérieux rime vite avec ennuyeux). Bref un beau morceau de bande-dessiné qu’on savoure case par case, mot par mot…

Pour l'anecdote, je suis du genre à dévorer les BDs comme Spirou en 1/4 d'heure sur un coin de table, celle-là je prends mon temps, et dans le plus grand silence pour bien l'apprécier, dire à quel point c'est trop bien ^^