jeudi 5 mars 2009

Watchmen – Comic & Film

Bon si je n’étais pas une flemmarde invétérée (accessoirement en train de finir pour une énième fois Kotor 1er du nom à ses heures perdues), vous auriez eu un joli papier sur le roman graphique, et autant sur le film, mais bon, finalement, les deux s’emboîtant aussi parfaitement que la dernière pièce dans le puzzle de 1000 pièces, vous aurez un 2 en 1.

Le comic original par Alan Moore et Dave Gibbons



A l’origine, Watchmen, c’est un comic, ou un roman graphique, selon votre terme favori. Je nage un peu dans les définitions, mais j’avoue que pour une fois, le terme de « roman graphique » me semble tout adapté tant on a affaire à un volume, dense, riche, difficile à lire, avec énormément d’éléments à assimiler et la nécessité fréquente de faire des retours en arrière…

Si vous aimez les métaphores, pour vous faire une idée, lire Watchmen, c’est un peu comme partir en randonnée en montagne par temps de brouillard. On sue pendant les ¾ du trajet sans rien voir du paysage, on s’égare, on consulte la carte, puis tout à coup on passe par-dessus la couche de brouillard, tout devient clair et lumineux, et on est béat devant le spectacle.

Pour reprendre le résumé bateau de l’œuvre, en pleine période de guerre froide, dans un univers uchronique où l’Amérique a gagné la guerre du Vietnam et où Nixon attaque un énième mandat présidentiel, d’anciens super-héros interdits d’exercice depuis quelques années, sortent de l’ombre suite à l’assassinat d’un des leurs.

Cet aperçu est vague et ne dit pas grand-chose de l’ouvrage, mais je n’ai guère envie de développer plus. C’est un tel plaisir que de découvrir ce qui se cache derrière ce résumé que je trouverais dommage de vous en révéler plus.

Alan Moore reprend en effet le mythe des super-héros à sa sauce, ce qui donne un résultat loin, très loin des sentiers battus, incroyablement prenant, et qui ne laisse pas indifférent. Le casting, d’abord, est de choix : les personnages, loin des stéréotypes d’usage sont hauts en couleur et en caractère, bourrés de défauts et de névroses, et qui ont, pour certains, le don de susciter simultanément répulsion et attraction.

Et comme si ça ne suffisait pas, l’histoire est assez énorme, loin des conventions habituelles du genre. Et à croire qu’elle n’aurait pas été assez bien narrée de façon linéaire, Alan Moore se paye le luxe d’une narration en puzzle, tout en allers et retours entre le passé et le présent, entre les différents personnages, selon le chapitre, et parfois au sein d’un même chapitre, voir d’une même case… mais ça n’a rien de chaotique pour autant.

Quant au dessin, même s’il est un peu gueulard sur les bords coté couleur (ça date des années 80 quand même), il reste très bon, et accompagne très bien le texte. D’après ce que j’ai lu, parait que la traduction actuelle dénature le texte original, menfin ça ne se ressent pas trop à la lecture… et pour une fois, je n’irais pas m’enfiler la version anglaise pour vérifier, je ne suis pas folle ^^.

Bref, ce comic/roman graphique est qualifié de chef d’œuvre, et à juste titre. Difficile de trouver un équivalent en terme d’histoire, de réflexion, de personnages… et étant donné qu’on trouve une édition complète à 15 euros désormais, pas la peine de faire l’impasse, c’est le genre de livre que tout le monde devrait avoir dans sa bibliothèque !

(Et pour l'anecdocte débile de fan en passant, l'auteur remercie Gaiman en intro ^^)

La version cinéma de Zack Snyder



A coté de ça, si vous avez raté que l’adaptation ciné était sortie mercredi, c’est que vous avez passé les derniers mois au fond du Népal. Ma lecture encore fraîche en tête, je suis donc allée voir ce que ça pouvait donner sur grand écran, après avoir vu une bande-annonce de bon augure (attirante sans avoir lu le livre, et dont les scènes étaient aisément identifiables pour le lecteur averti, plutôt un bon mélange…).

Bref, à l’image du comic, ce film sort des sentiers battus, déjà par sa durée : pratiquement 3h, et encore il y a eu des coupes ! Par ailleurs, à ceux qui pensaient voir là un film de super-héros classique, oubliez de suite, ça n’y ressemble pas. La seule concession au genre est encore dans les scènes de baston plus développée que dans le livre…

Ce qui est très étonnant pour un morceau pareil, c’est l’extraordinaire fidélité du film au livre. L’intrigue, l’époque, les personnages, tout s’y retrouve. Et même –ça ne surprendra guère vu qu’on a affaire au réalisateur de 300-, les dialogues, certains plans, et la ligne narrative pour sa plus grande partie.

Le comic violent et adulte reste ce qu’il est à l’écran. Même la fin reste ce qu’elle est (anti-hollywoodienne au possible), à quelques détails près, des informations révélées plus tôt et des répliques qui changent de bouche…

Le film est donc à l’image du comic : on nage en plein brouillard pendant un bon moment, puis c’est la lumière… sauf si on a lu le roman graphique, dans ce cas, c’est comme une relecture éclairée, hautement agréable.

L’ambiance est très chouette : les années 80 rétro futuristes dans une ville bien glauque sont très bien rendues, et on plonge dans cette atmosphère poisseuse de fin du monde. La bande-son est particulièrement agréable, surtout en ce qui concerne le cocktail de chansons qu’elle brasse.

Le point d’orgue du film, au passage, c’est définitivement le générique, sorte de rétrospective qui couvre l’histoire de cet univers depuis la création des Minutemen (ancêtres des Watchmen dans les années 30) jusqu’à aujourd’hui. Un véritable bijou.

En fait, s’il fallait trouver un défaut à ce film, c’est qu’à être tellement fidèle et respectueux (à l’exception des batailles qui portent la griffe du réalisateur et non d’Alan Moore), il s’efface complètement face à l’œuvre originelle. Certes, pour un puriste, ça pourrait être une qualité, mais dans le fond, ça rend le film un peu obsolète pour qui a lu le comic.

On passe un très bon moment, mais à la sortie, on se retrouve vite à repenser au comic, et non au film, qui n’apporte rien de plus. Ca ne m’empêchera pas de le revoir, mais contrairement à certaines adaptations, celle-là n’appelle pas à y revenir… Mais bon, c’est aussi parce que j’aime les adaptations cinéma qui savent à la fois garder l’essence d’un livre tout en prenant leurs distances…

Juste en note de fin, à l’image du comic, le film, bien qu’uniquement interdit aux moins de 12 ans en France, est quand même très adulte, pas uniquement dans les scènes de baston parfois bien hard, mais aussi dans son ton et dans certains sujets qu’il traite. Peut-être que je suis hypersensible, mais bon, j’avoue que la faiblesse de l’avertissement en regard du film m’a un peu perturbé…

5 commentaires:

  1. La lecture de ce billet me fait penser que Darren Aronofsky était en temps pressenti pour réaliser ce film... Dommage. D'ailleurs à ce propos, je sais c'est une évidence mais au cas où : il faut courir aller voir The wrestler, très très bon, magnifique... Cela nous change de sa bouse filmique non identifiée précédente - et je pèse mes mots :) :p

    Signé : le-mec-frustré-qui-aimait-bien-avoir-des-pseudos-débiles-dans-l'ancien-site-mais-qui-ne-peut-plus-les-afficher-maintenant-à-cause-de-ce-nouveau-système-à-la-con-merci-blogspot

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  2. Je plutôt content que se soit Snyder qui est eu le "gros lot" (on parle de l'adaptation de Watchmen à hollywood depuis quelques années !)
    J'ai adoré le film (et pourtant je l'ai vu en VF, c'est dire). Tout en étant très fidèle, je trouve qu'il prend plus de distance avec le matériaux de base que ne l'à fait un Sin City par exemple.
    Très bon choix de casting avec des têtes peu connues.
    Bref un sacré moment de cinéma loisir (et ça m'était pas arrivé depuis un moment, peut être Dark Knight même. Dernier film vu, 7 vies avec Will Smith que je recommence chaudement) et rien que pour ça bravo !

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  3. C'est la première fois que j'interviens sur ce blog mais je trouve l'aspect général fort joli et les billets sont bien écrits, pertinents, etc. Néanmoins, il faudrait un peu plus de mises à jour, je trouve... J'aimerais notamment avoir l'avis de Calenwen sur le jeu PC The Longuest Journey sur lequel j'ai passé naguère de longues heures et qu'elle a surement dû taquiner, vu qu'il s'agit d'un jeu de science-fiction.

    Cordialement,

    Pugman

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  4. Hello,

    tiens, ta critique de The Watchmen et ce qu'on en dit à droite à gauche m'a donné envie de me le procurer pour le lire.

    J'ai fais un tour à la fnouc hier mais ils ne l'avaient plus :o( Tant pis j'attendrai !

    Sinon, je tilte un peu sur ton opposition entre "roman graphique" (belle bande dessinée, légitime et tout et tout) et "comic" (qui apparaît dans tes mots comme de la sous bd un peu naze, ni passionnante, ni riche ni dense) et j'aimerais bien que tu m'explique ça :o)

    Silvère.

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  5. Silvère Silvère Silvère...
    (ou devrais-je t'appeler Anne O'Nym?)

    - en mode "Nom/URL" dans les commentaires tu devrais pouvoir poster sous le pseudo de ton choix à priori

    - Pas vu The Wrestler, le sujet m'inspire pas des masses non plus...

    - Pas joué à The Longest Journey encore

    - Et pour ce qui est de la remarque pertinente, je crois que la différence exacte (d'après ce que j'ai vaguement survolé sur le net) entre un comic et un roman graphique revient au mode de publication, au numéro ou en gros pavé...
    Mais bon ma dénotation comic/roman graphique, c'est ce qu'on ressent en lisant sur le sujet...

    Bizarrement on parlera toujours de comic pour du spiderman, batman et cie de base, et dès que c'est un grand comic de renom, on commence à parler de roman graphique (sandman, watchmen, dark knight, etc.)

    Bref... quand j'en aurais le temps, je ferais quelques études sur le sujet, promis ^^

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