lundi 6 avril 2020

Sacra : Parfums d’Isenne et d’ailleurs opus 1 : Aucun cœur inhumain – Léa Silhol


Léa Silhol est une autrice dont j’ai découverte quand j'étais au lycée avec son roman La sève et le givre, et qui m’a fait voyager pendant bien des années au gré de romans, de nouvelles et d’anthologies, bien que ce blog n’en garde que peu de traces (juste ce recueil en fait). C’est en discutant avec un certain blogueur suisse que je me suis réintéressée à ses écrits dernièrement, et sur ses conseils, je me suis donc lancée dans ce recueil de nouvelles.

Sacra : Parfums d’Isenne et d’ailleurs est un cycle qui regroupe les nouvelles de l’autrice rattachée de près ou de loin à Isenne, une sorte de Venise alternative dont les habitants semblent être autant des artistes que des magiciens.

Il existe pour le moment deux volumes. Celui que j’ai lu, Aucun cœur inhumain, est le premier opus. Il propose six nouvelles et deux novellas, dont plusieurs inédits. Et je dois dire que ça m’a fait tout drôle de lire ce livre, un peu comme si je retournais dans un lieu d’enfance qui m’était cher.

Au début des années 2000, j’ai acquis un goût très prononcé pour la fantasy urbaine (la vraie hein, pas la bitlit) et la fantasy mythique en lisant les publications des éditions de l’Oxymore : il y a avait les romans de Léa Silhol et de Tanith Lee bien sûr, mais aussi l’excellente revue Emblèmes qui m’a permis de découvrir tout un tas d’auteurs et d’autrices.

Ces ouvrages étaient superbes visuellement, avec une identité graphique marquante, et j’ai été fort triste quand la maison d’édition a fermé, d’autant plus que ça a complètement interrompu tout espoir de voir d’autres œuvres de Tanith Lee éditées en français.

Autant dire que cela m’a fait tout bizarre d’ouvrir le premier volume de Sacra et de tomber littéralement sur la charte graphique des éditions de l’Oxymore avec le trait vertical noir sur le bord de la page et les illustrations en tête de nouvelle, c’était comme j’avais voyagé dans le temps. Et la sensation a perduré à la lecture des différents textes.

Le recueil s’ouvre sur À travers la fumée, une histoire où s’opposent une autrice un peu excentrique et son traducteur qui ne comprend pas ses obsessions au point de s'en inquiéter. C’est un texte prenant, qui tisse des parallèles intéressants sur la création artistique. Cette histoire a une telle manière de se frotter à la réalité que je me suis demandé quelle part d'elle-même l'autrice avait mis dans cette nouvelle.

Lithophanie, le texte suivant, nous parle d’une princesse pour ses seize ans reçoit comme cadeau le droit de poser pour un vitrail réalisé par un artiste d’Isenne. Revisitant quelques grands contes classiques, cette nouvelle est vraiment superbe, avec de belles références, des passages très forts, et un ton horrible comme il se doit dans les vrais contes. Superbe.

À peine évoquée jusque-là, Isenne prend un peu plus d’épaisseur dans la nouvelle Là où changent les formes, qui met en scène une jeune peintre qui revient dans la cité qui l’a vue naître. On découvre des lieux étranges, une ville dédiée aux arts, et une atmosphère très onirique.

Avec Le Rêve en la Cité, on s’éloigne un peu de la ville (tout juste évoquée) pour rendre visite à l’univers d’Elric de Michael Moorcock. Cette nouvelle avait à l’origine été publiée dans l’anthologie Elric et la porte des mondes. Elle met en scène l’albinos le plus célèbre de la littérature avant qu’il ne devienne le dernier empereur de Melniboné. Je n’ai plus beaucoup de souvenirs de cet univers mais la reconstitution m’a semblé réussie. Et il y a un dragon !

Gold est une longue novella qui tourne autour de la pratique du Kintsugi (une technique japonaise qui vise à réparer les céramiques avec la laque et de la poudre d'or pour mettre en valeur leurs cassures). On y parle beaucoup d’art et de comment vivre sa vie. C’est un texte assez dense où on s’égare parfois, mais qui est captivant autant pour son propos que pour sa manière de brouiller les frontières entre fiction et réalité.

Retour à Isenne pour la nouvelle Trois fois, où un jeune homme élu pour veiller une Dame rouge, une tradition séculaire de la cité, cherche à échapper à son destin. C’est un joli récit qui nous permet de plonger dans l'atmosphère particulière de la ville et ses rites. On y croise des personnages vus dans un autre texte, ce qui permet de voir se dessiner petit à petit un univers.

Under the Ivy nous parle d’une jeune femme sur le point d’entrée dans l’âge adulte, et qui depuis son enfance est attirée par la forêt. Je me suis un peu égarée à la lecture, mais j’ai néanmoins appréciée de me laisser porter par l’ambiance particulière et l’écriture.

Le dernier texte du recueil, Magnificat, met en scène la relation qui se noue entre deux femmes autour d'un mystérieux manuscrit perse écrit par le Roi des Djinn. Riche en figures mythiques et en mystères, cette novella est fort intéressante, autant pour l’univers qu’elle met en scène (qui m’a un peu rappelé L’Opéra de Sang de Tanith Lee par certains aspects) que pour la leçon de vie qu’elle donne. Et aussi pour les liens avec un autre texte, ce qui permet de boucler la boucle.

Voilà pour ce premier aperçu de l’univers d’Isenne, un lieu magique, peuplé de créatures surnaturelles, et dont l’influence semble rayonner à toutes les époques et en bien des lieux. C’est vraiment un joli recueil très bien construit (il n’y a pas de hasard dans l’ordre des textes clairement), porté par une écriture précieuse et un imaginaire très riche.

Pour être totalement honnête, je dois avouer que je suis moins accro à ce genre de récit ou d’écriture qu’il y a dix ans (les goûts de lecture, ça évolue), mais l’effet nostalgie a parfaitement fonctionné tout de même : j’ai lu ce recueil avec plaisir et je lirais probablement le tome 2.

Infos utiles : Sacra : Parfums d’Isenne et d’ailleurs opus 1 : Aucun cœur inhumain est un recueil de nouvelles de Léa Silhol publié en 2016 chez Nitchevo Factory. Couverture et illustrations de Dorian Machecourt. 295 p.


Terre à Terre : Europe occidentale
Semaine 6

17 commentaires:

  1. La couverture est tout simplement magnifique.

    RépondreSupprimer
  2. C'est fait exprès pour la charte graphique ?
    J'aime bien le principe d'utiliser une même ville-univers pour cadre, c'est souvent sympa, ça crée quelque chose de plus grand sans être trop contraignant pour chaque récit. C'est le petit plus qui pourrait me le faire lire tiens. ^^

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @Baroona
      Je ne suis pas dans la tête de l'autrice mais oui je pense que c'est volontaire.
      Il faut que je lise l'opus 2 pour te motiver à le découvrir alors ;)

      Supprimer
  3. Son nom me dit quelque chose mais impossible de me souvenir d'où (et clairement pas de ton billet de 2008, je ne te lisais pas encore à l'époque :D). Bon, ça a l'air d'être carrément ma came. :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @Alys
      Ca pourrait te plaire en effet ^^

      Supprimer
    2. @Alys
      Et puis il y a un traducteur dans la première nouvelle, mais bon je dis ça, je dis rien ;)

      Supprimer
  4. La couverture est très belle ! Il faudrait que j'y réfléchisse, je me demande si ça ne me plairait pas comme recueil ^^

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @Shaya
      Je te le prêterais si jamais tu veux tester ^^

      Supprimer
  5. Oxymore, Emblèmes, Tanith Lee, que de doux noms à mes oreilles, j'ai extrêmement peur de rouvrir un livre de Léa Silhol, je l'adorais à 20 ans, j'ai tenté il y a quelques semaines Sous le Lierre...il m'est tombé des mains au bout d'un paragraphe, je n'ai plus envie de ces phrases alambiquées dans mes lectures, je l'ai rangé dans ma bibliothèque, m'y attendent aussi les 2 Sacra, j'espère que l'envie de poésie reviendra un jour mais clairement pas en ce moment...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @Elhyandra
      J'ai un peu eu le même ressenti en commençant Sacra. Ceci dit c'est des nouvelles, ça permet d'y aller doucement (j'avais lorgné sur Sous le lierre et Cédric m'a recommandé Sacra en fait ^^)

      Supprimer
    2. « Sous le lierre » est un gros pavé qui à mon avis n’est pas forcément la meilleur entrée pour (re)lire Silhol.
      Franchement je pense que les recueils de nouvelles passe beaucoup mieux. Ou alors les romans se déroulant au Japon (les plus récents) qui lorgne un peu de côté du cyber punk et sont plus nerveux sur l’action.

      Supprimer
  6. Intéressant, je ne crois pas avoir déjà lu de la fantasy urbaine... (quoique : Harry Potter peut être ?... XD)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @Ksidra
      Ca pourrait en être oui, tout dépend de la définition qu'on en a xD

      Supprimer
  7. Bon, un peu à la masse, j’arrive après la bataille, mais je suis ravi que la lecture ait été à ton goût

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @Cédric Jeanneret
      Merci de m'avoir fait redécouvrir l'autrice ^^

      Supprimer
  8. Pour la découverte de l'autrice et de la fantasy urbaine que je cerne mal au point de ne savoir si j'en ai déjà lue...

    RépondreSupprimer

La modération est activée (c'est le meilleur moyen de filtrer les bots sans bloquer les humains :)), ne vous inquiétez pas si votre message n'apparaît pas immédiatement.