dimanche 6 mars 2016

Les yeux d’ambre – Joan D. Vinge


L’an dernier, en lisant l’anthologie Encore des femmes et des merveilles, j’étais tombée sous le charme d’une excellente nouvelle de Joan D. Vinge, Le soldat de plomb. Il était donc logique de continuer à explorer ses écrits. J’aurais pu me pencher sur Le cycle de Tiamat, mais j’avais déjà lu une partie des romans il y a fort longtemps. J’ai donc opté pour son recueil de nouvelles, Les yeux d’ambre.

Et ce choix s’est révélé fort judicieux, vu que les cinq nouvelles qui composent cet ouvrage se sont toutes révélées d’excellente qualité. On a affaire ici à une science-fiction (parfois dissimulée sous un vernis de fantasy) qui parle essentiellement de voyage spatial, d’exploration de planètes et de colonies sur d’autres mondes. Un cadre classique (de la bonne vieille SF comme je l’aime pour dire vrai), mais l’auteure en profite pour explorer tout un tas d’interrogations et de thèmes annexes, et pour mettre en scène de chouettes personnages. Résultat, je suis tombée sous le charme dès la première nouvelle.

Les yeux d'ambre, qui ouvre donc ce recueil, m’a en effet impressionné par sa construction (une histoire de fantasy au premier abord qui bascule dans une science-fiction tout ce qu’il y a de plus sérieux par la suite) et par les nombreux thèmes abordés : en vrac on va parler de célébrité, de la vie privée, de la famille, de la morale, de l'Autre et même... de traduction ! Je n'en dis pas plus pour vous laisser découvrir cette nouvelle (qui a reçu un prix Hugo en son temps).

Depuis des hauteurs impensables explore le thème classique du voyageur envoyé dans l'espace en solitaire, et qui forcément finit par ne plus tourner très rond dans sa tête. Cette nouvelle est portée par un personnage central très humain (et féminin, youhouh !). L’aspect que j’ai le plus aimé ? Les raisons qui ont poussé cette femme à être volontaire pour un tel voyage.

Mediaman raconte une mission de sauvetage sur une planète glaciale, organisé par le fils d’un riche industriel et couverte par un mediaman (une sorte de journaliste-cameraman prêt à tout pour décrocher le scoop et trouver un emploi stable). L’ambiance de space-opéra est bien trouvée, avec cette humanité qui a conquis d'autres planètes et qui régresse peu à peu faute de matériaux de base. Le trio de personnages est joliment dessiné, et j’ai bien apprécié la conclusion.

Avec L'Aide du colporteur, on se croirait presque dans un univers de fantasy, avec cette histoire de marchand qui vend de superbes objets magiques et cherche une escorte pour attendre la ville. Mais il n’en est rien, la nouvelle cache en fait quelques éléments de SF. Il s’agit probablement du texte le moins marquant du recueil, mais on passe un bon moment à suivre les pérégrinations des personnages.

J’avais déjà croisé la route de Soldat de plomb (c’est le texte qui m’a amené à ce recueil), mais je n’ai pas pu m’empêcher de la relire. Cela a confirmé l’excellente impression que j’avais en tête. Cette histoire d'une rencontre entre un cyborg coincé sur une planète et une femme qui voyage dans l'espace est vraiment chouette : l'univers est très riche, l'auteure exploite à merveille les problématiques du voyage dans l'espace, et la relation entre les deux personnages est juste touchante. Il s’agit du premier texte publié par Joan D. Vinge, une belle réussite.

Voilà pour cet excellent recueil dont j’ai vraiment apprécié le fourmillement d’idées, mais aussi les personnages très humains. Sa dernière réédition remonte malheureusement à 1992, mais si vous croisez sa route chez un bouquiniste, n’hésitez pas surtout pour la première et la dernière nouvelle.

CITRIQ


Item 15 : Lire un livre de SFFF féministe

Qu’est-ce qu’un livre de SFFF féministe ? La question m’a beaucoup travaillé, et au final j'ai choisi de présenter Les yeux d'ambre pour compléter cet item-ci, parce qu'à la lecture, j'ai noté une forme de féminisme que j'ai beaucoup apprécié : le féminisme tout en discrétion.

La plupart des héros des nouvelles des Yeux d'ambre sont des hommes (à l'exception de la première et de Depuis des hauteurs impensables) et les thèmes abordés ne m'ont pas semblé plus militants que ça, mais... tous les personnages féminins, qu'ils soient de premier ou de second plan, sont tous des personnages fort, déterminés, qui ne rentrent pas dans les moules féminins stéréotypés voire s'en affranchissent totalement. Sans pour autant se refuser l’opportunité de fondre en larmes, de tomber amoureuse ou de sortir entre filles. Bref, ce sont des personnages équilibrés, et c’est ce que j’ai aimé : du féminisme qui ne force pas le trait.

6 commentaires:

  1. C'est dans les vieux pots... ;)

    Je le note en tout cas, peut-être dispo chez un de mes bouquinistes.

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  2. Une nouvelle qui parle de traduction, tu dis? :)

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  3. @Lorhkan
    C'est parfois d'autant plus vrai en SF ^^

    @Alys
    Je l'ai signalé parce que je savais que ça t'intriguerai ^^

    @Tigger Lilly
    J'espère bien !

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  4. j'ai lu Le cycle de Tiamat il y a super longtemps et j'en garde un très bon souvenir.
    Je ne m'étais pas penché sur ses autres écrits, je note celui-ci au cas où je le croiserai dans une bouquinerie.

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  5. @Mariejuliet
    Tiamat j'en garde un souvenir mitigé. Je l'ai lu à une époque où il ne s'appelait pas comme ça et autant j'avais adoré le début, autant j'avais pas accroché à la fin... mais bon j'étais une ado difficile :D

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