mardi 1 septembre 2009

L’opéra de Sang – Tanith Lee


1. La danse des ombres
2. Le festin des ténèbres
3. Cain l’obscur

Dans les bizarreries qui ponctuent ce blog, je crois que je n’ai jamais écrit un seul article sur Tanith Lee. C’est une vraie honte parce que c’est celle qui se dispute la place d’auteur favori avec Gaiman (j’ai d’ailleurs réglé la question en décrétant que Gaiman était mon auteur favori et Tanith Lee mon autrice favorite, et toc !).

Tanith Lee a écrit beaucoup, des œuvres assez inégales ceci dit. Il y a des purs chefs d’œuvres, il y a de bons romans et/ou nouvelles et puis des qui pourraient passer à la trappe. Elle a écrit de la SF, de la fantasy, du fantastique, et des trucs mélangeant complètement les genres ou ne ressemblant à aucun d’entre eux.

Et accessoirement elle est très peu traduite en France. Pour quelqu’un qui a écrit quelques 70 romans (sans parler des nouvelles), je ne suis pas sûre que la moitié est été traduit, et la plupart remontent à Mathusalem (les années 80-90). En fait on a rien de neuf en Tanith Lee depuis Thenser en 2004, sinon une nouvelle dans un recueil de la collection Luna (Harlequin pour les intimes, je viens d’en découvrir un 2e d’ailleurs, il faut que j’enquête).

Bref quand on aime Tanith Lee, il faut aimer les bouquinistes, les vieux bouquins mâchouillés (ou livré avec un truc illisible parlant de Conan, rédigé à l’encre violette sur deux en-tête de chapitre, véridique !), et courir après la perle rare sur tous les sites internet. Ou éventuellement il faut aimer l’anglais, pour ceux qui préfèrent la méthode simple.

Dans sa biblio, il y a deux œuvres incontournables (je rajouterais bien Aradia en 3e choix, mais c’est purement subjectif). D’abord le Dit de la Terre Plate, épopée de fantasy, vaste méli-mélo de mythes réécrits, auquel je ne connais pas d’équivalent. J’y reviendrais sûrement un jour après une relecture (retenez juste que s’il n’y en a qu’un à lire, c’est celui là – par contre bonjour la galère pour trouver les cinq tomes).

Et il y a l’Opéra de Sang.

Ici, on entre purement dans le registre fantastique, avec une très belle réécriture de la thématique des vampires. J’allais dire une « énième », mais ce serait dévaloriser le contenu. Anne Rice avec ses Chroniques des Vampires a donné un sérieux coup de jeune à la question, en y ajoutant moult détails (avec une précision quasi scientifique parfois).

Tanith Lee prend le problème à l’envers, dira-t-on, et ne répond clairement à aucune question. Arrivée à la fin du 3e tome, on ne sait toujours pas si ses vampires craignent réellement ou pas le soleil, s’ils ont besoin de sang ou non, s’ils vivent délibérément la nuit ou pas, s’ils sont immortels ou mortels…

Bref on ne sait pas grand-chose, et honnêtement je ne suis pas sûre d’avoir tout saisi. Par contre, ce qu’on retient, c’est l’ambiance des trois ouvrages. Le premier roman est étouffant, angoissant, malsain comme rarement dans ce genre d’histoire.

Quel genre d’histoire d’ailleurs ? Et bien au début de la Danse des Ombres (Dark Dance en VO), on suit les pas de Rachaela, une jeune femme solitaire, renfermée sur elle-même. Elle est contactée par des mystérieux membres de sa famille paternelle, les Scarabae, qui souhaitent qu’elle leur rende visite dans leur Demeure. Elle refuse au début, mais une série de coïncidences finissent par l’y amener quand même.

Sa famille se révèle être composée de vieillards qui vivent dans une ancienne demeure au bord de la mer. Entre autres bizarreries, ils ne sortent d’ailleurs que la nuit. Et c’est dans cette atmosphère étrange que Rachaela s’installe, sans savoir ce qu’ils ont prévu pour elle…

Des trois tomes, celui-ci est mon favori, parce qu’en dépit de la passivité de Rachaela qui est un personnage assez mou et froid, on suit son histoire avec passion, et angoisse, surtout. Rien n’est jamais clairement expliqué, les mystères planent, les ambiances ont quelque chose de malsain… et la métaphore de la souris prise au piège est assez parlante, tant Rachaela n’arrive pas à se sortir des rets de sa famille.

Les tomes suivants sont différents. Déjà, ils se payent le luxe d’alterner les points de vue (de deux au début du tome 2 à un nombre impressionnant dans le tome 3), ce qui multiplie les intrigues. Par ailleurs l’action se situe non plus dans la Demeure au bord de la falaise, mais en ville. Ces tomes-là sont plus « peuplés », plus « vivants », et accessoirement un poil moins angoissants… et beaucoup plus fascinants.


Le festin des ténèbres (alias Personal Darkness en VO) suit essentiellement les pas de Rachaela, finalement acclimatée aux Scarabae dans la nouvelle Demeure, près de Londres, alors que Ruth est partie dans une croisade meurtrière à travers le pays (je ne vous dis pas qui est Ruth, vous verrez bien ^^). C’est alors que débarquent d’autres Scarabae venus du continent pour l’arrêter (ou pas).


Quand au dernier tome, Cain l’obscur (alias Darkness I), je vous épargne un résumé qui vous gâcherait probablement la lecture des tomes précédents. Disons juste qu’on visite du pays et qu’on remonte dans le temps, ce qui apporte quelques éclaircissements mais aussi beaucoup de complications.

Un quatrième volume serait en cours d’écriture, d’ailleurs.

Dans tous les tomes, outre ces ambiances particulières, l’écriture de Tanithe Lee est particulièrement marquante. Ce n’est pas tant ses histoires, que la façon dont elle les raconte. Il y a la poésie dans sa prose, une maitrise de la langue (ce qui explique que je ne m’amuse pas à la lire en anglais), un je-ne-sais-quoi qui fait qu’on plonge littéralement.

Et puis, le rythme est souvent lent, mais reste incroyablement porteur. On se laisse bercer par l’histoire, et on profite d’une multitude de détails (couleur de la moquette, menu du soir, robe de midi, détail d’un vitrail…). On s’égare parfois, et on a des chapitres entiers consacrés à des personnages secondaires. Pas forcément utile de savoir leur couleur préférée ou le nom de leur chien, mais pourtant, ces petits portraits sont aussi passionnants à découvrir que le reste des ouvrages.

Bref si je ne devais retenir que trois éléments pour vendre ce cycle ce serait :
- Des vampires qui sortent de l’ordinaire
- Une ambiance malsaine entre angoisse et fascination, surtout pour le premier tome
- Une très belle écriture.

Bon par contre, autant prévenir, ils ne sont pas faciles à dénicher. Le tome 1 a été réédité chez feu les éditions de l'Oxymore en 2005, avec traduction révisée, mais les autres non. On trouve ponctuellement leurs éditions Pocket Terreur ou Presse de la Cité, en cherchant bien un peu partout.

Bien évidemment dans mon cas, une fois que j’ai eu les trois en main – et dépareillés bien sûr, un de chaque- je les ai vu genre les trois alignés sur une étagère à Gibert. Pour un peu je croirais à une manipulation des Scarabae…

4 commentaires:

  1. "D'abord le Dit de la Terre Plate, épopée de fantasy, vaste méli-mélo de mythes réécrits, auquel je ne connais pas d’équivalent."

    Je te conseille The Orphan's Tales de Catherynne Valente, si tu as l'occasion : http://martlet-blog.blogspot.com/2007/04/orphan-tales-de-catherynne-m-valente.html

    A ma connaissance, ceux qui aime Le Dit adore The Orphan's Tales

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  2. Très belle présentation, du coup je sens la curiosité pointée le bout de son nez... ce sera au programme d'une prochaine PAL

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  3. Bonjour,je m'appelle Charlyne et j'ai 16ans, et j'aime tout simplement lire Tanith Lee.
    Les livres qu'elle écrit me font rêvé , . . . . L'opéra du sang est mon préféré (je n'en ai lu que 4 ou 5 mais je compte bien continuer ) et lorsque j'ai lu le Tome 1 je voulais à tout pris lire la suite mais biensûr la bibliothèque ne l'avait pas , et là hier ,et je suis sur une autre ville et j'ai demandé des livres de Tanith Lee ( ils sont tous en magasins --') Et la j'ai le Tome 2 que je vais dévorer .Bon maintenant reste plus qu'à trouver le Tome3 et il y aurait un Tome 4 ?
    Merci .

    Charlyne

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  4. Il n'est pas encore écrit, le tome 4, elle parlait de son écriture sur son site y'a un an de ça... je ne sais pas où ça en est à l'heure actuelle.
    (et bon courage pour dénicher les Tanith Lee, même si tous n'en valent pas la peine ^^)

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