jeudi 13 mars 2014

La maison des derviches - Ian McDonald


Le moins qu’on puisse dire à propos de Ian McDonald, c’est que c’est un auteur intimidant. Pas humainement parlant, mais ses livres semblent être (et se révèlent tous jusqu’à maintenant) de tels monuments que je les aborde toujours avec un mélange bien dosé de crainte et d’admiration.

C’est pourquoi après l’excellent Roi du matin, reine du jour, il m’a fallut plus d’un an (et maints rendez-vous manqués sous forme de livres empruntés et rendus sans avoir été lus à la bibliothèque) pour oser m’attaquer à un nouveau texte. Et tant qu’à fait, j’ai opté pour du lourd avec La maison des derviches (qui comme vous le savez tous a reçu le prix Planète-SF des blogueurs l’année dernière).

Avec ce roman, nous partons donc Istanbul, en 2027, alors que la Turquie a rejoint l’Union Européenne. Dans ce futur proche, l’auteur nous fait suivre le destin d’un certain nombre de personnages dont les destins finissent forcément par s’entrecroiser, suite à un attentat dans un tramway.

Nous avons donc un trader qui prépare le coup du siècle, une vendeuse d’antiquités qui part en quête d’un objet presque mythique, un jeune garçon à la santé fragile qui vit reclus au travers de ses robots, un vieil économiste à la retraite, une jeune diplômé en marketing qui se retrouve à vendre un projet de nanotechnologie révolutionnaire et un jeune homme qui suite à un attentat se retrouve avec la capacité à voir les djinns.

Le moins qu’on puisse dire à propos de La maison des derviches, c’est qu’il ne s’agit pas d’un roman facile. L’écriture extrêmement riche, les intrigues multiples, tout cela demande déjà des efforts, d’autant plus qu’on est projeté dans un univers qu’on ne connait pas forcément très bien.

Une histoire qui se déroule en France, aux Etats-Unis ou plus généralement dans le monde occidental, on est forcément toujours en terrain connu. Istanbul, c’est un peu un autre monde, à la fois très semblable et très différent, et je suis assez admirative du travail de l’auteur qui a sans doute multiplié les recherches pour un résultat qui n’est pas un catalogue de clichés, pas un documentaire, juste un portrait extrêmement vivant d’une ville.

Du coup les (cent) premières pages ne sont pas vraiment faciles, mais l’effort fourni est amplement récompensé : on finit par rentrer dans la ville, dans la peau des personnages, et on savoure cet ensemble extrêmement complet qu’est cette Istanbul de 2027.

Car c’est là tout l’intérêt du roman : il ne se contente pas de parler d’un aspect de la vie dans le futur, il les aborde tous : politique, économie, évolutions technologiques, place de la religion… chaque thématique aurait pu remplir un roman à elle toute seule, mais l’ensemble est suffisamment équilibré pour qu’on trouve son compte pour chacune.

Evidemment, on accroche plus ou moins à certaines parties à cause de cela (j’ai eu bien du mal à suivre les manipulations économiques du trader, j’étais bien plus à l’aise avec les aventures archéologiques de sa femme), mais on sort vraiment de La maison des derviches avec le cerveau qui bouillonne d’idées, et un émerveillement qui reste à l’esprit encore quelques jours après la lecture.

Un très beau roman donc, exigeant mais qui mérite qu’on fasse quelques efforts à la lecture. Je vais prendre le temps de le digérer, et je continuerai à coup sûr à lire les ouvrages d’Ian McDonald.

CITRIQ

mardi 11 mars 2014

Des femmes en SFFF...


Comme je commençais à être à cours de challenge auquel participer, je n’ai pas pu m’empêcher de m’inscrire (enfin on m’a inscrit d’office à vrai dire) au nouveau challenge de Tigger Lilly : SFFF au féminin.

Le principe est simple : il suffit de lire des romans ou des nouvelles de SFFF écrites par des auteures. J’avais vaguement dans l’idée d’organiser un challenge sur ce thème, du coup cela m’arrange bien que Tigger Lilly fasse le boulot à ma place, je vais pouvoir me concentrer sur mon autre idée de challenge.

En tout cas c’est un challenge que je ne devrais avoir aucun mal à alimenter, vu que la moitié de ma PàL est actuellement constituée d’ouvrages écrits par des femmes, jugez plutôt :

  • La vague montante – Marion Zimmer Bradley
  • L'abîme arc-en-ciel – Barbara Hambly
  • Les hommes dénaturés – Nancy Kress
  • L'anniversaire du monde – Ursula Le Guin
  • La cité des illusions – Ursula Le Guin
  • Planète d'exil – Ursula Le Guin
  • L'autre côté du rêve – Ursula Le Guin
  • Pêcheur de la mer intérieure – Ursula Le Guin (oui je suis un peu une monomaniaque d'Ursula Le Guin, si vous aviez un doute...)
  • La prophétie de la dame blanche – Rachel Lee (le Harlequin pour pourrir le challenge)
  • Téméraire 7 : Le trésor des Incas – Naomi Novik
  • Téméraire 8 : Le sang des tyrans – Naomi Novik
  • Les soldats de la mer – Yves et Ada Rémy (un duo à moitié féminin, mais apparemment ça passe)

Et c’est sans compter avec le numérique, je suis sûre d’avoir au moins un Frankenstein de Mary Shelley et un Warchild de Karin Lowachee qui se baladent dans la liseuse. En fait ce challenge est une excellente opportunité pour vider ma PàL, vous devriez donc fréquemment croiser son logo en ces lieux dans l'année à venir.

Pour plus d’infos et pour vous inscrire, ça se passe à cette adresse.

Et si vous manquez d’idées, n’hésitez pas à vous intéresser aux écrits de Ursula Le Guin, Lisa Tuttle ou Elisabeth Vonarburg (pour ne citer que mon top 3 personnel), vous ne serez pas déçus par vos découvertes !

samedi 8 mars 2014

The Grand Budapest Hotel - Wes Anderson


Il y a des fois où le hasard fait plutôt bien les choses, puisque je célèbre aujourd’hui mon 800e article de blog (800e et quelques à vrai dire, en fait j’en ai supprimé deux trois en route) en parlant du dernier film de mon réalisateur fétiche : The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson.

Entre Wes Anderson et moi, c’est un peu une longue histoire d’amour. J’aime ses univers décalés, délicieusement rétro et absurdes, où se déroulent d’étranges histoires (également assez absurdes) portées par des castings cinq étoiles (qui commencent eux aussi à atteindre de sacrés niveaux dans l’absurdité quand on aligne les noms qui les composent).

Fondamentalement, il pourrait me servir toujours la même chose que je marcherais à tous les coups. Mais pourtant, si on reconnait bien sa patte et ses manies dans chacun de ses films, chacune de ses dernières réalisations contient systématiquement une part d’inattendue qui rend leur découverte encore plus plaisante.


The Grand Budapest Hotel, c’est l’histoire de Gustave H., concierge d’un grand hôtel luxueux dans une simili-Autriche des années 30, qui avec Zéro, un jeune garçon d’étage, se retrouve dans les ennuis jusqu’au cou suite à la mort d’une des clientes. Mais ce résumé ne rend pas vraiment hommage à cette histoire qui se révèle pleine de détours, de tiroirs, de rebondissements et de courses-poursuites en tout genre.

Peut-être un peu confus au début (et c’est bien là le seul reproche que je ferais), ce film nous emmène très vite dans un univers bien décalé façon Wes Anderson avec des décors grandiloquents, ses personnes hauts en couleur et sa musique complètement délirante (une fois encore signée par Alexandre Desplat).


Ceci dit cette fois-ci le réalisateur sort un peu de ses chemins habituels et bucoliques, en se lançant dans des ambiances plus sombres (meurtre, prison, etc.). Certes, cela reste traité comme du Wes Anderson (c'est-à-dire d’une façon qui appelle plus au rire qu’à l’angoisse), mais néanmoins cette « noirceur » m’a semblé assez nouvelle dans son œuvre, comme s’il expérimentait de nouveaux territoires.

Globalement on s’amuse de tout dans The Grand Budapest Hotel : les petits détails dans le décor (qui demanderaient à faire pause toutes les deux minutes), les dialogues absurdes (avec des sous-titres bien chiadés), l’apparence des personnages (entre un Jude Law qui un sex-appeal de fou avec son bonnet de bain et un Willem Dafoe qui a raté sa vocation de loup-garou) et les péripéties dignes d’un cartoon (surtout pour la partie « évasion »).


Cependant, à la sortie de la salle, je me suis surprise à voir remonter à mon esprit des thématiques plus sérieuses dissimulées ici et là, que ce soit dans l’ombre de la seconde guerre mondiale (pas vraiment dissimulée sous ses faux noms), ou la conclusion de M. Moustafa quant à son rapport à l’hôtel, à la fois douce et amère.

Bref sous ses faux airs de comédie délirante, The Grand Budapest Hotel est un film complet : drôle et divertissant, mais pas que. On y croise un casting de folie, des décors génialissimes, des effets spéciaux délicieux à l’ancienne mode, une BO excellente et j’en passe des meilleurs. Vous l’aurez compris, c’est un sacré coup de cœur pour moi, et j’espère bien que vous aurez l’occasion de le voir (et de tomber également sous son charme).

mercredi 5 mars 2014

Recueil factice - Février 2014

C’est un petit mois que celui de février, du coup ce deuxième bilan sera bien plus court. Il faut dire qu’en plus je n’ai pas tellement fréquenté les salles de cinéma, qu’en séries télé je me suis contentée de poursuivre les habituelles, et que côté bouquins j’ai lu quelques pavés qui ont bien occupé mon temps de lecture (comme les Trois mousquetaires). A défaut de quantité, il y aura de la qualité dans ce bilan (je l'espère !).

LIVRES


Henri Cartier Bresson : L'oeil décisif (Télérama hors-série)
D'ordinaire, j'achète les ouvrages et magazines liés à une exposition après avoir vu celle-ci, mais quand je fais ça je ne lis jamais les textes. Du coup pour me donner un avant-goût de l'exposition qui se tient au Centre Pompidou en ce moment, j'ai investi dans ce hors-série Télérama (en fait une réédition d'un ancien HS). Je l'ai choisi principalement pour la richesse des illustrations, et de ce côté-là on est plutôt bien servis. Les textes ne sont pas forcément très accessibles par contre, mais j'ai apprécié cependant la reproduction de L'instant décisif, un texte d'Henri Cartier Bresson, bien intéressant pour comprendre sa méthode de travail.

Les trois mousquetaires – Alexandre Dumas

Les dieux du fleuve – Philip José Farmer
Dernier tome (pour de vrai) du cycle du Fleuve de l’éternité, Les dieux du fleuve revient sur notre petit groupe de héros (Burton et cie) qui vit désormais reclus dans la tour des éthiques, avec de fantastiques pouvoirs à leur portée (notamment ressusciter qui ils veulent). Le roman tourne donc autour des notions de pouvoir, avec tout ce que ça implique d’éthique et de morale (a-t-on le droit d’effacer définitivement l’enregistrement d’un criminel au risque de l’empêcher d’atteindre la rédemption ?).
Les idées ne sont pas inintéressantes mais j’ai trouvé que le roman avait du mal à trouver son équilibre entre son intrigue de huis-clos qui aurait pu être bien plus angoissante, et les longues séances de réflexion qui m’ont pas toujours passionné.

Astérix chez les Pictes – Jean-Yves Ferri et Didier Conrad
Prêté imposé de force par mon filleul, c’est le premier Astérix que je lis depuis…mon enfance on va dire. Ce nouveau tome a fait la une de tous les journaux puisqu’il marque un changement radical dans la série, Uderzo cédant sa place à deux nouveaux auteurs… qui ma foi s’en sortent très bien. J’ai bien retrouvé l’esprit de la BD, truffée de jeux de mots et de parodies entre deux distributions de baffes.

Sandman intégrale 2 – Neil Gaiman

Evariste – Olivier Gechter

Celles qui marchent dans l'ombre – Jean Philippe Jaworski (nouvelle)

Préquelle – Jean-Philippe Jaworski (nouvelle)

Le dieu dans l’ombre – Megan Lindholm

Platon La gaffe – Charles Pépin & Juls
Trouvée chez ma maman, cette BD s'amuse à imaginer une entreprise où ne travailleraient que des philosophes (Nieztche est DRH par exemple). Si les planches de BD sont plutôt sympas à parcourir (les références philosophiques bien rigolotes et pour la plupart accessibles avec un niveau bac), les textes qui s'intercalent entre les planches sont plus inégales, parfois très intéressants, parfois allant chercher trop loin à mon goût.

Noir duo – Sylvie Miller et Philippe Ward

Le coup de cœur du mois, c’est définitivement Les trois mousquetaires. J’en regretterais presque d’avoir attendu aussi longtemps pour le lire. Côté nouvelles, Noir Duo était vraiment une chouette découverte. Pour le moment en mars je vous promets du Ian McDonald (La maison des derviches), le troisième volume de Sandman, et ensuite on verra bien ce qui sort de ma PàL.

FILMS


Princess Bride – Rob Reiner

Willow – Ron Howard
Cela peut paraître incroyable mais je n’avais jamais vu Willow. Enfin j’avais dû apercevoir le début et la fin, mais cela s’arrêtait là. Grande classique de fantasy, on reconnaît bien la patte de George Lucas côté scénario tant ce film accumule les stéréotypes de personnages et de péripéties. C’est assez étonnant aussi, car aussi prévisible que soit l’intrigue, Willow n’est ni exaspérant ni ennuyeux. C’est une chouette histoire de fantasy qui se regarde avec plaisir, et qui malgré son grand âge a gardé tout son charme.

Oblivion - Joseph Kosinski
J’avais fait une croix sur Oblivion après vu sa bande-annonce, mais sa musique m’a finalement donné envie de découvrir le film. Pendant la première heure, je me suis dit que j’avais peut-être jugé un peu trop hâtivement ce film plutôt inattendu et doté de très beaux visuels post-apocalyptiques. La deuxième partie part hélas dans le bon vieux film d’action convenu et ultra-prévisible avec Tom Cruise comme seul et unique héros ou peu s'en faut. Un résultat assez mitigé donc, certes très beau visuellement, mais pas très satisfaisant côté idées.

Drive - Nicolas Winding Refn
Autre rattrapage en DVD, Drive est un film étrange où l’on suit les pas d’un héros pas très loquace qui travaille dans un garage, fait des cascades sur des plateaux de tournage et sert occasionnellement de chauffeur dans des braquages. Pour le coup, c’est un film tout sauf convenu, dont on a du mal à déterminer la destination. Il a un look résolument années 90, avec parfois des airs de western de Sergio Leone (mais des temps modernes), une chouette bizarrerie donc !

Pas beaucoup de cinéma ce mois-ci du coup, et surtout des rattrapages en DVD. A l'heure où j'écris ces mots, je suis allée voir le dernier film de Wes Anderson, mais comme je compte en faire une chronique détaillée, ce sera pour mars.

SERIES TELE


Once upon a time

Oui j'ai été très productive, à part ça j'ai tranquillement continué Dragons : Defenders of Berk (je suis même parée pour la fin de la saison il me semble) et The Musketeers (très divertissant avec des intrigues sont plutôt denses, à ma grande surprise), séries sur lesquelles je reviendrais quand les saisons seront terminés. Et j'ai commencé Broadchruch. Ah oui et j’ai bien ri devant l’épisode St Valentin de The Big Bang Theory. Un maigre bilan donc, mais séries ou DVD le soir, il faut choisir !

dimanche 2 mars 2014

Préquelle et Celles qui marchent dans l'ombre - Jean-Philippe Jaworski

Histoire de ne pas faire comme tous ces moutons qui lisent Même pas mort, je me suis plongée l'autre jour dans deux nouvelles du même auteur qui avaient trouvé leur chemin jusqu'à ma liseuse. Ni l'une ni l'autre ne sont des nouvelles exceptionnelles, mais comme tout texte de Jaworski, elles se lisent avec grand plaisir et offrent un agréable petit moment de lecture entre deux gros textes.

Préquelle

Publiée à l'origine dans l'anthologie des Utopiales, année 2009, Préquelle m'a beaucoup fait pensé à Janua Vera (la nouvelle, pas le recueil) dans cette mise en scène d'une figure mythique de roi, avec un côté primitif qui me fait toujours un peu penser à Gilgamesh.

A quelque part entre la légende et l'histoire réelle (et encore, c'est la conclusion qui m'a amené à le penser, sinon j'aurais juré que c'était la Cimmérie de Conan !), cette nouvelle nous raconte le destin d'un roi qui voulait se forger une épée magique pour conquérir le monde.

Ce qui est chouette lorsqu'on raconte une légende, c'est qu'on n'a pas besoin de beaucoup de pages pour raconter une belle histoire, et Jaworski l'a bien compris : en à peine 26 pages (selon ma liseuse), il nous livre une authentique épopée sacrément prenante, qui remplit tout à fait son office.

Celles qui marchent dans l'ombre

Issu de l'anthologie Mythophages (de feu les éditions de l'Oxymore), ce deuxième texte s'intéresse à une autre époque et à un autre lieu : la Grèce antique. On y suit les traces d'un homme sans cesse traqué par de mystérieuses et horrible créatures.

Jaworski réécrit à sa sauce une authentique tragédie grecque, et s'amuse en chemin à évoquer ou à faire apparaître moult figures mythologiques, sans forcément les nommer clairement, si bien que si l'on ne dispose pas des références adéquates, il faut lire toute la nouvelle et faire quelques recherches derrière pour comprendre l'ensemble du texte.

C'est peut-être un peu le défaut de Celles qui marchent dans l'ombre, de rester un peu obscur pour les non-connaisseurs (j'ai très vite identifié les Erynies, mais uniquement grâce à Neil Gaiman qui les a également mises en scène), mais cela fait aussi son charme, d'entretenir une part de mystère jusqu'à la dernière phrase ou presque.

Cette deuxième nouvelle, avec sa réécriture de mythe grec, rentre bien évidemment dans le cadre du challenge Winter Mythic Fiction. C'est un peu moins évident pour le premier texte où j'ai encore du mal à déterminer si on est dans la légende, le mythe ou la fiction historique... vous jugerez par vous-même !


jeudi 27 février 2014

Evariste - Olivier Gechter


Après le gros coup de cœur qu’a été Le baron noir (dont j’attends avec toujours autant d’impatience la suite, mais moi je dis ça, je dis rien), j’ai fait l’acquisition à Sèvres du premier roman de l’auteur (qui était installé en dédicace juste à côté de Timothée Rey, un vrai traquenard, je faisais signer un bouquin à l'un, je papotais avec l'autre, j'allais acheter son livre et je revenais pour le faire signer, et ainsi de suite...).

Pour la petite anecdote, je n’ai pas craqué que pour les beaux yeux de l’auteur, mais parce que la 4e de couverture parlait d'une cabinet de conseil (qui en plus fait dans les RH à ses heures perdues), et il s’avère que je fais de la veille documentaire sur le sujet au boulot. Comme je ne m’attendais pas à trouver un jour un roman fantastique sur le sujet, ça a tout de suite fait tilt, je n’ai juste pas pu résister (vous l’aurez compris, si vous écrivez une aventure impliquant un thesaurus documentaire et de la SF, vous avez toutes les chances d’avoir au moins une lectrice)

Mais à part ça, de quoi parle Evariste ? D’un certain Evariste Cosson, qui tient un cabinet de conseil spécialisé dans l’occulte. Mais n’allez pas croire par là qu’il fait des séances de spiritisme pour octogénaires, non (enfin si, pour mettre du beurre dans les épinards, des fois). Monsieur se spécialise dans l’occultisme industriel (il travaille à la Défense dans une pépinière d’entreprises et tout et tout).

Un beau jour, il se retrouve chargé d’une grosse mission : recruter d’authentiques voyants pour permettre à une société de voyance par téléphone de développer une filière « luxe » avec d’authentiques médiums. Manque de bol, trouver un voyant sain d’esprit et désireux de se faire embaucher en région parisienne, ça n’a rien d’une sinécure.

Si je devais comparer Evariste à une autre de mes lectures, ce serait à la série jeunesse Artemis Fowl d’Eoin Colfer. J’ai trouvé beaucoup de ressemblances dans cette façon de présenter la magie d’un point de vue très terre à terre. On y parle contrats de travail, honoraires, rentabilité et j’en passe des meilleurs (oui c’est très capitaliste tout ça), et les démonstrations de magie sont abordées d’un point de vue très pragmatique.

C’est un fantastique léger, très implanté dans le réel, si bien qu’on ne hausse même pas un sourcil lorsqu’on découvre que le héros communique encore avec ses parents morts qui peuvent lui envoyer des sms depuis l’au-delà (et demandent qu’il leur bricole un blog pour raconter leurs aventures fantomatiques).

Et puis il y a l’humour qui fait toute la saveur du roman : entre les pensées du héros et les petites notes de bas de page (incontournable dans ce genre de texte), l’auteur dresse un joli portrait moqueur de Paris et de son mode de fonctionnement complètement à part. Pour le coup, cela fera surtout rire les parisiens, tout le monde en prenant pour son grade, des vieilles rombières du XVIe aux écoles d’ingénieur en passant par les transports en commun et les brasseries. Même les chats n’y coupent pas !

Tout cela se greffe sur une intrigue qui prend assez vite une tournure thriller, si bien qu’on n’a guère le temps de s’ennuyer entre les séances d’espionnage ou d’investigation diverses et variés, les combats à coups de sorts ou de créatures magiques, et la dégustation de cafés parfois très expérimentaux.

L’ensemble se lit donc avec grand plaisir, et si Evariste n’est certainement pas un chef d’œuvre de la littérature qui restera à jamais dans ma mémoire, il reste un très bon divertissement où on s’amuse bien à parcourir Paris en long, en large et en travers (j’avoue c’est peut-être un roman pour parisiens en fait, j'y repense encore de temps en temps quand je prends le métro). D’un point purement subjectif, j’avoue cependant avoir préféré Le baron noir qui avait un côté plus « ciselé ».

Je râlerai juste un peu sur le livre en lui-même, qui pour un roman pour parisiens est assez peu adapté à la lecture en transport en communs. Le grand format, ça se gère encore tant bien que mal quand on est coincé dans un wagon bondé, mais lorsque la taille d’écriture est tellement grande qu’il faut bientôt reculer le livre pour pouvoir le lire, ça devient nettement plus compliqué !

CITRIQ

lundi 24 février 2014

Les trois mousquetaires - Alexandre Dumas


Lorsque j'ai acheté ma liseuse l'année dernière, le premier livre que j'ai chargé dessus était le roman Les trois mousquetaires (c'est un classique, c'est gratuit, allons-y !). Mais il en est de la PàL numérique comme de la PàL papier, beaucoup de livres y végètent jusqu'à que l'occasion se présente.

Dans le cas présent, c'est grâce à la sympathique série The Musketeers de la BBC (que je regarde à la base parce que Peter Capaldi y incarne le cardinal de Richelieu, donc oui c'est encore de la faute de Doctor Who !) que je me suis enfin plongée dans ce roman, et je regrette d'avoir mis tant de temps à découvrir ce grand classique de la littérature qui est tout sauf ennuyeux.

Les trois mousquetaires est un roman qui porte bien mal son nom. En effet, vu qui est le héros de l'histoire, il aurait été plus pertinent d'appeler ce livre D'Artagnan et ses trois copains mousquetaires (voire même D'Artagnan et ses trois copains mousquetaires contre Milady pour la dernière partie), tant le célèbre trio composé d'Athos, Porthos et Aramis fait presque office de figuration dans l'intrigue.

L'histoire est en fait celle de D'Artagnan, un jeune nobliau qui débarque de la campagne profonde (la Gascogne) pour faire ses premiers pas dans le monde (à Paris quoi). Il se fait très vite des amis (par un procédé un peu tordu qui consiste à provoquer les futurs amis en duel pour mieux aller tabasser ensemble les gardes du cardinal par la suite), et se retrouve fréquemment mêlé, pour des histoires d'amour ou d'honneur aux complots politiques en tout genre qui fleurissent en France à l'époque.

A la lecture, je me suis maintes fois dit qu'il était bien dommage qu'Alexandre Dumas ne vive pas à notre époque. Il aurait vraiment fait un scénariste de séries télé exceptionnel, il suffit de voir comment on se retrouve à dévorer Les trois mousquetaires.

Il faut dire que c'est vraiment le roman feuilleton par excellence, on sent bien le découpage d'origine à la lecture : chaque chapitre contient une intrigue avec un début et une fin en général (il n'y a guère que dans les derniers chapitres que l'histoire s'étale), avec un rythme bien haletant, si bien que même si la fin n'appelle pas à une suite immédiate façon cliffhanger, on en redemande quand même.

On y trouve de l'action, de l'amour, des manigances et même de l'humour... autant dire que si on laisse de côté quelques archaïsmes (je pense qu'aujourd'hui on n'insisterait pas tant sur les valets, quoique là c'est fait avec beaucoup d'humour en général), on pourrait croire que ce roman n'a pas dix ans, tant il sonne moderne.

Cela se retrouve aussi dans la belle galerie de personnages très attachants mais aussi fort complexes . Je me m'attendais pas par exemple à un cardinal de Richelieu si ambigu (dans mes souvenirs des adaptations en dessin animé il faisait souvent méchant machiavélique), à une Milady aussi talentueuse et venimeuse (pour un personnage féminin du XIXe, il faut le dire, elle déchire !), et même le héros, D'Artagnan, ne vient pas sans une part d'ombre (quand il cherche à embobiner Milady).

Du coup en lisant Les trois mousquetaires, j'ai vraiment eu l'impression de tomber sur le « père » des romans modernes (et même des films, séries, etc.), un peu comme si toute la littérature de divertissement s'était nourrie de ce roman.

Cette conclusion est purement subjective, et je doute pas qu'il existe d'autres textes aussi prenants de l'époque, mais une chose est sûre, si vous n'avez jamais lu ce classique, n'attendez plus : ce livre se lit merveilleusement bien, se dévore même, et il serait fort dommage de passer à côté ! Quant à moi, je n'ai plus qu'à charger les autres textes de l'auteur dans ma liseuse je crois...

CITRIQ