
Le moins qu’on puisse dire à propos de Ian McDonald, c’est que c’est un auteur intimidant. Pas humainement parlant, mais ses livres semblent être (et se révèlent tous jusqu’à maintenant) de tels monuments que je les aborde toujours avec un mélange bien dosé de crainte et d’admiration.
C’est pourquoi après l’excellent Roi du matin, reine du jour, il m’a fallut plus d’un an (et maints rendez-vous manqués sous forme de livres empruntés et rendus sans avoir été lus à la bibliothèque) pour oser m’attaquer à un nouveau texte. Et tant qu’à fait, j’ai opté pour du lourd avec La maison des derviches (qui comme vous le savez tous a reçu le prix Planète-SF des blogueurs l’année dernière).
Avec ce roman, nous partons donc Istanbul, en 2027, alors que la Turquie a rejoint l’Union Européenne. Dans ce futur proche, l’auteur nous fait suivre le destin d’un certain nombre de personnages dont les destins finissent forcément par s’entrecroiser, suite à un attentat dans un tramway.
Nous avons donc un trader qui prépare le coup du siècle, une vendeuse d’antiquités qui part en quête d’un objet presque mythique, un jeune garçon à la santé fragile qui vit reclus au travers de ses robots, un vieil économiste à la retraite, une jeune diplômé en marketing qui se retrouve à vendre un projet de nanotechnologie révolutionnaire et un jeune homme qui suite à un attentat se retrouve avec la capacité à voir les djinns.
Le moins qu’on puisse dire à propos de La maison des derviches, c’est qu’il ne s’agit pas d’un roman facile. L’écriture extrêmement riche, les intrigues multiples, tout cela demande déjà des efforts, d’autant plus qu’on est projeté dans un univers qu’on ne connait pas forcément très bien.
Une histoire qui se déroule en France, aux Etats-Unis ou plus généralement dans le monde occidental, on est forcément toujours en terrain connu. Istanbul, c’est un peu un autre monde, à la fois très semblable et très différent, et je suis assez admirative du travail de l’auteur qui a sans doute multiplié les recherches pour un résultat qui n’est pas un catalogue de clichés, pas un documentaire, juste un portrait extrêmement vivant d’une ville.
Du coup les (cent) premières pages ne sont pas vraiment faciles, mais l’effort fourni est amplement récompensé : on finit par rentrer dans la ville, dans la peau des personnages, et on savoure cet ensemble extrêmement complet qu’est cette Istanbul de 2027.
Car c’est là tout l’intérêt du roman : il ne se contente pas de parler d’un aspect de la vie dans le futur, il les aborde tous : politique, économie, évolutions technologiques, place de la religion… chaque thématique aurait pu remplir un roman à elle toute seule, mais l’ensemble est suffisamment équilibré pour qu’on trouve son compte pour chacune.
Evidemment, on accroche plus ou moins à certaines parties à cause de cela (j’ai eu bien du mal à suivre les manipulations économiques du trader, j’étais bien plus à l’aise avec les aventures archéologiques de sa femme), mais on sort vraiment de La maison des derviches avec le cerveau qui bouillonne d’idées, et un émerveillement qui reste à l’esprit encore quelques jours après la lecture.
Un très beau roman donc, exigeant mais qui mérite qu’on fasse quelques efforts à la lecture. Je vais prendre le temps de le digérer, et je continuerai à coup sûr à lire les ouvrages d’Ian McDonald.













