Les passerelles entre littérature et cinéma sont fréquentes. Je ne me suis jamais amusée à compter le nombre de films par semaine qui sont tirés d’un roman ou d’un nouvelle, mais le nombre doit être assez élevé. De ce fait, il est fréquent qu’un film nous amène à un livre, et vice-versa.
Dans le cas de La route, j’ai commencé par le film (merci Viggo !), et c’est tout naturel que je sois allée vers le livre après. Et, ô hasard de la vie, voilà que ce roman arrive comme lecture du mois au Cercle d’Atuan. Une parfaite excuse pour me plonger dedans.
Je vous refais le topo sur le sujet : un père (l’homme) et son fils (le petit), sans nom et sans identité, marchent vers le Sud, poussant tant bien que mal un vieux caddie, à travers une Terre dévastée grise de cendres où l’homme est un loup pour l’homme.
La structure est très particulière : pas de chapitre, des paragraphes qui s’enchainent plus ou moins, aucune distinction entre les dialogues, les pensées et les actions. L’écriture aussi, a ses particularités : des phrases à rallonge sans virgules mais avec des « et » à répétition, ou des phrases courtes, parfois juste nominales. C’est un style très déstructuré qui donne l’impression d’avoir imprimées sous ses yeux les pensées du personnage. On est littéralement dans sa tête, et pas dans une version romancée de ce qu’il pense.
Le roman qui s’écrit ainsi est sinistre. Y prédominent les sensations de froid et de faim, la peur (des autres hommes, souvent cannibales, ou la peur qu’un des deux meurent). Il est difficile de ne pas lire sans une boule d’angoisse dans le ventre.
Même si l’auteur ménage quelques petits moments de bonheur au milieu de cet univers gris et dangereux, on nage en permanence dans le désespoir total : en témoignent les discussions sur la mort, conduites en parallèle d’une recherche permanente de nourriture.
J’ai du mal, pour le reste de mon avis, à ne pas paraphraser mon avis sur le film. Contrairement à tout ce que j’ai pu lire en post-apocalyptique, on n’a pas l’impression d’être après la fin du monde, mais bien en plein dedans, une fin du monde sans espoir et sans lumière, sans repères temporels et qui n’en finit pas.
La route est glaçant, mais il fait aussi beaucoup réfléchir sur des choses très variées, selon la sensibilité du lecteur : les rapports entre les êtres humains, la transmission d’une culture ou de valeurs à ses enfants (quand ils n’ont pas les moyens de les appréhender) parmi tant d'autres.
L’un des points forts, est, je pense, cette écriture spéciale qui fait toute la différence. Ecrit « normalement », le roman aurait une intensité moindre. Rien que pour cette façon de raconter la fin du monde, cela vaut le détour.
Cependant, malgré les grandes qualités de ce livre, j’avoue ne pas être plus conquise que ça par ma lecture. Je suis contente de l’avoir lu, je le conseillerai même à la lecture, mais finalement je suis restée « à l’extérieur ».
La faute au film sûrement, qui a fait de ma lecture une presque relecture. Ou à l’absence d’un point d’accroche (je ne me retrouve franchement ni dans le père ni dans le fils). Ou au fait que c’est peut-être pas mon genre de livre du moment, trop sinistre, sans début ni fin. Dans le registre post-ap, j’avoue lui préférer le Pays des Mères (qui est son total opposé, j'en ai conscience).
Concluons juste sur mon violon d’Ingres, à savoir l’adaptation livre/film. Ce qui m’a surpris à la lecture, c’est que l’adaptation colle vraiment au livre : les pensées de l’homme, citations directes du texte en voix-off, accompagnent les images d’une narration tout aussi décousue. C’est un simple portage à l’écran, mais il est plutôt efficace du coup. Son visionnage n’est pas indispensable au lecteur ceci dit, ou uniquement pour apprécier cet univers tout de cendres et de gris en image.
Avis des autres atuaniens : Acr0, Arutha, El Jc, Julien, Kactusss, Olya, Sherryn, Spocky, Tigger Lilly, Tortoise, Zahlya
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