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mardi 20 janvier 2015

La légende de la pierre – Barry Hughart


Il y a quelques années de cela (purée cinq ans !), j’étais tombée sous le charme de La magnificence des oiseaux, étrange chinoiserie mettant en scène un vieux sage spécialiste en mystères insolubles, et Bœuf Numéro Dix, intrépide narrateur toujours utile lorsqu’il faut taper sur quelqu’un. Il était grand temps que je fasse connaissance avec la suite de leurs aventures.

Dans La légende de la pierre, nous retrouvons donc Maitre Li (toujours aussi fou génial) et Bœuf Numéro Dix, qui est depuis devenu son assistant et qui met par écrit leurs aventures (toute ressemblance avec Sherlock Holmes serait purement fortuite, bien sûr). Alors que Maître Li dépérit par manque d’énigme à résoudre, voilà qu’on leur propose d’en résoudre une carabinée.

Dans une abbaye de la Vallée des Chagrins, un moine copiste a été assassiné dans la bibliothèque, alors que les portes étaient fermées. Qui a commis ce méfait ? Comment ? Pourquoi ? Maître Li et Bœuf Numéro Dix vont vite se rendre compte que derrière tout cela se cache une affaire bien complexe, et deux acolytes supplémentaires ne seront pas de trop pour les aider !

Avant d’écrire cette chronique, j’ai relu celle que j’avais écrit pour le précédent tome de cette série, et j’ai été surprise de me découvrir assez critique (comme quoi avec le temps on ne retient que les bonnes impressions), notamment sur le caractère parfois un peu répétitif de l’intrigue.

Il n’en est rien dans La légende de la pierre. C’est une aventure, drôle, savoureuse, pleine de péripéties bizarres et inattendues (parce qu’en Chine ancienne il est facile de jouer le détective rationnel et d’aller quand même faire un tour aux Enfers) et de manière générale extrêmement entraînante.

Je ne suis pas une grande lectrice de romans policiers donc je m’amuse rarement à mener l’enquête en parallèle des personnages, mais j’ai trouvé le mystère et sa résolution bien menée, et j’avoue être restée dans la brume jusqu’à la résolution (sans doute parce qu’on ne sait pas si le surnaturel va ou non s’inviter à la fête).

Tous les personnages sont des joyeux drilles, surtout Maître Li et Bœuf Numéro Dix qui forment un duo très équilibré : si le premier est forcément génial et extravagant, n’allez pas croire que le second n’est là que pour porter le premier et distribuer des tatanes. Il sait aussi mener une enquête et apporte quelques éléments très utiles à l’histoire.

Et puis l’atmosphère a quelque chose de génial : on nage dans une sorte de Chine ancienne rêvée dans laquelle on a du mal à démêler le vrai du faux, le réel du mythe, l’historique du fictif. On dirait un décor en carton-pâte surchargé de dorures, et pourtant il est tellement solide qu’on aimerait le visiter, un délice !

Bref je n’ai trouvé aucun défaut à cette lecture très plaisante et légère. On s’amuse d’un bout à l’autre, et nul doute que je n’attendrais pas cinq années supplémentaires pour lire la suite des aventures de nos deux détectives chinois.

CITRIQ

Et petit plus, La légende de la pierre regorge d’éléments de mythologie (chinoise et pas que), et s’intéresse de près à la construction des contes, et à la façon dont ils se transmettent. Idéal donc quand on participe à un certain challenge sur la fantasy mythique !

lundi 26 octobre 2009

La Magnificence des oiseaux – Barry Hughart




« Je joins à présent les mains, et je m’incline devant les quatre coins du monde
Mon nom de famille est Lou et mon prénom You, mais il ne faut pas me confondre avec l’éminent auteur du Classique du thé. Ma famille est parfaitement banale et, comme je suis le dixième fils de mon père et plutôt robuste de ma personne, on s’adresse d’ordinaire à moi en m’appelant Bœuf Numéro Dix. »

Ainsi se présente le narrateur de la Magnificence des Oiseaux, avant de commencer le récit de son aventure. Kou-fou, son village, a été frappé d’une étrange épidémie en pleine époque de sériciculture. Tous les enfants de 8 à 13 ans sont tombés dans une sorte de coma.

L’abbé du village envoie donc Bœuf Numéro Dix à Pékin pour y trouver un sage susceptible de résoudre cette énigme. Ce sera le vénérable Li Kao, qui souffre « d'un léger défaut de personnalité ». Très vite, le mystère de l’épidémie est éclairci par le brillant cerveau du sage, néanmoins, le remède pour sauver les enfants ne sera pas facile à trouver, puisqu’il s’agit de la Grande Racine de Puissance.

Bœuf Numéro Dix et Li Kao vont donc partir en quête de cette mystérieuse racine, ce qui ne manquera pas de les brinqueballer aux quatre coins de la Chine dans des péripéties plus ubuesques les unes que les autres.

L’univers dans lequel se passe l’aventure est la Chine, mais une espèce de Chine antique rêvée et parodiée à la fois, ce qui ne manque pas de piquant. Je n’ai pas les connaissances nécessaires mais je soupçonne une inspiration réelle dissimulée dans à peu près tous les éléments, mais réécrite en une véritable comédie.

L’écriture même joue sur ce coté référence/parodie, avec des phrases bien ampoulés, des salutations travaillées et des termes bien alambiqués.

L’histoire est un peu construite à la façon d’une vieille série télé : on va de rebondissements en rebondissements, la moitié des chapitres se terminent en cliffhanger avec le duo en situation de mort imminente, les personnages récurrents font, sinon une apparition par chapitre, une apparition par partie (en fait l’histoire tourne autour des dix même gens), et ont tous leur propre réplique culte.

(la Grande Ancêtre par exemple ne jure que par le « Qu’on lui coupe la tête », ce qui n’est pas sans rappeler une certaine Reine…)

Le résultat est drôle et divertissant. Bœuf et Li Kao ressemblent à un duo de détectives, Li Kao résolvant les énigmes (façon Sherlock Holmes, un sérieux grain de folie en plus) pendant que Bœuf porte le sage trop fatigué pour marcher, joue des rôles de composition, tape sur les gens et participe à des expériences assez uniques dont je préfère vous laisser la surprise.

Bref c’est un pur plaisir à lire, et c’est d’une légèreté sans pareil… à la rigueur il y a certains passages ennuyeux bourrés de termes tarabiscotés, mais rien n’empêche de les sauter s’ils vous ennuient. Alors si vous aimez les cocktails d’énigmes, de légende, d’action, d’amour, avec des méchants maléfiques qui ricanent, des femmes qui vous donnent des petits noms d’amour et un sage avec un léger défaut de personnalité, n’hésitez pas, c’est du bonheur.

Le pire c’est qu’il y a encore deux tomes, qui ont l’air aussi barrés que celui-ci.