
Il y a quelques années de cela (purée cinq ans !), j’étais tombée sous le charme de La magnificence des oiseaux, étrange chinoiserie mettant en scène un vieux sage spécialiste en mystères insolubles, et Bœuf Numéro Dix, intrépide narrateur toujours utile lorsqu’il faut taper sur quelqu’un. Il était grand temps que je fasse connaissance avec la suite de leurs aventures.
Dans La légende de la pierre, nous retrouvons donc Maitre Li (toujours aussi fou génial) et Bœuf Numéro Dix, qui est depuis devenu son assistant et qui met par écrit leurs aventures (toute ressemblance avec Sherlock Holmes serait purement fortuite, bien sûr). Alors que Maître Li dépérit par manque d’énigme à résoudre, voilà qu’on leur propose d’en résoudre une carabinée.
Dans une abbaye de la Vallée des Chagrins, un moine copiste a été assassiné dans la bibliothèque, alors que les portes étaient fermées. Qui a commis ce méfait ? Comment ? Pourquoi ? Maître Li et Bœuf Numéro Dix vont vite se rendre compte que derrière tout cela se cache une affaire bien complexe, et deux acolytes supplémentaires ne seront pas de trop pour les aider !
Avant d’écrire cette chronique, j’ai relu celle que j’avais écrit pour le précédent tome de cette série, et j’ai été surprise de me découvrir assez critique (comme quoi avec le temps on ne retient que les bonnes impressions), notamment sur le caractère parfois un peu répétitif de l’intrigue.
Il n’en est rien dans La légende de la pierre. C’est une aventure, drôle, savoureuse, pleine de péripéties bizarres et inattendues (parce qu’en Chine ancienne il est facile de jouer le détective rationnel et d’aller quand même faire un tour aux Enfers) et de manière générale extrêmement entraînante.
Je ne suis pas une grande lectrice de romans policiers donc je m’amuse rarement à mener l’enquête en parallèle des personnages, mais j’ai trouvé le mystère et sa résolution bien menée, et j’avoue être restée dans la brume jusqu’à la résolution (sans doute parce qu’on ne sait pas si le surnaturel va ou non s’inviter à la fête).
Tous les personnages sont des joyeux drilles, surtout Maître Li et Bœuf Numéro Dix qui forment un duo très équilibré : si le premier est forcément génial et extravagant, n’allez pas croire que le second n’est là que pour porter le premier et distribuer des tatanes. Il sait aussi mener une enquête et apporte quelques éléments très utiles à l’histoire.
Et puis l’atmosphère a quelque chose de génial : on nage dans une sorte de Chine ancienne rêvée dans laquelle on a du mal à démêler le vrai du faux, le réel du mythe, l’historique du fictif. On dirait un décor en carton-pâte surchargé de dorures, et pourtant il est tellement solide qu’on aimerait le visiter, un délice !
Bref je n’ai trouvé aucun défaut à cette lecture très plaisante et légère. On s’amuse d’un bout à l’autre, et nul doute que je n’attendrais pas cinq années supplémentaires pour lire la suite des aventures de nos deux détectives chinois.

