mardi 13 juillet 2010

L'Illusionniste - Sylvain Chomet



Je me rappelle encore de la première fois que j’ai vu le film précédent de Sylvain Chomet, les Triplettes de Belleville. C’était l’aprem après le bac de philo, il faisait une chaleur à crever, et bizarrement, dans la salle de ciné, il régnait un froid polaire à tel point que j’en avais remis ma veste. Si je n’ai pas d’exam à passer cette année, coté contraste climatique c’était pas mal aussi…

J’avais beaucoup aimé les Triplettes de Belleville, un dessin animé complètement inattendu comme on en voit peu. Presque muet (les héros prononcent en tout et pour tous deux phrases de tout le film), drôle et mélancolique, aux décors et aux personnages exagérés à la limite de la parodie, il racontait les aventures assez ubuesques d’une grand-mère à la recherche de son petit-fils cycliste enlevé par la mafia new-yorkaise. Le repas des fameuses triplettes restera pour toujours gravé dans mon cerveau tellement c’était grandiose.

Inutile de préciser que je trépignais à l’idée de découvrir son prochain long-métrage, qu’il a pris son temps pour réaliser. A partir d’un scénario de Jacques Tati himself, l’Illusioniste suit les traces d’un magicien en fin de carrière au début des années 60, dont la route croise celui d’une jeune fille fascinée par sa magie.

Enfin, ça, c’est plus ou moins ce qu’on peut en résumer, après on peut partir comme les vrais critiques sur les métaphores sur le passage à l’âge adulte (tout à fait véridique) mais je préfère les laisser l’expliquer, ils seront plus crédibles que moi qui me demandait encore ce qu’était l’histoire arrivée au générique de fin.


Ce qui n’empêche pas que c’est un film magnifique, notez bien. Moins dans l’extrême que les Triplettes, l’Illusionniste bénéficie d’une animation particulièrement belle. Les décors sont à tomber (ce dessin animé m’a donné envie de visiter l’Ecosse !), et les personnages sont vivants, frais, plein de vie et très émouvants.

Tout est globalement en 2D, sauf quelques passages vers la fin qui sont clairement là pour indiquer un changement d’ère (la fin d’une époque pour le magicien, la fin de l’animation traditionnelle…), et c’est vraiment beau. Un pur moment de délectation.

L’histoire prend son temps pour se déployer, et il est incroyable à quel point il est possible de tenir un film sans aucune parole (sauf « bonjour », « et voilà » et quelques borborygmes incompréhensibles), avec des personnages qui interagissent par des gestes.

Ceci dit, contrairement aux Triplettes, ce n’est pas un film pour enfants (les trois assis derrière mois se sont ennuyés ferme). Pas qu’il soit violent, c’est juste que c’est une histoire qui prend son temps et parlera plus aux grands. Les péripéties sont peu nombreuses, et l’humour est moins présent (même si le lapin hargneux m’a bien fait délirer, il vaut bien le chien Bruno dans son genre…).

L’humour se trouve essentiellement dans les références diverses et variées qui tireront un sourire à ceux qui les reconnaissent, et dans l’hommage à Tati. Je connais assez mal son œuvre (c’est bien le diable si j’ai vu deux de ses films), mais lors d’un passage, le magicien entre dans un cinéma et y voit un extrait de film de Tati. J’ai été bluffé de constater qu’en fait, depuis le début, le magicien avait le même jeu que Jacques Tati en personne.

Bref quand on aime les ambiances désuètes, les belles animations à l’ancienne et les lapins qui sortent des chapeaux, l’Illusionniste est un petit délice qui se déguste avec plaisir.

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