lundi 31 mai 2010

Serpentine - Mélanie Fazi


Ce mois-ci, au Cercle d’Atuan, nous avons lu Serpentine, de Mélanie Fazi, qui était plus pour moi une redécouverte qu’une découverte. J’avais en effet déjà lu ce recueil de nouvelles fantastiques il y a bien longtemps, dans son édition Oxymore.

J’aime bien les nouvelles en général. C’est un format agréable à lire car au contraire du roman qu’on va parfois trainer sur un mois, dont on perd parfois le fil, la nouvelle c’est une lecture courte, typiquement pendant un trajet en transport en commun, avec un début, une fin, et c’est plié en une demi-heure.

Comme la nouvelle se balade généralement en recueil, c’est aussi une source de diversité. Certes, on prend le risque de ne pas tout aimer (c’est même une certitude, même chez Gaiman je suis loin de tout aimer), mais on trouve plein de petits délices, un peu façon café gourmand.

Et puis, il y a un élément assez étrange, c’est le caractère concentré de la nouvelle. L’auteur étant obligé d’aller à l’essentiel, l’intrigue ou le concept ne sont pas délayés dans les pages, et ils laissent une empreinte forte dans un coin de votre tête. Il est fréquent quand on lit beaucoup de faire des liens entre les textes, genre « tiens ça me rappelle le roman machin écrit par bidule ».

Ca m’arrive beaucoup plus souvent avec des nouvelles, sauf qu’assez bizarrement ce qui me revient sur les nouvelles, ce n’est pas le titre ou l’auteur mais juste des sensations et des émotions. Je ne vous raconte pas la galère pour retrouver la nouvelle après…

Typiquement, cela doit bien faire six ans que j’ai lu Serpentine, et pour être honnête le seul souvenir concret que j’en avais était la première nouvelle. Par contre, en le relisant, j’ai remis des titres sur des « empreintes », des sensations qui trottaient dans un coin de ma tête assez régulièrement sans savoir d’où elles me venaient.

Serpentine se compose de dix nouvelles, fantastiques, on l’a dit. Les atmosphères sont plutôt variées : salon de tatouage, ville de nuit, métro, restaurant grec, maison de famille, aire d’autoroute… Les tons le sont également, même si la plupart des nouvelles tournent autour de la mort, qui tient presque lieu de fil conducteur.

Mélanie Fazi a une très belle écriture, et sait parfaitement construire des ambiances en peu de pages, et qui parlent assez vite au lecteur, qu’il soit familier du lieu ou pas. Sur quelque chose d’aussi étranger que le salon de tatouage de Serpentine, on croirait en avoir déjà visité un, et on sentira immédiatement le coté « véritable » du métro en lisant le Petit théâtre de rame.

Le fantastique des nouvelles est d’un genre plutôt léger et peu explicite, si bien qu’on se demande toujours s’il y a fantastique ou si les protagonistes sont juste fous, ce qui ouvre la voie à des lectures et à des interprétations très différentes selon qui tient l’ouvrage.

Au risque de refaire à ma sauce la préface de Michel Pagel (et accessoirement de paraphraser Maitre Yoda), on trouve dans ces nouvelles ce qu’on y apporte, parce qu’elles ont tendance à évoquer quelque chose au lecteur. J’ai été surprise de la quantité de fois où les gens ont fait la comparaison nouvelle/expérience personnelle sur le forum.

Certes c’est plus facile à faire que pour une histoire de voyage dans l’espace ou de quête pour détruire un anneau maléfique dans un monde imaginaire, mais tout de même, je trouve que c’est une belle réussite d’arriver comme ça à interagir avec le lecteur… Je pense notamment que je ne regarderais plus jamais les aires d’autoroute de la même façon, grâce à Nous reprendre à la route.

Serpentine a donc été une (re)lecture très agréable, surtout que ça m’a permis de partir dans des élucubrations pas possibles dans cette chronique. Il faut dire que ça a réveillé mon goût pour la nouvelle, manque de bol, j’ai omis de faire le plein de recueils à la bibliothèque. Il va me falloir remédier à ça…

Avis des autres Atuaniens : Acr0, Daenerys, El Jc, Julien, Lelf, Olya, Sherryn, Spocky, Tigger Lilly, Tortoise, Zahlya

3 commentaires:

  1. Très juste ce que tu relèves à propos des souvenirs évoqués par chacun suite à le lecture de certains textes. Cela prouve que le recueil ne laisse pas indifférent loin de là. J'ai passé là un excellent moment de lecture.

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  2. Exactement :) On est loin de tout aimer !
    Je m'en suis aperçue récemment avec Gaiman (moi aussi), et cela se confirme avec les nouvelles de Fazi ;)
    Je suis tout à fait de ton avis, la grande force de cet auteur est la description des ambiances/atmosphères (et comme tu l'as dit, c'est un véritable talent au vu de la concentration que demande le format de nouvelle)

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  3. (et comme tu l'as dit, c'est un véritable talent au vu de la concentration que demande le format de nouvelle)
    Tout à fait, d'ailleurs quand je vois ce que sont capables de faire les bons auteurs de drabble (histoires en 100 mots), je suis toujours bluffée.

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