mardi 10 mai 2016

Infinités – Vandana Singh


Normalement je ne me laisse pas avoir, mais je suis d’abord tombée amoureuse de ce livre à cause de sa couverture (signée par Aurélien Police). Ensuite j’ai vu que c’était des nouvelles (chic). Écrites par une femme (encore mieux). Indienne qui plus est (pas courant dans nos contrées). Ajoutez à cela une excellente critique de Gromovar, et il devient impossible de résister à sa lecture, non ?

Me voilà partie dans Infinités, recueil de dix nouvelles qui met en scène l’Inde actuelle dans toute sa complexité. L’auteure parle beaucoup de la place de la femme en Inde, mais aussi de religion et de système de castes, entre autres choses.

Le ton est extrêmement juste, et l’écriture a un je ne sais quoi d’envoûtant qui fait que sans toujours très bien comprendre les textes, je suis tombée systématiquement sous leur charme. Les personnages et les situations sont criants de vérité, d’autant plus que la SFFF joue finalement un rôle mineur.

Elle est présente bien sûr (une nouvelle se déroule même sur la Lune), mais elle est assez légère, ce qui rend le livre accessible pas uniquement aux lecteurs de SF. Pour le coup je pense qu’il pourrait parfaitement trouver son public si on venait à l’égarer par mégarde hors du rayon SF.

Rien que le premier texte, Faim, semble tout à fait « normal » puisque la SF est juste le pêché mignon de l’héroïne de la nouvelle, une femme indienne qui doit gérer sa maison et faire bonne impression lors d’une soirée. Un très joli texte qui parle de choses importantes d’une très belle façon.

Delhi se penche sur l’histoire d’un homme qui croise des fantômes d’une autre époque. Je me suis parfois un peu égarée dans son propos, ce qui ne m’a pas empêché de trouver l’histoire fascinante.

Le titre La Femme qui se croyait planète résume la nouvelle en elle-même. Elle est absolument extraordinaire dans ce qu’elle dit des relations de couple en Inde.

Dans Infinités, c’est un professeur de mathématiques passionné par la notion d’infini dont on suit les pas, de son enfance à l’âge adulte. Je n’ai pas tout compris l’aspect mathématique, mais j’ai néanmoins beaucoup apprécié ce récit qui en dit très long sur la vie en Inde (et les affreux conflits religieux qui secouent le pays).

Soif nous parle d’une femme fascinée par l’eau, qui est hantée par une malédiction familiale à ce sujet. Ce récit fantastique est mené avec brio, et se révèle fascinant.

Les Lois de la conservation est un des textes les plus science-fictifs, puisqu’il met en scène un ancien explorateur de Mars qui raconte une de ses missions à ses colocataires sur la Lune. J’ai été charmée par l’ambiance très old school de cette nouvelle.

Avec Trois contes de la rivière du ciel. Mythes de l'ère des astronautes, on pourrait presque se croire dans un livre d’Ursula K. Le Guin, puisque ces trois courts textes nous baladent à travers différents mondes et différentes cultures, pour un résultat une fois de plus fascinant (ce mot résume à lui-seul ce recueil en fait).

Le Tétraèdre nous parle d’une jeune fille sur le point de se marier, qui assiste à l’apparition d’un mystérieux tétraèdre géant en pleine ville. La nouvelle est aussi intéressante pour ce qu’elle dit du statut de la femme en Inde que pour la réflexion scientifique menée par l’héroïne.

Je ne suis pas sûre d’avoir tout saisi de L'Épouse, portrait d’une femme indienne expatriée aux Etats-Unis et désormais en instance de divorce. Mais cela reste une nouvelle extrêmement touchante et fort triste.

Enfin dans La Chambre sur le toit, une jeune femme voit son monde changer suite à l'apparition d'une locataire sculptrice dans une chambre de sa maison. Encore un joli texte, avec son léger parfum de mystère et son ton très humain.

Le recueil se termine avec Un manifeste spéculatif, un court essai où l’auteur résume à merveille tout l’intérêt que l’on peut avoir à lire de la SFFF. Rien que l’on ne sache pas déjà, mais c’est toujours agréable d’approuver de tout cœur en lisant ses mots.

Voilà pour ce petit tour du recueil Infinités, une belle promenade à un rythme tranquille dans un pays qu’on ne connaît pas toujours très bien, avec une ambiance souvent fascinante et des personnages très humains.

CITRIQ


Item 10 : Lire une oeuvre de SFFF par un auteur non occidental
(mais il pourrai aussi compter pour les items 1, 4, 7, 15, 18 & 19 si je n'ai rien oublié, ça c'est de la rentabilité !)

6 commentaires:

Aude LAGARDET a dit…

Avec toutes ces bonnes raisons livresques et challengesques, cette lecture s'avère très tentante...

Shaya a dit…

C'est vrai que la couverture est très belle ! En tout cas ça me tente beaucoup comme recueil, je pense que je testerai !

Vert a dit…

@Aude
N'est-ce pas ^^

@Shaya
Il faut !

Lorhkan a dit…

Un recueil tranquille en effet (il ne me reste plus qu'une nouvelle à lire, j'avance... tranquillement), dépaysant, avec une sensibilité à fleur de peau, c'est vraiment agréable.

Vert a dit…

@Lorhkan
J'attends ton avis complet alors ^^.

Gromovar a dit…

Cool